‹ Sermons choisis de J. Saurin sur divers textes de l'Ecriture sainteChapitre 26 sur 33 · P». XXXI · texte numérisé non relu

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déloger, que d'être avec Christ» ce qui lui serait beaucoup meilleur '. »

rajilIâKKB ^AMtlM.

La question touchant l'époque dont parle l'apôire, « je connais un homme en Christ, il y a plus de quatorze ans, 3> nous occuperait beaucoup plus de temps que nous n'en avons pour cet exercice, si nous voulions la traiter à fond. Jamais prédicateur n'eut une occasion plus propre pour faire perdre une heure à des auditeurs en discussions inutiles, et en citations importunes : nous pourrions vous fournir ici un ample catalogue des pensées des interprètes, et des raisons sur lesquelles chacun appuie les siennes : nous pourrions vous dire d'abord que quelques-uns prétendent que ces c quatorze ans 2> marquent le temps écoulé depuis la conversion de saint Paul % et que son ravissement arriva dans ces trois jours où il fut sans boire, sans manger, sans ouvrir les yeux, et vous citer là-dessus Capel, Lira, Cave, Testât, et plusieurs auteurs inconnus au plus grand nombre de ceux qui nous écoutent.

Nous pourrions ajouter que quelques autres rapportent celte époque à la huitième année du christianisme de saint Paul, la quarante-quatrième de Jésus-Christ, et la douzième après sa mort.

Nous pourrions vous faire voir que d'autres prétendent avec plus de vraisemblance que l'apôtre eut ce ravissement, lorsqu'après la dispute avec Barnabas, monument de l'infirmité des plus grands saints, il prit un chemin diflerent du sien. Ceux qui sont dans cette

» 2 Tim. IV. 7. 2. Cor. v. 8. Phiiip. i. 2S. ^ ^ Act. ix. 9,

pensée allèguent les paroles du chapitre xxii des Actes : « fl arriva,- dit saint Paul lui-même, qu'étant retourné à Jérusalem, comme je priais dans le temple, je fus ravi en extase \ » Mais ces discussions sont peu du ressort de cette chaire; nous avons des choses plus importantes à vous proposer.

IjSl manière dont saint Paul a été ravi demande un second éclaircissement : il Ta exprimée d'une façon propre à mettre des bornes à notre curiosité : < Si ce fat en son corps, je ne sais; si ce fut sans son corps, je ne sais ; » aussi ne prétendons-nous pas nous arrêter à rechercher ce qu'il ignorait lui-même.

Remarquons seulement que Dieu se manifestait autrefois de plusieurs manières différentes. Quelquefois c'était par des voix% témoin celle qui partait de la nuée*, témoin celle qui partait du buisson^, témoin celle qui partait d'Horeb», témoin celle qui partait du tourbillon *, témoin celle qui partait du propitiatoire.

Quelquefois il se communiquait par des songes. C'est ainsi qu'il se déclara à Jacob, à Abimélech, à l'échanson de Pharaon '.

Quelquefois il envoyait des visions à ceux même qui étaient éveillés. C'est ainsi qu'il fit voir à MoTse un buisson ardent qui brûlait sans se consumer; c'est ainsi qu'il fit voir à Balaam un ange qui tenait une épée dans sa main ; c'est ainsi qu'il fit voir à Josué le chef de l'armée de l'Étemel •.

Quelquefois il se communiquait à eux par inspiration, accompagnée de mouvements qui les forçaient à parler. « La parole de TÉternel m'est tournée en op-

* Act. XXII. 17. — * Exode xvi. iO. — ' Exode m. 4. — < Exode XIX. 16. — * Job xxxviii. 1. — * Exode xxv. 22. — ' Genès. xxviii. 12. Genës.xx. 3. —Genès. xl. 9. — • Exode m. \. Nombr. xxii, 20. Jos. y. 15.

probre tout le jour ; c'est pourquoi j'ai dit : Je ne ferai plus mention de lui ; mais il y a eu dans mon cœur comme un feu ardent renfermé dans mes os» et je suis las de le souffrir ' .

Mais, parmi toutes ces dispensations miraculeuses, la plus noble était celle qui se faisait par ravissement, ou par extase : nous appelons Yextase, cette forte contention, ce concentrement de pensées, ce recueillement profond qui fait que celui qui est en extase se distrait des sens, oublie son corps, est tout entier à l'objet de sa méditation.

Ijù ravissement est peut-être un degré au-dessus de l'extase : il se fait quelquefois en esprit : c'est lorsque Dieu , par un effet de cette suprême puissance qu'il a sur l'âme des hommes, y excite les mêmes idées, lui fait apercevoir les mêmes objets dont elle serait frappée , si le corps auquel elle est unie était réellement dans un lieu dont il est très-éloigné . C'est ainsi qu'il faut expliquer le ravissement d'Ézcchicl, et celui dont saint Jean nous parle dans l'Apocalypse.

