‹ Sermons choisis de J. Saurin sur divers textes de l'Ecriture sainteChapitre 20 sur 33 · SEItMOff · texte numérisé non relu

SEItMOff

exactement à ma voix et si vous gardez mon alliance, vous serez entre tous les peuples mon plus précieux joyau, bien que toute la terre m*appartienne *. Le peuple est frappé de tant de merveilles, chacun est occupé des mêmes objets, chacun parait animé d'un même désir, tous les cœurs semblent réunis, et on n'entend plus qu'une voix en Israël : « Nous ferons tout ce que TÉternel nous a dit ^ » Mais cette dévotion eut un grand défaut, c'est qu'elle ne dura que quarante jours. Dans quarante jours la délivrance d'Egypte , la catastrophe de Pharaon , la mer traversée, l'alliance renouvelée , dans quarante jours , vœux , promesses, serments , tout fut effacé du cœur et de la mémoire. Moïse ne paraissait plus, l'éclair ne brillait plus, le tonnerre ne résonnait plus, et les Juifs « firent un veau en Horeb, se prosternèrent devant l'ouvrage de leurs mains, et changèrent la gloire de Dieu en l'image d'un bœuf qui broute l'herbe % » pour parler avec l'Écriture : c'est ce qui attira à Moïse ce sanglant reproche de la part de Dieu. « Va, dit Dieu à Moïse, toujours fervent pour le salut de son peuple, toujours prêta plaider pour lui; va, descends, car ton peuple que tu as fait monter d'Egypte s'est corrompu ; ils se sont bientôt détournés de la voie que je leur avais commandé de suivre ^ ; )> ils se sont bientôt détournés, voilà le grand défaut de leur dévotion, voilà ce qui rendit leur dévotion funeste et infructueuse.

Ce portrait vous est-il étranger, mes frères? Cette histoire n'a-t-elle rien qui vous regarde d'une manière directe? Y eut-il jamais de jours plus solennels que ceux que nous célébrons dans ces conjonctures? Dieu

• Eiod. xiY. 4, H. — » Ibid. xix. 3. -^ * Ps, cri. 19, — Eiod. MXii,

Vint-il jamais à nous avec plus de grâces? Allâmesnous jamais à lui avec plus de vœux ! D'un côté cette année qui se renouvelle, et qui rappelle à nos esprits tant de discours effrayants que nous adressèrent les ministres de Jésus-Christ au commencement do l'année dernière, tant de coups frappés, sur qui? sur les ennemis de Dieu? Hélas! sur TÉtat, sur TÈglise; tant de personnes enlevées au milieu du champ de bataille, tant d'autres entraînées par le tourbillon des choses humaines; tant de périls en un mot dont nous étions menacés, mais dont ta miséricorde, ô Dieu, nous a affranchis ; d'un autre côté, cette table sacrée, ces symboles augustes, ces arrhes de notre félicité éternelle, tous ces objets n'égalent-ils pas ce jour aux plus beaux de notre vie?

Si le ciel a ainsi répondu à la terre, nous aimons à le reconnaître, mes frères, et nous embrassons avec avidité cette occasion de faire votre éloge, la terre a répondu au ciel. A en juger par l'extérieur, vous avez épuisé nos souhaits et surpassé nos espérances. Il fallait se préparer à la sainte Cène, vous vous y êtes préparés; il fallait venir dans ce temple, vous y êtes venus ; il fallait faire des promesses, vous en avez fait. Il nous semblait, en voyant ce matin ce peuple venir avec une égale ardeur à la table de Jésus-Christ, il nous semblait lui entendre dire, comme autrefois les Israélites : « Nous ferons tout ce que l'Éternel nous a dit. »

Mais vous le dirons- nous, mes frères, un nuage obscurcit les lumières de cette solennité. Je vous crains, dirai-jedans quarante ? hélas! je vous crains dans quatre jours. Ces temples vont être fermés, cette table ne paraU plus, la voix des serviteurs de Dieu va cesser de

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retentir à vos oreilles, et ^e crains qœ Dieu m disQ de vQus : d Ils se sont bientôt déU)ur^s 4p ta voic^ qm je leur avais comnaandée. «

Ne nous contenions pas de préypir \& nu^l , travaillions à le prévenir ; c'est )a de&tin^tioa de ce discours, il roulera sur les dévouions p^ssagère^. ^ous voua sidrei^ sons ces paroles, ces tendres parqles , qui nous engiK gent à bien plus de réflexions qu'elles qq semb^nt en présenter d'abord à l'esprit, et dopt tqutes no^ réflexions ne sauraient épuiser le seps ; pous vûu9 adre9C(ons de h part de Dieu ces tendres, parole^ : f Que te ferai-^je, ^phraim? que le ferai-je» Ji^da? puisque votre piété (ou. votre gratuité) est comme une nuée du n^sittn, comme la rosée de l'aube du jpi^r qui se di»ii^i|>^- »

Ainsi nous voudrions rendre vos dons à l'égard de Dieu aussi fermes que ceux de Dieu k votre égard. Les dons que Dieu vous a faits « sont irrévotîables ' • L'al-r liance qu'il a traitée avec vous porte cette clause : « Quand les montagnes crouleraient, quand les coteaux s'ébranleraient , ma bonté ne se retirera point de toi, l'alliance de ma paix subsister^ % » Il faut aussi que nos dons envers Dieu soient » irrévocables ; » il feut que nous puissions lui dire fiussi : « Quand )es memta^ gnes crouleraient, quand les coteaux s'ébranleraient, ma fidélité ne se départira point de toi, » l'alliance que j'ai traitée avec toi « ne sera point méprisée : j'ai juré, ^t je le tiendrai» d'observer les ordonnaiices de ta ju^ tice \ » Amen.

a Que te ferai-je, Épliraim? Que Iq f<$rai-je, Jud»? i Ëpbraïm, Juda, n^ sont pas les term^ de noire t«xte

' ^w. XI. 29. — ' Euîc Liv. 10. — -^ Pft. dix. 106. %

qui ont un plus graïul lK'4K)in d'explication. Vous savez q^e, depuis le «cbi^me de jéroboam, arrivé ^us Ro- Inmin, (lU de galo^noPi le p^ple de V\w, qui avait été réuni jusqu'alors sous \i\i nièpne gouveri)emeut, constitua deux royaumes, celui de Judaet celui d'Israël : CAiui de Juda dont Jérusalem était (a capitale, celui d'isniêl dont Samane était la capitale, e\ qui est désigna du noin d'Épliraim dans uos ]ilcritures ; « iuda, Ç|phraim » ii^arquent donc Tun et Tautre do ces royau* ofiea : cela n a pas besoin de preuves; e( s'il y a quelque chose à remarquer a cette occasion, c'est qu'il est élpunant que la plupart de« interprètes, qui sont soU'r vent l'éçho les uns dçs autres, aient parlé du ministère 4'Qséc comme n'étant destiné qu'au royaume d'israê), au lieu qu'il parait par ce texte et par plusieurs autres, qu'il était adressé et au royaume de Juda et à celui d'l$iraêl, tout eusemble.

Mais de toutes les conjectures peu heureuses , je dQUte s'il pourrait y en avoir quelqu'une qui le fût Oioins que celle de quelques docteurs, qui croient que notp^ texte est prophétique ; la a gratuité m dont il est ici parlé marque, selon eux, la mi^iéricordeque ]>icu dovait déployer sous les périodes de l'évangile : cette « ro* ^ V siguiQe le Messie : Iç « matin, ta gratuité est comme la rosée du matin, » désigne l'économie nouvelle ; et conune chacun propose ses pensées sous quelque apparence de fondement, ou ne manque pas d'en aUéguer en faveur de celle-ci. Cette expression, diton, c ta gratuité, » ne marque pas la gratuité que le peuple exerce, mais celle qui est exercée envers le peuple, ^t, là-dessus on vous allègue le gjéuie de la langue sainte et divers passages qui justifient ce tour d'expression, comme celui-ci : « Mon peuple pend attache

à sa rébellion \ » pour dire à sa rébellion contre moi. c La rosée, ajoute-t-on, signifie le Messie» car il est promis sous cet emblème dans divers passages de TÉcri* ture. « Le matin, » marque Téconomie nouvelle qui nous est souvent annoncée sous cette idée par les prophètes, et tout ce texte : « ta gratuité est comme la rosée de Taube du jour qui se dissipe, » est une merveilleuse opposition de la loi à TÉvangile. I^ loi était comme une grêle qui ravage la terre , TÉvangile es! une rosée qui la réjouit ; la loi était une sombre nuit, l'Évangile est un jour serein; «ta gratuité est comme la rosée de Taube du jour qui se dissipe, » c'est-àdire qui vient. Voilà bien des vérités qui ne sont point à leur place, n Ta gratuité » peut signifier la gratuité qu'on exerce envers toi ; le Messie nous est représenté comme une «rosée, » l'économie de l'Évangile est promise sous Temblème du matin , tout cela est vrai, mais tout cela n'est point à sa place. Ce mot de « gratuité, » qui forme la première erreur de ce commentaire , peut être entendu de la piété en général , il a celte signification dans plusieurs passages de l'Écriture. Le substantif qui en est dérivé se prend ordinairement pour les hommes pieux , et si nous en croyons un célèbre critique ', c'est du mot « Hasidim, » les pieux, qu'est dérivé celui « d'Esséens, » qui était le nom d'une secte parmi les Juifs, ainsi nommée, parce qu'elle faisait profession d'une piété plus soutenue que les autres. Une « gratuité » qui est « comme la rosée du matin qui se dissipe, » c'est une piété apparente, mais qui est de peu de durée ; et toutes ces paroles : « Que te ferai-je, Éphraïm? Que te ferai-]e, Juda? puis-

' 0»ec XI. — ' Grolius.

que votre piété est comme une rosée du matin qui se dissipe, » sont un reproche de Dieu à son peuple sur rinconstance de ses dévotions. Envisageons ce texte sous cette face, et considérons premièrement la nature, secondement l'inutilité des dévotions passagères. C'est le but de tout ce discours.

