II
422 l'OUll LA CIRCONCISION
Eh ! mes frères, dites-moi, je vous prie, que nous a fait Jésus, le meilleur des princes, qu'avec une telle bonté il ne peut gagner nos affections, il ne peut amollir la dureté de nos cœurs? Certes, peuple de Metz, je vous donnerai cet éloge, que vous êtes fidèle à nos rois. On ne vous a jamais vus entrer, non pas même d'affection, dans les divers partis qui se sont formés contre leur service. Votre obéissance n'est pas douteuse, ni votre fidélité chancelante. Quand on parlait ces jours passés de ces lâches qui avaient vendu aux ennemis de l'État les places que le roi leur a confiées, on vous a vus frémir d'unejuste indignation. Tous les nommiez des traîtres, indignes de voirie jour, pour avoir ainsi lâchement trompé la confiance du prince, et manqué de foi à leur roi. Fidèles aux rois de la terre, pourquoi ne sommes- nous traîtres qu'au Roi des rois? pourquoi est-ce qu'il n'y a qu'envers lui que le nom de perfides ne nous déplaît pas, qui serait le pins sensible reproche que l'on nous pût faire en toute autre rencontre?
Mes frères, le roi Jésus nous a confié à tous une place, qui lui est de telle importance, qu'il l'a voulu acheter par son sang : cette place, c'est notre âme, qu'il a commise à notre fidélité. Nous sommes obligés de la lui garder, par un serment inviolable que nous lui avons prêté au baptême. 11 l'a munie de tout ce qui est nécessaire, au dedans par ses grâces et son Saint-Esprit, au dehors par la protection angélique. Rien n'y manque, elle est imprenable, elle ne peut être prise que par trahison. Traîtres et perfides que nous sommes, nous la livrons à Satan ; nous vendons à Satan le prix du sang de Jésus, à Satan son ennemi capital, qui a voulu envahir son trône, qui, n'ayant pas pu réussir au ciel dans son audacieuse entreprise, est venu sur la terre lui disputer son royaume, et se faire adorer en sa place. O perfidie ! o indignité ! c'est pour servir Satan que nous trahissons notre
prince crucifié pour nous , notre unique libérateur !
Figurez-vous, chrétiens, qu'aujourd'hui, au miheu de celte assemblée, paraît tout à coup un ange de Dieu qui fait retentir h nos oreilles ce que disait autrefois Éhe aux Samaritains : u Peuples, jusques à quand chancelle- (( rez-vous entre deux partis?» Quonsqi/e claudicatis in duas partes *? Si le Dieu d'Israël est le vrai Dieu, il faut l'adorer; si Baal est Dieu, il faut l'adorer. Chers frères, les prédicateurs sont les anges du Dieu des armées. Je vous dis donc aujourd'hui à tous, et Dieu veuille que je me le dise à moi-même comme il faut : Quousque claudicatis? K\^ques à quand serez -vous chancelants? Si Jésus est votre roi, rendez-lui vos obéissances ; si Satan est votre roi, rangez-vous du côté de Satan. Il faut prendre parti aujourd'hui. Ah ! mes frères, vous frémissez à cette horrible proposition. A Jésus, à Jésus, dites-vous; il n'y a pas ici lieu de délibérer. Et moi, nonobstant ce que vous me dites, je réitère encore la même demande : Quonsqne claudicatis in duas partes? Et serez-vous à jamais chancelants, sans prendre parti comme il faut? a Si je suis votre maître, dit le « Seigneur par la bouche de son prophète, où est l'hon- (( neur que vous me devez -? Et pourquoi m'appelez-vous (' Seigneur, et ne faites pas ce que je vous dis? » ditNotre- Seigneur en son Évangile ^. Ç\\\q voulez-vous que l'on croie, ou nos paroles, ou nos actions?