Il se fait quelquefois « en corps : » c'est ainsi que Philippe, après avoir converti et baptisé l'eunuque de la reine Candace, fut « enlevé par l'esprit, » en sorte que <îf l'eunuque ne le vit plus ^ »

Quoique saint Paul ait peu parlé dq la manière dont Dieu se révéla à lui, il en dit assez pour montrer que c'est du ravissement qu'il nous parle ; mais si c'est de celui qui transportait le corps dans un autre lieu , si c'est de celui qui ne transportait que l'esprit; s'il y a même une différence réelle entre le ravissement et l'oxlaso, c'est ce que personne ne peut décider sans

' Jérém. xx. S, 9 -— '-' Act. viii. 39.

témérité ; c'est ce que r«ipotre ignorait lui-même : « Si ce fut en corps, je ne sais ; si ce fut sans son corps , je ne sais ; mais je sais que cet homme a été ravi jusqu'au troisième ciel , et dans le paradis. »

Le troisième ciel, le paradis, autre sujet d'éclaircissement : le troisième ciel est le siège des bienheureux, celui où Dieu donne les marques les plus éclatantes et les plus pompeuses de sa présence, et personne ne le conteste. Mais l'autre expression de saint Paul, celle du paradis, a causé des débats parmi les savants : on a agité depuis longtemps la question si le paradis et le troisième ciel désignaient un même lieu; quel- . ques interprètes modernes l'ont nié avec chaleur : un grand nombre d'anciens Pères l'avaient fait avant eux ; . ils regardaient le paradis comme un séjour où les âmes attendaient la résurrection, et ils le distinguaient du ciel. Justin, martyi*, disputant contre Triphon , met dans la même liste l'erreur qui nie le dogme de la résurrection, et l'opinion qui suppose que les âmes sont avec Dieu après la mort ; ils suivaient en cela les préjugés des Juifs : plusieurs d'entre eux croient que l'âme des gens de bien va dans le jardin d'Éden, jusqu'au jour de la résurrection ; de là vient qu'ils ont ce formulaire de prières pour les mourants : « Que son âme . soit recueillie dans le jardin d'Éden, qu'elle ait sa part dans le paradis , qu'elle se repose , et qu'elle dorme en . paix jusqu'à ce que vienne le consolateur qui fera entendre la paix aux pères. 0 vous qui êtes commis sur les trésors du paradis, ouvrez-lui-en maintenant les portes! »

Mais cette erreur, pour avoir été soutenue depuis longtemps, et par des interprèles de grand nom, n'en est pas moins erreur pourtant ; plus d'arguments que

nous n'avons le temps d*en apporter le démontrent : lisez seulement la prière que Jésus-Christ fit à son père quelque temps avant sa mort, vous verrez qu'il demande d'aller à la rélieité céleste : il dit aussi au brigand : « En vérité, je te dis que tu seras aujourd'hui avec moi dans le paradis '» » Le paradis est donc le lieu où Dieu donne les «ymboles les plus augustes de sa présence, et n'est point différent du troisième eitl.

Que si vous demandez pourquoi œ nom est donné au troisième ciel, il faut remonter jusqu'à Ba première origine. Ceux qui se sont attachés à la sèche étude des étymologies nous assurent que ce mot vient des Perses, qui appelaient paradis les parcs et les jardins des roii : il désigne ensuite tous les lieux de cette espèce ^. Il passa des Perses chez les Grecs, chez les Hébreux, chez les Latins : nous le trouvons employé en ce sens dans Néhémie ', dans i'Ecclésiaste S dans plusieurs auteurs profanes, et les Juifs donnèrent ce nom au jardin d'Éden, où Adam avait été placé : on le trouve au deuxième chapitre de la Genèse. En voilà assez, en voilà trop pour cet article.

Il ne nous reste plus qu'un éclaircissement à donner. < Je sais que cet homme, ajoute l'apôtre , entendit des paroles ineffables , des choses qu'il n'est pas possible à l'homme d'exprimer:» voir des choses, ouïr des paroles, sont des phrases souvent synonymes dans le style des auteurs sacrés, et ce n'est pas sur cela quQ tombe )a difficulté de cet article : mais que veut dire l'apôtre , lorsqu'il assure que les paroles qu'il a ouïes, ou les choses qu'il a vues sont « ineffables, qu'il n'est pas possible à l'homme de les exprimer? » Avait-il reçu

' Lue XXI II. 43. * ^ Poilux On^ut. — ^ Néh. ii. 8. — * Bed. u. 5.

quelque défense de raconter le détail de sa vision? En avait-il perdu Tiâée? Ou si ces choses étaient d'un genre à ne pouvoir être exprimables par une bouche mortelle? Chacune de ces pensées est soutenable.

Plusieurs ont adopté la première : ils ont cru (]ile Dieu avait révélé à saint Paul des mystère qu'il lui avait défendu de révéler à d^autres; ils ont ont que l'a*pôtre, après avoir été ravi au troisième ciel, avait reçu un ordre semblable à celui qui fut donné à saint Jean dans un pareil cas : « Tiens décrètes les choses que les sept tonnerres ont dites, et ne les écris point '. » C'est aÂBfà que les païens appelaient quelques-uns de leurs m;8t^^. < ineffables, » parce qu'il était défendu de les révéler; c'est ainsi que les Juifs appelaient le nom dé Jéhovah « ineffable^ » parce qu'il n'était pas permis de le prononcer.

La sec-onde opinion n'eët pas destituée de vraisemblance : comme l'âme de saint Paul fut sans commerce sensible avec son corps pendant ce ravissement, il est probable que les objets dont il fut frappé, n'ayant laissé aucune trace dans son cerveau, il perdit la mémoire d'une partie de ce qu'il avait aperçu.

Mais rien ne nous contraint de nous borner à ces sens : le mot de l'original, « ineffable, v signifie souvent ce qui n'est pas d'une nature à pouvoir être expliqué; c'est ainsi qu'il est dit que le Saint-Esprit excite en nous des gémissements «ineffables ^ ; » c'est ainsi que saint Pierre parle de la « joie ineffable et glorieuse *» , et BOUS verrons fout à l'heure que la félicité céleste est < ineffable » dans ce Sens.

Au reste, parmi ceux qui ont recherché quelles pou-

• Apoc. X. 4, — * Rom. nu. 26. — ^ i. pierre i. 8,

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vaient être ces choses que Tapôtre nomme «ineflables,» quelques-uns ont dit que c'était Tessence divine; d'autres, que c'était l'ordre hiérarchique des intelligences célestes ; d'autres, que c'était la beauté des âmes glorifiées; d'autres, que c'était le mystère de la vocation des gentils et le rejet des Juifs; d'autres, que c'était la destinée de l'Église chrétienne dans ses divers périodes. Pourquoi vouloir borner les choses que vit notre apôtre? H fut ravi jusqu'au siège des bienheureux ; il y jouit sans doute de la félicité dont ils y jouissent.

