‹ Sermons choisis de J. Saurin sur divers textes de l'Ecriture sainteChapitre 22 sur 33 · SUR L*IMMENSITÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR L*IMMENSITÉ DE DIEU

resplendira comme le jour, et les ténèbres comme la luifnière. »

0ans un texte moins riche et moins abondant, on jpôurrait faire quelques remarques sur ces termes € d'ÉspHt » et de « face. » Nous nous contentons d'indiquer l'idée que nous y attachons, et d'avertir que par € rËsprit » et par la « face » de bien, nous entendons bleu lui-même, ié sais que quelques théologiens y trouvent de plus grands mystères, et qu'il y a des passages dans rÊcriturè où ce mot de « face » pourrait s*ehtendre de la seconde personne de la très-sàinte Trinité, et où certainement par « l'Esprit » il faut entendre la troisième. Mais comme il y a des passages où ces termes ne sont point susceptibles de cette signification, il est indubitable que celui que nous expliquons est précisément de ce genre. En tout cas, si quelqu'un nous conteste notre commentaire, il faudra le laisser contester; il n*est pas juste que la réfutation de quelque pensée particulière consume le temps destiné à Fédification de tout un peuple. Les autres expressions cle notre texte : les « cieux, » le « sépulcre, » les « ailes de i'aube du Jour, v façon de parler figurée, qui marque la rapidité avec laquelle la lumière se communique d'un bout du monde jusqu'à l'autre; ces autres expressions, dis-je, n'ont pas besoin de commentaire. La « face » de Dieii, «i l'Esprit » de Dieu, signifient donc ici l'essence divine, et cette accumulation d'idées: « Où irai-je loin de ta face? Oùfuirai-je loin de ton Esprit? » signifie que Dieu est immense et qu'il est présent en tout lieu.

Mais en quoi consistent cette immensité et cette touteprésence? Si jamais question eut besoin qu'on la dé-

veloppc, c'est sans doute celle-ci; non-seulement parce qu'elle présente à l'esprit un sujet abstrait et qui ne tombe point sous les sens, mais aussi parce que plusieurs de ceux qui ont traité cette matière (pardonneznous un aveu qui ne vient point du désir d'attaquer qui que ce puisse être , mais uniquement de proposer la vérité), ont plus contribué à la confondre qu'à l'éclaircir. En général , on ne peut, sans être fort étranger à l'histoire des sciences , ne pas reconnaître que toutes les questions touchant la nature des esprits, comme toutes celles qui ont quelque rapport à la métaphysique, étaient peu entendues avant ce philosophe célèbre, que Dieu semble avoir donné à la terre pour épurer la raison, comme il avait suscité quelque temps auparavant d'autres hommes pour épurer la religion.

Quel amas d'idées confuses et mal digérées ne trouvet-on pas chez les scolastiques sur l'immensité de Dieu? L'un disait que Dieu est un point indivisible véritablement, mais un point qui a cette propriété particulière d'occuper tous les lieux de l'univers ; l'autre, que Dieu est le lieu de tous les êtres , et cette étendue immense où sa puissance les a placés; l'un, que son essence est bien renfermée dans le ciel , mais que cependant elle est tf réplétivement, » comme ils parlent , parmi tout ce qui existe : que sais-je? les ténèbres les plus épaisses ont été employées pour faire voir cette lumière. Quelque éloigncment que nous ayons pour le ton décisif, nous osons bien soutenir que ceux qui parlent ainsi de Dieu n'ont pas même d'idée de ce qu'ils avancent.

Ne craignez pas que nous vous conduisions dans ces roulos égarées, et que nous nous employions à exposer toutes ces pensées, pour travailler ensuite à les réfuter.

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Nous nous contenterons pour vous donner quelque lumière sur rimmensité de Dieu, l"" d'éloigner les fausses idées qui semblent se présenter d'elles-mêmes à l'ima-^ gination; et 2» d'assigner la véritable.

I. Écartez les fausses idées qui se présentent d'abord à l'imagination : comme si, quand il est dit que Dieu est dans un lieu, on voulait établir qu'il y est renfermé véritablement : comme si, lorsqu'il est dit que Dieu est dans tous les lieux, on voulait lui assigner une étendue réelle et proprement dite; non, mes frères, et pour éloigner cette idée, deux réflexions suffisent.

1. Dieu est un esprit. 2. Un esprit ne saurait être dans un lieu , du moins selon la manière dont notre imagination se le présente.

1. Dieu est un esprit. Quel rapport trouveriez-vous entre la sagesse , la puissance, la miséricorde, et tous les autres attributs qui entrent dans la notion de la Divinité, et la nature du corps? Subtilisez la matière, revêtez-la de toutes les formes différentes dont elle est susceptible; élevez-la au plus haut degré où elle soit capable d'atteindre, faites-la vaste, immense, restreinte, bornée, rayonnante, obscure, opaque, transparente, il n'en résultera jamais que des figures et des mouvements , et jamais par toutes ces combinaisons, vous ne produirez un seul sentiment, ni une seule pensée semblable à celle du plus vil et du plus borné de tous les hommes. Que si la matière ne peut pas être le sujet d'une seule opération de Tâme d'un artisan, comment le serait-elle de ces attributs qui font l'essence de Dieu même ?

Mais peut^tre que Dieu, étant spirituel dans une des parties de son être, est corporel dans quelque autre; comme l'homme qui, ayant une âme spirituelle, est

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uni pourtant h une portion de matière? Non. Car quelque admirablog que soient dans Thomme cet assemblage du spirituel et du sensible, et ces lois qui unissent son âme avec son corps, rien ne marque mieux sa faiblesse et sa dépendance, et par conséquent rien ne peut moins convenir à Tessenoe divine. N'est-ce pas une marque de dépendance à une âme immortelle et intelligente d*ètre enveloppée dans un peu de chair et de boue, qui, selon ses difiér^ts mouvements, décide de sa joie ou de sa douleur, de son bonheur ou de sa misère ? N'est-ce pas une marque de faiblesse à notre esprit de ne pouvoir agir que sur ce peu de matière à laquelle nous sommes unis, et de tfavoir aucune puissance sur les autres ? Qui croira que Dieu a de pareilles bornes? 11 n'a point de corps, il n*estuni à aucun: cependant il Test à tous. Ce célèbre philosophe, diraije, ou athée, qui a dit que l'assemblage de tout ce qui existe constitue l'essence divine, et qui nous fait envisager les ôtres corporels comme le corps de la Divinité, a débité une grande extravagance, s'il a voulu dire que Tcsscnce divine consistait dans cet assemblage. Mais il y a un sens très-juste , selon lequel on peut dire que l'univers entier est le corps de la Divinité. En effet, comme j'appelle mon corps cette portion de matière que je porte, que je remue, que je promène comme bon me semble ; aussi Dieu agit par sa volonté sur toutes les parties do l'univers : il obscurcit le soleil, il oalma les vents, il commande à la mer. Mais, cette notion même exclut de Dieu toute corporalité et prouve que Dieu est un esprit. Que si Dieu semble quelquefois se représenter avec des pieds, avec des mains, avec des yeux ; dans ces portraits il a prétendu plutôt nous donner des emblèmes do ses attributs que des images pro-

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