‹ Sermons de BossuetChapitre 21 sur 71 · V. -il · texte numérisé non relu

V. -il

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plus calme et la plus tranquille de toutes, pour celles qui sont bien appelées ; mais pour celles qui ne le sont pas, il n'y a point de pareilles tempêtes: et telle que serait la témérité d'un homme qui, ne sachant ce que c'est que la navigation, se mettrait sur mer sans pilote ; telle est la folie d'une créature qui embrasse la vie religieuse, sans avoir la volonté de Dieu pour son guide.

Car je vous prie de considérer, ma très-chère sœur, que ce n'est pas par vos propres, forets, que vous pouvez accomplir les devoirs de la vie religieuse. C'est donc par l'assistance divine : et avec quelle confiance imploreriez-vous l'assistance de Dieu pour exécuter une chose, si vous l'aviez entreprise contre sa volonté? Par conséquent songez quelle est voire vocation, et que ce soit là toute votre étude. Sachez que la perfection de la vie ebrétienne n'est pas-de se jefer dans un cloître, mais de faire la volonté de Dieu ; c'est là notre nourriture, selon ce que dit le Sauveur : Meus cibus est, ut faciam volunlatem ejus qui misit me l.

Cependant recevez, des mains de la sainte Église, le voile, qu'elle vous donnera, béni par l'invocation du nom de Dieu qui sanctifie toutes choses. Mais en même temps, recevez invisiblement de l'Esprit de Dieu un voile spirituel, qui est la simplicité et la modestie : qu'elle couvre et vos yeux et votre visage : qu'elle ne vous permette pas d'élever la vue, sinon à ces saintes montagnes d'où vous doit venir le secours. Épouse de Jésus-Christ, si quelque chose vous plaît, excepté Jésus, vous êtes une infidèle et une adultère, et votre virginité vous tourne en prostitution. Dépouillez-vous donc généreusement de l'habit du siècle : laissez-lui sa pompe et ses vanités; ornez votre corps et votre àme des choses qui plaisent à votre Époux: que la candeur de votre innocence soit colorée par l'ardeur du zèle, et par la pudeur modeste et timide. Ce n'est que parle silence, ou par des réponses d'humilité, que votre bouche doit être embellie. Insérez à vos oreilles, c'est Tertullien qui vous y exhorte - ; insérez à vos oreilles la sainte parole de Dieu : ayez votre âme

1 Joan. iv, 'Si.

* De Cuit, femin. lib. h, n° 13.

élevée à Dieu; alors votre taille sera droite, et votre contenance, agréable. Que toutes vos actions soient animées de la charité, et tout ce que vous ferez aura bonne grâce. C'est la seule beauté que je vous souhaite ; parce que c'est la seule qui plaît au Verbe incarné votre Époux.

Et vous, mes trés-chères sœurs, recevez cette jeune fî'le, que vous avez si bien élevée. Hé Dieu, que pourrai-je vous dire pour votre consolation? sans doule votre piété a déjà prévenu tous mes soins. Ah ! que le Fils de Dieu vous aura donné de douceurs en mangeant cette même chair, cette chair sainte, cette chair vivante et pleine d'esprit de vie, qu'il a prise aujourd'hui pour notre salut! Achevez votre course avec le même courage : veillez en prières et en oraisons; et surtout, dans ces oraisons, priez pour l'ordre ecclésiastique atin qu'il plaise à la bonté divine de nous taire selon son cœur, à la gloire de la sainte Église, et à la confusion de ses ennemis. Certes je ne craindrai pas de le dire, il semble que la Providence divine vous a conduites en ce lieu non sans quelque secret conseil: ces âmes que Dieu a retirées des ténèbres de l'hérésie, pour les donner à l'Église par votre main, en sont un témoignage évident. Heureuses mille et mille fois d'être employées au salut des âmes, pour lesquelles le sauveur Jésus a répandu tout son sang! rendez à sa bonté de continuelles actions de grâces; imprimez la crainte de Dieu dans ces âmes tendres et innocentes que l'on vous a confiées.

Et pour vous, ma très-chère sœur; car puisque cet entretien a commencé par vous, il faut que ce soit par vous qu'il finisse : revêtez- vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ; souvenez-vous toute votre vie, pour votre consolation, que vous vous êtes dédiée à l'épreuve d'une vie plus retirée et plus solitaire, le même jour que par une bonté infinie, il s'est jeté dans une prison volontaire. N'oubliez pas aussi que cette même journée est sainte par la mémoire de la très-pure Marie. Priez-la de vous assister par ses pieuses intercessions; imitez sa pureté angélique et son obéissance fidèle : dites avec elle, de tout votre cœur: « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon « sa parole. » Vivez, ma très-chère sœur, selon la parole de

•'lis . POUR LA YBTUBE

Dieu, et vous serez récompensée selon sa parole. Si vous faites selon la parole de Dieu, il vous sera fait selon sa parole. Amen.

SERMON

D'UNE POSTULANTE BERNARDINE l.

Trois espèces de captivités qui existent dans le monde: l'une par le péché, la seconde par les passions, la troisième par l'empressement des affaires. Moyens efficaces que la vie religieuse fournit dans sa discipline, ses austérités, son eloignenienl du monde, pour délivrer les âmes de cette triple servitude.

Si vos Filius liberaverit, vere liberi eriiis.

Vous serez vraiment libres, lorsque le Fils vous aura délivrés. Joan. yiu, 36.

Encore qu'il n'y ait rien dans le monde que les hommes estiment tant que la liberté, j'ose dire qu'il n'y a rien qu'ils conçoivent moins; et ils se rendent eux-mêmes lous les jours esclaves, par l'affectation de l'indépendance. Car la liberté qui nous plaît, c'est sans doute celle que nous nous donnons en suivant nos volontés propres. Et au contraire nous lisons dans notre évangile que jamais nous ne serons libres, jusqu'à ce que le Fils de Dieu nous ait délivrés : c'est-à-dire, qu'il faut êîre libres, non point en contentant nos désirs, mais en soumettant notre volonté à une conduile plus haute. C'est ce que le monde a peine à comprendre, et c'est ce que voire exemple nous montre aujourd'hui, ma très-chère sœur en Jésus-Chrisl, puisque, renonçant volontairement à la liberté de ce monde, vous venez vous présenter au Sauveur afin d'être son affranchie, et tenir de lui seul votre liberté ; et vous ne refusez, pour cela, ni la dureté ni la contrainte de celte clôture, vous ressouvenant que Jésus, cet aimable libérateur de nos âmes, afin de nous retirer delà servitude dans laquelle nous gémissions, n'a

! A Paris; vers loGO.

pas craint de se renfermer lui-même jusque dans les entrailles de la sainte Vierge, après que l'ange l'eut saluée par ces mots, que nous lui allons encore adresser, pour implorer le Saint- Esprit par son assistance : Are, Maria.

