PS. LXXXIV
POUR UNE VETURE. 553
non diu quœres pacem; quia et ipsa occurret libi, ut oscufctur justitiam l. D'où il s'ensuit que nous n'avons point de repos, jusqu'à ce que, détachés de la multitude, nous appliquions nos soins en nous-mêmes pour régler notre intérieur, selon ce que dit le Seigneur Jésus : « Marthe, Marthe, tu es empressée, et « tu te troubles, »
C'est pourquoi le grave Tertullien, méprisant l'inutilité de toutes les occupations ordinaires : Je ne suis point, dit-il, dans l'intrigue ; on ne me voit point m'empresser près de la personne des grands, je n'assiège ni leurs portes ni leurs passages, je ne me romps point l'estomac à crier au milieu d'un barreau, je ne fréquente point les places publiques; j'ai assez à travailler en moi-même, c'est là que je mets toute mon affaire : In me unicum negotium mihi est : tout mon soin est de retrancher les soins superflus; nihil uliudcuro, quam ne curem *.
0 généreuse résolution d'un philosophe chrétien ! Chère sœur, c'est ce que vous devez pratiquer dans la sainte retraite où vous voulez vivre. Laissez le siècle avec ses erreurs et ses empressements inutiles. Il ne peut souffrir votre solitude, ni votre grille, ni votre clôture ; il appelle votre retraite une servitude : au contraire, il se glorifie, par une vaine ostentation, de sa liberté. Les hommes du siècle croient être libres, parce qu'ils errent deçà et delà dans le monde, éternellement travaillés de soins superflus, et ils appellent leur égarement une liberté; comme des enfants qui se pensent libres, lorsque, échappés de la maison paternelle, ils courent sans savoir où ils vont. Pernicieuse liberté du siècle, qui ne nous laisse pas le loisir de vaquer à nous! Heureuse mille et mille fois votre servitude, qui vous occupe si utilement en vous-même !
Quelle affaire plus importante, que de composer son intérieur, c'est-à-dire, la seule chose qui nous appartient? Quelle pensée plus douce ni plus agréable? Si ta maison menace ruine, tu y emploies les jours et les nuits a\ec une satisfaction merveilleuse. Ton âme se dément de toutes parts comme un édifice mal entretenu, et tu n'auras point de plaisir à la ré-
1 InPs. lxxxiv, n° 12 ; t. IV, col. 898.
2 De Pallio,nah.
Soi POUR UNE VÊTL'RE.
parer. Dieu commet à tes soins un champ très-fertile : c'està-dire, lTime raisonnable, capable de porter des fruits immortels; quelle honte, que, dédaignant un si bel ouvrage, tu t'abaisses jusqu'à cultiver une terre stérile et infructueuse !
D'ailleurs, nos désirs sont si peu réglés, notre esprit est préoccupé de tant de fausses imaginations : ou l'orgueil nous enfle, ou l'envie nous ronge, ou les convoitises nous brûlent ; et nous nous laissons accabler d'affaires, comme si celles-ci ne nous touchaient pas, ou qu'il n'y en eût pas assez pour nous occuper. Enfin, que recherchons-nous parmi tant d'emplois? Pourquoi gouvernons-nous notre vie par des considérations étrangères? Je veux la passer dans les grandes charges. Mais que nous sert de faire une vie publique, puisque enfin nous ferons tous une mort privée? Mais si je me retire, que dira le monde? Et pourquoi voulons-nous vivre pour les autres, puisque chacun doit enfin mourir pour soi-même ? 0 folie! ô illusion! ô troubles et empressements inutiles des enfants du siècle! Chère sœur, rompez ces liens, démêlez votre cœur de la multitude, et que vos forces se réunissent pour la seule occupation nécessaire : Porro unum est necessarium : c'est ma seconde partie, que je joindrai avec la troisième dans une même suile de raisonnement.