Ib., VI
Quand je recherche les causes d'un effet si extraordinaire, et que je me demande à moi-même : D'où vient que les hommes s'effrayent de Dieu? il s'en présente à mon esprit deux raisons qui vont apporter de grandes lumières au mystère de cette journée. La première cause, c'est l'éloignement; la seconde, c'est la colère : expliquons ceci. Dieu est infiniment éloigné de nous, Dieu est irrité contre nous. Il est infiniment éloigné de nous par la grandeur de sa nature; il est irrité contre nous par la rigueur de sa justice, parce que nous sommes pécheurs. Gela produit deux sortes de crainte : la première vient de l'étonnement, elle naît de l'éclat de la majesté; l'autre, des menaces. Ah ! je vois trop de grandeur, trop de majesté : une crainte d'étonnement me saisit, il est impossible que j'en approche. Ah! je vois cette colère qui me poursuit : ses menaces me font ttembler, je ne puis supporter l'aspect de cette moj esté irritée; si j'approche, je suis perdu. Voilà les deux craintes : la première, causée par l'étonnement de la majesté; la seconde, par les menaces de la justice et de la colère divines. C'est pourquoi le Fils de Dieu lait deux choses : chrétiens,voici le mystère. En se revôtunt de notre nature, premièrement il couvre la majesté, et il ôte la crainte d'étonné, ment; en second lieu, il nous fait voii' qu'il nous aime par le désir qu'il a de nous ressembler, et il fait cesser les menaces. C'est tout le mystère de Cette journée, c'est ce que que j'avais promis de vous expliquer. Vous voyez par quel sxcès de miséricorde le Fils unique du Père éternel nous :end la liberté d'approcher de Dieu et relève notr^nature abattis=i. Mais ces choses ont besoin d'être méditées : ne passons pas ici si légèrement par-dessus ; tâchons de les rendre sensibles en les étendant davantage.
Et premièrement, chrétiens, il est bien aisé de comprendre que Dieu est infiniment éloigné de nous; car il n'est rien de plus éloigné que la souverainetf' et lu servitude, que la tou tu-puissance et une eytrôœie faiblesae, que l'éternité
DE LA NATIVITÉ DE NOTRK-SEIONEUR t8«
toujours immuable et notre continuelle agitation. En un mot, tous ses attributs l'éloignant de nous : son immensité, son infinité, son indépendance, tout cela l'éloigné; et il n'y en a qu'un seul qui l'approche : vous jugez bien que c'est la bonté. Sa grandeur l'élève au-dessus de nous, sa bonté l'approche de nous et le rend accessible aux hommes; et cela est clair dans les saintes Lettres. « Cachez-vous, dit le prophète Isaîe *, entrez bien avant dans la terre, jetezvous dans les cavernes les plus profondes : » Ingredere in petram, et abscondere in fossa humo. Et pourquoi ? « Cachezvous, dit-il encore une ibis, devant la face terrible de Dieu et devant la gloire de sa majesté : » A fade tAmoris Domini, et a gloria majestatis ejus. Voyez comme sa grandeur l'éloigné des hommes. La miséricorde, au contraire, « elle vient à nous, » dit David : Veniat super nos misericordia tua *. Nonseulement elle vient à nous, mais « elle nous suit : » Misericordia tua subsequetur me ^. Non-seulement elle nous suit, mais « elle nous environne : » Sp?rantem autem in Domino misericwdia circumdabit *. Tellement qu'il n'est rien de plus véritable qu'autant que la grandeur de Dieu l'éloigné de nous, autant sa bouté l'en approche.
Mais elle exige une condition nécessaire : c'est que nous soyoDf^ innocents. Sommes-nous abandonnés au péché, aussitôt elle se retire ; et voyez un effet étrange : la bonté s'étant retirée, je ne vois plus ce qui m'approche de Dieu ; je ne vois que ce qui m'éloigne ; la crainte et l'étonnement me saisissent, et je ne sais plus par où approcher. Gomme un Homme de condition médiocre qui avait accès à la cour par une personne de crédit qui le lui donnait, il parlait et était écouté, et les entrées lui étaient ouvertes. Tout d'un coup son •protecteur se retire, et on ne le connaît plus : tous les pas-