Lorsque l'Eglise persécutée voyait ses enfants traînés en prison pour la cause de l'Evangile, cl que les empereurs infidèles, désespérant de les pouvoir vaincre par la cruaulé des supplice?, tâchaient du moins de les fatiguer et de les abattre par l'ennui d'une longue captivité ; un célèbre auteur ecclésiastique soutenait leur constance par cette pensée. Ce grand homme, c'est Tertullien, leur représentait tout le monde comme une grande prison, où ceux qui aiment les biens périssables sont captifs et chargés de chaînes durant tout le cours de leur vie. « Il n'y a « point, dit-il, une plus obscure prison que le monde, où lant « de sortes d'erreurs éteignent la véritable lumière : ni qui « contienne plus de criminels, puisqu'il y en a presque autant « que d'hommes; ni de fers plus durs que les siens, puisque les « Ames mêmes en sont enchaînées; ni de cachots plus remplis u d'ordures, par l'infection de lant de péchés et de convoitises « brutales : » Majores tenebras hahetmuudus, §rçœ homirium prœ~ cordia excœcaul ; gravions caienas induit maudits, quœ ipsas animas liominum constringxmt ; pejores immunditias expirai wwtdus, libidincs hominum. « Tellement, poursuivait-il, ô très-saints mar- « tyrs, que ceux qui vous arrachent du milieu du monde pour « vous mettre dans des cachots, en pensant vous rendre captifs, « vous délivrent d'une captivité plus insupportable-, et quelque « grande que soit leur fureur, ils ne vous jettent pas tant en « prison comme ils ^us en tirent : » Si recoyilemus ipsum magis mundum carcerem esse, exisse vos e carcere quam in carcerem iuiroisse intelligemus l.

Permettez-moi, madame, d'appliquer à l'action de cette journée cette belle méditation de Tertullien. Cette jeune demoiselle se présente a vous, pour être admise dans votre clôture comme dans une prison volontaire; ce ne sont point des persécuteurs qui ramènent, elle vient touchée du mépris du

l Ad. Mm t., n. 2.

monde ; et sachant qu'elle a une chair qui par la corruption de notre nature est devenue un empêchement à l'esprit, elle s'en veut rendre elle-même la persécutrice par la mortification et la pénitence. La splendeur d'une famille opulente, dont elle est sortie, n'a pas été capable de l'attirer et de la rappeler à la jouissance des biens de la terre. Bien qu'elle sache qu'aux yeux des mondains un monaslère c'est une prison; ni vos grilles, ni votre clôture ne l'étonnent pas; elle veut bien renfermer son corps, afin que son esprit soit libre à son Dieu ; et elle croit, aussi bien que Terlullien, que comme le monde est une prison, en sortir c'est la liberté. Que reste-t-il donc maintenant, sinon que nous fassions parler le Fils de Dieu même, pour la fortifier dans celte pensée ; et que nous lui fussions entendre aujourd'hui que la profession religieuse à laquelle elle va se préparer, donne la véritable liberté d'esprit aux âmes que Jésus-Christ y appelle?

Je n'ignore pas, chrétiens, que la proposition que je fais semble un paradoxe incroyable, que nous appelons liberté ce que le monde appelle contrainte; mais pour faire paraître en peu de paroles la vérité que j'ai avancée, distinguons avant toutes choses trojs espèces de captivités, dont la vie religieuse affranchit les cœurs. Et premièrement il est assuré que le péché nous rend des esclaves; c'est ce que nous enseigne le Sauveur des âmes, lorsqu'il dit dans son Évangile : Quifacit peccatum, servus est peccati1 : «Celui qui fait un péché en devient « l'esclave. » Secondement il n'est pas moins vrai que nos passions et nos convoitises nous jettent aussi dans la servitude; elles ont des liens secrets qui tiennent nos volontés asservies. Et n'est-ce pas cette servitude que déplore le divin apôtre, lorsqu'il parle de cette loi qui est en nous-mêmes, qui nous contraint et qui nous captive, qui nous empêche d'aller au bien avec une liberté toute entière? Perficere aulem non invenio 2. Voilà donc deux espèces de captivités : la première par le péché, la seconde parla convoitise. Mais il faut remarquer, en troisième lieu, que le monde nous rend esclaves d'une autre manière,

1 Joan. vin, 34.

2 Rom. vu, 18.

par l'empressement des affaires et par tant de lois différentes de civilité et de bienséance, que la coutume introduit et que la complaisance autorise. C'est lace qui nous dérobe le temps. C'est là ce qui nous dérobe à nous-mêmes ; c'est ce qui rend notre vie tellement captive dans celte chaîne continuelle de visites, de divertissements, d'occupations qui naissent perpétuellement les unes des autres, que nous n'avons pas la liberté de penser à nous parmi tant d'heures du meilleur temps que nous sommes contraints de donner aux autres. Et c'est, mes sœurs, cette servitude dont saint Paul nous avertit de nous dégager, en nous adressant ces beaux mots : Pretio empti estis, nolite fieri servi hominum ' : « Vous êtes rachetés d'un grand « prix, ne vous rendez pas esclaves des hommes ; » c'est-à-dire, si nous l'entendons, que nous nous délivrions du poids importun de ces occupations empressées, et de tant de devoirs différents où nous jettent presque nécessairement les lois et le commerce du monde. Parmi tant de servitudes diverses qui oppriment de toutes parts notre liberté, ne voyez vous pas manifestement que jamais nous ne serons libres, si le Fils ne nous affranchit et si sa main ne rompt nos liens : Si vos Filius liber averit, tune vere liber i eritis.

Mais s'il y a quelqu'un dans l'Église qui puisse aujourd'hui se glorifier d'être mis en liberté par sa grâce, c'est vous, c'est vous principalement, chastes épouses du Sauveur des âmes; c'est vous que je considère comme vraiment libres, parce que Dieu vous a donné des moyens certains pour vous délivrer efficacement de cette triple servitude qu'on voit dans le monde, du péché, des passions, de l'empressement. Le péché est exclu du milieu de vous par l'ordre et la discipline religieuse; les passions y perdent leur force par l'exercice de la pénitence ; cet empressement éternel où nous engagent les devoirs du monde ne se trouve point parmi vous, parce que sa conduite y est méprisée et que ses lois n'y sont pas reçues. Ainsi l'on y peut jouir pleinement de cette liberté bienheureuse que le Fils de Dieu nous promet dans les paroles que j'ai rapportées, et c'est ce

• I. Cor. vu, 23.

:SI2 POUB LA VETURE

que j'espère de vous faire entendre avec le secours de la grâce.