Quelle est cette gratuité ou cette piété qui est « comme la nuée du matin » ou comme « la rosée de l'aube du jour qui se dissipe? » Nous n'entendons ici ni ces dehors trompeurs des hypocrites , qui, sous des voiles de ferveur et de religion, cachent des cœurs irréligieux et profanes; ni la disposition de ces chrétiens qui, après s'être élevés jusques au ciel par les élans de leur zèle , sont rappelés au monde par leur propre fragilité, éprouvent même les mouvements de la cupidité, après s'être laissés entraîner par ceux de la grâce : la dévotion que nous voulons dépeindre va plus avant dans la religion que cette première disposition, mais elle ne va pas si loin que la seconde.

La dévotion passagère dont nous parlons n'est pas rhypocrisie; Thyijocrisie n'est pas capable de suspendre un seul moment les coups de la justice divine; elle est moins propre à l'éteindre qu'à l'embraser. Ce n'est point aux hypocrites que Dieu tient ce tendre langage : « Que te ferai-Je , Éphraïm ? que te ferai-je , Juda ? » Leur sentence est prononcée, leur malheur est arrêté. < Hypocrites, Ésaïe a bien prophétisé de vous, lorsqu'il a dit : Ce peuple m'honore vainement de ses lèvres, mais son cœur est bien éloigné de moi; mallieur à vous, scribes et pharisiens '. » Leur portion sera

» mtth. «T. 7.

âl4 SERMON

avec les hypocrites là oà il y a c des pleurs et des grtitcéments de dents*. »

La piété que nous voulons dépeindre n'est pas non plus celle du fidèle faible et chancelant. Quelque imparfaite que soit cette piété, elle est pourtant véritable. Sans doute, c'est un objet bien humiliant pour le fidèle que ces bornes étroites qui le renferment et qui l'arrêtent dans l'activité de sa dévotion. Qu'il lui est doux d^ns ces heureux jours de sa vie, où, perdant le moAde de vue, il est tout occupé du ciel ; qu'il lui est doux de s'élever alors au-dessus des sens et 4o la matière , de monter avec Dieu, comme autrefois Moïse, sur la sainte montagne , et là de s'entretenir aveo Dieu , de lui parler de la religion, du salut, de l'ôlemité! Qu*il lui est doux de se dédommager alors du temps qu'il a perdu sur la terre , de verser ses soucis dans le sein de Dieu, da donner l'essor à son amour, de lui dire avec de saints hommes : « Seigneur, tu sais que je t-aime^ ; approcher de Dieu , c'est mon bien » ; mon âme est rassasiée comme de luoelle et de graisse * ; » et que c'est une chose mortifiante pour lui, après avoir donné de si grands objets à ses méditations > d'être fbrcé par in faiblesse de sa nature de revenir au -monde el de a'oecupor, de quoi? d un habit, d'uU domestique, d'un rien ; surtout que c'est upe chose mortifîante pour lui, après avoir goûté des plaisirs si purs, de se trouver encore scnsiblp à ceux du péché 1 Mais après tout, cette piété, quoique imparfaite, est pourtant véritable ; oile doit bien poqs humilier, mais elle ne doit pas nous confondre, et oe serait être animé d^un esprit trop sévère que de l'envelopper aveô cette piété qui

• Malth. XXIII. 13, — • Jean xxi. 15. — =» Ps. Lxxiii, Î8. — * Fi. l'Jliii. 6,

SUR LES DÉVOTtOMS PASSACÉRëS. 315

est c comme la nuée éi comme la rosée du tnatin qui se dissipe. >

La piété dont nous parlotilï tient te milieu etiire ee^ deux dispositions : comme j*ai dit, elle tiè vtt pas si avant que la seconde dans la barrière de la religion, mais elle va plus avant que la première. Elle est sin-^ cère , en cela elle est supérieure à Thypoerisié ; maiâ elle est infructueuse , m cela elle est inrérieiire à la piété du chrétien faible et chancelant; elle est as^eil vive pour faire connaître le crime , niais non pas potlf le faire corriger; assex pour faire promettre avec sin*" oérité, mais non pas pour faire tenir avec fermeté; asseï pour attendrir le cœur, mais non pas pour le transformer; asséft pour arracher des larmes, mais non pas pour déraciner de mauvais penchants; c'est une certaine piété de temps, d'occasion, de circonatancea, qui se diversifie en mille espèces, qui a des causes sans nombre ; et, pour entrer dans quelque détaily c'eat une piété qui doit ordinairement sa naissance, ou aux catastrophes publiques, ou aux fêtes solennelles, ou à l'approche de la mort, mais qui s'évanouit incontinent avec les causes qui la faisaient naître.

1. NotiiS entendons par cette piété qui est comme la € roiée de TaUbe du jour qui se dissipe, » celle qu'excitent {Krtir l'ordinaire les catastrophes publiques; un État prospère, son commerce fleurit, ses armées triomphent, son suffrage donne le branle à l'univers, les vices, suites ordinaires de la prospérité, naissent du sein de la prospérité même, la conscience dort au milieu du tumulte des passions, et à mesure que la corruption grossit, la sécurité augmente. La patience de Dieu se lasse, et par les coups dont elle frappe , ou par ceux dont elle menace de frapper, elle enlève cette prospé-

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rite, du moins elle menace de Tenlever; les sinistres messagers de là vengeance de Dieu viennent signifier leur commission formidable* Ces < vents, » dont il < fait ses anges, » font déjà entendre leurs sons affreux; < ces flammes de feu, » dont il fait c ses ministres, » font déjà voir leur épouvantable lueur ' ; la peste, la guerre, la famine, exécuteurs de ces arrêts du courroux céleste, préparent leur redoutable ministère ; un être nommé « la mort, » et un autre appelé c sépulcre, i> reçoivent cet ordre sanguinaire : Allez, courez, exterminez « par la mortalité, par Tépée et par la famine, la quatrième partie de la terre S » Chacun voit dans le malheur public sa perte particulière, «Capernaûm élevée jusqu'au ciel va être abaissée jusqu'aux enfers \ » Les Jonas se promènent dans Ninive, et font retentir ses murs de ces sons lugubres : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite *; encore quarante jours et Ninive sera détruite, » ou, pour laisser les noms empruntés, et pour rapprocher nos portraits des originaux qui nous en ont fourni la matière , vos pasteurs aflranchis de leur timidité ou de leur lâcheté naturelle, méprisant ces petits tyrans, dirai-je, ou ces vermisseaux, qui voudraient qu'au milieu d*un peuple tout libre nous fussions les seuls esclaves, que tandis qu'on voit les vices courir déchaînés, la «parole de Dieu » fût « liée S » et que dans l'exercice d'un ministère de réformation, nous fussions plus lâches que des évoques de cour ou des prédicateurs de princes; vos pasteurs vous font entendre leur voix : on vous fait remonter jusqu'à votre première origine, on retrace à vos yeux ces édits cruels, ces proscriptions sangumai-

' Hébr. I. 7. — 2 Apoc. vi. 8. — * Luc x. t5. ~ ' Jon. m. 4. — ^ i. Tim. II. 9.

rcs, ces flots de sang , ce tas de morts et de mourants qui ont été, s'il faut ainsi dire, les premiers fondements de cette république; de ce que vous fûtes alors on passe à ce que vous êtes aujourd'hui, on vous représente quel fut le but que Dieu s'était proposé en signalant ainsi SSL miséricorde envers vous, on vous dit que c'avait été de vous engager à étendre la vérité dans les climats idolâtres, à la défendre dans les pays cruels et persécuteurs, à la maintenir dans votre sein et à éloigner ainsi du milieu de vous la profanation , l'incrédulité, l'athéisme ; on vous somme si vous avez répondu à ces vues, si ces « mains affaiblies, » si ces « genoux chancelants *, » si ces voiles de superstition étendus encore dans les lieux de votre domination, si cette « ruine de Joseph » négligée % si l'irréligion levant insolemment la tête au milieu de vous et se trouvant si souvent chez ceux qui devaient travailler à la bannir de chez les autres, si ces objets ne témoignent pas contre vous; on vous fait voir la Divinité prête à venger ces rébellions, et, s'il est permis d'ainsi dire, on prêche à la lueur de l'éclair et au son même du tonnerre : alors chacun est frappé de ces objets, tous les cœurs semblent réunis; nous voulons « nous mettre à la brèche pour détourner la colère de Dieu ' ; » le magistrat descend de son tribunal , le marchand quitte son négoce, l'artisan laisse son ouvrage, le libertin suspend ses plaisirs; vœux, prières, protestations, larmes, attendrissements, promesses, promesses même sincères, rien ne manque à vos dévotions : les anges s'en réjouissent, la Divinité même fléchie ou retenue montre un visage apaisé, le grain regerme, la guerre finit, du

* Uébr. XII. 12. — 2 Amos vi. 6. — ^ Ps. cvi. 23.

