AUX CLERCS DE LA CHAPELLE DU ROI
PKONOKCé EN PnéSENCB DE ll<^* DUBOURG, ÉVfiQCB DE LA LOUISIANK
Monseigneur,
C'est sans doute un beau jour que celui où la religion et la science viennent couronner ensemble, l'une ses enfants^ et l'autre ses disciples, où le talent et la piété reçoivent les preniiers prix de leurs laborieux efforts.
Livrez-vous donc, mes enfants, à cette douce joie qu'inspire plutôt la conscience de tous les devoirs accomplis que le bonheur de l'emporter sur vos frères, et laissez goûter aux étudiants vulgaires le plaisir seulement humain d'avoir vaincu.
Votre triomphe doit être pur et religieux comme la conduite et le zèle qui vous l'ont mérité, et, tout
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en jouissant de vos succès, vous n'oublierez pas la source divine dont ils découlent. Car, si la main de rhomme distribue aujourd'hui les récompenses, les bienfaits de Dieu vous les ont acquises : sur la terre comme au ciel, il couronne ses dons en couronnant vos mérites.
Et vous qui, courant dans la même carrière, n'avez pu atteindre au but, considérez sans découragement comme sans envie la victoire de vos condisciples. Contents d'avoir marché leurs égaux pendant le cours de l'année, ou de les avoir quelquefois devancés dans la composition hebdomadaire, consolez-vous de l'heureux hasard qui peut-être les plaça au premier rang dans la dernière composition.
Mais qu'une sainte et noble émulation embrase vos jeunes âmes; ces lauriers qui vous ont échappé, vous pouvez les cueillir au retour annuel des mêmes combats.
A Dieu ne plaise cependant que je vienne vous proposer ces faibles encouragements comme principal motif de vos efforts et l'unique terme de vos travaux! Qu'ils deviennent seulement les premiers fruits de votre application, les prémices de plus nobles récompenses. La vue d'une année et de jours pleins de devoirs et d'études, la volonté de Dieu accomplie, les espérances de vos parents et de vos maîtres réalisées, voilà le prix véritable auquel vous
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ayez sans doute aspiré, et que le jeune comme le moins avancé d'entre vous a pu recueillir de sa sagesse et de ses études.
Or, si vous voulez le conserver, Taugmenter encore, unissez la piété à l'étude.
Le croirions-nous, si la raison et l'expérience ne le démontraient, que la piété, utile à toutes choses, selon saint Paul, l'est plus particulièrement aux premières études de l'enfance, pour devenir savante, en perfectionnant les instruments dont elle se sert, en écartant les obstacles qui s'opposent à l'acquisition des connaissances divines et humaines; en sorte que, si elle ne donne pas toujours la science, elle peut souvent la suppléer.
L'homme est né pour la vérité; il se réjouit à sa présence comme le malheureux sortant tout à coup des ténèbres d'une nuit obscure se réjouit à la pré* sence de la lumière.
Chercher, découvrir la vérité, en nourrir son âme, en faire la règle de sa conduite, la répandre au dehoris pour la perfection et le bonheur de ses semblables, tel est le but de toutes les études.
Mais, comme la vérité se transmet par la parole, et qu'on a trouvé l'art de peindre la parole aux yeux par l'écriture, la vérité se conserve dans les livres écrits en toutes les langues. De là cet enseignement des langues anciennes et modernes dont
00 fait la base de l'éducation : étude simplement préparatoire, édiafaudage nécessaire pour la construction de rédifice.
Or la piété aiguise, rectifie, perfectionne les in^ struments dont nous nous servons dans ces premières études : je veux dire les facultés de F âme qui y sont employées, l'esprit, le jugement et la mémoire. £lle dissipe les nuages de nos préventions; elle fait tomber le voile de nos préjugés; elle irrite continuellement cette soif de savoir et de connaître que nous apporte en naissant et forme dans notre âme l'heureuse habitude de saisir le vrai comme par goût et par instinct.