PREMIER POINT

Dès le commencement de mon entreprise il me semble, ma chère sœur, qu'on me fait un secret reproche, que c'est mal entendre la liberté que de la chercher dans les cloîtres, au milieu de tant de contraintes et de cette austère régularité, qui ordonnant si exactement de toutes les actions de votre vie, vous tient si fort dans la dépendance qu'elle ne laisse presque plus rien à votre choix. La seule proposition en paraît étrange, et la preuve fort difficile; mais celte difficulté ne m'étonne pas, et j'oppose à celte objection ce raisonnement invincible, que je propose d'abord en peu de paroles pour vous en donner la première idée, mais que j'étendrai plus au long dans cette première partie pour vous le rendre sensible. Je confesse qu'on se contraint dans les monastères, je sais que vous y vivrez dans la dépendance; mais à quoi tend celle dépendance, et pourquoi vous soumetlez-vous à tant de contraintes ? N'est-ce pas pour marcher plus assurément dans la voie de Notre-Seigneur, pour vous imposer à vous-même une heureuse nécessité de suivre ses lois et pour vous ôler, s'il se peut, la liberté de mal faire et la liberté de vous perdre ? Puis donc que la liberté des enfants de Dieu consiste à se délivrer du péché, puisque toutes ces contraintes ne sont établies que pour en éloigner les occasions et en détruire le règne, ne s'ensuit-il pas manifestement que la vie que \ous voulez embrasser et dont vous allez aujourd'hui commencer l'épreuve, vous donne la liberté véritable, après laquelle doivent soupirer les âmes solidement chrétiennes? Un raisonnement si solide est capable de convaincre les plus obstinés, il faut que tous les esprits cèdent à une doctrine si chrétienne. .Mais encore qu'elle soit très-indubitable, il n'est pas si aisé de l'imprimer dans les cœurs: on ne persuade pas en si peu de mois des vérités si éloignées des sens, si contraires aux inclinations de la nature : mettons-les donc dans un plus grand jour, voyons-en les principes et les conséquences; et puisque nous

parlons de la liberté, apprenons avant toutes choses à la bien connaître.

Car il faut vous avertir, chrétiens, que les hommes se trompent ordinairement dans l'opinion qu'ils en conçoivent; et le Fils de Dieu ne nous dirait p^s, dans le texte que j'ai choisi, qu'il veut nous rendre vraiment libres : Vere hberi eritis, si en nous faisant espérer une liberté véritable, il n'avait dessein de nous faire entendre qu'il y en a aussi une fausse. C'est pourquoi nous devons nous rendre attentifs à démêler le vrai d'avec le faux, et à comprendre nettement et distinctement quelle doit être la liberté d'une créature raisonnable. C'est ce que j'ai dessein de vous expliquer. Et pour cela remarquez, mes sœurs, trois espèces de liberté que nous pouvons nous imaginer dans les créatures. La première est celle des animaux, la seconde est la liberté des rebelles, la troisième est la liberté des enfants de Dieu. Les animaux semblent libres, parce qu'on ne leur a prescrit aucunes lois ; les rebelles s'imaginent l'être, parce qu'ils secouent l'autorité des lois; les enfants de Dieu le sont en effet, en se soumettant humblement aux lois : telle est la liberté véritable, et il nous sera fort aisé de l'établir très-solidement par la destruction des deux autres.

Car pour ce qui regarde cette liberté dont jouissent les animaux, j'ai honte de l'appeler de la sorte. Il est vrai qu'ils n'ont pas de lois qui répriment leurs appétits ou dirigent leurs mouvements; mais c'est qu'ils n'ont pas d'intelligence qui les rende capables d'être gouvernés par la sage direction des lois. Ils vont où les entraîne un instinct aveugle sans conduite et sans jugement : et appelons-nous liberté cet aveuglement brut et indocile, incapable de raison et de discipline ? A Dieu ne plaise, ù enfants des hommes, qu'une telle liberté vous plaise, et que vous souhaitiez jamais d'être libres d'une manière si basse et si ravalée ?

Où sont ici ces hommes brutaux qui trouvent toutes les lois importunes, et qui voudraient les voir abolies pour n'en recevoir que d'eux-mêmes et de leurs désirs déréglés ? Qu'ils se souviennent du moins qu'ils sont hommes, et qu'ils n'affectent pas une liberté qui les range avec les bêtes. Qu'ils écoutent

ces belles paroles que Tertullien semble n'avoir dites que pour confirmer mon raisonnement : « 11 a bien fallu, nous dit-il, « que Dieu donnât une loi à l'homme : » et cela pour quelle raison ? était-ce pour le priver de sa liberté ? « Nullement, dit « Tertullien, c'était pour lui témoigner de l'estime : » Lex ad~ jecta homini, ne non tant liber quant abjectus videretur. Cette liberté de vivre sans lois eût été injurieuse à notre nature. Dieu eût témoigné qu'il méprisait l'homme, s'il n'eût pas daigné le conduireetlui prescrire l'ordre de sa vie. 11 l'eût traité comme les animaux, auxquels il ne permet de vivre sans lois qu'à cause du peu d'état qu'il en fait, et qu'il ne laisse libres que par mépris : JEquandus cœteris animant ibus, solutis a Deo et ex faslidio liberis, dit Tertullien. Si donc il nous a établi des lois, ce n'est pas pour nous oter notre liberté, mais pour nous marquer son estime ; c'est qu'il a voulu nous conduire comme des créatures intelligentes, en un mot il a voulu nous traiter en hommes. Constitue, Domine, îegislatorem super eos-' « 0 Dieu, « donnez-leur un législa teur ; modérez-les par des lois, » ut seian t gentes quoniam homines snnt * : « afin qu'on sache que ce sont « des hommes » capables de raison et d'intelligence, et dignes d'être gouvernés par une conduite réglée : Constitue, Domine, hgislatonm supvr eos.

Par oùvous voyez manifestement que la liberté convenable à l'homme n'est pas d'affecter de vivre sans lois. 11 est juste que Dieu nous en donne ; mais, mes Sœurs, il n'est pas moins juste que notre volonté s'y soumette. Car dénier son obéissance à l'autorité légitime, ce n'est pas liberté, mais rébellion ; ce n'est pas franchise, mais insolence ; qui abuse de sa liberté jusqu'à manquer de respect; mérite justement de la perdre. Et il en est ainsi arrivé. « L'homme ayant mal usé de sa liberté, « il s'est perdu lui-même, et il a perdu tout ensemble celte « liberté qui lui plaisait tant : » Libero arbitrio maie utens homo et seperdiditet ipsum 2. Et cela, pour quelle raison? C'est parce qu'il a eu la hardiesse d'éprouver sa liberté contre Dieu : il a cru qu'il serait plus libre, s'il secouait le joug de sa loi. Le

i Psal. ix, 21.

2 S. August. Eacliir,, cap. xxx, n° 9.

malheureux ! Sans doute, mes sœurs, il a mal connu quelle élait la nature de sa liberté. C'est une liberté, remarquez ceci, mais ce n'est pas une indépendance. C'est une liberté, mais elle ne l'exemple pas de la sujétion qui est essentielle à la créature ! Et c'est ce qui a abusé le premier homme. Un saint pape a dit aulrefois qu'Adam avait été trompé par sa liberté : Sua inœternum libertate deceptus l. Qu'est-ce à dire, trompé par sa liberté ? C'est qu'il n'a pas su distinguer entre la liberté et l'indépendance ; il a prétendu être libre, plus qu'il n'appartenait à un homme né sous l'empire souverain de Dieu. 11 était libre comme un bon fils sous l'autorité de son père. Il a prétendu d'être libre jusqu'à perdre entièrement le respect, et passer les bornes de la soumission. Ma sœur, ce n'est pas ainsi qu'il faut être libre ; c'est la liberté des rebelles. Mais la souveraine puissance de celui contre lequel ils se soulèvent ne leur permet pas de jouir longtemps de cette liberté licencieuse : bientôt ils se verront dans les fers, réduits à une servitude éternelle, pour avoir voulu étendre trop loin leur lière et indocile liberté.