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moins elle affermit une sûreté qu'elle avait si fort ébranlée : mais avec la première prospérité l'on reprend sa dépravation première , même nonchalance pour la vérité, même froideur pour l'Église, même incrédulité, même profanation; voilà le premier ordre de cette piété qui est « comme la rosée de l'aube du Jour qui se dissipe : » apprenons-le des versets qui précèdent notre texte, et voyons dans l'image de l'ancien peuple la nôtre propre. « Venez, » dirent-ils, quand le prophète eut annoncé à Juda la captivité de Babylone et aux dix tribus leur transport en Assyrie, « venez> retournons à l'Éternel, car c'est lui qui a déchiré, mais il nous guérira; il a frappé, mais il bandera nos plaies; il nous aura rendu la vie dans deux jours, au troisième il nous aura rétablis \ » « Dès qu'ils avaient du repos, » dit Néhémie, « ils retournaient à faire du mal en ta présence, c'est pourquoi tu les abandonnais entre les mains de leurs ennemis ; puis ils criaient à toi , et tu les exauçais des cieux '. Que te ferai-je, Épbraïm? que te ferai-je, Juda? puisque votre piété est comme une nuée du matin, comme une rosée de l'aube du jour qui se dissiî)e. »

La seconde classe des dévotions passagères est celle qui doit sa naissance aux solennités religieuses; La Providence qui veille pour notre salut a établi dans son Église non-seulement un ministère ordinaire pour cultiver notre piété, mais elle a voulu qii'iï y eût certains j[)ériodes extraordinaires propres à la réveiller, et elle s*est ainsi proportionnée à notre faiblesse ; car quelque grandes que soient les vérités de la religion, il. est certain qu'elles perdent de leur force par l'habitude où

• Osj'C VI. I. — - Néh. IX. 28.

nous sommes de les voir, et nous ne les envisageons qu'avec sécheresse quand on nous les montre toujours sous les mêmes faces : il faut qu'il y ait des jours où on les revête de je ne sais quoi d'extraordinaire et où l'on ipemue, s'il f^ut ainsi dire, les grands ressorts de la religion : c'est à quoi sont destinées nos solennités; c'est surtout un des principaux usage^ de la sainte Cène. Quand la sainte Cène ne servirait qu'à ce dessein, quand il serait vrai, comine le prétendent quelques-uns, que pieu n'y a pas annexé des faveurs particulières, qu'il n'y vient pas à nous avec des redoublements de grâces, ce serait un faible prétexte pour s'en éloigner, et cet avantage qu'on ne peut contester serait toujours une raison suffisante pour y app^lei* ceux qui ont leur salut à cœpr. Quoi qu'il en soit, il est certain que c'est particulièrement le but de ces jours solennels qui donne occasion à pes dévotions passagères dont nous qous entretenons, et qui produit pour l'ordinaire cette piété qui est comme la « nuée du matin et comme la rosée de l'aube du jour qui se dissipe. »

Nous ne voulons pas désigner ici un car^ptèrc de chrétiens trop odieux , mên^e pour être mis 4ans la classe vicieuse que nous produisons; car, mes frères, on voit un ordre de gens bien singuliers au milieu de nous : on en voit qui, plongés dans tout l'excès de la mondanité, veulent pourtant participer à nos mystères^ quelque effort que nous fassions pour les en éloigner et quelque soin que nous prenions de les en déclarer indignes ; ils veulent même y participer avec quelque sorte de préparation et de bienséance: pour cela ils retranchent une certaine portion du temps destiné à leurs excès, mais ils la marquent si juste qu'il est aisé de voir qu'ils regardent la dévotion plutôt comme un

fardeau que comme un exercice doux et salutaire. Ils suspendront durant le jour qui précède la communion, et durant celui qui la doit suivre, les actes de leurs habitudes; ils communieront dans cet intervalle, résolus de reprendre immédiatement après leur premier genre de vie. Quelle dévotion ! Dévotion où Tâme brûle de Tamour du monde et de ses plaisirs, lorsque Ton fait au dehors quelque démarche apparente d'amour pour Dieu et pour la religion! Dévotion où l'on dispute à Jésus-Christ ces mêmes jours qu'on ne lui donne qu'à regret et avec contrainte, et où l'on murmure peut-être du génie de la religion qui met l'âme à la torture, et qui la force d'être trois jours entiers hors du jeu et de la débauche ! Dévotion où 4'on trame le dessein de trahir son Sauveur, comme Judas, lors même que comme lui on est assis à sa table ! Ces gens-là n'ont pas besoin qu'on les caractérise. On ne fait jamais de communion qu'on ne proteste contre eux ; c'est à eux particulièrement que l'on crie arrière, arrière ; et si, à la faveur d'une discipline trop modérée, ils échappent à l'excommunication ecclésiastique, ils ne sauraient échapper aux anathèmes que Dieu lance dans sa parole contre les indignes communiants.

Mais nous voulons marquer ici un autre caractère : c'est celui de ces chrétiens qui ne donnent pas tête baissée dans tous les crimes , mais qui s'en réser\'ent quelques-uns , quelques-uns même de ceux dont l'Évangile prononce que ceux qui les commettent c n'hériteront pas le royaume de Dieu % » chrétiens qui ne commettent pas ces crimes avec cette brutale fureur qui rend l'âme inaccessible aux remords et à la ré-

» i. Cor. vu 10.

flexion, et qui ont un désir sincère jusqu'à un certain degré de se corriger; ils prennent un temps qui devrait suffire pour les préparer à la communion , ils entrent alors dans leur conscience , ils méditent les grandes vérités de la religion, cette justice exacte qui paraît dans toutes les lois de l'Église, cet amour pour Tordre qui y brille de toutes parts, ce riche présent de son propre fils que Dieu a fait à l'Église; ils sont touches de ces objets, ils appliquent ces vérités à leur état; ils promettent à Dieu de se réformer : mais, peu de jours après la communion, non-seulement ils retombent dans quelques actes vicieux, mais ils s'abandonnent comme auparavant à leur habitude vicieuse et persistent dans cet état jusqu'à la première communion, où ils reprennent le même exercice de dévotion pour retomber ensuite dans les mêmes vices, en sorte que toute leur vie est un retour continuel de la repentance au péché, du péché à la repentance ; c'est le second ordre de gens que nous voulions désigner, c'est la seconde classe des dévotions passagères.

Mais de toutes les dévotions de ce genre celle qui a le plus besoin qu'on la caractérise, parce qu'approchant de plus près de la véritable piété elle peut être plus facilement confondue avec elle, c'est celle qui vient des approches de la mort et qui s'évanouit ensuite dès qu'on croit la mort reculée.

De tous les prédicateurs, le plus énergique, le plus pressant, le plus pathétique, c'est la mort : que peut-on nous dire dans celte chaire, que la mort ne nous dise avec plus de force encore? Quelle vérité peut-on nous annoncer que la mort ne nous annonce encore avec plus d'évidence? Nous parle-t-on de la vanité du monde? La mort nous en parle avec plus de force encore : ces

voiles impénétrables dont elle couvre tous les objets de là terre, cette nuit affreuse dont elle les enveloppe, ces ordres irrévocables qu'elle nous donne de les quitter, cette force insurmontable qu'elle emploie pour nous en arracher, repriésentent les vi^nités du monde, mieux que les discours les plus pathétiques. Npus parle-t-on des horreurs du péché? La mgrt nous ep parle ayep plus de force encore : ces douleurs qu'elle pous envoie, ces symptômes auxquels elle nous eyppse, ce tombeau qu'elle ouvre à nos yeux, nops représen^nt inieux les horreurs du vice que les discours les plus pathétiques. Nous parle-t-on du prix de l^ miséricorde de Dieu? I^ niort npus en p^rlc avec plus de force encore : cet eqfer qu'elle ouvre sous nos pieds, ces exécuteurs de Is^ vengeance divine qu'elle rapjge autour de iiotjre lit d'inflfmité, ces flèches envenimées qu'elle 4écoche poqtrc nous, nous représentent miepx le prix jde la miséricpr^e divine ç^ue l.es discours les plus pathétiques. lx)rs donc qu'une maladie qu'on crpjt mortel!^ est envoyée à u|i homme qui a assez de sentiment et de lumière pour n'être pas inaccessible ^ux motifs et aux réflexions, in^is qui n'a pas un assez grand fpnds de respect pour l'ordre ni d'amour de Diieii pour ç'jatfacher à la vertu, c'est alors que s'élève ce^te « nuée du matin, » çei^ « rqsée de l'aube du jour » qui s'évanpuit incon^npnt.

