‹ Sermons de Bossuet (volume 2)Chapitre 58 sur 76 · CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

Jérusalem et Babylone, leur esprit et leur caractère. Raisons de la conduite de Dieu dans le mélange des bons avec les méchants : comment ils sont séparés dès à présent : suites de la dernière séparation.

Sinite utraque crescere usque ad messem. Limiez croître et F un l'autre Jusqu'à la moisson. Matlh. xni, 30.

Tout autant que nous sommes de chrétiens, nous sommes de pauvresbannis, qui, étant reléguésbien loin de notre chère patrie, sommes contraints de passer cette vie mortelle dans un pèlerinage continuel, déplorantsans cesse la misère de notre péché qui nous a fait perdre la douceur et la Uberté de notre air natal, seul capable de réparer nos forces perdues et de rétabUr notre santé presque désespérée. Cependant, mes très-chères sœurs, ce qui adoucit les ennuis et les incommodités de notre exil, ce sont les lettres que nous recevons de notre bienheureuse patrie : vous entendez bien que c'est du ciel que je parle. Ces lettres, ce sont les Écritures divines que notre Père céleste nous adresse par le ministère de ses saints prophètes et de ses apôtres, et même par son cher Fils, qu'il a envoyé sur la terre pour nous apporter ici-bas des nouvelles de notre pays, et nous donner l'espérance d'un prompt et heureux

retour. De sorte que si nous désirons ardemment de voir cette glorieuse cité dont nous devons être les habitants, nous sommes vivement touchés de l'amour de notre patrie, où notre bon Père nous conserve un grand et éternel héritage: toute notre consolation doit être de lire ces lettres : nous en devons baiser mille et mille fois les sacrés caractères, et surtout nous en devons nuit et jour ruminer le sens. C'est pourquoi le prophète David chantait à son Dieu, parmi des soupirs amoureux : « 0 Seigneur, voyez que (( je suis étranger sur la terre : du moins ne me refusez « pas cette unique consolation de méditer votre sainte pa- (( rôle : )) Incola ego sum in te?Tâ, non ahscondas ù me mandato tua ^ Ainsi je ne m'étonne pas, mes très-chères sœurs, si vous avez une telle avidité d'entendre la parole de Dieu. C'est un effet de ce pieux gémissement que le Saint-Esprit inspire en vos âmes, les sollicitant par de saints désirs. Je m'estimerais bienheureux si je pouvais contribuer quelque chose à satisfaire ces pieux désirs. Écoutez, écoutez, mes sœurs, les paroles du saint Évangile ; et si je vous semble peu de chose, comme en effet je ne suis rien, songez que c'est la voix de votre Époux que vous entendez par ma bouche.

(( Le royaume des cieux, nous dit Jésus-Christ-, est sem- (( blable à un homme qui avait semé de bon grain dans son (( champ. Mais pendant que les hommes dormaient, son (( ennemi vint, et sema de l'ivraie au miUeu du blé, et s'en (( alla. L'herbe ayant donc poussé, et étant montée en épi, (( l'ivraie commença aussi à paraître. Alors les serviteurs a du Père de famille vinrent lui dire : Seigneur, n'avez- (( vous pas semé de bon grain dans votre champ? d'où vient « donc qu'il y a de l'ivraie ? Il leur répondit : C'est l'homme « ennemi qui Py a semée. Et ses serviteurs lui dirent :

1 Ps. cwir, 10.

2 Matt/i. XIII, '24 et suiv.

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