X NOTICE
coniiastes. < Le protestant, dit M. Bayous, a tout ce qui est force chez le catholique, il manque de tout ce qui est grâce et majesté calme; il a le regard perçant et vaste, il embrasse les masses et démêle les résultats ; son œil n'a pas la fine pénétration..., mais son imagination est puissante au milieu des terreurs et des ruines*. » A vrai dire, aucun prédicateur, ni parmi les catholiques, ni parmi les protestants, ne saurait être comparé à ce génie sublime, dont l'inspiration n'est égalée que par celle des anciens prophètes et des plus illustres parmi les Pères de l'Église. Qu'il suffise à la gloire de Saurin de rappeler de temps en temps, comme un lointain écho, le pathétique inimitable du plus grand orateur sacré que la France ait produit.
Trois passages, empruntés à des sermons différwits, justifieront, nous l'espérons, ce grand éloge que nous croyons pouvoir décerner au prédicateur de La Haye. S'élevant un jour contre ces hommes pusillanimes qui conviennent de leurs fautes, mais que leurs goûts mondains retiennent, et qui renvoient sans cesse leur conversion au lendemain, sans songer à la mort qui peut les surprendre à toute heure :
« Ah! s'écrie-tril, plût à Dieu que notre voix, devenue semblable à un tonnerre, et que la lumière de nos discours, rendue aussi vive que celle qui terrassa saint Paul sur le chemin de Damas, vous abattissent comme cet apôtre aux pieds du Seigneur! Plût à Dieu que ridée du désespoir et l'image affreuse des tourments de
• Hutoire de la littérature fran:ai$€ à l'élrojiger, t. II, p. 108.
SUR JACOUES SAURIN. Xf
l'autre vie vous remplissent d'une frayeur salutaire et vous portassent au repentir \ »
Dans son beau sermon sur V Égalité des hommes, il emprunte à Tidée de la mort un tableau d'une ef* irayante énergie :
< Où vas-tu, riche qui te félicites de ce que tes champs ont foisonné, et qui dis à ton âme : Mon âme, tu as des biens amassés pour plusieurs années; reposetoi, mange et bois, et fais bonne chèreY à la mort. Où vas-tu, pauvre qui traînes une vie languissante, qui mendies ton pain de maison en maison, qui es dans de continuelles alarmes sur les moyens de te procurer des aliments pour te nourrir et des habits pour te couvrir, toujours Tobjet de la charité des uns et de la dureté des autres? à la mort. Où vas-tu, noble qui te pares d'une gloire empruntée, qui comptes comme tes vertus les titres de tes ancêtres, et qui penses être formé d'une boue plus précieuse que le reste des humains? à la mort. Où yas-tu, roturier qui te moques de la folie du noble, et qui extravagues toi-même d'une autre manière? à la mort. Où vas-tu, marchand qui ne respires que l'augmentation de tes fonds et de tes revenus? à la mort. Où allons-nous tous, mes chers auditeurs? à la mort. La mort respecte-t-elle les titres, les dignités, les richesses? Où est Alexandre? où est César? où sont les hommes dont le seul nom faisait trembler l'univers? Us ont été, mais ils ne sont plus •. »
' Extrait du second sermon sur le Renvoi de la conversion» ^ Extrait du sermon twr l'ÊgaMé des hommes.