Serai de Can.'. novo, k
faut laisser quelque partie de notre suite, c'est-à-dire quelqu'un de nos vices, quelqu'une de nos passions, tant qu'enfin nous demeurions seuls, nus et dépouillés, non-seulement de nos biens, mais de nous-mêmes. C'est Jésus- Christ, c'est l'Évangile [qui nous 'le disent]. Qui de nous [refusera de le croire?] Tous les jours plus à l'étroit,..
Ceux qui retournent en arrière , ils sont sur la voie, mais ils reculent plutôt que d'avancer. Entendons et pénétrons : vous avez embrassé la perfection, vous avea choisi la retraite, vous vous êtes consacré à Dieu d'une façon particulière, vous avez banni les pompes du monde, vous avez appréhendé de plaire trop. Vous avez recher' ché les véritables ornements d'une femme chrétienne, c'est-à-dire la retenue et la modestie, retranchant les vanités et le superflu. La prière, la prédication, les saintes lectures, ont fait votre exercice le plus ordinaire. Vous vous lassez dans cette vie : vous ne sortez pas de la voie, vous ne vous précipitez pas aux péchés damnables, ma:s vous faites néanmoins un pas en arrière. Vous prêtez de nouveau l'oreille aux dangereuses flatteries du monde; vous rentrez dans ses joies, dans ses jeux et dans son commerce ; vous prodiguez le temps que vous ménagiez ; vous ôtez à la piété ses meilleures heures. Si vous ne quittez pas votre modestie, vous voulez dîi moins qu'elle plaise, et vous ajoutez quelque chose à cette simplicité qui vous paraît trop sauvage. Ah! cette voix intérieure du Saint-Esprit qui vous poussait dans le désert avec Jésus-Christ, c'est-à-dir(^< à la solitude et à la vie retirée, vous la laissez étourdir par le bruit du monde, par son tumulte, par ses embarras : vous n'êtes pas propre au royaume de Dieu. « Celui-là n'y est pas propre, dit le Fils de Dieu, qui, ayant mis la main à la charrue, regarde derrière ^ » 11 ne dit pas qui retourne, mais qui regarde en arrière. Ce ne sont pa» seulement les
t. Luc, IM, f i.
pas, mais les regards mêmes qu'il veut retenir, tant il demande d'attention, d'exactitude, de persévérance. Songez à la femme de Loth et au châtiment terrible que Dieu exerça sur elle * pour avoir seulement retourné les yeux du côté de la corruption qu'elle avait quittée. Vous faites mjure au Saint-Esprit et à la vocation divine, à cet esprit généreux qui ne sait point se relâcher ni se ralentir; voui ramollissez sa force, vous retardez sa divine et impétueuse ardeur; et, par une juste punition, il vous abandonnera à votre faiblesse. Vous aviez si bien commencé! Vous vous repentez d'avoir bien fait : vous faites pénitence de vos bonnes œuvres, pénitence qui réjouit non l'Église, mais le monde ; non les anges, mais les démons.
Mais il y en a encore d'autres : elle ne souffre pas même ceux qui s'arrêtent, ceux qui disent : J'en ai assez fait, je n'ai qu'à m'entretenir dans ma manière de vie; je ne veux pas aspirer à une plus haute perfection, je la laisse aux religieux ; pour moi, je me contente de ce qui est absolument nécessaire pour le salut éternel. Nouvelle espèce de fuite et de retraite ; car, pour arriver à cette montagne, à :ette sainte Sion, dont le chemin est si roide et si droit, si 1 DU ne s'efforce pour monter toujours, la pente nous emporte, et notre propre poids nous précipite. Tellement que dans la voie du salut, si l'on ne court, on retombe ; si on languit, on meurt bientôt ; si on ne fait tout, on ne fait rien ; enfin marcher lentement, c'est rendre la chute infaillible,
Ne menez pas une vie moitié sainte et moitié profane, moitié chrétienne et moitié mondaine, ou plutôt toute mondaine et toute profane, parce qu'elle n'est qu'à demi chrétienne et à demi sainte. Que vois-je dans ce monde de ces vies mêlées ? On fait profession de piété, et on aime encore les pompes du monûe. On est des œuvres de charité, et on abandonne son ccéur à l'ambition. « La loi est
(. Gen., XI, 26.
déchirée, et le jugement ne vient pas à sa perfection : » Lacerata est lex, et non fervenit ad finem judicium *. La loi est déchirée : l'Évangile, le christianisme, n'est en nos mœurs qu'à demi ; et nous cousons à cette pourpre royale un vieux lambeau de mondanité. Nous réformons quelque chosp dans notre vie ; nous condamnons le monde dans une partie de sa cause, et il devait la perdre en tout point, parce qu'il n'y en a jamais eu de plus déplorée. Ce peu que nous laissons marque la pente du cœur.
Écoutez donc l'Évangile : Gontmdite * : « Efforcez-vous. » En quelque état [que vous soyez], a faites effort, » contendite. Si pour avancer à la perfection, combien plus pour sortir du crime ! Marchez par la voie des saints : ils ne sont pas tous au même degré ; mais tous [oat pratiqué] le même Évangile. « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père * ; » mais il n'y a qu'une même voie pour y parvenir, qui est la voie de la croix, c'est-à-dire la voie de la pénitence. Si cependant Dieu vous frappe, etc., ne vous laissez pas abattre. « Ne craignez pas, petit troupeau : a Nolite timere, pusillus grex *. Il vous corrige, il vous châtie; ce n'est pas là ce qu'il faut craindre : Ne timeas flagellari, sed exhœredari * : « Ne craignez pas que votre Père vous châtie, craignez qu'il ne vous déshérite. » En perdant votre héritage, vous perdrez tout; car vous le perdrez luimême. Et ne vous plaignez pas qu'il vous refuse tant de biens qu'il accorde aux autres. Si vous voulez qu'il vous exauce toujours, ne lui demandez rien de médiocre, rien moins que lui-même, rien « de petit au grand » A ma gno pai-va ' : son trône, sa gloire, s» vérité, etc.