Quelle étrange franchise, mes sœurs, qui les rend captifs du péché et sujets à la vengeance divine! Voyez donc combien les hommes se trompent dans l'idée qu'ils se forment de la liberté; et adressez-vous au Sauveur, afin d"êlre vraiment affranchies: Si vos Filius îiberaverit, tuncvere liberi eritis . C'est de là que vous apprendrez que la liberté véritable, c'est d'être soumis aux ordres de Dieu et obéissant à ses lois, et que vous la bâtirez solidement sur les débris de ces libertés ruineuses. Et il est aisé de l'entendre par là, si vous savez comprendre la suite des principes que j'ai posés. Car, comme nous l'avons déjà dit, étant nés sous le règne souverain de Dieu, c'est une folie manifeste de prétendre d'être indépendants; ainsi notre liberté doit être sujette, et elle aura d'autant plus de perfection qu'elle se rendra plus soumise à cette puissance suprême.

Apprenez donc, ô enfants des hommes, quelle doit être votre liberté, et n'abusez pas de ce nom pour favoriser le libertinage Le premier degré de la liberté, c'est la souveraineté et l'indé-

1 Innocent, i epist. xxiv, a/1 Cône. Carih., Lab., t. n, col. 1285.

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pendance, mais cela n'appartient qu'à Dieu. Et c'est pourquoi le second degré où les hommes doivent se ranger, c'est d'être immédiatement au-dessous de Dieu, de ne dépendre que de lui seul, de s'attacher tellement à lui, qu'il soit par ce moyen au-dessus de tout. Voilà, mes sœurs, dit Tertullien, la liberté" qui convient à l'homme; une liberté raisonnable, qui sait se tenir dans son ordre, qui ne s'emporte ni ne se rabaisse, qui tient à gloire de céder à Dieu, qui s'estimerait ravilie de se rendre esclave des créatures, qui croit ne se pouvoir conserver qu'en se soumettant à celui qui lui a soumis toutes choses. C'est ainsi que les hommes doivent être libres : Ut animal rationale, intellectm et scientiœ capax, ipsa quoque libértale rationali cont'meretw, ei subjectus qui suhjecerat illi omnia l. C'est ce que je vous prie de comprendre par celte comparaison. Nous voyons que dans un État le premier degré de l'autorité, c'est d'avoir le maniement des affaires; et le second, de s'attacher tellement à celui qui tient le gouvernail, qu'en ne dépendant que de lui nous voyions tout le reste au-dessous de nous. Ainsi, après avoir si bien établi l'idée qu'il faut avoir de la liberté, je ne crains plus, ma sœur, qu'on vous la dispute; et je demande hardiment aux enfants du siècle ce qu'ils pensent de leur liberté à comparaison de la vôtre. Mais pourquoi les interroger, puisque nous avons devanl nous un homme qui, ayant passé'par les deux épreuves de la liberté des pécheurs et de la liberté des enfants de Dieu, peut nous en instruire par son propre exemple? C'est vous que j'entends, ô grand Augustin. Car peut-on se taire de vous- aujourd'hui que toute l'Église ne retentit que de vos louanges, et que tous les prédicateurs de l'Évangile, dont vous èlés le père et le maître, tâchent de vous témoigner leur reconnaissance? Que j'ai de douleur, ô très-saint évoque, ô docteur de tous les docteurs, de ne pouvoir m'acquitler d'un si juste hommage ! Mais un autre sujet me tient attaché; et néanmoins je dirai, ma sœur, ce qui servira pour vous éclaircir de cette liberté que je vous prêche. Augustin a été pécheur, Augustin a goûté cette liberté dont se vantent les enfants du monde. Il a contenté ses désirs, il a donné

1 Adv. Marc, lib. 11, n. 4.

à ses sens ce qu'ils demandaient. C'est ainsi que les pécheurs veulent Être libres. Augustin aimait cette liberté, mais depuis il a bien conçu que c'était un misérable esclavage.

Quel était cet esclavage, mes sœurs? Il faut qu'il vous l'explique lui-même pur une pensée délicate, mais pleine de vérité et de sens. J'étais dans la plus dure des captivités. Et comment cela? Il va vous le dire en un petit mot : « Parce que « faisant ce que je voulais, j'arrivais où je ne voulais pas : » Quoniam volens,quà nollem perveneram* , Quelle étrange contradiction ! se peut-il faire, Times chrétiennes, qu'en allant où l'on veut, l'on arrive où l'on ne veut pas? 11 se peut, et n'en doutez pas; c'est saint .Augustin qui le dit, et c'est où tombent tous les pécheurs: ils vont où ils veulent aller, ils vont à leurs plaisirs, ils font ce" qu'ils veulent, voilî l'image delà liberté qui les trompe; mais ils arrivent où ils ne veulent pas arriver, à la peine et à la damnation qui leur est due, et voilà la servitude véritable que leur aveuglement leur cache. Ainsi, dit le grand Augustin, étrange misère! en allant par le sentier que je choisissais, j'arrivais au lieu que je fuyais le plus; en faisant ce que je voulais, j'attirais ce que je ne voulais pas: la vengeance, la damnation, une dure nécessité de pécher que je me faisais à moi-même parla tyrannie de l'habitude : Du n consuetudini non resistitur, farta est nécessitai -. Je croyais être libre ; et je ne voyais pas, malheureux,, que je forgeais mes chaînes. Par l'usage de ma liberté prétendue, je mettais un poids de fer sur ma tête, que je ne pouvais plus secouer; et je me garrottais tous les jours de plus en plus par les liens redoublés de ma volonté endurcie. Telle était la servitude du grand Augustin, lorsqu'il jouissait dans le siècle de la liberté des rebelles. Mais voyez maintenant, ma sœur, comme il goûte dans la retraite la sainte liberté des enfants.

Quand il eut pris la résolution que vous avez prise, de renoncer tout à fait au siècle, d'en quitter tous les honneurs et tous les emplois, de rompre d'un même coup tous les liens qui l'y attachaient pour se retirer avec Dieu, ne croyez pas qu'il s'i-

1 Confes. lil). vin, cap. v.

2 Ibid.

.il, S POUR LA VÊTU RE

maginut qu'une telle vie fût contrainte. Au contraire, ma chère sœur, combien se trouva-t-il allégé? quelles chaînes crut-il voir tomber de ses mains? quel poids de dessus ses épaules? avec quel ravissement s'écria-t-il : 0 Seigneur, vous avez rompu mes liens! Quelle douceur inopinée se répandit tout à coup dans son âme, de ce qu'il ne goûtait plus ces vaines douceurs qui l'avaient charmé si longtemps! Quam suave subito mihifactum est carere sunvitatibus nugarum i ! Mais avec quel épanchement de joie vit-il naître sa liberté, qu'il n'avait pas encore connue; liberté paisible et modeste, qui lui tit baisser humblement la tête sous le fardeau léger de Jésus- Christ et sous son joug agréable : De quo imo altoque secreto evocatuni est in momenlo liberum arbitrium meum, quo subderem cervicem levi jugo luo-. C'est lui-même qui nous raconte ses joies avec un transport incroyable.