Le Fils de Dieu nous ordonne que nous approchions de son Père en toute pureté et en tempérance. Et pourquoi donc tant d'infâmes désirs? pourquoi tant d'excessives débauches? Il nous ordonne d'être charitables; et, fidèles, la charité pourra-t-elle jamais s'accorder avec nos secrètes envies, avec nos médisances continuelles, avec nos inimi-
1 m. neg. XVIII, 21.
2 Malach. i, 6.
3 Mnfff). VIT, 21.
liés irréconciliables? Le Fils de Dieu nou^ ordonne de soulager les pauvres autant que nous le pourrons ; et nous ne craignons pas de consumer la substance du pauvre, ou par de cruelles rapines, ou par des usures plus que judaïques. Quomque clûudicaiis? Mes frères, il ne faut plus chanceler ; il faut être tout un ou lout autre. Si Jésus est notre roi, donnons-lui nos œuvres, comme nous lui donnons nos paroles. Si Satan est notre roi, ô chose abominable ! mais la dureté de nos cœurs nous contraint de parler de la sorte ; si Satan est notre roi, ne lui refusons pas nos paroles après lui avoir donne nos actions. Mais à Dieu ne plaise, mes frères, que jamais nous fassions un tel choix ! Et comment pourrions-nous supporter les regards de cet Agneau sans tache, meurtri pour l'amour de nous? Dans cette terrible journée, où ce roi descendra en sa majesté juger les vivants et les morts, comment soutiendrions-nous l'aspect de ses plaies qui nous reprocheraient notre ingratitude? Où trouverions-nous des antres assez obscurs et des abîmes assez profonds pour cacher une si noire perfidie ? Et comment souffririons-nous les reproches de cette tendre amitié si indignement méprisée, et la voix effroyable du sang de l'Agneau qui a crié pour nous sur la croix, pardon et miséricorde ; et dans ce jour de colère, criera vengeance contre notre foi mal gardée et contre nos serments infidèles?
0 Dieu éternel! combien dur, combien insupportable sera ce règne que Jésus commencera en ces jours d'exercer sur ses ennemis! Car enfin, fidèles, il est nécessaire qu'il règne sur nous. L'empire des nations lui est promis par les prophéties. S'il ne règne sur nos âmes par miséricorde, il y régnera par justice; s'il n'y règne par amour et par grâce, il y régnera par la sévérité de ses jugements et par la rigueur de ses ordonnances. Et que diront les méchants quand ils sentiront, malgré qu'ils en aient, leur roi en
eux-mêmes appesantir sur eux son bras tout-puissant; lorsque Dieu, frappant d'une main, soutenant de l'autre, les brisera éternellement de ses coups sans les consumer? Et ainsi, toujours vivants et toujours mourants, immortels pour leur peine, trop forts pour mourir, trop faibles pour supporter, ils gémiront à jamais sur des lits de flammes, outrés de furieuses et irrémédiables douleurs ; et poussant parmi des blasphèmes exécrables mille plaintes désespérées, ils confesseront, par une pénitence tardive, qu'il n'y avait rien de si raisonnable que de laisser régner Jésus sur leurs âmes. Dignes certes des plus horribles supphces, pour avoir préféré la tyrannie de l'usurpateur à la douce et légitime domination du prince naturel. 0 Dieu et Père de miséricorde ! détournez ces malheurs de dessus nos têtes.
Mes frères, ne voulez- vous pas bien que je renouvelle aujourd'hui le serment de fidélité que nous devons tous à notre grand roi? 0 roi Jésus ! à qui nous appartenons à si juste titre, qui nous avez rachetés par un prix d'amour et de charité infinie, je vous reconnais pour mon souverain. C'est à vous seul que je me dévoue. Votre amour sera ma vie, votre loi sera la loi de mon cœur. Je chanterai vos louanges, jamais je ne cesserai de publier vos miséricordes. Je veuA vous ètnj fidèle, je veux être à vous sans réserve, je veux vous consacrer tous mes soins, je veux vivre et mourir à votre service. An/en.