‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 87 sur 223 · Ps. UXia, 8; UT · texte numérisé non relu

Ps. UXia, 8; UT

POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS ^f}>

chir encore une fois sur l'action qui vous occupe dans cette église.

Vous m'écoutez, ou plutôt vous écoutez Dieu qui vous parle par ma bouche. Car je ne puis parler qu'aux oreilles , et c'est dans le cœur que vous êtes attentifs, où ma parole n'est pas capable de pénétrer. Je ne sais si cette parole a eu la grâce de réveiller au dedans de vous cette attention secrète à la vérité qui vous parle au cœur. Je l'espère, je le conjecture. J'ai vu, ce semble, vos yeux et vos regards attentifs ; je vous ai vus arrêtés et suspendus, avides de la vérité et de la parole de vie. Vous a-t-elle délectés? vous a-t-clle fait oublier pour un temps les embarras des affaires, les soins empressés de votre maison, la recherche trop ardente des vains divertissements? Il me le semble, mes frères, vous étiez doucement occupés de la suavité de la parole. Qu'avez-vous vu ? qu'avez-vous goûté? quel plaisir secret a touché vos cœurs ? Ce n'est point le son de ma voix qui a été capable de vous délecter. Faible instrument de l'esprit de Dieu , discours fade et insipide, éloquence sans force et sans agrément : c'est ce qu'on peut par soi-même. Ce qui vous a nourris, ce qui vous a plu, ce qui vous a délectés, c'est la vue de la vérité.

Ainsi Marie, sœur de Marthe, était attentive aux pieds de Jésus et écoutait sa parole. Ne vous étonnez pas de cette comparaison. Car encore que nous ne soyons que des hommes mortels et pécheurs, c'est cette même parole que nous vous prêchons. Ainsi elle s'occupait du seul écessaire, et prenait pour soi la meilleure part qui ne pouvait lui être ôtée. Qu'est-ce à dire : qui ne peut lui être ôtée? Les troubles passent : les affaires passent, les plaisirs passent, la vérité aemeure toujours et n'est jamais ôtée à l'âme qui s'y attache; elle la croit en cette vie, elle la voit en l'autre; en cette vie et en l'autre elle la goûte, elle en fait son plaisir et sa vie. Mais si cette vérité nous délecte quand elle nous est expriméepardessons qui passent, combien nousravira-t-elle

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quand elle nous par îera de sa propre voix éternellement permanente! Ombres, énigmes, imperfection [ici-bas]. Quelle sera notre vie lorsque nous la verrons h découvert! Ici nous proférons plusieurs paroles, et nous ne pouvons éga» 1er même la simplicité de nos idées : nous parlons beauv coup et disons peu. Combien donc sommes-nous éloignés de la grandeur de l'objet que nos idées représentent d'une manière si basse et si ravalée I Et toutefois cette expression telle quelle de la vérité [nous plaît]. Là une seule parole découvrira tout : Sem^el locutus est Deus ^ : « Dieu a parlé une fois, » et il a tout dit. Il a parlé une fois, et en parlant il a engendré son Verbe, sa parole, son Fils en un mot. C'est en ce Verbe que nous verrons tout ; c'est en cette parole que toute vérité sera ramassée. Et nous ne concevons pas une telle joie? Yacate et videte : « Restez en repos et voyez; » sortez de l'empressement et du trouble; quittez les soins turbulents. Écoutez la vérité et la parole : Qustate et videte : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux, et vous concevrez ce ravissement, ce triomphe, cette joie infinie, intime, de la Jérusalem céleste.

Mais, mes frères, pour parvenir à ce repos il ne nous faut donner aucun repos. Nul travail quand nous serons au lieu de repos, nul repos tant que nous serons au lieu de travail. Pour être chrétien, il faut sentir qu'on est voyageur; et celui-là ne le connaît pas qui ne court point sans relâche à sa bienheureuse patrie. Écoutez un beau mot de saint Augustin: Qui non gémit peregrinus^ nongaudebit civis*: «Celui qui ne gémit pas comme voyageur ne se réjouira pas comme citoyen. » Il ne sera jamais habitant du ciel, parce qu'il séjourne trop volontiers sur la terre ; et, s'arrêtant où il faut marcher, il n'arrivera pas où il faut parvenir.

Mes frères, nous ne sommes pas encore parvenua, comme

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