Croyez-moi, ma très-chère sœur, ou plu lût croyez le grand Augustin, croyez une personne expérimentée; vous éprouverez les mêmes douceurs et la même liberté d'esprit, dans la vie dont vous commencez aujourd'hui l'épreuve, si vous y êtes bien appelée. Vous y serez dans la dépendance; mais c'est en cela que vous serez libre, de. ne dépendre que de Dieu seul, et de rompre tous les autres nœuds qui tiennent les hommes asservis au monde. Vous y souffrirez de la contrainte; mais c'est pour dépendre d'autant plus de Dieu. Et ne vous avons-nous pas montré clairement que la liberté ne consiste que dans cette glorieuse dépendance? Vous perdrez une partie de votre liberté, au milieu de tant d'observances de la discipline religieuse, il est vrai, je vous le confesse; mais si vous savez bien entendre quelle liberté vous perdez, vous verrez que celte perte est avantageuse.

En effet, nous sommes trop libres, trop libres à nous porter au péché, trop libres à nous jeter dans la grande voie qui nous mène à perdition. Qui nous donnera que nous puissions perdre celte partie malheureuse de notre liberté par laquelle nous nous égarons, par laquelle nous nous rendons captifs du péché!

1 Confes. lib. ix, cap. i.

s liid.

D'L'NE POSTULANTE BERNARDINE. al 9

0 liberté dangereuse, que ne puis-je te retrancher de mon franc arbitre ! que ne puis-je m'imposer moi-même cette heureuse nécessité de ne pécher pas ! Mais cela ne se peut durant cette vie. Cette liberté glorieuse, de ne pouvoir plus servir au péché c'est le partage des saints, c'est la félicité des bienheureux. Nous aurons toujours à combattre cette liberté dépêcher, tant que nous vivrons en ce lieu d'exil et de tentations.

Que faites-vous ici, mes très-chères sœurs, et que fait la vie religieuse? Elle voudrait pouvoir s'arracher cette liberté de mal faire. Elle voit qu'il est impossible; elle la bride du moins autant qu'il se peut; elle la serre de près par une discipline sévère, de peur qu'elle ne s'échappe. Elle se retire, elle se sépare, elle se munit par une clôture; c'est pour détourner les occasions et pour s'empêcher, s'il se peut, de pouvoir jamais servir au péché. Elle se prive des choses permises, afin de s'éloigner d'autant plus de celles qui sont défendues. Elle est bien aise d'être observée; elle cherche des supérieurs qui la veillent, elle veut qu'on la conduise de l'œil, qu'on la mène toujours par la main, afin de se laisser moins de liberté de s'écarter de la droite voie ; et elle a raison de ne craindre pas que ces salutaires contraintes lui fassent perdre sa liberté. Ce n'est pas s'opposer à un fleuve, ni bâtir une digue en son cours pour rompre le fil de ses eaux, que d'élever des quais sur ses rives, pour empêcher qu'il ne se déborde et ne perde ses eaux dans la campagne; au contraire, c'est lui donner le moyen de couler plus doucement dans son lit, et de suivre plus certainement son cours naturel. Ce n'est pas perdre sa liberté que de lui donner des bornes deçà et delà, pour empêcher qu'elle ne s'égare; c'est l'adresser plus assurément à la voie qu'elle doit tenir. Par une telle précaution, on ne la gêne pas, mais on la conduit. Ceux-là la perdent, ceux-là la détruisent, qui la détournent de son naturel, c'est-à-dire d'aller à son Dieu.

Ainsi la discipline religieuse, qui travaille avec tant de soin à vous rendre la voie du salut unie, travaille par conséquent à vous reudre libre; et j'ai eu raison de vous dire dès le commencement de ce discours, que la clôture que yous embrassez n'est pas une prison où votre liberté soit opprimée : c'est plutôt

un asile fortifié, où elle se défend contre le péché, pour s'exempter de sa servitude. Mais pour s'affermir davantage, si elle prend garde au péché par la discipline, elle fait quelque chose do plus, elle monte encore plus haut : elle va jusqu'à la source, et elle dompte les passions par les exercices de la mortification et de la pénitence. C'est ma seconde partie.

SECOND POINT

Je ne m'étonne pas, chrétiens, si les sages instituteurs de la vie religieuse et retirée ont jugé à propos de l'accompagner de plusieurs pratiques sévères, pour mortifier les sens et les appétits. C'est qu'ils ont considéré l'homme comme un malade, qui avait besoin de remèdes forts et par conséquent violents; c'est qu'ils ont vu que ses passions le tenaient captif par une douceur pernicieuse, et ils ont voulu la corriger par une amertume salutaire. Que cette conduite soit sage, il est bien aisé de le justifier. Dieu même en use de la sorte, et il n'a pas de moyen plus efficace de nous dégoûter des plaisirs où nos passions nous attirent, que de les mêler de mille douleurs qui nous empêchent de les trouver doux. C'est ce qu'il nous a montré par plusieurs exemples; mais le plus illustre de tous, c'est celui de saint Augustin. Il faut qu'il vous raconte luimême la conduite de Dieu dans sa conversion, qu'il vous dise par quel moyen il a modéré l'ardeur de ses convoitises et abattu leur tyrannie. Écoutez, il vous le va dire; nous nous sommes trop bien trouvés de l'entendre, pour lui refuser notre audience.

Voici qu'il élève à Dieu Ja voix de son cœur, pour lui rendre ses actions de grâces. Mais de quoi pensez-vous qu'il le remercie ? Est-ce de lui avoir donné tant de bons succès, de lui avoir fait trouver des amis fidèles et tant d'autres choses que le monde estime? Non, ma sœur, ne le croyez pas. Autrefois ces biens le louchaient, il témoignait de la joie en la possession de ces biens; il parle maintenant un autre langage. Je vous remercie, dit-il, ô Seigneur, non des biens temporels que vous m'accordiez, mais des peines et des amertumes que vous mêliez dans mes voluptés illicites. J'adore votre rigueur misé-

ricordieuse, qui parle mélange de cette amertume, travaillait à m'ôter le goût de ces douceurs empoisonnées. Je reconnais, ô divin Sauveur, que vous m'étiez d'autant plus propice, que, vous me troubliez dans la fausse paix que mes sens cherchaient hors de vous, et que vous ne me permettiez pas de m'y reposer : Te propitio tcwto magis, quanto minus sinebas mihi dulcescere qnod non erns tu l.