Que l'on ait exercé son imagination sur cette question, à la bonne heure : mais on ne peut voir sans indignation que les inventeurs de pièces supposées aient porté rinsolence jusqu'à forger des ouvrages qu'ils rapportaient à l'esprit de Dieu même, et où ils prétendaient que ces mystères étaient expliqués \ Saint Épiphane nous raconte que d'anciens hérétiques, c'étaient les <K Gaïanites ou Caïnites , ]» avaient imaginé un livre, adopté par les gnostiques; il s'appelait «l'Ascension de saint Paul % » et on prétendait que ce livre découvrait quelles étaient ces « choses ineffables » que l'apôlre avait ouïes; saint Augustin parle du même ouvrage, comme d'un livre supposé : Nicéphore dit qu'on racontait, sous l'empereur Théodose, que l'on avait trouvé à Tarse, dans la maison de saint Paul, un coffre de marbre, enseveli dans la terre, et qui renfermait a l'Apocalypse de saint Paul '. » Il réfute même cette fable par le témoignage d'un homme de Tarse, membre du presbytère. Le fourbe qui est Tauteur de l'ouvrage allribué à Denys TAréopagite, et qui se donne pour ce

' Hœres. xxxviii. — ^ Traité xcviii sur saint Jean. ^' Hi$t. eeclés., Vw. Xll, chap. XXXIV.

fameux prosélyte de noire apôtre, se vante de lui avoir entendu raconter des choses merveilleuses touchant la nature, la gloire, les dons, les beautés des anges; c'est sur ce témoignage qu'il appuie l'idée chimérique qu'il donne de la hiérarchie céleste.

Laissons toutes ces conjectures frivoles et toutes ces fables profanes. Nous allons donner à notre méditation de plus grands objets, et examiner, comme j'ai dit, cette singulière mais intéressante question : pourquoi la gloire céleste est-elle de nature à ne pouvoir nous être racontée? Pourquoi «n'est -il pas possible à l'homme de l'expliquer? » Nous allons nous servir de cette impuissance même où nous sommes de la décrire, pour vous en donner de grandes idées, et pour allumer dans vos âmes de fervents désirs de la posséder. C'est notre seconde partie.

SBCONDB PAKTIB.

Nous rapportons à trois notions générales la félicité des bienheureux. V Les bienheureux dans le ciel ont de grandes lumières. 2° Ils ont de iiobles inclinations. 3* Us ont des plaisirs sensibles. Un défaut de génie nous empêche de pouvoir comprendre leur lumière; un défaut de goût nous empêche de connaître leurs inclinations ; un défaut de facultés nous empêche de savoir quels sont leurs plaisirs : à ces trois égards, la félicité céleste est « ineffable : y> à ces trois égards, il « n'est pas possible à l'homme de l'exprimer, d

r Les bienheureux dans le ciel ont de grandes lumières; un défaut de génie nous empêche de les comprendre.

Sur la terre nous manquons de plusieurs idées; nous

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n'en avons k proprement parliîf qtte deux ! celle du corps, celle de Tesprit. La combinaison de ces deux idées forme toutes nos perceptions, toutes nos spéculations, toutes nos connaissances : et quelque effort qu'aient fait plusieurs philosophes pour prouver que nous connaissons des êtres mitoyens entre Tesprit et la matière , ils n'ont pu le persuader aux autres ; peutêtre n'ont-ils pu se le persiiader à eui-mêmès. Mais si tous les êtres qui sont du ressort de nos connaissances se rapportent à ces deux idées, qui est-ce qui peut assurer qu'il n'y en ait point d'autres en effet? Qui est-ce qui peut soutenir que la création des esprits et celle des corps ont épuisé la toute-puissance du Créateur? Qui est-ce qui osera avancer que cette intelligence! infinie, à qui l'univers doit son existence, n'ait trouvé que deux idées dans ses tirésors? Peut-être que les bienheureux dans le ciel ont l'idée de certains êtres qui n'ont aucun rapport avec tout ce que nous concevons sur la terre ; peut-être que Dieu imprima cette idée dans l'âme de saint Paul : peut-être que c'est là une des raisons de l'impossibilité où il est de décrire ce qu'il a vu. Car quand nous parlons aux autres hommes, nous supposons qu'ils ont des ftmes semblables à la nôtre, douées des mêmes facultés, enrichies des mêmes notions : nous avons certains signes, certains mof^ pour exprimer ce que nous concevonâ ; nous obligeons les hommes à rentrer dans eux-mêmes, à suivre leurs principes, à examiner leurs notions : c'est ainsi que nous nous communiquons nos connaissances les uns aux autres; mais cela est impraticable à l'égard de ces êtres que connaissent les bienheureux. 11 n'y a point de notion à cet égard qui nous soit commune avec eux :. nous n'avons point de terme pour les exprimer; Dieu

8UR LE RAVISSEMENT f)E SAINT PAUL. 295

seul peut imprtmei' de nouvelles fdéeé à nos âmes; lout ce que le* hommes peuvent faire, c*est de nous rendre attentifs à celle» que noue avons déjà, et de nous aider à les démêler.