J'en atteste plusieurs de vous. Rappelez à votre souvenir ces temps mémorables de votre vie, où une soudaine frayeur, des symptômes sfnistres; des dpuleurs cuisantes, un médecin pâlissant, et plus que tout cela une défaillance universelle de vos facultés, semblaient vpus condamner à une mort prochaine; souvenez- vous 4e cette prudence que vous eûtes de faire, au moins ea apparence, de votre salut, votre soin unique, éloignant

SIR r.ES DÉVOTIONS PASSAGÈRES. 223

le monde, écartant vos propres enfants, ne conversant qu'avec votre pasteur seul ; souvenez-vous de cette docilité avec laquelle, renonçant à la répugnance que nous avons de penser à nos défauts, et d'en entendre parler l.es autrçs, vous écoutiez avec respect tout ce que l'on §e donnait la liberté de vous dire sur cet humiliant sujet, vous souffriez les plus mortifianfs détails, vous fournissiez vous-mêmes àes articles au procès qu'on vous intentait; souvene?-vous de ces soupirs que vous poussiez, de ces larmes que vous versiez, d/3 ces reproches que vous vous faisiez , de ces noms odieux que vous vous donniez à vous-même; souvenez- vous de ces vœux, de ces résolutions, de ces promesses : que son^ devenus tous ces beaux projets ^e conversion et de pénitence qui devaient avoir tai)t d'influence sur votre vie? Le degré de votre piété se régla selon le dcj^ré de votre maladie; la ferveur de votrç dévotion spmbla hausser et baisser selon Iç mouvempiit de votre pouls et le battement de vos artères, les flammes de votre zèle dimippèrent avec l'ardeur de la fièvre dont vous étiez consunié, et le retour de la santé fut je retour parfait di| crime : cet homme qui priait, qui méditait, qui s'élevait jusqu'au ciel pair les élans de sa piété, est aujourd'hui tout plein du monde. Vous êtes, mon frère, l'original q|ie' nous voulions dépeindre, votre piété est ce troisiènle ordre de « nuée du matin, dp ro^ée de l'aube du jour qui se dissipe. » Nous en avons vu 1^ natpre^ voyons-en Tinsufiisanbe ; fournissons ainsi la seconde partie de ce ^ discours, et sentons l'énergie de ce reproche : « Que te ferai-je, Éphraïm? que tjB ferai-je, Juda? puisque votre piété est comme une njjée du matin, coipnie la rosée (Je l'aube du jour qui se dissipe? if

22i SERMON

DBUXUMK PAHTIB.

1. Dans un jour comme celui-ci, où nous avons participé à ce qu'il y a de plus tendre dans la religion, et où nous devons être susceptibles de ces attendrissements que la religion est si capable d'exciter, écoutons un argument d'un genre singulier que notre texte propose contre les dévotions passagères ; c'est un argument d'amour et de sentiment, c Que te ferai-je, Éphraîm ? que te ferai-je, Juda? puisque votre piété est comme une nuée du matin et comme la rosée du matin qui se dissipe. »

Sans doute, toutes les images que Dieu emprunte dans nos Écritures pour se faire connaître à nous, celles qui sont prises de nos infirmités, de nos passions, de notre amour ou de notre haine, tout cela est trop imparfait pour représenter un Dieu trop élevé au-dessus de l'homme pour être représenté par rien d'humain ; cependant toutes ces images ont un fond et une réalité, un fond et une réalité même qui conviennent à Dieu dans un degré éminent et proportionné à sa grandeur.

Dieu se représente ici comme un prince qui aurait formé une étroite liaison avec un de ses sujets, ce sujet y a paru sensible; le prince a signalé son amour par une profusion de grâces; ce sujet en a abusé, le prince lui a fait des reproches; on s'y est endurci; aux reproches ont été ajoutées les menaces, les menaces ont été suivies de la suspension des grâces ; on a paru touché, ému , ranimé ; le prince a reçu le pénitent à bras ouverts et a couronné son retour par un redoublement de faveui^ ; le sujet ingrat en abuse encore, le prince re-

proche encore, menace encore, suspend encore les effets de son amour; pour éloigner le même malheur on se sert du même moyen, on se prévaut de l'empire que donnent la bonté et Tamour du prince, et on le force encore de revenir ; le prince aime cette violence, mais le perfide sujet connaissant ce faible retombe autant de fois dans son ingratitude que son bienfaiteur se laisse aller aux suggestions de son amour, et devient ainsi également barbare, soit qu'il paraisse sensible à l'amour qu'on lui portait, soit qu'il paraisse n'en avoir point de sentiment : car, mes frères, on a bien moins de peine à s'arracher d'un ami tout perfide que de celui qui n'est perfide qu'à moitié. Ces retours équivoques et ces apparences de tendresse sont bien plus cruels qu'une ingratitude totale et qu'une haine déclarée. Dans une entière rupture, l'âme est bientôt déterminée, mais dans ces liaisons imparfaites on est livré à mille pensées opposées, on se sent partagé entre la crainte de se donner à l'ingratitude et celle de se refuser à la fidélité. Encore une fois, cette image est sans doute infiniment audessous de Dieu, c'est pourtant celle qu'il emprunte : € Quête ferai-je, Éphraïm? que te ferai-je, Juda? puisque votre piété est comme la nuée du matin et comme la rosée de l'aube du jour qui se dissipe? » Éphraïm, Juda, pourquoi déchires-tu mon cœur tour à tour par tes vertus et par tes vices? Que ne me laisses-tu me donner tout entier à toi ou m'en détacher tout entier? Que ne me laisses-tu donner un libre cours à mon amour ou à ma colère? Que ne me laisses-tu me glorifier par ton retour ou par ta ruine? Tes dévotions arrêtent mon bras, tes crimes embrasent ma fureur. Détruirai-je un peuple qui a recours à ma clémence ? Conserverai-je un peuple qui se soustrait à mes lois? « Que te ferai-je, Éphraïm ?

que te ferai-je, Juda? puisque votre piété est cpmme la nuée du matin et comme la fosée de Taube di| joiyr qui se dissipe. » C'est le premier argument qu^ nous pppor sons aux dévotions passagères, un argumept' cl'arngvfr ^i de sentiment.

2. Cette première réflexion nous conduit à uue seconde, elle roule sur l'injustice de ces dévotions ; ç^ quelque vaines qu'elles fussent, le peuple voulait que Dieu les couronnât de ses bienfaits. Lise^ ce que pQi^s dit le prophète Esaïe au chapitre 68 de sjbs réyélatioi?^ : « Us me cherchent chaque jour, ils prennient plaisir à savoir mes voies, ils sont çomine ui)e n^tipn aqi ^npt suivi la justice; puis ils disent : Pourquoi aypnsrpoq^ jeûné et tu n'y as point eu d'égard? Pourcjupi ayou^ nous affligé nos âmes et tu ne t'en es pqiul jspucié ' ; ^ et ce au'il y a de plus remarquable, ç'jBst que quelque injustes que fussent ces plaintes. Dieu y ay^it qù^la^^T fois égard : car, quoiqu'il sache pén^trier jusques ^ fond des cœurs et démêljer la yéritjable piétjé d'^yeç ç^ qui n'en a que l'écorce, il a tant d'amour pour 1^ rep^r tance qu'il en récompense quelquefois même les dis|iO]rs et qu'il en couronue jusqu'aux apparençiB^f Voyeas sa conduite à l'égard d'Achab : ^p)^^!? ^^^^ W mécl^ot roi, Dieu lui fait dénoncer ses jugiements et s'appr^fp à les exécuter; Aphab déchire ses yêtpmeutSj \l ye\éi la sac et la cejndre, il se couche dans )a poussière; quedi), Dieu à ÉJie? « N'as-tu p^s vu qu'Achah s'est humilié devant moi ? Parce qu'il s'est humilié, je ne ferai ppint venir ce mal sur la viUe\ » Je ne ferai point venir ce ipal sur la ville ! Achab a-t-il donc renversé l^s ^u^^l^ das idoles? a-t-il restitué le bien mal acquit? a-t-jl irpiupu

' Es. Lviii, 2, — ' 1. Rois XXI. 29.

ses alliances avec les ennemis de Dieu? Non ; cependant « Achàb s'est humilié, à cause de cela je ne ferai point venir ce mal sur la ville. » tant est vrai ce que nous disons que Dieiî aime la repentance jusqu'à en couronner quelquefois les dehors et en récompenser même les apparences.

Le peuple connaissait cette condescendance de Dieu et il en abusait de la façon la plus odieuse : « Yenez^ retournons à l'Éternel, car c'est lui qui a déchiré, mais il nous guérira; il a frappé, mais il bandera nos plaies ; il nous aura rendu la vie dans deux jours, et au troisiènié il noiis aura rétablis ' ; i> et quand il nous aura rétablis, nous réprendrons notre premier genre de vie, quand l'orage sera passé, nous vomirons de nouveau nos blasphèmes contre celui qui peut exciter les temt)ètës. N'est-ce pas là l'excès, n'estrce pas le comble de ririjiistice?

