‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 16 sur 74 · DE MONSEIGNEUR L'ÉVÉIJUE D ORLÉANS · texte numérisé non relu

DE MONSEIGNEUR L'ÉVÉIJUE D ORLÉANS

toire de l'esprit humain, on la yoit percer dans les mœurs, dans les institutions et dans les lois de tous les anciens peuples. La longue enfance dans laquelle ils ont tous, plus ou moins, laissé languir les sciences naturelles n'a point d'autre cause. Les talents ne manquaient pas à la savante antiquité pour les faire fleurir; mais la peur des perturba* tions morales gardait les avenues de la science. On plaçait alors la félicité humaine dans te repos des esprits et le calme de la vie, comme on Ta placée, plus tard, dans l-agitation des âmes et le mouvement des intelligences.

Le temps vint, en effet, où, se sentant trop à Tétroit dans une sphère immense, le génie humain, saisi d'une subite inquiétude, demanda de nouveaux espaces à parcourir, comme les familles trop pressées sur un même terrain demandent à former de nouvelles colonies. L'ordre moral n'offrait plus d aliments nouveaux à ses avides recherches; il n'y restait plus de découvertes à faire après l'Evangile. L'ordre physique, au contraire, se présentait comme une terre vierge. Les esprits s'élancèrent donc vers ce nouveau monde, où personne n'avait encore planté le drapeau de la conquête : c'était à qui aurait la gloire d'arriver le premier. De là cette marche rapide et ce prodigieux mouvement des sciences physiques qui a déjà usé plusieurs générations,

72 DISœURS

mouvement irrésistible qui s'accélère chaque jour par les découyertes qu'il obtient, et qui, ne vivant que d* inventions nouvelles, craint de mourir s'il n'invente plus; mouvement mystérieux, dont il est impossible de calculer les suites et la durée, puisqu'il tourne à son profit les obstacles mêmes qu'il rencontre, d'après cette loi de la nature, que tout ebstacle qui ne détruit pas une force en augmente la puissance, parce qu'il en accumule l'énergie.

C'est à cette prodigieuse activité des intelligences que nous devons les rapides transformations que subissent naturellement en nos mains les formes et les propriétés de la matière. C'est à elle que le génie des découvertes est redevable d'avoir rencontré dans l'élément le moins résistant en apparence, le plus léger et le moins estimé de tous, une force d'impulsion plus forte que les vents qui enflaient les voiles sur la mer, plus vite que les coursiers agiles qui emportaient les hommes sur la terre, et qui vient, je ne sais avec quel air d'enchantement et de féerie, non-seulement rapprocher la distance et rétrécir les espaces, mais encore faire entièrement disparaître les unes et les autres, et en effacer jusqu'au nom.

Qu'on y pense bien, rien n'égale l'importance sociale de cette découverte : l'avenir des peuples lui appartient. Supérieure à toutes les forces connues,

DE MONSEIGNEUR L*fiyÊQUE DmiÉANS. 73

et livirée à son impétuosité native^ la vapeur elTraye sans doute Timagination par les désastres qu'elle peut produire; mais, renfermée dans sa prison de fer, captive sous plusieurs rangs de cercles d'airain, ne pouvant s'échapper qu'avec la mesure qui profite, à Tabri de la violence qui ravage, scellée du génie de l'homme et de sa prudence, rien ne peut donner l'idée des bienfaisantes révolutions qu'elle prépare au monde.

Car il en est, messieurs, de la force expansive de la vapeur comme de toutes les forces naturelles : pas une de ces lois qui ne recèle dans son sein des effets salutaires et des effets désastreux. La pluie trop abondante ruine les moissons, et la pluie est cependant nécessaire pour les faire naître, et le même nuage peut verser sur les campagnes la disette ou la prospérité. La foudre éclate, tombe et brûle nos habitations; mais la foudre, échauffant la nue et la déchirant, nous donne l'eau qui désaltère. La chaleur trop élevée peut sécher les plantes; mais les plantes ne doivent qu'à la chaleur leur accroissement et leur vie, et du même soleil sortent des effets si contraires : ainsi de toutes les autres lois qui régissent la nature. Toutes ont deux faces : l'une bonne et l'autre mauvaise. Tune bienfaisante et l'autre nuisible : ainsi de la vapeur elle-même.

Or que faisonsnous, messieurs, pour nous mot-

74 DISCOUBS

tre à l'abri des désastres que peuvent produijre les lois naturelles? Nous prions le souverain législateur et le mallre de ces lois de nous départir ee qu'elles ont d'utile, et d'éloigner de nous ce qu'elles ont de funeste. La prière est un aimant irrésistible qui attire les effets bienfaisants et repousse les autres. Mettons-nous donc aussi sous la sauvegarde de la prière, quand nous confions à la vapeur nos biens et nos vies.

C'est la pensée profondément religieuse et préservatrice qui nous a fait inviter par MM. du Conseil d'administration du chemin de fer d'Orléans à bénir ce chemin avec une rare solennité, le jour même de son inauguration, et à le consacrer par la prière.

Puisse le Dieu tout-puissant le couvrir d'une bénigne et constante protection, commander aux bons anges de le parcourir sans cesse, d'en être même les surveillants et les célestes gardiens; puissent-ils inspirer une sécurité profonde aux voyageurs qui se confieront à toute sa vitesse, en les préservant à jamais de tout dangereux accident '

Qu'il soit un lien nouveau qui rapproche les populations sans affaiblir les mœurs; et, source nouvelle de richesses, qu'il porte au centuple les fruits de prospérité que nous en attendons.

Que désormais, enfin, nous n'ayons d'autre

Page 1