La piété nourrit d'abord l'esprit de pensées vraies et de principes vrais. A peine notre raison commence à édore, qu'elle la dégage des liens du corps, brise les chaînes qui la tiendraient courbée vers la terre et l'élève à la contemplation de Téternelle vérité. Elle nous la montre non pas encore face à faee, mais brillante de puissance et de gloire, de grandeur et de bonté dans ses ouvrages : par elle le jeune élève faible encore ose franchir les bornes étroites dans lesquelles il semble que la nature Tait renfermé, et, pendant que Fastronome se perd en calculs infinis pour compter les étoiles et inesurer les cieux, le petit enfant, emporté par un guide aussi rapide que fidèle au delà des astres, admire
leur immensité, leur ordre et leur harmonie dans le sein de Dieu qui les a formés. La nature de cet être unique et éternel, inconnue aux anciens sages, ses perfections adorables, ses desseins de justice et de miséricorde dans la création de cet univers lui sont dévoilés, et il descend de cette hauteur de méditations, enrichi des plus vives lumières, commesi la piété lui avait appris à rendre le ciel même tri* butaire de ses études. •
L'homme, cet assemblage confus de grandeur et de bassesse, de vertus et de vices, tantôt se perdant dans l'infini par l'élévation de ses pensées, tantôt se traînant dans la boue par la brutalité de ses penchants, Thomme qui fut une énigme inexplicable à toute l'antiquité, se laisse voir tel qu'il est à relève religieux. La piété lui enseigne sa véritable origine et sa véritable fin, les moyens de répondre à l'une, et d'atteindre l'autre; elle le met donc à l'abri des illusions et de Terreur, des incertitudes dans lesquelles ont flotté la plupart des savants, de manière que l'esprit de l'écolier chrétien touche de plus près à la vérité que le génie de ces Socrate et de ces Platon dont on appelle la sagesse et l'âoquence divines. Mais c'est peu de perfectionner et d'enrichir l'esprit de son disciple; la piété perfectionne encore son jugement.
Accoutumé à voir toutes choses sous leur vrai
point de vue, ne craignons pas que Tenrant pieux puisse les juger mal. Réfléchissant sur lui-même, ri sentira d'abord que, né de Dieu et pour Dieu, il doit marcher d'un pas ferme au terme de sa vocation; il comprendra de bonne heure que les biens, les plaisirs, les honneurs du monde, ne sont pas le but de ses travaux : tout ce que cette terre offre de fragile et de périssable ne saurait le captiver. Or quelle foule de conséquences pratiques même dans ses études découlent de ces jugements que la piété lui fait porter sur tout ce qui l'entoure! L'ambition est une erreur, le bonheur des richesses est une erreur, la félicité des plaisirs coupables est une er* reur. U n'étudiera pas pour le seul plaisir de savoir, parce que ce n'est que vanité; il n'étudiera pas pour la joie d'être loué des hommes, parce que c'est folie : il étudiera pour éclairer par ses lumières, parce que c'est charité; il étudiera pour apprendre tous ses devoirs, parce que c'est sagesse. Ainsi libre et indépendant à cet âge où on le croit ordinairement assujetti aux vues humaines et terrestres, il s'occupera à devenir meilleur de jour en jour, et s'approchera de plus en plus du sanctuaire de la vérité: en cela plus heureux que des hommes célèbres parleurs talents qui, dit-on, consumèrent leur temps et leurs veilles à sa recherche, et qui n'ont jamais pu l'exprimer dans, leurs discours ni
dans leur conduite. On se demande, en effet, avec étonnement comment des savants, nés avec les plus heureuses dispositions et le plus beau génie, ont été transformés en sophistes qui, depuis un siècle isurtout, sèment l'erreur dans l'esprit des peuples; comment leur esprit a pu dicter, et leur plume tracer tant d'absurdes systèmes de politique, de religion et de morale. À cette question on a coutume de répondre que le désir de se distinguer du vulgaire, et des penchants dépravés à justifier, les ont poussés à toutes les erreurs, et Ton ne fait ainsi remonter la cause de leurs égarements qu'à l'orgueil et à la corruption de l'âge mûr. Pour moi, j'ose dire qu'il faut remonter plus haut pour la rencontrer : la piété n'ayant pas dirigé leur entendement dans l'enfance, et ne l'ayant pas constamment appliqué à comparer des idées saines, ils n'apprirent point à discerner les vrais principes de ceux qui ne le sont pas; ils confondirent les notions exactes avec les notions erronées, n'envisagèrent le Créateur et les créatures que dans un faux jour, se familiarisèrent avec les faux jugements; l'habitude, deyenant une seconde nature, effaça la rectitude primitive de leurs pensées; ils en vinrent peu à peu à appeler le mal un bien, et le bien un mal, à le croire peutêtre, et ils s'éloignèrent toujours davantage de la vérité, comme le voyageur qui, surpris par la nuit
et trompé par l'obscurité, prend un chemin opposé à son véritable chemin, et s'éloigne d'autant plus de son terme qu'il marche avec plus d'ardeur pour y arriver.
