‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 76 sur 223 · Ephes., V · texte numérisé non relu

Ephes., V

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parle l'Écriture sainte, les discours spirituels prendront-ils en vous? Par où s'insinueront les lumières pures et les chastes vérités du christianisme ? La sagesse, que vous ne cherchez pas, descendra-t-elle de son trône Dour vous enseigner? Allez, hommes corrompus ex corrupteurs, purine? vos yeux et vos cœurs, et peu à peu vos esprits s'accoutumeront aux lumières de l'Évangile.

Vivons donc chrétiennement, et la vérité nous sera un jour découverte. Jamais vous n'aurez respiré un air plus doux ; jamais votre faim n'aura été rassasiée par une manne plus délicieuse, ni votre soif étanchée par un plus salutaire rafraîchissement. Rien de plus harmonieux que la vérité, nulle mélodie plus douce, nul concert mieux entendu ; nulle beauté plus parfaite et pluo ravissante. Quoi I me vanterez-vous toujours l'éclat de ce teint ? Vous vous dites chrétienne, et vous étalez avec pompe cette fragile beauté, piège pour les autres, poison pour vous-même, qui se vante de traîner après soi les âmes captives, et qui vous fait porter à vous-même un joug plus honteux. Jetez, jetez un peu les yeux, chrétiens, sur cette immortelle beauté que le chrétien doit servir. Cette beauté divine ne montre à vos yeux ni une grâce artificielle, ni des ornements empruntés, ni une jeunesse fugitive, ni un éclat, une vivacité toujours défaillante. Là se trouve la grâce avec la durée ; là se trouve la majesté avec la douceur; là se trouve le sérieux avec l'agréable; là se trouve rhonnôteté avec le plaisir et avec la joie. C'est ce que nous avons à considérer dans la seconde partie.

DEUXIÈME POINT

De toutes les passions, la plus pleine d'illusion, c'est la joie; et le Sage n'a jamais parlé avec plus de sens que' quand il a dit dans VEcclésiaste qu'il « estimait le ris unC erreur, et la .joie une tromperie : » hisum reputavi errorerHf

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et gcmdio dixi : Quid frustra deciperis * ? Depuis notre ancienne désobéissance, Dieu a voulu retirer à soi tout ce qu'il avait répandu de solide contentement sur la terre, et cette petite goutte de joie qui nous est restée pour Tendre la vie supportable, et tempérer par quelque douceur ses amertumes infinies, n'est pas capable de satisfaire un esprit solide. Et certes, il ne faut pas croire que ce lieu de confusion, où les bons sont mêlés avec les mau- ^qiis, puisse être le séjour des joies véritables. « Autres sont les biens que Dieu abandonne pour la consolation des captifs, autres ceux qu'il a réservés pour faire la félicité de ses enfants : » Aliud solatium eaptivorum, almd gawâium Uherùrum 2.

Mais, pour vous donner une forte idée de ces plaisirs véritables qui enivrent les bienheureux, philosophons un peu, avant toutes choses, sur la nature des joies du monde. Car, mes frères, c'est une erreur de croire qu'il faille indifféremment recevoir la joie, de quelque côté qu'elle naisse, quelque main qui nous la présente. Que m'importe, dit l'épicurien, de quoi je me réjouisse, pourvu que je sois content? soit erreur, soit vérité, c'est toujours être trop chagrin que de refuser la joie, de quelque part qu'elle vienne. Ceux qui le pensent ainsi, ennemis du progrès de leur raison, qui leur fait voir tous les jours la vanité de leurs joie?, estiment leur âme trop peu de chose, puisqu'ils croient qu'elle peut être heureuse sans posséder aucun bien solide, et qu'ils mettent son bonheur, et par conséquent sa perfection dans un songe (remarquez qu'D ne faut pas distinguer le bonheur de l'âme d'avec sa perfection : grand principe). Mais le Saint-Esprit prononce au contraire que celui-là est insensé, qui se réjouit dans ies choses vaines; que celui-là est abandonné, maudit âe

t. Eccles., n, 2

SL & Awg., In l*s. cxxxvi, n* Jv

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Dieu, qui se réjouit dans les mauvaises ; et qu'enfin on est malheureux quand on n'aime que les plaisirs que la raison condamne ou qu'elle méprise.

Il faut donc avant toutes choses considérer d'où nous vient la joie et quel en est le sujet. Et premièrement, chrétiens, toutes les joies que vous donnent les biens de la terre sont pleines d'illusions et de vanité. C'est pourquoi, dans les affaires du monde, le plus sage est toujours celui que la joie emporte le moins. Écoutez la belle sentence que prononce V Ecclésiastique : « Le fou, dit-il, indiscret, inconsidéré, fait sans cesse éclater son ris, et le sage â peine rit-il doucement : » Fatum in risu exaltât vocem suam; vir autem sapiens vix tacite ridebit *. En effet, quand on voit un homme emporté, qui, ébloui de sa dignité ou de sa fortune, s'abandonne à la joie sans se retenir, c'est jne marque certaine d'une âme qui n'a point de poids, et que sa légèreté rendra le jouet éternel de toutes les illusions du monde. Le sage, au contraire, toujours attentif aux misères et aux vanités de 1 1 vie humaine, ne se persuade jamais qu'il puisse avoir trouvé sur la terre, en ce lieu de maux, aucun véritable sujet de se réjouir. C'est pourquoi il rit en tremblant, comme disait l'Ecclésiastique, c'est-à-dire qu'il supprime lui-même sa joie indiscrète par une certaine hauteur d'une âme qui désavoue sa faiblesse, et qui, sentant qu'elle est née pour des biens célestes, a honte de se voir si fort transportée par des choses si méprisables.

Après avoir regardé d'où nous vient la joie, il faut encore considérer où elle nous mène. Car, ô plaisirs ! où nous menez-vous ? à quel oubli de Dieu et de nous-mêmes l à quels malheurs et à quels désordres I Ne sont-ce pas les plaisirs déréglés qui ont conseillé tous les crimes ? car quel en est le principe universel, sinon qu'on se platt o^

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