Ibid., XXII
*. Ibid., XXII, sU
-^agos sont inaccessibles, et de sa bonne fortune passée il ne lui reste que l'étonnement de se voir si fort éloigné. Il en est ainsi arrivé à l'homme. Tant qu'il conserva l'innocence, Dieu lui parlait, il parlait à Dieu avec une sainte familiarité. Mais comment s^en approchait-il, direz-vous, puisque la distance était infinie? Ah! c'est que la bonté descendait à lui et l'introduisait près du trône. Maintenant cette bonté étant offensée, elle se retire elle-même. Que fera-t-il et oii ira-t-il? Il ne voit plus ce qui l'approchait : il découvre seulement de loin une lumière qui l'éblouit et une majesté qui l'étonné. Bonté, où êtes-vous? bonté, qu'êtes-vous devenue? ah ! son crime l'a éloignée. Sa vue se perd dans l'espace immense par lequel il se sent séparé de Dieu, et dans l'étonnement où il est, en voyant cette hauteur sans mesure, i] croit qu'il est perdu s'il approche, il croit que sa petitesse sera accablée par le poids de cette majesté infinie. Voilà quelle est la première cause qui nous empêche d'approcher de Dieu : c'est la grandeur et la majesté. C'est pourquoi les philosophes platoniciens, comme remarque saint Augustin, disaient que la nature divine n'était pas accessible aux hommes, et que nos vœux ne pénétraient pas jusqu'à elle. Je ne m'en étonne pas, chrétiens, je ne m'étonne pas que les philosophes désespèrent d'approcher de Dieu : ils n'ont pas un Sauveur qui les y appelle, ils n'ont pas un Jésus qui les introduise. Ils ne regardent que la majesté dont ils ne peuven-t sud porter l'éclat, et ils sont contraints de se retirer en treri: blant.
Mais si la splendeur et la gloire de ce^te divine fa<îe uouè inspire tant de terreur, que sera-ce de la colère ? Si lee bommes ne peuvent s'approcher de Dieu seulement parce qu'il est grand, comment pourront-ils soutenir l'aspect d'un Dieu justement irrité contre eux? Car si la grandeur de Dieu nous éloigne, la justice va bien plus loin : elle nous repousse avec violence. C'est le second sujet de nos craii»tes,
DE LA NATIVITÉ I)E NOTRE-SEIGNEUR îe33
i*.ur lesquelles je n'ai qu'un mot à vous dire, parce que la chose n'est pas difficile. Représentez-vous vivement quelle tut l'horreur de cette journée en laquelle Dieu maudit nos parents rebelles, en laquelle le chérubin exécuteur de sa vengeance les chassa du paradis de délices, qu'ils avaient déshonoré par leur crime, les menaçant avec cette épée de flamme lorsqu'ils osaient seulement y tourner la vue. Quels turent les sentiments de ces misérables bannis? Combien étaient-ils éperdus ! Ne leur semblait-il pas, en quelque lieu qu'ils puissent fuir, qu'ils voyaient toujours briller à leurs yeux cette épée terrible, et que cette voix tonnante, devant laquelle ils avaient été contraints, de se cacher, retentissait continuellement à leurs oreilles? Après les menaces, après les terreurs de ce triste et funeste jour, ne vous étonnez pas, chrétiens, si les Écritures nous disent que les hommes appréhendent naturellement que la présence de Dieu ne les tue. C'est que, depuis cette première malédiction, il s'est répandu par toute la nature une certaine impression secrète que Dieu est justement offensé contre elle : si bien que vouloir mener les hommes à Dieu, c'est conduire des criminels à leur juge, et à leur juge irrité ; et leur dire que Dieu vient à eux, c'est rappeler en quelque sorte à leur mémoire le supplice qui leur est dû, la vengeance qui les poursuit et la mort qu'ils ont méritée. C'est pourquoi ils s'écrient : « Nous mourrons de mort, si Dieu se présente seulement à nous. »
Vous voyez p?r là, chrétiens, quelle est l'extrémité de notre misère, puisque nous sommes éloignés de Dieu, et que les entrées nous sont défendues. Venez maintenant, ô Sauveur Jésus ! et ayez pitié de nos maux : couvrez la majesté qui nous étonne, désarmez la colère qui nous épouvante : Redde rnihi lœtitiam salutaris tui K Kendez-aous Vaccès près de votre Père, duquel dépend tout notre bon-
\. Ps. I, 18,
heur; rendez-nous cette bonté qui s'est irritée, ne pouvant souffrir nos péchés, afin que nous puissions approcher de Dieu. Ne craignons plus, nous sommes exaucés; je la voia paraître. Et hoc vobis signum. Voilà le signe qu'on nous en donne : je la vois dans la crèche de Jésus-Christ ; je la vois en cet enfant nouvellement né. Dieu n'est plus éloigné de nous, puisqu'il se fait homme; Dieu n'est plus irrité contre nous, puisqu'il s'unit à notre nature par une étroite alliance. La bonté, que notre crime avait éloignée, revient à nous. Écoutez l'Apôtre qui nous la montre : Jpparuitgra Ha et benignitas Salvatoris nostri Dd * : « La grâce et la bénignité de Dieu notre Sauveur nous est apparue. « 0 paroles de consolation ! Remettez, messieurs, en votre pensée ce que nous avons expliqué, que la grandeur de Dieu l'éloigné de nous, et que sa justice repousse bien loin les pécheurs ; il n'y a que sa bonté qui l'approche et le rend accessible aux hommes. Que fait ce grand Dieu pour nous attirer? il nous cache tout ce qui l'éloigné de nous, et il ne nous montre que ce qui l'approche. Car, mes frères, que voyons-nous en la personne du Dieu incarné? que voyonsnous e'n ce Dieu enfant que nous sommes venus adorer? Sa gloire se tempère, sa majesté se couvre, sa grandeur s'abaisse, cette justice rigoureuse ne se montre pas ; il n'y a que la bonté qui paraisse, afin de nous inviter avec plus d'amour : Jppaniitgratia et benignitas Salvatoris nostri JDet. Voyez cette majesté souveraine que les anges n'osent regarder, devant laquelle toute la nature est émue : elle descend, elle se rabaissé, elle traite d'égal avec nous. Et ce qui est bien plus admirable, c'est afin, dit Tertullien, que nous puissions traiter d'égal avec elle : Ex œquo agebat Beus cum homine, at homovel ex œquo agére cum Deo posset *. Traiter d'égal avec Dieui pèUt-on rélever plus la nature humaine? peut-oû