Connaissons par ce grand exemple combien la sévérité nous est nécessaire. Les liens dont nos passions nous enlacent ne peuvent être brisés sans effort, les nœuds en sont trop serrés et trop délicats pour pouvoir être défaits doucement; il faut rompre, il faut déchirer, il faut que l'âme sente delà violence, de peur de se plaire trop dans ses convoitises. C'est ainsi que Dieu délivre ses amis fidèles de la servitude de leurs passion?. Vous le voyez en saint Augustin ; et si vous voulez savoir la raison de cette conduite admirable, le même saint Augustin vous l'expliquera par une excellente doctrine du livre V contre Julien. C'est de là que nous apprenons qu'il y a en nous deux sortes de maux. 11 y a en nous des maux qui nous plaisent, et il y' a des maux qui nous affligent. Qu'il y ait des maux qui nous affligent, ah ! nous l'apprenons tous les jours. Les maladies, la perle des biens, les douleurs d'esprit et de corps, tant d'autres misères qui nous environnent, ne sont-ce pas des maux qui nous affligent? Mais il y en a aussi qui nous plaisent, et ce sont les plus dangereux; par exemple ^ambition déréglée, la douceur cruelle de la vengeance, l'amour désordonné des plaisirs, ce sont des maux et de très-grands maux, mais ce sont des maux qui nous plaisent, parce que ce sont des maux qui nous flattent. 11 y a donc des maux qui nous blessent, «et « ce sont ceux-là, dit saint Augustin, qu'il faut que la patience « supporte; et il y a des maux qui nous flattent, et ce sont «ceux-là, dit le même saint, qu'il faut que la tempérance « modère : » A lia mala sunt quœ per patienliam swtinemus, alia qnœper contiaentiam refrenamw 2.

Au milieu de ces maux divers dont il faut supporter les uns,

1 Confess. lib. vi, cap. vi.

2 Cont. Jul. lil>. v, cap. v; m" 22.

dont il faut modérer les autres, et qu'il faut surmonter tous deux, chrétiens, quelle misère est la nôtre ! 0 Dieu, permettezmoi de m'en plaindre : Usqnequo, Domine, usquequo oblivisceris me in finem1! « Jusqu'à quand, ô Seigneur, nous oublierez- « vous dans cet abîme de calamités? » Jusqu'à quand défournerez-vous votre face de dessus les enfants d'Adam, pour n'avoir point de pitié de leurs maladies ? Avertis faciem tuam in finem? «Jusqu'à quand, jusqu'à quand, Seigneur, me sentirai- « je toujours accablé de maux qui remplissent mon cœur de • « douleur et mon esprit de fâcheuses irrésolutions? » Quamdiu punam consilia in anima mea, dolorem in corde meo per diem 2 ? Mais s'il ne vous plaît pas de m'en délivrer, exemptez-moi du moins de ces autres maux, des maux qui m'enchantent, des maux qui m'endorment, qui me contraignent de recourir à vous, de peur de m'endormir dans la mort : Illumina oculos meos, ne unquam obdormiam in morte 3. Est-ce pas assez, ô Seigneur, que nous soyons pressés de tant de misères qui font trembler nos sens, qui donnent de l'horreur à nos esprits ? Pourquoi faut-il qu'il y ait des maux qui nous trompent par une belle apparence, des maux que nous prenions pour des biens, des maux qui nous plaisent et que nous aimions? Estce que ce n'est pas assez d'être misérable ? Faut-il pour surcroît de malheur que nous nous plaisions en notre misère, pour perdre à jamais l'envie d'en sortir? « Malheureux homme que « je suis ! qui me délivrera de ce corps de mort 4 ? » Écoute la réponse, homme misérable : ce sera « la grâce de Dieu par « Notre—Seigneur Jésus-Christ : » Gratia Dei per Jesum Chrislum Dominum nosirum 5.

Mais admire l'ordre qu'il tient pour ta guérison. Il est vrai que tu éprouves deux sortes de maux : les uns qui piquent, les autres qui flattent. Mais il a disposé par sa providence que les uns servissent de remède aux autres; je veux dire que les

i Psal. xxii, 1.

2 Ihid. 2.

s Mi. 4.

* Rom. vu, 24.

8 Ibid. 25.

D LTNE POSTULANTE BERNARDINE. S23

maux qui blessent servent pour modérer ceux qui plaisent, les douleurs pour corriger les passions, les afflictions de la vie pour nous dégoûter des vaines douceurs et étourdir le sentiment des plaisirs mortels, lmpinguatus est dilectas, et recalcitravit l: « Le bien-aimé s'est engraissé, et il a regimbé contre « l'éperon. » Dieu l'a frappé, et il s'est remis dans son devoir : Cum occidcret eos, quœrebant eum, et revertebantur et diluculo veniebant ad eum *.

Saint Augustin était assoupi dans l'amour des plaisirs du monde, emporté par ses passions et enchanté par les maux qui plaisent, il était blessé jusqu'au cœur, et il ne sentait pas sa blessure. Dieu a appuyé sa main sur sa plaie, pour lui faire connaître son mal et lui faire tendre le bras à son médecin : Sensum vulneris ta pungebas 3. Il l'a piqué jusqu'au vif par les affliction?, pour le détourner de ses convoitises, et exciter ses affections endormies à la recherche du bien véritable.

Telle e=t la conduite de Dieu ; c'est ainsi qu'il nous avertit de nos passions; et c'est, ma sœur, sur cette sage conduite que la vie religieuse a réglé la sienne. Peut-elle y suivre un plus grand exemple ? Peut-elle se proposer un plus beau modèle ? elle entreprend de guérir les Ames par la méthode infaillible de ce souverain médecin. Elle châtie les corps avec saint Paul *. Elle réduit en servitude le corps par les saintes austérités de la pénitence, pour le rendre parfaitement soumis à l'esprit. Que cette méthode est salutaire ! Car, ma sœur, je vous en conjure, jetez encore un peu les yeux sur le monde. Voyez les dérèglements de ceux qui le suivent, voyez les excès criminels où leurs passions les emportent. Ah ! je vois que le spectacle de tant de péchés fait horreur à votre innocence. Mais quelle est la cause de tous ces désordres ? C'est, ma sœur, qu'ils ne songent pas à donner des bornes à leurs passions. Au contraire ils les traitent délicatement. Ils attisent ce feu, et ses ardeurs croissent jusqu'à l'infini; ils nourrissent ces bêtes

1 Deut. xxxn, 15.

2 Psal. lxxvii, 34.

3 Confess. lib. vi, cnp. vi.

4 I. Cor. ix, 17.

farouches, et ils n'en peuvent plus dompter la fureur; à force de complaire à leurs convoitises, ils les rendent invincibles par leur complaisance.

Mes sœurs, que votre conduite est bien plus réglée ! Bien loin de donner des armes à ces ennemis, vous les affaiblissez tous les jours par les veilles, par l'abstinence et par l'oraison. Vous tenez le corps sous le joug comme un esclave rebelle et opiniâtre. J'avoue que la nature souffre dans cette contrainte. Mais ne vous plaignez pas de celte conduite : cette peine, c'est un remède; cette rigueur qu'on vous tient, c'est un régime. C'est ainsi qu'il vous faut Irailer, enfants de Dieu, jusqu'à ce que voire santé soit parfaite. Cette convoitise qui vous attire; ces maux trompeurs dont je vous parlais, qui ne vous blessent qu'en vous flattant, demandent nécessairement cette médecine. Il importe que vous ayez des maux à souffrir, tant que vous en aurez à corriger. Il importe que vous ayez des maux à souffrir, tant que vous serez au milieu des biens où il est dangereux de se plaire trop. Si ces remèdes 'vous semblent durs, « ils s'excusent, dit Tertullien, du mal qu'ils vous font « par l'utilité qu'ils vous apportent l. » Soumettez-vous, ma sœur, puisque Dieu le vent, à ce salutaire régime; commencez-en aujourd'hui l'épreuve avec la bénédiction de l'Église; embrassez de tout votre cœur ces austérités fructueuses, qui ôtant tout le goût aux plaisirs des sens, vous feront sentir vivement les chastes voluptés de l'esprit. Subissez le joug du Sauveur, aimez toutes ces contraintes qui vous vont rendre aujourd'hui son affranchie : Si vos Filius liberaverit, tune vere libéri eritis 2. Mais outre le péché et les passions, il y a encore d'autres liens à rompre, cet engagement des a flaires, ce nombre infini de soins superflus. Et c'est ce qui me reste à vous dire dans cette dernière partie.

