‹ Sermons choisis de J. Saurin sur divers textes de l'Ecriture sainteChapitre 9 sur 33 · XIV NOTICE · texte numérisé non relu

XIV NOTICE

ne pût avouer un prédicateur catholique. Quel est celui qui ne voudrait avoir composé ce sermon touchant sur VAumùnCy prononcé à La Haye, à l'occasion d'une col<» lecte ordonnée pour les réfugiés tombés dans Tindi* gence? Saurin n'y cherche pas à faire Téloge de la charité ; il ne s'étend pas môme sur la nécessité du moment «t sur l'étendue des misères qu'il faut soulager; mais il expose avec une originalité puissante et une force de raisonnement invincible le rôle de la charité dans les desseins de la Providence.

« Si Dieu vous demande vos aumônes, dit-il, c'est par un effet de sa bonté envers vous. Oui, je voudrais graver cette vérité dans votre âme, et ce sentiment dans vos cœurs. Je voudrais vous faire bien comprendre que Dieu n'a pas besoin de vous pour l'entretien des pauvres, et qu'il a mille moyens en main pour leur subsistance. Je voudrais vous pouvoir bien convaincre que s'il a voulu qu'il y eût des pauvres, c'a été par un principe que nous avons marqué; c'a été par un principe de grandeur à laquelle ]e ne sais quel nom il faudrait donner. Dans la dispensation de ses autres grâces, s'il vous réjouit par la magnificence de ses dons, il vous accable sous leur poids : aujourd'hui il veut vous devoir quelque chose. 11 veut devenir votre débiteur. Il se fait pauvre pour pouvoir être enrichi par vous'. »

Cette même pensée reparaît dans l'entraînante péroraison de ce discours, où l'on remarquera une image pleine de poésie :

' Extrait du discours iur VÀumône,

SUR JACQUES SÂURIN. XT

c Que des raisons si pressanteSi que de si nobles mo* tifs se fosseni jour à travers les oœurs les plus endurcis; que chacun se les applique en particulier. Car il arrive pour l'ordinaire en ces circonstances, qae chacun se repose sur le public, et s'imaginant que sa charité par«ticulière ne sera rien sur la somme totale, il «se dispense de dcmner par cette raison. Non, mes firères, il u'yji personne ici qui ne fasse nombre, il n'y a personne qui ne doive se considérer comme le public, et comme faisant en quelque sorte toute l'assemblée; il n'y a per« sonne qui ne doive considérer sa contribution conune décidant de rsJ[)ondance ou de la disette de notre collecte. Ainsi, que chacun se taxe, que personne ne de«meure en arrière; qu'on voie une noble émulation au milieu de nous : que le grand donne des revenus de ses emplois; que l'homme de guerre donne de sa paye; quQ le marchand donne du fruit de son commerce; que l'artisan donne du travail de ses mains; que le pasteur consacre de ce que lui procurent ses méditations et ses études; que le jeune homme donne de ses plaisirs; que la femme mondaine donne de ses ornements; que la pécheresse donne le parfum de grand prix * destiné à des usages profanes; que l'habitant de ces provinces donne de son patrimoine; que le réfugié donne, qu'il ramasse les débris de son vaisseau fracassé, et qu'il en allume un feu pour offrir des sacrifices à ce Dieu qui l'a sauvé du naufrage.

< Mes frères, je ne sais quels mouvements de joie me

' Matth XXVI. 7,

Page 1