Sur la terre, noua né eonnatssons qu'imparfaitement oea deux sortes d'êtres, dont nous avons quelques nCK tiens : nos idées sont incomplètes : nous n'apercevoiis qu'imparfaitement lés eorfMj et les esprits. 1. Nous n'avons que des idées Imparfaites des corps, et sans entrer ici dans la discussion de tant de questions métaphysiques, dont ce sujet serait susceptible, et pour en donner un exemple à la portée de chacun de nous, la gràn^ deur des corps et leur petitesse nous passent presque également : d'abord, nous nous formons Tidce d'une portion de matière, nous la divisons jusqu'aux plus menues parties, nous la réduisons en poussière, jusqu'à ce qu'elle détienne entièrement imperceptible h nos sens : au défaut des sens, nous faisonè suppléer l'imagination. Nous divisons par l'imagination, partie après partie, cette même portion do matière, jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à un tel degré de petitesse, qu'elle échappe à notre imagination , comme elle avait échappé à nos sens. Quand les sens et l'imagination s'arrêtent , nous appelons la pensée à notre secours; nous consultons l'idée que nous avons de la matière; nous là divisons encore par la pensée : la pensée va au delà de l'imagination et des sens. Mais après avoir été jusqu'à un certain point, elle se trouve absorbée à son tour, et nous sommes également confondus , soit que nous voulions admettre un progrès infini dans cette division, soit que nous voulions nous arrêter à un certain point déterjoûné.

Ce que nous disions de ia petitesse dés corps, nous le

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disions aussi de leur grosseur : nous pouvons, avec le secours des sens, de Timagination et de la pensée, augmenter une masse, l'imaginer encore plus grande, la concevoir encore au delà; mais quand nous avons agi, imaginé, réfléchi, et ]orsqu*après avoir conçu une certaine étendue, nous voulons nous en représenter une plus grande, nous sentons que la matière nous absorbe par sa grandeur , comme elle nous avait échappé par sa petitesse. Ainsi nous n'avons que des idées incomplètes de la matière.

2. Pour ce qui concerne les esprits, nous les connaissons plus imparfaitement encore. Qui donna jamais des idées claires des esprits? Qui a su expliquer tout ce dont un esprit est capable? Qui a déterminé la liaison qui se trouve entre cette faculté qui sent en nous, et celle qui réfléchit? Qui a connu comment un esprit peut communiquer ses pensées à un autre esprit? Qui a conçu comment un esprit peut agir sur un corps, et un corps sur un esprit? Il est donc démontré, ce me semble, que nous ne connaissons qu'imparfaitement les choses njômcs dont nous avons des idées.

Les bienheureux dans le ciel en ont de complètes ; ils pénètrent jusqu'aux moindres parties de la matière, ils découvrent toutes les merveilles, tous les ressorts, toute la subtilité des moindres parties du corps qui renferment de petits mondes, des abrégés du grand monde, non moins propres à faire admirer la sagesse du Créateur; ils parcourent ces vastes espaces, ces globes célestes, ces sphères immenses dont nous ne pouvons révoquer en doute l'existence, mais qui nous confondent par leur masse et par leur multitude. Les bienheureux dans le ciel connaissent la nature des esprits, leurs facultés, leurs relations, leur commerce, leurs

lois : mais tout cela est inexpliqiiable. Peut-on changer nos sens? Peut-on étendre notre imagination? Peut-on ôter les bornes qui rétrécissent nos pensées ?

Sur la terre nous ne voyons qu'imparfaitement les relations qui se trouvent entre les choses même que nous connaissons. Quelque bornées, quelque incomplètes que soient nos idées, nous ferions pourtant des progrès dans la recherche de la vérité si nous savions réfléchir, nous recueillir, porter notre attention jusqu'à un certain degré , comparer les êtres les uns avec les autres , aller ainsi de ceux que nous connaissons à ceux que nous ne connaissons pas encore. Les hommes sont plus ou moins savants, selon qu'ils savent plus ou moins être attentifs : un homme élevé dans le bruit, dans le tumulte, un homme que le bruit et le tumulte suivent partout, est incapable de recueillement, parce que, portant toujours avec lui une source de distraction, il ne peut réfléchir profondément sur aucun objet abstrait et dégagé de la matière. Mais un philosophe accoutumé à méditer peut suivre un principe jusqu'à un degré inaccessible à l'autre. Cependant, quelque expert que Ton soit dans l'art de l'attention, elle a aussi toujours des bornes étroites, parce que nous avons toujours un corps; parce que ce corps excite toujours des sentiments dans nos âmes ; parce que nos âmes sont toujours distraites par ce sentiment; parce que, pour méditer, il faut un grand concours de ces esprits nécessaires à l'entretien de notre corps, en sorte que l'attention lassée, épuisée, fait violence à ce corps; en sorte que si, à l'aide d'un concours extraordinaire d'esprits, nous voulions tendre notre cerveau jusqu'à un certain degré, cet effort nous serait funeste.

Les bienheureux dans le ciel n'ont point leur atten-

tion partagée pnr Taciioti àeê sem. Saint Pan), par une économie surnaturelle, élit son âtife, sinon séparée du corps (car il no sait lui-nième si soii raTÎssefiient fut « en son corps ou sans soti corps » ), du moifis il Peut délivrée de cette distraction continuelle que itous avons par notre union avec la matière : il put être recueilli, attentif, concentré aux choses que Dieii offrit à son esprit. II put voir la liaison des desseins de Dieu , l'harmonie de ses ouvrages, renchainemefit de ses volontés, )a combinaison de ses attributs; objets sublimes qu*il ne pouvait découvrir à des bommM incafiâbleS de cette attention, sans laquelle ces objets ne sauraient être conçus.

