‹ Sermons choisis de J. Saurin sur divers textes de l'Ecriture sainteChapitre 10 sur 33 · XVI NOTICE · texte numérisé non relu

XVI NOTICE

pénètrent et me transportent, je ne sais quels mouvements de mon cœur me promettent que ce discours aura plus de succès que ceux que nous vous avons adressés jusqu'à ce jour. Demandez avec hardiesse, distributeurs de nos charités; venez dans nos maisons^ bénis de V Éternel^ et recueillez les aumônes d'un peuple qui contribuera avec joie, et qui donnera même avec reconnaissance*. »

L'émotion que produisirent ces exhortations éloquentes fut générale et profonde. En sortant du temple, les riches jetèrent dans les troncs placés aux portes leur or et leurs bijoux. Plusieurs assurèrent aux pauvres des legs considérables. Chacun voulut contribuer à soulager la glorieuse infortune des victimes de la persécution. Saurin lui-même donna l'exemple. Les réfu* giés réduits à l'indigence trouvèrent en lui un protecteur et un ami. Il concourut à la fondation de sociétés destinées à pourvoir à leurs besoins. 11 ne craignit pas de renouveler les collectes, se glorifiant d'être importun auprès des heureux de la terre pour soutenir ses frères proscrits.

Le troupeau du pasteur de La Haye se composait de princes, de hauts dignitaires, de riches négociants des sept provinces, mais surtout de réfugiés. Banni luimême et menacé d'une mort ignominieuse s'il remettait le pied sur le sol de sa patrie, asservie au plus avilissant despotisme, Saurin éprouvait un sentiment do respect et de douloureuse sympathie pour ces exilés

Kxtrait du discours tur l'Aumône,

SUR JACQUES SÂURIN. XVH

volontaires qui avaient suivi leurs ministres chassés^ Leurs souffrances» leurs plaintes, leurs espérances lui ont inspiré quelques-uns de ses plus beaux niouve«> ments oratoires. La plupart s'obstinaient à croire à leur prochain retour. Les uns Tattendaient de la clémence de Louis XI V, les autres comptaient sur les victoires des alliés. Les plus ardents annonçaient la résolution de pénétrer en armes dans le royaume, pour en arracher et pour entraîner à leur suite leurs frères opprimés. Saurin trouva dans son cœur des consolations pour tous :

€ Peut-être Dieu aura-t-il compassion de ceux qu'il a affligés ' ,• peut-^être ce glaive flamboyant, qui nous poursuit depuis vingt années, rentrerort-il dam son fourreau^; peut-être que nous cesserons quelque jour d'être un peuple malheureux, errant sur la face de l'univers, excitant le courroux des uns, lassant la charité des autres; peut-être que Dieu, pour récompenser la charité que vous avez témoignée en nous recueillant, vous donnera la gloire de nous rétablir, et qu'après avoir logé l'arche captive, vous la ramènerez en Silo, avec chant de triomphe; peut-être que si nous concourons tous aujourd'hui à un même but, si nous sommes tous unis par un lien de charité, si, animés d'un feu si beau, nous lui adressons nos prières, après lui avoir offert nos aumônes, peut-être que nous relèverons les murs de notre Jérusalem, peut-être que nous rachèterons nos forçats; peut-être que, si Dieu veut que cette

' EsaîexLiz. 13.

^ Jérém. xltii. 6.

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