‹ Sermons choisis de BossuetChapitre 92 sur 223 · Gai., m · texte numérisé non relu

Gai., m

*.. Luc, xxn, 80»

pourquoi donc disons-nous que leur sainteté, si bien confirmée, n'est pas encore consommée? Gela dépend d'une autre doctrine qu'il faut encore que Je vous explique, pour vous renvoyer bien instruits de la foi de la sainte Église touchant le purgatoire.

Objet, fin, utilité, prudente économie des abaissements du Fils de Dieu dans son incarnation ; sagesse des moyens qu'il emploie pour réparer notre nature et guérir ses maladies. Ses contradictions^ sa gloire, son triomphe.

Et hoc vobU tignum : invenietis infantem pannis involutum et poiitum in prœsepio.

Le Sauveur du monde est né aujonrdlial, et voici le signe que je vous en donne : von» tronverez on enfant enveloppé de langes posA dans une crèche.

Loo, II, tS.

Vous savez assez, chrétiens, que le mystère que nous honorons, c'est l'anéantissement du Verbe incarné, et que nous sommes ici assemblés pour jouir du pieux spectacle d'un Dieu descendu pour nous relever, abaissé pour nous igrandir, appauvri volontairement pour répandre sur nous les trésors célestes. C'est ce que vous devez méditer, c'est ce qu'il faut que je vous explique, et Dieu veuille que je traite si heureusement un sujet de cette importance, que vos dévotions en soient échauffées I Attendons tout du Ciel dans une entreprise si sainte, et, pour y procéder avec ordre, considérons comme trois degrés par lesquels le Fil«

de Dieu a voulu descendre de la souveraine grandeur jusqu'à la dernière bassesse. Premièrement, il s'est fait homme, et il s'est revêtu de notre nature ; secondement, ii s'est fait passible, et il a pris nos infirmités; troisièmement, il s'est fait pauvre, et il s'est chargé de tous les outrages de la la fortune la plus méprisable. Et ne croyez pas, chrétiens, qu'il nous faille rechercher bien loin ces trois abaissements du Dieu-Homme; je vous les rapporte dans la même suite et dans la môme simplicité qu'ils sont proposés dans mon Évangile. Vous trouverez, dit-il, un enfant : c'est le commencement d'une vie humaine; enveloppé de langes : c'est pour défendre l'infirmité contre les injures de l'air; posé dans une crèche : c'est la dernière extrémité d'indigence. Tellement que vous voyez dans le même texte : la nature par le mot d'enfant, la faiblesse et l'infirmité par les langes, la misère et la pauvreté par la crèche.

Mais mettons ces vérités dans un plus grand jour, et suivons attentivement; arrêtons-nous un peu sur tous les degrés de cette descente mystérieuse, tels qu'ils sont représentés dans notre Évangile. Et premièrement il est clair que le Fils de Dieu, en se faisant homme, pouvait prendre la nature humaine avec les mêmes prérogatives qu'elle avait dans son innocence, la santé, la force, l'immortalité; ainsi le Verbe divin serait homme sans être travaillé des infirmités que le péché seul nous a méritées. Il ne l'a pas fait, chrétiens; il a voulu prendre, avec la nature, les faiblesses qui l'accompagnent. Mais en prenant ces failalesses, il pouvait ou les couvrir, ou les relever par la pompe, par l'abondance, par tous les autres biens que le monde admire : qui doute qu'il ne le pût? Il ne le veut pas; il joint aux infirmités naturelles toutes les misères, toutes les disgrâces, tout ce que nous appelons mauvaise fortune, et par 1& ne voyez-vous pas quel est l'ordre de sa descente? Son premier pas est de se faire homme, et par là il se met audessous des anges, puisqu'il prend une nature moins noble,

selon ce que dit l'Écriture sainte : Miiiuisti eum paulo minus ah angelis * : « Vous l'avez abaissé au-dessous des anges. » Ce n'est pas assez : mon Sauveur descend le second degré. S'il est rabaissé par son premier pas au-dessous de la nature angélique, il fait une seconde démarche qui le rend égal aux pécheurs. Et comment? Il ne prend pas la nature humaine telle qu'elle était dans son innocence, saine, incorruptible, immortelle; mais la piend en l'état malheureux où le péché l'a réduite, exposée de toutes parts aux douleurs, à la corruption, à la mort. Mais mon Sauveur n'est pas encore assez bas. Vous le voyez déjà, chrûtiens, au-dessous des anges par notre nature, égalé aux pécheurs par l'infirmité; maintenant, faisait son troisième pas, il se va, ppur ainsi dire, mettre sous leurs pieds, ^a s'abandonnant au mépris par la condition misérable d^? sa vie et de sa naissance. Voilà, mes frères, quels sont les degrés par lesquels le Dieu incarné descend de son trône. Il vient premièrement à notre nature, par la nature à l'infirmité, de l'infirmité aux disgrâces et aux injures de la fortune : c'est ce que vous avez remarqué par ordre dans les paroles de mon évangile.

Mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus important ni ce qui m'étonne le plus. Je confesse que je ne puis assez admirer cet abaissement de mon maître ; mais j'admire encore beaucoup davantage qu'on me donne cet abaissement comme un sirne pour reconnaître en lui le Sauveur du monde : Et hoc cobis signum, nous dit l'ange. Votre Sauveur est né aujourd'hui, et voici la marque que je vous eu donne : un enfant revêtu de langes, couché dans la crèche ; c'est-àiire, comme nous l'avons déjà expliqué : Gourez à cet enfant nouvellement né, vous y trouverez... Qu'y trouveronsnous? Une nature semblable à la vôtre, des infirmités telles que les vôtres, des misères au-dessous des vôtres. Et

\. Ps. vn, «

hoc vobis signum. Reconnaissez à ces belles marques qu'il est le Sauveur qui vous est promis.

Quel est ce nouveau prodige? que peut servir à notre faiblesse que notre médecin devienne infirme, et que notre libérateur se dépouille de sa puissance? Est-ce donc une ressource pour des malheureux qu'un Dieu en vienne augmenter le nombre? Ne semble-t-il pas, au contraire, que le joug qui accable les enfants d'Adam est d'autant plus dur et inévitable, qu'un Dieu même est assujetti à le supporter? Gela serait vrai, mes [frères], si cet état d'humiliation était forcé, s'il y était tombé par nécessité, et non pas descendu par miséricorde. Mais, comme son abaissement n'est pas une chute, mais une condescendance : Descendit ut levaret, non cecidit ut jacerot^, et qu'il n'est descendu à nous que pour nous marquer les degrés par lesquels nous ^^ouvons remonter à lui, tout l'ordre de sa descente fait celui de notre glorieuse élévation, et nous pouvons appuyer notre espérance abattue sur ces trois abaissements du Dieu- Homme.

Est-il bien vrai? le pouvons-nous croire? quoi! les basgesses du Dieu incarné, sont-ce des marques certaines qu'il est mon Sauveur? Oui, fidèle, n'en doute pas ; et en voici les raisons solides qui feront le sujet de cet entretien. Ta nature était tombée par ton crime : ton Dieu l'a prise pour la relever : tu languis au milieu des infirmités; il s'y est assujetti pour les guérir; les misères du monde t'effrayent: il s'y est soumis pour les surmonter et rendre toutes ses terreurs inutiles. Divines marques, sacrés caractères par lesquels je connais mon Sauveur, que ne puis-je vous expliquer à cette audience, avec les sentiments que vous méritez I Du moins efforçons-nous de le faire, et commençons h montrer dans ce premier point que Dieu prend notrfl nature pour la relever.

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