3. 11 y à de la contradiction entre ces deux périodes d(B nbire vie, entre lé péribdé de nos dévotions et celui de faos crimes. Le motif qui détruit l'un doit nécessairëihënt détruire l'autre ; un homme qui raisonne conséqiiemnieht doit opter : où n'avoir point de ces périodes de dévotion, ou les répandre sur tout le cours de isà vie. Oui, il faut opter : ou il faut communier avec linë piété réelle, intérieure, qui ait de l'influence sur la cbfiduite ; oii il faut n'avoir aucim de ces sentiments supërflciels dont on est animé dans cette action, il faut opter :ou il faut donner tête baissée en philosophe inébranlable, dirai-je, ou en bête brute dans les abîmes de la mort; ou il faut que la piété qu'on témoigne alors se répande dans toute la vie. Avoir l'une de ces dispo-

• Osée Yi. 1.

sitîons sans Tautre, c*est tomber dans une manifeste contradiction. Que supposent ces solennités qu'on célèbre lorsque l'État est prêt à se bouleverser? C'est qu'un Dieu juste veille sur cet univers , dispense les biens et les maux, abîme tôt ou tard les États qui pèchent avec insolence, et montre enfm une justice d'autant plus sévère que sa patience a été plus longue. Si nous croyons tout cela, il faut donc travailler à régler la conduite de l'État sur ces grands principes; et si nous ne le croyons pas, il faut donc ne pas s'humilier, ne pas jeûner, ne pas « courber sa tète comme un jonc \ » Que supposent ces recueillements, ces protestations, CCS soupirs que nous apportons à la table de Jésus-Christ? C'est que Dieu nous a aimés, c'est qu'il a porté la charité jusqu'à nous donner son Fils, c'est qu'un chrétien doit rendre à Jésus-Christ amour pour amour et vie pour vie. Si nous croyons cela, nous devons être toujours fidèles à Dieu ; et si nous ne le croyons pas, il faut donc ne pas communier, ne pas se recueillir, ne pas protester, ne pas promettre. Que suppose tout cet appareil de dévotion que nous revêtons au lit de la mort? C'est que l'âme est immortelle, c'est qu'il y a une vie après la mort, c'est qu'une éternité de bonheur ou une éternité de misère nous attend. Si nous croyons cela, nous devons donc rapporter nos actions à ces grandes vérités; et si nous ne le croyons pas, si l'âme n'est pas immortelle, si l'enfer et le paradis sont des chimères, il ne faut donc jwint revêtir cet appareil de religion au lit de la mort. Mais telle est notre petitesse, que quand nous cessons de penser aux choses, il nous semble que les choses ne sont plus; quand nous

* Esaïc LViii. 5,

avons eu l'art d'éloigner de notre esprit certaines vérités, il nous semble que ces vérités ne subsistent plus; quand nous sommes parvenus à ne pas penser à notre juge, il nous semble que notre juge n'existe plus. Nous sommes comme les enfants lorsqu'ils veulent se dérober à la vue de ceux qui veillent sur eux, ils ferment les yeux et s'imaginent ensuite qu'on ne les voit plus. 4. Chaque partie de notre dévotion suppose quelque action dans la vie, en sorte que si celte action manque, tout ce qu'il y avait de prix dans notre dévotion s'évanouit par cela même. Nous écoutons un discours ; dans ce discours on nous annonce quelque vérité de religion qui a une relation intime et inséparable avec la conduite de nos mœurs ; on nous dit qu'il faut être juge intègre, ami désintéressé, dépositaire fidèle. Nous faisons bien d'être attentifs à ce discours, mais si après l'avoir ouï nous violons toutes ces règles, si nous sommes juges obliques, amis ingrats, dépositaires perfides, et si, parce que nous avons écouté ce qu'il fallait faire, nous nous en croyons dispensés, ne renversons-nous pas l'ordre et la destination de ce discours? Nous participons à la sainte Cène, nous y venons pour sen^er les nœuds qui nous unissent à Jésus-Christ, pour nous détacher de la terre, pour nous préparer à Féternité. Nous faisons bien de participer à la sainte Cène, mais si après y avoir participé nous relâchons ces nœuds qui nous unissent à Jésus-Christ, nous nous attachons à la terre, nous nous éloignons de l'éternité ; et si , sous prétexte que nous avons fait les démarches qui se rapportaient à ces devoirs, nous négligeons ces devoirs mêmes, ne renversons-nous pas alors la destination de la sainte Cène ? Ces raisonnements sont si clairs, qu'il semble qu'il est inutile de les mettre dans un plus grand

230 SBKMON

jour; cependant ta plupart des gens raisonnent de celte manière: J'ai été à TÉglise, j'ai écouté un sermon, j'ai communié ; je puis donc à présent donner Tessor à mes passions. Et c'est parce que vous avez été à l'Église, c'est parce que vous avez écouté un sermon , c'est parce que vous avez communié, c'est à cause de cela que vous devez vous employer tout entier à faire l'ouvrage auquel toutes ces dévotions étaient destinées.

ô. Les dévotions passagères répondent peu au but général de la religion; ce but, c'est de réformer l'homme, c'est de le transformer, c'est de le rendre semblable aux saints glorifiés, c'est de l'approcher de la nature de Dieu même. Mais que fait à ce but ce torrent rapide de dévotion , lorsqu'il est d^titué d'une conduite soutenue? Si, lorsque je jeûne, je déracine le monde de mon cœur ; si, reconnaissant l'énormité de ma vie passée , je travaille à la réformer ; si, donnant le coup de mort au vieil homme, je forme le nouveau au dedans de moi ; et si j'élève ainsi l'édiflce de la grâce sur celui de la coiTuption, alors je rapporte le jeûne au grand but de la religion. Mais que dit Dieu du jeûne d'un autre genre? « Est-ce là le jeûne que j'ai choisi, que l'homme afflige son âme pour un jour? Estce en courbant sa tête comme un jonc, et en étendant le sac et la cendre ? Appelleras-tu cela comme un jeûne, et un jour agréable à l'Éternel ' ? » Et que dit Dieu en général des dévotions extérieures ! « Qu'ai-je à faire, dit rÉtcrnel, de la multitude de vos sacrifices? Je suis rassasié d'holocaustes et de parfums, et quant à vos nouvelles lunes, je n'en puis plus supporter l'ennui.

' Egale Lviii. 5.

Qui a requis cela de vous ? Qui a requis cela de vous * ? » La réponse semble s'offrir d'elle-même à Tesprit. N'estce pas loi qui as établi ce culte , qui as bâti un temple superbe, et qui as ordonné que les Juifs ipontassenl à Jérusalem? Ces sabbats, ces convocations, ces nouvelles lunes, ne te doivent-elles pas leur origine? ^fon, quanfl elles sont destituées de fond et de réalité. « Je suis las d*holocaustes, et quant à vos nouvelles lunes, ie n'en puis p}us supporter l'^nqui. » De même, disons de toutes nos dévotions, quelles qu'elles puissent, être, lorsqu'elles ne répondent pas à cette destination , et disons-le en particulier du sacrement de la sainte Cène: Je sqis las de vos préparations, je suis las de vos sar crements, je suis las de vos soupirs, je suis las de vos larmes, je suis las de ces dévotions qu'un moment voit naître et qu'un moment vpit dissiper, et quant à vos ré^lutions, je n'en puis plus supporter l'ennui. « Que te ferai-je, Éphraïm? que te ferai-je, Juda? puisque votre piété egt comme la nuée du matin , comme la rosée de l'aube du jour qui se dissipe. »

6. Les dévotions passagères doivent rendre suspectes les promesses de grâce qu'on vous adressera , lors même qu'après mille retours tron^peurs de piété et de pénitence, vous en aurez un véritable. Que pensezvous suf cette question? Ufi bomme qui a vécq dans le crime se- trouve couché dans un lit d'infirmité ; le sentin)ent de ses maux et la crainte d'une mort prochaine le font rentrer dans sa conscience ; il appelle un directeur, il lui ouvre spn âme, il confesse ses péchés , il pleure, il gémit, il proteste mille et mille fois qu'il détecte sa vie passée, et qu'il ne demande qu'à la r^for-

' Esaie i. 11.