Mes frères, cette première raison du silence de notre apôtre sur la félicité céleste ne produit-elle pas déjà dans vos âmes Teflet auquel nous destinons ce discours? N*y allume-t-elle pas déjà un désir ardait d'arriver à celte félicité? Ame de l'homme susceptible à tant d'idées, de tant de connaissances, de tant de lumières, peux-tu séjourner sans peine dans un corps qui resserre ta sphère, et qui y mot des limites si étroites? Philosophe qui te débats et qui t'agites pour arriver à un degré de savoir incompatible avec la qualité d'homme; géomètre qui, après avoir bien pensé, bien médité, bien réfléchi, peux parvenir tout au plus h connaître les relations d'un cercle ou d'un triangle; théologien, qui, après tant de sueurs et tant do veillds, expliques à peine quelque passage de la révélation, corriges à peine quelques préjugés; pauvres mortels que vous êtes dignes de pitié, et que tous les eflbrts que vous faites pour parvenir à une véritable science sont impuissants et inutiles : il me semble que je vois un de ces animaux que l'épaisseqr de leur sang, la grossièreté

de leurs humeurs, le fardeau de cette maison dont la nature les charge , empêche de se mouvoir avec facilité, il me semble que je vois un de ces animaux vouloir parcourir dans une heure de vastes espaces : il se débat, il s'efforce, il s* agite, il se félicite d'avoir avancé quelques pas, il se flatte d'arriver au but qu'il se pro*pose; l'heure s'écoule, et il n'a parcouru encore qu'un espace qui n'est rien au prix de celui qui lui restait eor core à parcourir. Ainsi, chargés d^un corps, remplis d'humeurs, enchaînés dans la matière, nous ne pouvons dans h vie avoir que des connaissances imparfaite* 11 ffiut que ce corps tombe ; il faut qqe cette âme se dégage pour pouvoir 3e donner l'essor, pour pénétrer dans l'avenir , et pour arriver à ce haut degré de eonnaissance quç possèdent les bienheureux. Ce n'est pas seulem^Bni la révélation qui nous donne ees idées; ce n'est pas même la raison arrivée à ce degré de perfipction auquel ellee^t parvenue aujourd'hui; les païens l'avaipnt reconnu •: nous avons dans le Phœdon de Platon cette matière approfondie et comme épuisée : Socrate regarde sori corps comme le plus grand obstacle à la recherche de la vérité, Et cela me fait souvenir d'un beau mot d'un anachorète : exténué, infirme, accablé d'années, prêt à expirer, il entonne des cantiques. On lui fait ce(te question : Pourquoi chantes-rtu? Ahl je chante, dit-il, parce que je vois tomber le mur qui m'em|)êche de voir Dieu. Oui, ce corps est un mur qui nous empêche de voir Dieu. Tombe, tombe, mur importun; tombe, mur impénétrable, alors nous verrons Dieu. Mais par rapport à des hommes chargés d'un corps tel que le nôtre, les lumières des bienheureux sont des « choses inefiables. »

Leurs inclinations sont la seconde notion de leur fé-

licite : un défaut de goût nous empêche d*en connaître les douceurs : tous les goûts ne sont pas semblables. Les hommes s'accordent assez sur les idées vagues d'honneur, de plaisir, de générosité, de noblesse : mais ce qui parait plaisir à l'un est insupportable à Tautre; ce qui paraît noble, généreux à l'un, parait bas, rampant, méprisable à l'autre : en sorte que l'idée que vous pourriez donner à un tel homme d'une vie digne de ses désirs réveillerait précisément en lui l'idée de la vie la moins désirable.

Qui fera comprendre, à un homme plongé dans le négoce, qu'il y a des plaisirs immenses à étudier la vérité, à augmenter ses connaissances, à découvrir des mystères? Qui fera comprendre à un avare qu'on trouve des douceurs sans égales à se communiquer aux malheureux , à se prêter à leurs misères , à partager ses biens avec eux, et à s'approcher ainsi de « sa propre chair ', » selon l'expression de nos Écritures? Qui fera comprendre à une âme lâche et rampante qu'on trouve des délices à chercher la gloire à travers le fer et le feu , en bravant des périls certains, en affrontant une mort presque inévitable? En général, qui fera comprendre à un mondain que les joies les plus parfaites se trouvent dans les exercices de dévotion, dans ces eflîisions de nos cœurs, dans ces dépouillements de nous-mêmes , dont les saints nous ont donné de si belles leçons et de si nobles modèles? « Ce sont là des choses qui se discernent spirituellement; l'homme animal ne les peut comprendre % » parce qu'il manque de ce goût, qui en fait seul sentir les charmes.

Or, mes frères, quoique l'amour de Dieu soit le prin-

' Etaïe iTiii, 7. — ' 1. Cor. ii. 14.

cipe des vertus que possèdent les saints glorifiés, et de celles des saints qui sont encore sur la terre, quoique les uns et les autres conviennent de ce principe général, qu'aimer Dieu est la vertu souveraine, cependant il y a une si énorme distance entre l'amour que nous avons pour Dieu sur là terre , et celui que sentent les bienheureux dans le ciel , qu'il en résulte des inclinations entièrement différentes.

Nous connaissons Dieu imparfaitement sur la terre, et notre amour pour lui est proportionné à l'imperfection de nos connaissances : écouter sa parole, venir dans son temple, chanter ses louanges, participer à ses sacrements, désirer une union dont nous n'avons pas même d'idée, pratiquer des vertus qui se rapportent à notre état; voilà le goût que nous donne cet amour, .voilà les inclinations particulières qu'il fait naître dans nos âmes; encore, combien de fois ces sentiments sontils affaiblis par l'attachement que nous avons pour les créatures? Combien de fois sont-ils trop faibles pour nous animer à ces exercices ? Combien de fois nous présentons-nous devant Dieu comme des victimes qu'on traîne à l'autel? Combien de fois faut-il que l'idée du devoir supplée au goût, et que l'enfer ouvert sous nos pieds fasse sur nos âmes des effets que notre seul amour pour Dieu devait y produire? Mais, quoi qu'il en soit, notre amour ne peut aller jusque-là. Ces dé- . vouements parfaits, ces sacritîccs volontaires, ces vertus qui ne se rapportent qu'à Dieu seul, nous sont inconnus, et bien loin de les pratiquer, nous n'avons ni idées pour les concevoir nous-mêmes, ni termes > pour les exprimer aux autres.