Mais, s'il est vrai que la mémoire soit le dépôt précieux qui conserve les richesses acquises par l'exercice de l'esprit et du jugement, quels trésors ne recevra- t-elle pas des mains de la piété ! Contentons-nous de les désigner en passant : mystères sublimes, préceptes salutaires, vertus privées, vertus publiques, souvenir des bienfaits de Dieu, motifs de reconnaissance et damour, ce qu'il doit à Dieu, à ses parents, à ses maîtres; toutes les connaissances vraiment utiles, l'écolier vertueux les aura acquises et les transmettra à sa mémoire, fidèle à les lui rappeler chacune en son temps.
Ainsi le jugement, l'esprit et la mémoire, trois facultés de notre àme qui servent d'instruments à l'étude, seront l'une après l'autre perfectionnées, agrandies par la piété. Ainsi cette fille du ciel sera le bon ange de nos études; et, pour en assurer davantage le succès, après nous avoir montré la véritable voie, elle écartera tous les obstacles qui pourraient l'embarrasser. Ces obstacles, je les réduis à cinq principaux : la perte du temps, le défaut d'application, l'inobservation de la règle, le dégoût de son état, le règne des passions du cœur.
La Providence n'a rien donné à l'homme de plus précieux que le temps; mais ce bien inestimable, le seul qui soit véritablement à nous, est aussi celui qui nous échappe le plus promptement. La main qui nous le donne le ravit au même instant, comme si elle voulait nous avertir, par cette rapidité même, de nous presser d'en profiter. Qui ne croirait, en effet, que, docile à cette voix de la nature, le disciple de la science se hâterait de saisir des heures qui volent ^t passent sans retour? Mais telle est l'erreur de l'élève irréligieux et qui n'envisage point le temps sous le rapport de l'éternité, c'est, parce qu'il se succède si rapidement, qu'il se flatte de n'en manquer jamais. Dissipateur du présent sur la foi de l'avenir, il s'afflige quelquefois de ne pas le perdre assez vite, semblable à ceux qui, maîtres tout à coup d'une trop grande fortune, deviennent prodigues par l'abondance elle-même : l'opinion qu'ils ont de leurs richesses est la première cause de leur ruine.
Ah ! ce n'est pas ainsi que la piété, juste appréciatrice du temps, sait en mesurer la durée. Redevable à la religion de toutes les heures de sa vie, il n'en est aucune où l'écolier pieux ne s'acquitte d'une dette aussi honorable à celui qui la paye qu'utile à celle qui l'exige. Ce temps que ses condisciples laissent souvent dérober par surprise, arra-
cher par importunité, échapper par négligence, il a su le recueillir, le ménager, ramasser, et mettre toute son enfance en valeur. Ses jours croissent à mesure qu'il les remplit; il augmente en quelque sorte le temps de sa durée, et, par une fraude inconnue a la nature, il trouve le moyen de vivre beaucoup plus que le reste de ses condisciples.
Loin de lui la paresse avec ses pavots léthargiques, son assoupissement! Loin de lui surtout cette application à demi formée, cette attention incapable de persévérance, que j'appellerais Tinconstance de la paresse, si la paresse n'était pas un éternel sommeil !
Les plus heureuses dispositions sont ordinairement fondées sur un caractère brillant et léger, mais d'autant plus ennemi de l'application qu'il pénètre avec plus d*aisance les objets les plus difficiles. Or, si ce caractère est fortifié par la tiédeur ou Tirréligion, l'écolier portera à ses devoirs une attention vive, mais peu durable; il ne saisira que l'écorce et le dehors, et se contentera de glisser rapidement sur la surface de ses études; en sorte qu'il ne concevra rien parfaitement, parce qu'il croira d'abord avoir tout conçu. Mais qu'il appelle la piété au secours de son inconstance, elle lui apprendra bientôt à se défier de cette pénétration éblouissante; elle lui rendra sa propre facilité suspecte et lui en^
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seignera, par Thabitude de la réflexion^ que la science^ rarement le prix de nos premiers eflbrts, ne révèle ses mystères qu'à une efficace persévérance, parce qu'elle ne se contente pas de faire ses devoirs, mais qu'elle se croit obligée à les bien faire, qu'elle sacrifie constamment le plaisir d'avoir beaucoup fait au mérite d'avoir bien fait, et que, n'ignorant pas que le Seigneur sonde le fond des cœurs, elle craint qu'il trouve insuffisante une application suffisante aux yeux de ses maîtres.
En vain donc vous vous glorifiez de la vivacité de votre pénétration, j'ajoute de la force et de l'éclat de votre imagination; si la piété ne la conduit, son impétuosité ne sert souvent qu'à l'emporter au delà des bornes. Abandonnée à elle-même, elle ne trace dans Tâme que des images passagères, vole d'ob* jets en objets, et s'arrête de préférence à tous ceux qui sont capables de la souiller ou de la corrompre, comme ces noirs oiseaux qu'on voit passer sans s'arrêter sur des prairies émaillées de fleurs pour aller s'abattre sur des cloaques empoisonnés.