232 SERNO!K

mer. 11 se persuade lai-meme qu'il est réellement converti, et il en persuade aussi les antres. On lui promet la f»aix de Dieu ; on étale en sa présence toutes les consolantes déclarations qui sont répandues dans TÉvangile. Le malade revient au monde, il recouvre sa santé, et, oubliant tous ces iMt>jets de conversion et de pénitence , il suit son jM-emier genre de vie, mêmes intrigues, mêmes emportements, même arrogance: cet honmie se trouve une seconde fois dans le lit d'infirmité, il appelle encore une fois son pasteur, U lui ouvre encore son âme, il s'accuse encore, il gémit encore, il proteste encore de son amendement et de sa conversion. Sur le même principe on lui donne les mêmes espérances : il revient au monde comme la première fois, et comme la première fois il fausse tous ses serments. Cet homme est visité d'une troisième maladie, fait les mêmes démarches , et veut qu'on lui fasse les mêmes promesses. On demande comment un pasteur doit se conduire à l'yard d'un pareil homme. Que pensez-vous sur cette question? Vous savez votre commission ; c'est d'annoncer la paix de Dieu à ceux qui reviennent à lui avec sincérité et de bonne foi. Les indices de la sincérité et de la bonne foi, ce sont les œuvres; au défaut des œuvres, les indices de la bonne foi ci de la sincérité, ce sont les protestations et les promesses. Ces indices ont été trompeurs dans l'honmie dont nous parlons : le retour de la promesse à la violation a été aussi prompt que celui de la violation à la promesse. Sommes-nous en droit de présumer que le pénitent connaît mieux son cœur, et l'expose plus naturellement cette troisième fois, qu'il ne l'avait fait la première et la seconde? C^omment ne serions-nous pas incertains sur son état, comment lui adresserions-nous

d'autres promesses, que de Iremblantes et douteuses, puisque Dieu revêt en quelque sorte ces sentiments dans les paroles de notre texte ? « Que te ferai-je, Éphraïm t Que te ferai-je, Juda? puisque votre piété est comme une nuée du matin qui se dissipe. »

G)nsidérez enfin la fausse prudence d'un homme qui partage sa vie de cette manière, entre des périodes de dévotion et des périodes criminels; il semble d'abord que c'est là le comble de la sagesse, et que celui qui y est parvenu a trouvé l'art inouï de réunir la récompense de la vertu avec les plaisirs du vice : d'un côté, pour quelques moments donnés à la religion, il s'épargne ces rigueurs qu'éprouvent ceux qui lui font le sacrifice entier de leurs penchants, et pour avoir suspendu durant quelque temps les actes de ses passions, il goûte la douceur de s'y abandonner ensuite : d'un autre côté, il écarte l'orage que la justice divine préparait à ses rébellions, et acquiert ainsi par des pratiques d'un instant une protection que les autres n'achètent que par un dévouement perpétuel. Détrompons-nous : un cœur partagé de cette manière ne jouit d'aucun repos ; la grande cause des peines que nous éprouvons dans le chemin du salut, c'est que nous n'y marchons qu'en partie, et que notre âme ne cesse de flotter entre le monde et la religion. Le monde combat la religion, la religion combat le monde : le cœur ainsi partagé est le champ de bataille où ce violent combat se livre. Pour vouloir jouir des délices de la vertu et de celles du péché, on ne jouit véritablement d'aucune, et l'on participe aux peines de l'un et de l'autre; se déterminer, prendre son parti et le prendre sage, c'est la source de la véritable paix et de la solide félicité.

D'ailleurs, cet état de suspension que Dieu revêt

dans notre texte (»st un état yiolent qui ne saurait êtr» de longue durée : les inême§ motifs de support qui retiennent le courroux de Dieu jusqu'à un tepips ne peuvent le retenir dans un autre ; témoin ce rpyaume de Juda dont il €st parlé dans notre texte, et qui fut livré enfin à la fureur des Chaldéeps; téingin cet Éphraïm, je veux dire le royaume des di? tribus, sur la destinée desquelles Dieu paraît encore flottant : il se détermine enfin ; elles furen|; (}ispe|rsées enfln, ces tribus, et confondues avec ces peuples corrompus et idolâtres dont elles avaient suivi la corruption pt )*idolâtrie : nous avpnç besoin aujourd'hui de tout le secours de riîistorre et de toute la pénétration des historiens pour en découvrir quelque trace, si les çecours de l'histoire, si la pénétration des historiens peuvent pous en découvrir en eflFet.

APPLICATION

Mais pourquoi remonter ainsi jusqu'aux plus ancien^ périodes du monde, pour prouver une vérité qui frappe nos yeux, et dont nous avons présentes tant de sanglantes démonstrations ? S'il y a eu une année depuis la fondation de cet univers, s'il y a eu une année propre à prouver ces terribles vérités, c'est celle que nous venons de finir : les funestes événements dont elle a été marquée, et dont nous avons été sinon les victimes, du moins les témoins, sont trop récents et trop connus, pour que nous nous arrêtions à les retracer. Elle ser^ proposée, cette année^ à la postérité la plus reculée; conime un des exemples les plus efirayants de la vengeance divine; les prédicateurs à venir l'allégueront comme saint Jude autrefois la subversion de Spdome

SUR LES DÉVOTIONS PASSAGÈRES. 23ft

et Je délugjB universel. On dira à vos descendants que l'année mÙ sept cent neuf, la patience de Dieu, lassée envers TEuppe, enyejoppa dans une même condamnation Tami, rénnemi, pregque toyte rencejnte de cette belle partie du monde. Ils diropt qu'on vit tous les fléaux de pieu, ^e concert déchaînés pour perdre les peqples; ils feront parcourir à leurs auqitcurs Ijbs vastes pays du Nord, et montreront le Borysthèn^ teint de sang, la cpnta^ion allan|; aviBc rapidité comme sur les ailes du vent d*une villp à une autre ville, d'un rqyaurae à un autre royaume, d'une province à i^ne aptre pro-? vince, ravageant dan§ une semaine tant de milliers de pefsonnes, tant de milli.ers dans une autre. Us parle- Tont de ces monarchies, l'objet des présentions de deux prince^, et par les sanglantes images des exécutions qui y ont été opérées, ils feront dquter si c'était le désir de conquérir ces royaumes, ou le désir de les détruire, qui av^it armé le bras de ces rivaux : ils rejprésenteront le théâtre sanglant de la Flandre' , et peindrjont surtout avec de vives couleurs ces troupes animées d'une égale fureur, les pnes pour défendre des postes qui semblaient n'avoir besoin que d'eux-ffièmes pour leujr défense, les autres pour attaquer des retranchempfits que l'art et la nature s(3mblaient avoir mis hors de toute atteinte : ils piontreront ces diyerse3 troupes acharnées donnant up spectacle de fureur inouï jusqu'alors, se portant des coups réciproques, soit par la grandeur de la défaite, ^pit par le prix de la victoire : ils parleront de ce royaume, | un des plus fertiles de rjEiirope,

* La bataille de Halplaqijçt, une dçs plus disputées et des plus sanglantes 4e U gperre pour la succession d*Espagiie, fût perdue par Yîllars en 1709; mais les Français ne laissèrent que huit mille hommes sur le champ de carnage, les alliés vingt-deux mille. (A'oto de l'éditeur»)

et ils rappelleront cette disette, en ceci plus cruelle que la famine, qu'elle fait souvent périr d'une mort plus lente : ils feront entendre le laboureur hurlant sur les grands chemins ; ils représenteront « une férocité soudaine s*emparant de tous les esprits, les hommes se saisissant des convois publics, s* arrachant le pain les uns des autres, ne reconnaissant plus de retenue, plus de bonne foi, plus de religion '.»

Tant de victimes immolées à la vengeance divine, mes frères, tant de fléaux ravageant TEurope, tant de coups ébranlant la terre , surtout tant de part que nous avions aux crimes qui avaient allumé le courroux du ciel, semblaient bien devoir faire crouler les fondements de cet État, et enlever d'une mort violente la plus grande partie de ces auditeurs. Cependant, il subsiste encore, cet État, grâces à tes miséricordes infinies, mon Dieu ! il subsiste encore, cet État, et quoique affligé, quoique pressé, quoique lassé d'une guerre longue, cruelle, il subsiste avec autant de grandeur et autant de gloire qu'aucun État de l'univers; et ils subsistent encore ces auditeurs, grâces à tes miséricordes, mon Dieu ! ils sont encore sous nos yeux, et par une es[)èce de miracle, ils ont été préservés jusqu'au commencement de celte année; que dis-je, ils ont été préservés ! ils ont été couronnés. Et comment commencet-cUe cette année que nous ne devions jamais voir , cette année marquée de tant de fléaux, de la peste, de la guerre, de la famine; comment commence-t-elle pour nous? elle commence par l'ouverture des cieux; elle commence par notre participation à ce qu'il y a de plus auguste dans la religion; elle commence par la

• Lettre pastorale de FlécUicr.

descente du Saint-Esprit dans nos cœurs ; elle commence par le renouvellement de notre alliance avec Dieu ; et s'il m'est permis d'ainsi dire, elle commence par l'aveu que Dieu nous fait , que son amour pour nous ne lui permet pas de nous détruire, quelque dignes que nous soyons d'être détruits : « Comment te traiterais-je, Éphraïm ? comment te livrerais-je, Israël ? comment te ferais-je tel qu'Adma et que Iseboïm? Mon cœur est agité au dedans de moi ^ mes compassions se sont échauffées ; non, je n'exécuterai point l'ardeur de ma colère; je n'en viendrai point à détruire Éphraïm ' . » Àh ! pourquoi faut-il qu'une joie si vive soit mêlée de la juste crainte que vous abuserez de ses grâces? Pourquoi faut- il qu'à travers tant de bienfaits, nous soyons contraints de voir un avenir de vengeance? République chérie du ciel, et sur laquelle « Dieu a continuellement les yeux depuis le commencement dé l'année jusqu'à la fin % » pourquoi faut-il que nous te fassions aujourd'hui de si tristes augures, en te faisant de si tendres vœux ? Et vous , fidèles qui nous écoutez , pourquoi faut-il qu'en vous souhaitant une année heureuse, nous soyons contraints de vous en annoncer une funeste ?

