‹ Sermons choisis de J. Saurin sur divers textes de l'Ecriture sainteChapitre 6 sur 33 · SUR JACQUES SAURIN. IX · texte numérisé non relu

SUR JACQUES SAURIN. IX

senaer, les hommes d'État qui tenaient alors dans leurs mains les destinées de l'État et devant lesquels venaient s'humilier les ambassadeurs naguère si arrogants de Louis XIY, accouraient pour l'entendre et joignaient leur témoignage approbateur à celui des Français. Il n'y avait pas jusqu'à la sérénité de son noble visage, jusqu'à la clarté de sa voix sonore et vibrante, jusqu'à ce mélange de ferveur genevoise et d'ardeur méridionale, qui ne contribuassent à transporter les auditeurs enthousiastes qui affluaient à ses sermons. La première fois qu'Abbadie l'entendit prêcher, il fut tellement ravi qu'il s'écria : « Est-ce un homme, est-ce un ange, qui parle? » Le savant et judicieux Leclerc avait refusé longtemps de venir à ses sermons, se déflant des effets produits, disait-il, plutôt par une vaine éloquence que par la force des arguments. Un jour, ses amis l'entraînèrent dans le temple; mais, pour ne pas céder à l'influence de ces accents harmonieux et de ce geste rapide et expressif, il eut soin de se placer derrière la chaire, de manière à ne pas voir l'orateur. A la fin du discours, il fut tout surpris de s'apercevoir qu'il avait changé de position, et qu'il était profondément ému et rempli d'admiration.

Si nous comparons Saurin aux grands prédicateurs qui illustrèrent la chaire cathoUque, nous n'hésitons pas à le placer au même rang que Massillon, Fléchier et Bourdaloue. Quelquefois il les surpasse par des mouvements d'éloquence qui rappellent le vol audacieux et fier de l'aigle de Meaux. On a signalé souvent entre Bossuct et Saurin des analogies frappantes et de grands

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