Les bienheureux dans le ciel connaissent Dieu parfaitement, et ont pour lui un amour proportionné à la

Sùi SftRIIOff

perfeclion de leurs connaiasanceSy ei àm inctinatti^ proportionnées à leur amour. Nous ne savons pas ce que peut produire sur un cosur Tidée d'un Dieu connu comme souverainement sage, comme souverainement puissant , comme souverainement miséricordieux , comme souverainement aimable. Les bienheureux dans le ciel se plaisent à des exercices que l'Écriture désigne par des noms proportionnés à notre état : cela s'appelle c jeter ses couronnes aux pieds de Tagneau S regarder continuellement sa face, » comme des courtisans celle de leur roi, se c couvrir ' » devant son U^ône, c chanter de nouveaux cantiques *, » courir à ses ordres avec la rapidité des < vents » et de « la flamme de feu S crier les uns aux autres: Saint, saint, saint est l'Éternel des armées % » brûler, remporter le nom de « Séraphin,» c*est-à-dire brûlant de zèle ; ce sont là des emblèmes : la chose même n'est pas à notre portée, nous en ignorons Tettet, parce que nous en ignorons la cause; nous en ignorons les douceurs, parce que nous manquons de ce goût qui peut seul les faire sentir.

Bien plus : avec les goûts que nous avons sur la terre, telle joie des bienheureux paraîtrait même aux plus grands saints d'entre nous un véritable supplice. Une des plus grandes félicités des saints gloriQés, c'est de ne rien aimer que Dieu et par rapport à Dieu ; les sentiments qu'ils ont pour les autres êtres ne sont pas des sentiments de sang, d'esprits , de tempérament, comme ceux que nous avons ici-bas. Ils sont dirigés par l'ordre, ils se rapportent à Dieu seul; les bienheureux ne sont touchés de la félicité et de la mis^ des autres, qu*autant que cela se rapporte à ces grands

» Apoc. iT. 10. — » Esaïe vi. 2. — • Apoc. ïit. 3. — ^ HIbr. i. 7. — ^ Suie Ti. 3.

mobiles qui les animent. Mais cette félicité dépeinte à des hommes sur la terre, appliquée à des eas partieu* liers, leur paraîtrait un véritable supplice* Le père pourrait-il goûter une félicité^ si on lui disait qu'il ne U partagera pas ayec son enfant ï L'ami serait-il tranquille, s'il pensait que son ami serait chargé à jamais de chaînes d'obscurité? Avons-nous assez d'amour pour l'ordre; rapportons-nous assez nos inclinations à Dieu, pour avoir ce goût qui ne fait trouver des objets aimables, qui n'intéresse qu'autant qu'ils se rapportent \ cet ordre et à cette gloire du Créateur? Et ne sentonsnous pas qu'une félicité relative à un goût que nous n'avons pas, opposée même à celui que nous avons^ est une félicité « ineffable? »

La troisième notion que nous vous avons donnée du bonheur céleste, c'est celle des plaisirs sensibles. Un défaut de facultés nous empêche de les concevoir. Ne vous étonnez point de ce que nous faisons entrer des sensations de plaisir dans l'idée d'une félicité toute pure et toute sortable à la sainteté de celui qui en est l'auteur. Ne nous taxez pas de puiser dans les notions grossières de Mahomet les portraits que nous vous donnons du paradis. Yous nous entendez souvent déclamer contre les plaisirs des sens : mais ne confondons pas les choses sous prétexte de les perfectionner, et sous prétexte de condamner les plaisirs sensibles, ne regardons pas comme une imperfection de notre âme la puissance qu'elle a d'en jouir : non, mes fhères; au eontraire, une de ses ])lus grandes perfections, c'est d'être susceptible de ces sentiments, de pouvoir flairer Fodenr des fleurs, savourer le goût des aliments, entendre l'harmonie des sons, et ainsi du reste.

Si nous déclamons contre vos plaisirs, c'est parce

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que vous sacrifîez souvent des plaisirs plus grands à ceux qui sont moindres, des plaisirs qui doivent durer élernellemcnt à ceux d'une courte durée.

Si nous déclamons contre vos plaisirs , c'est parce que l'attachement que vous avez pour ceux de la terre vous les fait regarder comme le souverain bien , et vous empêche de soupirer après cette abondante portion que nous en aurons dans le ciel.

Si nous déclamons contre vos plaisirs , c'est parce que vous regardez les créatures qui en sont les occasions comme si elles en étaient les véritables auteurs : vous attribuez au feu la propriété essentielle de vous échaufler; aux aliments» celle de flatter votre palais ; aux sons, celle de chatouiller votre ouïe : vous regardez les créatures comme autant de divinités qui président à votre bonheur ; vous leur déférez vos honunages; vous prosternez votre imagination devant elles, et vous ne faites pas réflexion que Dieu seul peut produire des sensations dans votre âme, et que toutes ces créatures ne sont que les instruments et les ministres de sa providence. Mais la maxime demeure dans toute sa vérité; c'est que la faculté de sentir les plaisirs est une perfection de notre âme, et un de ses plus beaux attributs.