Car, quel garant avons- nous que cette année sera plus sainte que tant d'autres ? Quel garant que cette communion sera plus efficace que tant d'autres? Quel garant que ces résolutions auront plus d'infiuence sur notre vie que tant d'autres? Quel garant que cette dévotion ne sera pas comme tant d'autres « une nuée du matin, une rosée de l'aube du jour qui se dissipe? » et par conséquent, quel garant avons-nous que ce n'est

• Osée XI. 8. — 2 Deut. xi. 12.

point ici la dernière année de cette république? quel garant que ce n*esl pas la dernière commui)ion et la dernière invitation de la grâce , pour plusiefirs dp ceux qui nous écoutent?

Ah ! mes frères , mes chers frètes , voici Dieu qui nous « retranche encore p^r ses prophètes * , » pour me servir de l'expression qui suU iiumédiatement mon texte '• le voici qui vous « \\xe encore par Ips paroles de^ leur bouche ; » le voici qui, en (a présence de ^s langes, lesquels assistent dans ces assemblées^ le vpipl qui vous dit encore : « Que te ferai-je, Éphraïm? que te ferai-* je, Jud4? puisque votre piété est corume U rosée du matin qui se dissipe. »

Deux grands motifs parmi tant d'autres, deux grands motifs vous pressent aujourd'hui à la conversion : votre participation au sacrement de TEucharistie , auquel vous avez pris part ce matin, et l'incertitude de votre vie que vous retrace le renouvellement de cette année.

Votre participation a|i sacrement de l'Eucharistie, cette paix de la conscience, çe^ consolations intérieures, ces douceurs ineffables, ces « joies inénarrables et glorieuses » que vous avez senties ce matin % si vous les avez senties véritablement, et si ce ne sont pas 1^, par rapport à vous, des idées destituées de sens et de vénié : quoi! quatre jours, quatre jours efiaceraient-ils ces impressions? Quoi! une société mondaine, une tenta-' tion des sens, une raillerie profane, vous feraipnt-elles fausser tous vos sentiments et violer toutes vos résolutions ? Ne tombez point dans la puérilité dont nous vous parlions dans le corps de ce discours ; ne croyez pas que ces grandes vérités qui vous nsnipljs§ent au-

* Osée VI. 5. — ^1. Pierre ti. 8. ^

SUR LES DÈVOTiÔNS PASSAGÈRES. 239

jourà'Hiii cesseront d'être, parce que vous cesserez d'y penser. Jésus est mort pour vous ; Jésus s*est donné à vous ; Jésus Vous demande votre cœur ; Jésiis vous piroïûëi Urië éternité dé félicité, cela est vrai aujourd'hui ^ Cela àerà vrai demain, dans huit jours, àii milieu dfe \Qè lëfltàiioh& et de voà plaisirs ; et que pourrait dohc f ôUâ otDciit it3 faiôhde qui tôiis tîiit lieu aé ce paradis qui est descendu dàtis Vbti^e cohscielicé, de ce RédëmpH telir qui fe'ést donné â vous Ce niâtili d'une maiiiêre M tendre f

A ce prèhiiër rtiotif, ajoiitei^ celui de la viatiité de là vie, vàtiité qUé Vous retrace le fferiouvèllèmerit de ràttnée. Je sais cotnbien ce motif est faible sur le plus grËnd iionlbre dé tibus ; l'idée du \)àssé nous riassure limlr râvetiir, et parce qu'on n'a jamais été moft, il semble qu'dîi île doit jaitiais tnëurir. Mais, mes frères, irous nous forcez aujourd'hui de retracer à Vos yeux les plus lugubres images dotit ils puissent êti'é frappés ; vous nous forcez de rouvrir toutes les plaies ^iii commençaient à se feirmer, et d'àhticipèr sur toutes lés larmes que vous serez appelés à répandre dans le cours de cette anUée. On ne peut pas nous persuader, il faut nous convaincre ; on ne jpeut pais hoUs détacher de là terre, il faut nous en art'àchet'.

Vous trompait-on Tannée derhiétë quahd on vous dénonçait que plusieurs de ceux qui en voyaient le premier jout, et qui étaient venus dans ce temple , ne fourniraient point l'année entière? L'événement n'at-il point vérifié cette triste prédiction? Répondez-moi, veUves désolées , qui avez vu expirer entre voS bras ces époux, objets d'un amour si pur et si tendre? Répondez-mdi, tristes enfants, qui avez accompagné vos pères à la sépulture? Combien de Jacobs affligés pieu-

rcnt encore leur mère ! Combien de Davids qui disent dans i*amertume de leur cœur : c Àbsalon mon fils , Absalon mon fils, que ne suis-je mort à ta place* ! » Combien de Josephs qui ont à peine achevé ces tristes jours qu'on destine au deuil de celui de qui on a reçu la naissance ? Combien de Bénonis qui sont venus à la vie en donnant le coup de mort à celle qui les porta dans ses flancs ? Combien de Harthes et de Maries qui arrosent de leurs larmes le tombeau de leur frère , enseveli depuis quatre Jours, et déjà infect? Combien de voix plaintives retentissent en Rama ? Combien de Rachels éplorées qui ne veulent point de consolation, parce que leurs t enfants ne sont plus * ? »

Après avoir envisagé Tannée qui vient de s*écouler, jetez les yeux sur celle que nous commençons aujourd'hui. Quels cris n'entendrait-on point dans cet auditoire, si, au lieu de ces discours vagues que nous vous adressons , Dieu nous donnait dans ce moment de pénétrer dans l'avenir, de lire dans ses décrets, d'y voir la destinée des personnes qui nous écoutent, et de vous dire à chacun ce qui vous intéresserait dans cette révélation nouvelle? Là, vous verriez cet homme superbe qui s'enfle par le vent de sa vanité, confondu dans la même poudre, avec le plus vil d'entre les hommes. Ici cette femme voluptueuse qui ne refuse rien à ses sens, vous la verriez couchée dans un lit d'inflrmité, placée entre les douleui's d'une maladie mortelle et la juste crainte de tomber entre les mains d'un Dieu vengeur. Ailleurs, cet homme de guerre qui est couronné de lauriers, et qui en cherche une moisson nouvelle dan.s la campagne prochaine, vous le verriez couvert d'une

' 2 Sam. xviii. 33. — - Malt'i. ii. 18

tragique poussière, baigné dans son propre sang, et trouvant la sépulture dans ce même lieu où son imagination lui offrait un champ de victoire. Par tous les endroits de cet auditoire, à droite, à gauche, devant, derrière , à vos côtés , à votre place , je vous montrerais des cadavres, et dans cette supposition celui qui nous écoute peut-être avec le plus d'indolence , et qui se moque en secret de ceux que notre voix épouvante, servirait lui-même de preuve aux vérités que nous prêchons, et occuperait la première place dans cette liste fatale.

Mes frères, la Providence ne nous honore pas de ces révélations. Nous n'avons pas l'esprit prophétique, mais vous avez des yeux, vous avez une mémoire, vous avez une raison, et vous ne pouvez pas douter que la mort ne's'immole plusieurs de vous dans le cours de cette année. Sur qui tombera l'orage? Qui justifiera le premier notre prédiction? Vous n'en savez rien , et voilà ce qui vous fait braver la mort; voilà sur quoi sont fondés ces systèmes de votre vanité qui vous attachent à la terre.

Mes frères, établissez votre tranquillité et votre bonheur sur des fondement plus fermes et plus solides. Que si vous êtes frappés en effet des motifs que cette journée vous présente; si, résolus à présent de travailler à votre salut, vous craignez seulement que vos résolutions ne s'évanouissent, nous vous donnons encore une leçon , nous vous demandons une chose aisée dans la pratique; c'est que, pendant chaque jour de l'année que vous commencez , vous vous recueilliez un quart d'heure, et vous pensiez à la mort. Là, onveloppez-vous par la pensée dans vos langes mortuaires, descendez dans votre cercueil , allumez vos flambeaux funèbres.

Là , représcnle2-vous une famille éplorée , uh médecin pâlissant, une pompe mortuaire. Là considérez vos amis, vos enfants, vos titres, vos trésors enlevés pour jamais. Là, frappez voire imagination de ces idées salutaires, de livres ouverts, de ù^nes dressés, d'actions pesées dans des balances de justice. Là , perdez-vous dans la sombre éconoitiie de l'avenir.

Après avoir écouté nos exportations , recédez no^ vœux. D'abord, je me tourne vers les murs de ce palais, où se forment ces lois d*équité et de justice qiii font la gloire et la félicité de ces provinces, oti s*agitent ces grandes questions qui ont tant d^inQuence sur la religion et sur l'État, et qui donnent le branle à toute l'Europe. Nourriciers de l'Église, nos maîtres et nos souverains , Dieu veuille affermir ce pouvoir que vou3 soutenez avec tant de gloire ! Dieu veuille maintenir entre vos mains les rênes de cette république que vous conduisez avec tant de sagesse et avec tant de douceur! Dieu veuille vous faire participer les premiers à cette prospérité, à cet éclat que vous répandez sur ce peuple! Dieu veuille qu'on voie sous votre ministère la religion s'affermir, la justice et la paix sourdre de la terre, le nom Belgique redouté, cette nation triomphante, et après vous avoir élevés au faîte des grandeurs terrestres. Dieu veuille vous élever à la véritable gloire !

