‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 77 sur 223 · Eecli., ru · texte numérisé non relu

Eecli., ru

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il ne faut pas ? Donc la raison nous oblige à nous défier des plaisirs : flatteurs pernicieux, conseillers infidèles, qui ruinent tous les jours en nous l'âme, le corps, la gloire, la fortune, la religion et la conscience.

Enfin il faut méditer combien la joie est durable ; car Dieu, qui est la vérité môme, ne permet pas à l'illusioQ Ae régner longtemps. C'est lui, dit le roi-prophète, qui se plaît, pour punir l'erreur volontaire de ceux qui ont pris plaisir à être trompés, « d'anéantir dans sa cité sainte toutes les félicités imaginaires, comme un songe s'anéantit quand on se réveille, et qui fait succéder des maux trop réels à la courte imposture d'une agréable rêverie : » relut somnium surgentium, Domine,, in civitate tua imaginem ipsorum ad nihilum rédiges *.

Concluons donc, chrétiens, que si la félicité est une joie, c'est une joie fondée sur la vérité : gaudium de veritate, comme la définit saint Augustin *. Telle est la joie des bienheureux, non une joie seulement, mais une joie solide et réelle, dont la vérité est le fond, dont la sainteté est l'effet, dont l'éternité est la durée.

Telle est la joie des bienheureux, dont la plénitude est infinie, dont les transports sont inconcevables et les excès tout divins. Loin de notre idée les joies sensuelles qui troublent la raison et ne. permettent pas à l'âme de se posséder ; en sorte qu'on n'ose pas dire qu'elle jouisse d'aucun bien, puisque, sortie d'elle-même , elle semble n'être plus à soi pour en jouir. Ici elle est vivement touchée dans son fond le plus intime, dans la partie la plus délicate et la plus sensible ; toute hors d'elle, toute à ellemême; possédant celui qui la possède; la raison toujoura attentive et toujours contente.

Mais, mes frères, ce n'est pas à moi de publier ces mer»

t. Ps. Lxxa, 20.

t. Confus., lib. X, cap. xuuu

veilles pendant que le Saint-Esprit nous représente si vivement la joie triomphante de la céleste Jérusalem par la bouche du prophète Isaïe. « Je créerai, dit le Seigneur, un nouveau ciel et une nouvelle terre, et toutes les angoisses seront oubliées et ne reviendront jamais : » Oblimoni traditœ sunt angustiœ priores et non ascendent super cor^. « Mais vous vous réjouirez, et votre âme nagera danb la joie durant toute l'éternité dans les choses que je crée pour votre bonheur : » Gaudebitis et eœultabitis usque in sempitemum in his quœ ego creo. « Car je ferai que Jérusalem sera toute transportée d'allégresse et que son peuple sera dans le ravissement : » Quia ecce ego creo Jérusalem exultationem, et populum ejus gandium. « Et moi-même je me réjouirai en Jérusalem, et je triompherai de joie dans la félicité de mon peuple : » Et exultabô in Jérusalem, et gaudebo in populo meo.

Voilà de quelle manière le Saint-Esprit nous représente les joies de ses enfants bienheureux. Puis, se tournant à ceux qui sont sur la terre, à l'Église militante, il les invite en ces termes à prendre part aux transports de la sainte et triomphante Jérusalem : « Réjouissez-vous, ditil, avec elle, ô vous qui l'aimez ; réjouissez-vous avec elle d'une grande joie, et sucez avec elle par une foi vive la mamelle de ses consolations divines, afin que vous abondiez en délices spirituelles, parce que le Seigneur a dit : Je ferai couler sur elle un fleuve de paix, et ce torrent se débordera avec abondance ; toutes les nations de la terre y auront part, et, avec la môme tendresse qu'une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, dit le Seipneur : » Lœtamini cum Jérusalem, et exultate in ea, omnes qui diligitis eam : gaudete cum ea gaudio... ut sv.gatis et re~ pleamini ab ubere consolationis ejus : ut mulgeatis et deliciis affluaiis ab omnimoda gloria ejus. Quia hœc dicit Dominus :

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