Mais ce qui mérite une particulière attention, c'est que cette faculté que nous avons de recevoir des sensations agréables est extrêmement imparfaite, tandis que nous sommes sur la terre : elle est bornée par l'action des sens ; son activité est arrêtée par les liens qui l'attachent à la matière. Nos âmes sont capables d'un plus grand nombre de sensations que celles que nous avons sur la terre. Comme il peut y avoir un progrès infini dans nos connaissances, il peut y en avoir aussi dans

pos plaisirs; les bienheureux réprouvent dans le ciel. Dieu exerce en plein dans leur âme le pouvoir qu'il a d'y exciter de vifs sentiments : il leur en communique de proportionnés à leur nature; c'est ce qu'il fit sur l'âme de saint Paul.

Les plaisirs que j'ai goûtés, dit cet apôtre, ne sont pas de ceux qui pourraient être à votre portée. Pour vous faire connaître ce que j'ai senti, il faudrait que je créasse de nouvelles lois de l'union de vos âmes avec votre corps; il faudrait que je susse suspendre celles de la nature, ou plutôt il faudrait que je susse arracher votre âme à ce corps, il faudrait que je susse vous ravir en extase, comme je l'ai été moi-même ; et vu l'état où vous êtes, je crois bien mieux vous représenter ce que j'ai senti, en vous disant que ce sont des choses « ineffables, » que si je voulais vous en faire des descriptions. Car quand il s'agit de représenter ce qui consiste dans des sensations vives et touchantes, il n'y a pas d'autre moyen que de les produire dans ceux à qui Ton veut les faire connaître. Pour les produire il faut trouver des facultés propres pour ces sensations ; or ces facultés vous manquent. Il est donc impossible ici-bas que vous connaissiez jamais ces sensations. Et il n'est pas plus en mon pouvoir de vous faire comprendre celles que j'ai eues, que de donner à un sourd l'idée des sons, à un aveugle celle des couleurs, ainsi du reste. Vous sentez donc, mes frères, que le défaut de facultés nous empêche de concevoir quels sont les plaisirs sensibles des bienheureux, comme le défaut de goût et le défaut de génie nous empêchent de comprendre quelles sont leurs inclinations et leurs lumières. Ainsi les principales raisons du silence de saint Paul, et celui de l'Écriture sur la nature de la félicité

306 SRRIIRf

(f^Ieste, n'ont rien qui duire ralenltf FardéTTr qm nom avons d*y arriver ; elles sont àeA pre<iTos de sa grandeur ; bien loin qu^elles en doiv^rt diminuer le prix à nos yeux, elles nous en donnent une plus grande idée; c'est ce qu'il fallait prouver.

▲vrLiGATieii.

Que si le témoignage de l'âpôtre^ si les décisions de nos Écritures, si tout ce que vous venez d'entendre, si lout cela ne peut vous suffire, et si malgré Timpuissance où nous sommes de votis décrire la félicité céleste, vous voulez pourtant que l'on vous en donne quelque idée, nous pouvons vous en tracer uiï trait, un trait d'un genre singulier et qui mérite de réveiller votre attention : c'est lin trait qui se rap[)orte au sujet que nous traitons. C'est l'ardent désir qu'avait saint Paul de retourner à cette félicité, dont l'ordre de la Providence l'avait arraché pour le rappeler encore au monde. Rien ne nous donne de plus grandes idées de la transfiguration de Jésus-Christ que les effets qu'elle produisit sur l'âme de saint Pierre. Sanit Pierre eut à peine \u quelques rayons de la gloire de Jésus-Christ sur la sainte montagne, qu'il en fut vivement frappé. 11 ne voulait plus descendre de celle montagne, il ne voulait plus retournera Jérusalem ; il avait oublié amis, relations, engagements. « Seigneur, il est bon que nous demeurions ici, faisons-y trois tentes \ » L'Idée du bonheur céleste fit de vives impressions sur saint Paul. H y avait quatorze ans qu'il l'avait vu. Il Tavait même tu quatorze ans. Cependant cet objet le suivait partout, et partout son âme était occupée du désir de le recou»

Matth. xvu. 4.

SUR LE HAVISSEMENT DE SAINT PAUL. S(ft

yrer. El par quelle voie pouvait-il le recouvrer? ("e n'était plus par une c extase; » ee n'était plus par iin € ravissement:» il ne devait pas être transporté eomme Élie dans le ciel sur un chariot de feu ; il devait subir la loi imposée à tous les enfants d'Adam, ce II est ordonné que tous les hommeé meurent'. » N'importe, eette mort qui fait la terreur de tous les hommes est le principal objet de ses désirs. Mais que dis-je? que la mort était la vote par où saint Paul devait aller à la félicité céleste? Ce n'était pas une mort ordinaire, c'était une mort violente. Néron, le cruel Néron régnait du temps de saint Paul, et un sang si chrétien ne devait pas échapper à un ennemi si capital du christianisme. N'importe encore. Déploie ta fureur contre moi, tigre altéré du sang chrétien : j'affronterai le supplice. Approdie, exécuteur des ordres sanguinaires de ce Boonstre, je monterai sur l'échaiaud avec constance, je te préstoterai la tête avec joie et avec intrépidité. Nous le disions eri commençant cette action,, saint Paul depuis son ravissement ne parlait que de mourir, que de quitter « ce corps, t> que « d'achever sa course, » que de « déloger '. Nous qui sommes dans cette tente BOUS gémissons sous le poids. Nous aimons mieux quitter ee corps pour être avec le Seigneur. Ma vie ne m'est point précieuse, pourvu que j'achève avec joie ma course, et le ministère que j'ai reçu du Seigneur. Mon désir est de sortir de ce monde pour être avec Christ, ce qui me serait beaucoup meilleur ^. » Plusieurs bravent la mort quand elle est ék»gnée et frémissent à son aspect. Mais la rapidité des voeux de notre apôtre rodûiibte à mesnre qu'ils approchent de leur centre ^