Je me tourne aussi vers vous, illustres personnages, qui représentez dans ces provinces les premières têtes du monde chrétien , et qui faites voir en quelque manière, au milieu de cette assemblée, des princes, d(^s électeurs, des républiques, des rois. Dieu veuille ouvrir tous ses trésors en faveur de ces hommes sacrés , qui sont des dieux sur la terre, et dont vous portez Tau-

guste caractère ; et pour leur faire soutenir dignement Te poifis du pouvoir suprême, Dieu veuille leur conserver des ministres tels aue vous êtes, qui sachent fairjB aimer et craindre tout ensemble rautorité souveraine ! Dieu veuille maintenir une ligue fof mée pour la sûreté d^ toutes les cations et de tous les peuples ! Et, afin de former des vœux pjus- dignes pncore de la majesté de ce lieu et de la sainteté de mon ministère, Diei; veuille vQus uijir non-seulement par un même intérêt temporel, mais par les liens d'upe même foi; nous dpnner d'avoir un même Dieu pour père, un même Jésus pour rédempteur, un même esprit pour guide , une même ^Iqjre pour psnérançe ! A la vue de çe§ maîtres de l'univers à qui je viens d'adresser ma voix , je rentre dans mon néant, et j'eusse renfermé ces souhaits dans mon âme; mais les yœux que je leijr adresse ^ont les vœux de cette assemblée, ce sont les vœux de cet État, ce sont les vœux de toute l'Égljse.

Ifous TOUS bénissons aussi, sacrés. lévites du Sel* gneur, ambassadeurs du roi des rois, ministres de la nouvelle alliance, qui portez écrit sur vos fronts « la sainteté à l'Éternel , » et sur vos poitrines « les noms des enfants d'Israël • . » Et vous, conducteurs de ce troupeau , qui êtes comme associé^ avec nous dans l'œuvre du ministère, Dieu veuille vous animer du zèle de sa maison! Dieu veuille que vous preniez toujours pour modèle le « grand pasteur et évêque de nos âmes ' ! » D|eu veuille t qu'après avoir prêché aux autres, » vous soyez trpuvés « réqevables*, » et qu'ayant « amené plusieurs enfants à la justice , vou^ reluisiez dans le ciel, comme des étoiles, à perpétuité*. »

' Exod. xxTiii. 29 et 36. — M. Pierre ii. Î5. — ^ i. Cor. ix. 27. — ^ Dan. xii. 3.

Recevez nos vœux, pères et mères de famille, heureux de vous voir renaître en d* autres vous-mêmes, plus heureux encore de mettre dans l'assemblée des premiers-nés ceux que vous mîtes dans cette vallée de misères! Dieu veuille que vous fassiez de vos maisons des sanctuaires à sa gloire, et de vos enfants des offrandes à celui qui est le « Père des esprits » et le € Dieu de toute chair ' . »

Recevez nos vœux , gens de guerre, vous qui, après tant de combats, êtes appelés à de nouveaux combats encore ; vous qui, après être échappés à tant de périls, voyez une nouvelle carrière de périls qui vous est ouverte encore : puissiez-vous avoir le Dieu des batailles combattant sans cesse pour vous! puissiez-vous voir la victoire constanunent attachée à vos pas! puissiez-vous, en terrassant l'ennemi, faire l'épreuve de cette maxime du sage : «que celui qui maîtrise son cœur vaut mieux que celui qui prend des villes * !

Recevez nos vœux, jeunes gens : puissiez-vous être à jamais préservés de la contagion de ce monde, dans lequel vous venez d'entrer! puissiez-vous vouer à votre salut le temps précieux dont vous jouissez ! puissiezvous vous souvenir de votre « Créateur pendant les jours de votre jeunesse ^ ! »

Recevez nos vœux, vieillards qui avez d^à un pied dans le tombeau ; disons déjà « votre cœur » au ciel, a là où est votre trésor * : » puissiez-vous voir d'homme intérieur fortifié, » à mesure que « l'extérieur se détruit * ! » puissiez-vous voir réparées par les forces de votre âme les faiblesses de votre corps; et les portes

' Héhr. XII. 9. Nombr. xvi. 2?, — ' Proverb. xyi. 32. — ^ ficelés. XI. 3. — * Matth. Ti. 21. — * 2, Cor. vi. 16.

des tabernacles éternels s'ouvrir, lorsque la maison de poussière croulera sous ses fondements !

Recevez nos vœux, contrées désolées, qui êtes depuis tant d'années le théâtre sanglant de la plus sanglante guerre qui fut jamais ; puisse Tépée de TÉternel, < enivrée de tant de sang, rentrer» enfin «dans son fourreau * ! » puisse l'ange exterminateur, qui ravage vos campagnes, arrêter enfin ses exécutions sanguinaires! puissent < les épées être changées en hoyaux, et les hallebardes en serpes % » et la rosée du ciel succéder à cette pluie de sang qui vous couvre depuis tant d'années !

Nos vœux sont-ils épuisés? Hélas! dans ce jour de joie , oublierions-nous nos douleurs ? Heureux habitants de ces provinces, importunés tant de fois du récit de nos misères, nous nous réjouissons de votre prospérité, refuseriez-vous votre compassion à nos maux? Et vous, « tisons retirés du feu % » tristes et vénérables débris de nos malheureuses Églises, mes chers frères, que les malheurs des temps jetèrent sur ces bords, oublierons-nous les malheureux restes de nous-mêmes? Gémissements des captifs , sacrificateurs sanglants, vierges dolentes , fêtes solennelles interrompues, chemins de Sion couverts de deuil , apostats , martyrs, sanglants objets, tristes complaintes, émouvez tout cet auditoire! «Jérusalem, si je t'oublie, que ma droite s'oublie elle-même ; que ma langue s'attache à mon palais si je ne me souviens de toi ; si je ne fais de toi le principal sujet de ma joie *. Jérusalem, que la paix soit dans tes murs, et la prospérité dans tes palais! Pour l'amour de mes frères et de mes amis, je prierai

' Jér. XLVii. 6, — ' Esaïe ii. 4. — ' Amos iv. 11. -r- * Ps. cxxxvii. N 6.

pour la paix '. » Dieu veuille ^'tre tpucbé, sii|X)n de l'ardeur de nos vœux, du ipoins de l'excès de nos misères ; sinon des malhpurs de notre fortune, du moins de la dcsolaf^ion de ses sanctuaires | siqon de ces corps que nouç traînons par tout l'univers, du moins de ces âmes (ju'on nous enlève!

Et toi, prince redoutable que j'honorai jadis comme mon roi, et que je respecte encorp comme le fléau du Seigneur, tu apras ^ussi part à fne§ vœux. Ces provinces que tu menaces, mais que le bras d§ l'Éternel squtient ; ces climats que tu peuples de fugitifs, mais de fugitifs que la chairité anime; ces murs qi|i r,enfernient mille martyrs q^e ti^ as faits, ipais que la foi ri^nd triomphants, retentiropt encore de bénédictJQns en ta faveur. Dieu veuille faire toml^er le bandeau fatal qui cache la vérité h ta vuie! Pieu veuille oublier ces fleuves de sang dont tu ^s couvert la terre, et que ton règne a vu répandre ! Dieu veuille eflaçer de son livre les maux que tu nous as faits, et, en récompensant ceux qui les ont soufferts, pardonner à ceux qui les ont fait souffrir! Dieu veuille qu'après avoir été pour nous, pour l'Église, le ministre de ses jugements, tu sois le dispensateur de ses grâces et le ministre de ses miséricordes !

Je reviens à vous, mes frères, je vous comprends dans tous mes vœux ! Dieu veuille faire descendre son esprit sur cette assemblée ! Dieu veuille qqe cette année soit pour nous tous une année de bienveillance, une préparation à réternité. « 0 cieux ! envoyez la rosée d'en haut, que les nuées fassent pleuvoir la justice, que la terre s'ouvre, et qu'on produise le salut *! »

.' l»s. cxxii. 7, 8. — ' Eçaïe.xLv. 8,'

Mais il ne suffît pas de vous souhaiter ces biens , il faut vous les procurer, il faut les puiser à la source, il ne suffit pas qu'un homme mortel ait fait des vœux en notre faveur, il faut en demander la ratification au c Dieu bienheureux ' ; » il faut aller jusqu'au trône de Dieu même , lutter avec le Dieu fort, le forcer, par nos prières et par nos larmes, et ne le point « laisser aller qu'il ne nous ait bénis \ w Magistrats, peuple, soldats, citoyens, pasteurs, troupeau, venez, fléchissons le genou devant le monarque du monde! Et vous, volées d'oiseaux, soucis rongeants, soins de !a terre, élofgnezvous et ne troublez point notre sacrifice.

' I. Tira. VI 15. — ' Exode XXXII. Î6.

vu

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