‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 90 sur 223 · DISCOURS SUR LE MEME SUJET · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LE MEME SUJET

Où, à l'occasion de la solennité des bienheureux, il est parité des fidèles qui achèvent de se purifier dans le purgatoire. Comment leur sainteté est-elle confirmée?

Puisque l'Église unit de si près la solennité des bienheureux qui jouissent de Dieu dans le ciel, et la mémoire des fidèles qui, étant morts en Notre-Seigneur sans avoir encore obtenu la parfaite pémission de leure fautes, en achèvent le payement dans le purgatoire, je ne les séparerai pas par ce discours, et je vous représenterai en peu de paroles quel est l'état où ils se trouvent. Je l'ai déjà dit en deux mots, lorsque je vous ai prêché que leur sainteté était confirmée, quoique non consommée encore. Mais encore que ces deux paroles vous décrivent parfaitement l'état des âmes dans le purgatoire, peut-être ne le comprend riez-vous pas assez si je ne vous en proposais une plus ample explication.

Disons donc, messieurs, avant toutes choses, ce que veut dire cette sainteté que nous appelons confirmée, et, afin de l'entendre sans peine, posez pour fondement cette vérité qu'il y a une différence notable entre la mort considérée selon la nature, et la mort considérée et envisagée lelon les connaissances que la foi nous donne. La mort

considérée selon ia nature, c'est la destruction totale et dernière de tout ce qui s'est passé dans la vie : In illa dit peribunt omnes cogitationes eorum *. « En ce jour-là toutes leurs pensées périront. » [La Psaimvste] regardait la mort selon la nature ; mais si nous la considérons d'une autre manière, c'est-à-dire selon les lumières dont la foi éclaire nos entendements, nous trouverons, chrétiens, que la mort, au lieu d'ôtre la destruction de ce qui s'est passé dans la vie, en est plutôt la confirmation et la ratification dernière. C'est pourquoi le Sauveur* a dit : Ubi ceciderit arbor^ ibi erit^ : « Où l'arbre sera tombé, il y demeurera pour toujours. » C'est-à-dire, tant que l'homme est en cette vie, la malice la plus obstinée peut être changée par la pénitence, la sainteté la plus pure peut être abattue par la convoitise. Gémissez, fidèles serviteurs de Dieu, de vous voir en ce lieu de tentations, où votre persévérance est toujours douteuse, à cause des combats continuels où elle est exposée à tous moments.

Mais quand est-ce que vous serez fermes et éternellement immuables dans le bien que vous aurez choisi? Ce sera lorsque la mort sera venue confirmer et ratifier pour jamais le choix que vous avez fait sur la terre de cette meilleure part qui ne vous sera plus ôtée : grand privilège de la mort qui nous affermit dans le bien et qui nous y rend immuables. Que si vous voulez savoir, chrétiens, d'où lui vient cette belle prérogative, je vous le dirai en un mot par une excellente doctrine de la divine Épitre aux Hébreux. Saint Paul nous y enseigne, mes frères, que la nouvelle Alliance que Jésus-Christ a contractée avec nous n'a été confirmée et ratifiée que par sa mort à la croix *. Et cela

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