TROISIÈME POINT

C'est rendre l'esprit plus libre que de brider son ennemi ol

1 De Pœnit., n° 10.

2 Joan. vin, 36.

D'UiNE POSTULANTE BEKNAKDLNE. j2.j

le tenir en prison tout couvert de chaînes. « Je ne travaillé « pas en vain ; mais je châtie mon corps, dit l'Apôtre ; et je le « réduis en servitude, de peur qu'ayant prêché aux autres, je ne « sois réprouvé moi-même l. » Ce n'est pas travailler en vain que de mettre en liberté mon esprit. J'ai, dit-il, un ennemi domestique ; voulez-vous que je le fortifie, et que je le rende invincible par ma complaisance ? Ne vaut-il pas bien mieux que j'appauvrisse mes convoitises qui sont infinies en leur refusant ce qu'elles demandent? Tellement que la vraie liberté d'esprit c'est de contenir nos affections déréglées par une discipline forte et rigoureuse, et non pas de les contenter par une molle condescendance.

Jusqu'ici, âmes cbréliennes, nous avons disputé de la liberté contre des hommes qui nous contredisent, et que nos raisonnements ne convainquent pas sur le sujet de leur servitude. Car ils ne sentent pas celle du péché, parce qu'ils n'ont fait que ce qu'ils voulaient; ils ne s'aperçoivent pas non plus que leurs passions les contraignent, parce qu'ils ne s'opposent pas à leur cours et qu'ils en suivent la pente, si bie'n qu'ils n'entendent pas cette servitude que nous leur avons reprochée. Mais dans la contrainte dont je dois parler j'ai un avantage, mes sœurs, que le monde est presque d'accord avec l'Évangile, et qu'il n'y a personne qui ne confesse que cet empressement éternel où nous jettent tant d'occupations différentes, est un joug importun et dur, qui contraint étrangement notre liberté. N'employons donc pas beaucoup de discours à prouver une vérité qui ne nous est pas contestée ; nos adversaires nous donnent les mains : le monde même que nous combattons^ 5C plaint tous les jours qu'on n'est pas à soi, qu'on ne fait ce que l'on veut qu'a demi, parce qu'on nous ôte notre meilleur temps. C'est pourquoi on ne trouve jamais assez de loisir, toutes les heures s'écoulent trop vite, toutes les journées finissent trop tôt; et parmi tant d'empressements il faut bien qu'on avoue, malgré qu'on en ait, qu'on n'est pas maître de sa liberté.

Telles plaintes sont ordinaires dans la bouche des hommes

1 1. Cur. ix, "a, 2î.

b26 POUR LA VËTUHE

du monde ; et encore que je sache qu'elles sont très-justes, je ne laisse pas de maintenir que ceux qui les font ne le sont pas. Car souffrez que je leur demande quelle raison ils ont de se plaindre. Si ces liens leur semblent pesants, ils ne tient qu'à eux de les rompre. S'ils désirent d'être à eux-mêmes, ils n'ont qu'à le vouloir fortement, et bientôt, ils s'en rendront maîtres. Mais, mes sœurs, ils ne veulent pas. Tel se plaint qu'il travaille trop, qui étant lire des affaires ne pourrait souffrir son repos. Les journées maintenant lui semblent trop courtes, et alors son loisir lui serait à charge; il croira être sans affaires, quand il n'aura plus que les siennes, comme si c'était peu de chose que de se conduire soi-même.

D'où vient, mes sœurs, cet aveuglement, si ce n'est que notre esprit inquiet ne peut goûter le repos, ni la liberté véritable? Et afin de le mieux entendre, remarquons s'il vous plaît, en peu de paroles, qu'il y a de la liberté dans le repos, et qu'il y en a aussi dans le mouvement. C'est une liberté d'avoir le loisir de se reposer, et c'est aussi une liberté d'avoir la faculté de se mouvoir. 11 y a de la liberté dans le repos : car quelle liberté plus solide que de se retirer en soi-même, de se faire en son cœur une solitude pour penser uniquement à la grande affaire qui est celle de notre salut, de se séparer du tumulle où nous jette l'embarras du monde pour faire concourir tous ses désirs à une occupation si nécessaire ? C'est, mes sœurs, cette liberté dont jouissait cet ancien si tranquillement, lorsqu'il disait ces belles paroles : Je ne m'échauffe point dans un barreau, je ne risque rien 'dans la marchandise, je n'assiège pas la porte des grands, je ne me mêle pas dans leurs dangereuses intrigues; je me suis séquestré du monde, parce que je me suis aperçu que j'ai assez d'affaires en moi-même : In me unicum negolium mihi est; si bien qu'à cette heure mon plus grand soin, c'est de retrancher les soins superflus : nihil aliud euro quam ne curem l.

Telle est la liberté véritable, mais elle n'est pas au goût des hommes du siècle. Cette tranquillité leur est ennuyeuse, ce repos leur semble une léthargie ; il? exercent leur liberté d'une autre manière, par un mouvement éternel, errant dans le

* » Tertull. de Pa/l., n° 5.

D'UNE POSTULANTE BEHNAKDINE. o27

tnonde deçà et delà. Ils nomment liberté leur égarement ; comme des enfants qui s'estiment libres, lorsque s'éfant échappés de la maison paternelle où ils jouissaient d'un si doux repos, ils courent sans savoir où ils vont. Voilà la liberté des hommes du monde: une seule affaire ne leur suffit pas pour arrêter leur Ame inquiète; ils s'engagent volontairement dans une chaîne continuée de visites, de divertissements, d'occupations différentes, qui naissent perpétuellement les unes des autres; ils ne se laissent pas un moment à eux parmi tant d'heures du meilleur temps qu'ils s'obligent insensiblement à donner aux autres. Au milieu d'un tel embarras, il est vrai qu'ils se sentent quelquefois pressés, ils se plaignent de cette contrainte; mais au fond ils aiment cette servitude, et ils ne laissent pas de se satisfaire d'une image de liberté qui les flatte. Comme un arbre que le vent semble caresser en se jouant avec ses feuilles et avec ses branches, bien que ce vent ne le flatte qu'en l'agitant, et le pousse tantôt d'un côté et tantôt d'un autre avec une grande inconstance, vous diriez toutefois que l'arbre s'égare par la liberté de son mouvement : ainsi, dit le grand Augustin, encore que les bommes du monde n'aient pas de liberté véritable étant toujours contraints de céder aux divers emplois qui les pressent, toutefois ils s'imaginent jouir d'un certain air de liberté et de paix, en promenant deçà et delà leurs désirs vagues et incertains : Tanquam olivœ pendentes in arbore, ducentibus ventis, quasi quadam liber tate aurai perf mentes vago quodam desiderio tuo '.