* Hébr. IX. 27. — ^ 2, Cor. iv. 4 et 8. —3 Act. xx. 24.Pbil. i 23.

quand il est arrivé au dernier moment il triomphe : c J'ai combattu le bon combat, j*ai achevé ma course, j*ai gardé la foi. La couronne de justice m*est réservée '. »

Mes Trcres, vous connaissez saint Paul; saint Paul était un grand caractère. Quand la foi ne nous apprendrait pas qu'il a été inspiré par Tesprit de Dieu, nous devrions toujours avoir de grandes idées d'un homme qui avait puisé ces connaissances dans ce qu'il y avait do plus pur chez les Juifs ; qui les avait épurées par ce qu'il y avait de plus sublime dans le christianisme; d'un homme dont le cœur avait toujours suivi les idées de l'esprit, qui s'était opposé au christianisme avec zèle ({uand il croyait le christianisme faux, et qui avait tourné tout son zèle du côté du christianisme, dès qu'il le crut émané de Dieu. Saint Paul était un homme trèsraisonnable, et nous avons dans ses écrits des monuments qui feront connaître la supériorité de ses luniières jusqu'à la consommation des siècles. Cependant cet homme si éclairé, si sage, si raisonnable; cet homme qui connaissait les plaisirs du ciel par expérience ne voit plus rien sur la terre qui puisse leur être comparé, ni qui mérite d'arrêter ses vœux : il trouve que les plaisirs célestes ne doivent point être comptés chèrement achetés, à quelque prix que Dieu les ait mis et quoi qu'il en coûte pour y arriver, a Tout bien compté, dit-il, compté ce que je souffre et ce que je dois souffrir d'un côté; compté d'un autre côté la gloire dont j'ai été le témoin et dont je dois jouir encore; tout bien compté, j'estime qu'il n'y a point de proportion entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir qui doit

' 2. Tim. IV, 7.

être manifestée en nous '. Mon désir est de partir de ce monde pour être avec Christ'. »

Qui pourrait ici exprimer dignement ses transports pour vous les faire sentir avec plus de force, et, s'il était possible, pour les faire passer jusque dans vos cœurs. Représentez-vous un homme qui a vu cette gloire dont nous ne pouvons vous donner que des idées empruntées; représentez-vous un homme qui a parcouru ces saintes « demeures qui sont dans la maison ' du Père, » un homme qui a vu le palais du Maître du monde, et ces « milliers S ces dix mille milliers » qui sont autour de son trône; un homme qui a été dans cette nouvelle a Jérusalem qui descend du ciel, dans ces nouveaux cieux, et dans celle nouvelle terre * dont les habitants sont les anges, les archanges, les séraphins, dont Tagneau est « le soleil et le temple, » et où Dieu est « toutes choses en tous : » représentez-vous un homme qui a entendu ces concerts harmonieux, ces chœurs qui crient jour et nuit ; « Sahit, Saint, Saint est rÉternel des armées, tout ce qui est dans toute la terre est sa gloire * ; » un homme qui a entendu ces multitudes célestes qui disent : a Halléluiah ! le salut et la gloire appartiennent au Seigneur notre Dieu, et les vingt-quatre vieillards répondent Âmen, Halléluiah, réjouissons-nous et faisons éclater notre joie, car les noces de Tagneau sont venues et son épouse s'est parée '; » représentez-vous un homme qui a été reçu dans le ciel par ses anges qui se « réjouissent lorsqu'un pécheur vient à s'amender*, et qui redoublent leur joie lorsqu'il est reçu dans le sein de la gloire, ou pour dire quelque

• Rom. VIII. 18. — ' Phil. i. 23. — ^ Jean xir. 2. — < Dan. vu. 20.

— ^ Apoc. m 12. Apoc. xxi. 1 et suiv. 1 . Cor. xviii. 28. — ® Esale vi. 3.

— ' Apoc, XIX. 1,4, 7. — * Luc XV, 7,

chose qui ait plus de rapport avec Tidée que nous devons avoir de saint Paul, représentei^voua un homnie ODuvert des c flétrissures de Christ % » voyant ce Christ dans le sein de Dieu; représentes-vous cet homme donnant un libre cours à son ainour, embrassant son Sauveur, se collant à ses pieds, passant dans ces saints transports un temps qui s'évanouit sans doute avec une rapidité sans exemple, et qui lui Gl comprendre comment, dans la jouissance d'un bonheur parfait, mille ans passent aussi vite qu un jour; représentez-vous cet homme revenant tout à coup dans cette vallée de misère, voyant disparaître ce « troîsi^e ciel, • ces archanges, ce Dieu, ce Jésus; ah I mes frères, quels durent être les regrets d'un pareil homme! Quelle impatience de revoir tous ces grands objets! Que sont devenus tant de bonheur et tant de gloire? Ne les ai-^je dono possédés que pour les reperdre! Dieu ne me les a-t-il montrés que pour me faire mieux sentir ma misère! G trop prompts et rapides moments, ne puis-je donc vous rappeler ! Ravissements, transports, extases, m'avez-vous laissé pour toujours? « Mon père, mon père, chariot d'Israël et sa cavalerie '. Gomme le cerf brame après des eaux courantes, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu. Mon âme a soif du Dieu fort et vivant. Quand entrerai-je, quand me présenterai-je devant la face de mon Dieu^? Éternel, que tes tabernacles sont aimables! Mon cœur languit, mon âme désire ardemment et elle soupire après les parvis de l'Éternel. Mon coeur et ma chair sont transportés de joie. G que heureux sont ceux qui habitent dans ta maison, et qui te louent incessamment ! Tes autels! tes autels! ô Dieu des armées*. »

' Gai. VI. 17. — 2 t. Roit u, 12-—^ Ps. xlii. 1, 3 et wit. «• * Ps.

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