Quelle est, ma sœur, cette liberté qui ne nous permet pas de penser à nous, et qui nous dérobant tout notre temps, nous mène insensiblement à la mort, avant que d'avoir appris comment il faut vivre ? Si c'est cette liberté que vous perdez en vous jetant dans ce monastère, pouvez-vous y avoir regret? Au contraire, ne devez-vous pas rendre grâces à Dieu d'une perte si fructueuse? Si vous demeurez dans le siècle, il vous arrivera ce que dit l'Apôtre : Sollicites est quœ surit mundi et divisus est *. Votre liberté sera divisée au milieu des soins de la terre : une

1 la Psal. cxxxvi, n" 9.

1 1. Cor. vu, 33.

partie se perdra dans les visites, une autre dans les soins de l'économie, etc. Parmi tant de troubles et d'empressements, presque toute votre liberté sera engagée; si vous y donne/, quelque temps à Dieu, il faudra le dérober aux affaires. Dans la religion, elle est toute à vous; il n'y a heure, il n'y a moment que vous ne puissiez ménager et le donner saintement à Dieu.

Toutefois n'entrez pas témérairement dans une profession si relevée. L'Église, qui vous y" voit avancer, vous arrête dès le premier pas ; elle vous ordonne de vous éprouver, et d'examiner votre vocation. Je vous ait dit, il est très vrai, que la vie que vous embrassez a sans doute de grands avantages, mais je ne puis vous dissimuler qu'elle a de grandes difficultés pour celles qui n'y sont pas appelées. Éprouvez- vous donc sérieusement; et si vous ne sentez en vous-même un extrême dégoût du monde, une sainte et divine ardeur pour la perfection chrétienne, sortez, ma sœur, de celte clôture el ne profanez pas ce lieu saint. Que si Dieu, comme je le pense, vous a inspiré par sa grâce le mépris des vanités de la terre et un chaste désir d'être son épouse, que tardez-vous de vous revêtir de l'habit que votre Epoux vous prépare, et pourquoi vois-je encore sur votre personne tous les vains ornememeuts du monde, c'està-dire la marque de sa servitude? Omnem liane ornalus servi* tulem a iib^ro capile depellile l.

Et ne vous étonnez pas, si je dis que cet habit est la marque de sa servitude. Car qu'est-ce que la servitude du siècle ? C'est un attachement aux soins superflus; c'est ôter le temps à la vérité, pour le donner à la vanité. El où paraît mieux cet attachement que dans cette pompe des habits du siècle? La nécessité et la pudeur ont fait autrefois les premiers habits; la bienséance s'en étant mêlée, elle y a ajouté quelques ornements. La nécessité les avait faits simples, la pudeur les faisait modestes, la bienséance se contentait de les faire propres. Mais la curiosité s'y étant jointe, la profusion n'a plus eu de bornes ; et pour orner un corps mortel, presque toute la nature travaille, presque tous les métiers suent, presque tout le

1 Tertul. de Cuit, fem., lib. n, n° 7.

temps s'y consume. Combien en a-t-on employé à ce vain ajustement qui vous environne ! Combien d'heures se sont écoulées? Et n'est-ce pas une servitude? Ûmnem hanc ornatus servitutem a libero c'apite dépeinte.

Que dirai-je de la coiffure? C'est ainsi que le monde prodigue les heures, c'est ainsi qu'il se joue du temps ; il le prodigue jusqu'aux cheveux, c'est à-dire la chose la plus nécessaire à la chose la plus inutile. La nature, qui ménage tout, jette les cheveux sur la tête avec négligence comme un excrément superflu. Ce que la nature regarde comme superflu la curiosité en fait une étude : elle devient inventive et ingénieuse, pour se faire une affaire d'une bagatelle, et un emploi d'un amusement. N'ai-je donc pas raison de vous dire que ces superbes ornements du siècle, c'est l'habit de la servitude?

Venez donc, ma très-chère sœur, venez recevoir des mains de Jésus les ornements de la liberté. Ou changeait autrefois d'habit à ceux que l'on voulait affranchir ; et voici qu'on vous présente humblement au divin Auteur de la liberté, afin qu'il lui plaise de vous dépouiller aujourd'hui de toutes les marques de votre esclavage. Qu'on ne trouble point par des pleurs une si sainte cérémonie ; que la tendresse de vos parents ne s'imagine pas qu'elle vous perde, lorsque Jésus-Christ vous prend en sa garde. Quoi ! ce changement d'habit vous doit-il surprendre? Si le siècle jusqu'ici vous a habillée, doit-on vous envier le bonheur que Jésus-Christ vous révèle à sa mode ? Quittez, quittez donc ces vains ornements et toute cette pompe étrangère. Recevez des mains de l'Église le dévot habit du grand saint Bernard. Ou plutôt représenlez-vous la main de Jésus invisiblement étendue : c'est lui qui vous environne de cette blancheur, pour être le symbole de votre innocence; c'est lui qui vous couvre de ce sacré voile, qui sera le rempart de voire pudeur, le sceau inviolable de votre retraite, la marque fidèle de voire obéissance.

Mais en vous dépouillant des habits du siècle, dépouillezvous aussi au dedans de toutes les vanités de la terre. Ne vous laissez pas éblouir au faux brillant que jette aux yeux la grandeur humaine. Songez que les soins, les inquiétudes,

330 POUR LA YETURE

et encore le dépit et le chagrin ne laissent pas souvent de nous dévorer sous l'or et les pierreries ; et que le monde est plein de grands et illustres malheureux que tous les hommes plaindraient, si l'ignorance et l'aveuglement ne les faisaient juger dignes d'envie. Réjouissez-vous donc saintement en votre innocente simplicité, qui donnera plus de lustre à votre famille que toutes les grandeurs de la terre. Car s'il est glorieux à votre maison d'avoir mérité tant d'honneurs, c'est un nouveau degré d'élévation de les savoir mépriser généreusement; et je la trouve hien mieux établie de s'étendre si avant par votre moyen, jusque dans la maison de Dieu, que de s'être unie par ses alliances à tout ce que celle grande ville a de plus illustre. Encore que l'on ait vu vos prédécesseurs remplir les places les plus importantes, ne leur enviez pas la part qu'ils ont eue au gouvernement de l'État ; mais lâchez de leur succéder en la grâce que Dieu leur a faite de se bien gouverner eux-mêmes. Quel honneur ferez-vous, ma sœur, à ceux qui vous ont donné la naissance, en purifiant tous les jours par la perfection religieuse ces excellentes dispositions qu'une bonne naissance vous a transmises, qu'une sage éducation et l'exemple de la probité qui luit de toutes parts dans votre famille ont si heureusement cultivées !

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