D'ailleurs, la nature la plus heureuse se nuit à elle-même par sa propre fécondité. Plus elle est abondante, plus elle est menacée de tomber dans une espèce de luxe qui l'épuisé d'abord, si la piété, ennemie de tout ce qui est frivole et recherché, ne retranche cette superfluité dangereuse et ne coupe
avec art ces rameaux mutiles qui consument le plu9 pur suc de la terre.
 tant de bienfaits la piété ajoute un bienfait plus grand encore, en inspirant l'amour de l'ordre et de la règle. Notre Dieu, mes enfants, est le Dieu de Tordre; il la établi dans ses ouvrages, et il veut qu'il éclate dans tous les établissements formés pour sa gloire. C'est avec raison qu'on vous répète souvent cette maxime pleine de vérité : Qui vit à la règle vit à Dieu. Qui regulx vivit Dec viviL
Or il a été impossible de vivre pour Dieu sans porter à tous sçs devoirs cette vigilance, cette exactitude qui font prospérer les études^ L'écolier vertueux saura donc que, comme la sentinelle placée aux extrémités du camp pour veiller au salut de Farmée, la règle a toujours l'œil ouvert sur les dangers et les périls de son état. En effet, mainte-r nir le joug de la discipline sans l'appesantir, l'alléger même par son uniformité et le rendre doux en le faisant porter également; recourir rarement à la peine et se contenter plus souvent du repentir; ne perdre ni l'autorité par. trop d'indulgence, ni l'affection par trop de sévérité; disposer toute cbose pour le bien des élèves : voilà la règle, voilà son esprit, voilà ses avantages. Or ces avantages, fondés sur la religion, comment seront-ils sentis et goûtés par l'écolier sans religion? N'est-il pas certain que la
règle sera moins à ses yeux une sauvegarde qu'un mur élevé pour l'empêcher de donner cours à ses plus doux penchants, ou plutôt qu'un fardeau qu'il ne pourra ni porter ni quitter, tandis que, heureux d'j êtreassujetli, l'écolier vertueux comprendra que, par la règle seule et son exacte observation, la communauté dont il fait partie résiste au torrent de dépravation qui entraine les autres collèges, et devient un peuple choisi, une nation sainte et distinguée qui conserve ses lois, ses mœurs, son caractère, au milieu de la corruption des autres peuples, et qui, dans ce déluge de vices dont elle est environnée, semble le vaisseau sacré qui porte les restes de Tinnocence, la ressource de la vertu et les dernières espérances de la religion.
Telle s'offrait autrefois la famille des jeunes lévites, dirigée par cet humble prêtre de Jésus-Christ que l'oubli volontaire de lui-même et le zèle dévorant de l'amour de Dieu arrachèrent du sein de la patrie, portèrent à travers les gouffres de l'Océan dans un monde nouveau pour y établir le règne de FÉvangile, et qui reparaît au milieu de vous revêtu du sublime caractère du pontife, et comme environné de ses combats et de ses victoires, de ses saerifices et des triomphes de ses souffrances, de ses conquêtes, de toutes les bénédictions du ciel et de toutes les bénédictions des peuples à peine con-
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nus auxquels il a porté la civilisation, la paix et le salut.
Telle à mes yeux se présente encore cette nouvelle famille de clercs que les savants et pieux administrateurs de ce diocèse ont su recueillir après la tempête qui a tout dispersé, comme le pilote habile et courageux, jeté sur un rivage inhospitalier parle naufrage, recueille les débris de son navire, les assemble, et sait en former la nacelle qui le ramène au port.
Amour de la règle, amour de son état, la piété donne toutes choses à ceux qui l'aiment.
Une inquiétude générale et répandue dans tous les établissements publics, c'est une agitation que rien ne peut fixer, ennemie du repos, incapable du travail, un soulèvement universel de tous les écoliers contre leur condition, une espèce de conspiration universelle dans laquelle ils semblent être tous convenus de sortir de leur état. Or d'où vient cette fermentation qui menace l'éducation d'une dissolution entière, d'où vient-elle? On a banni la piété des études; on s'est moins occupé de former le cœur des élèves qu'à éclairer leur esprit; les devoirs n'ont point eu de sanction religieuse; les passions ont rompu les digues qui s'opposaient à leur indépendance; l'autorité légitime a été méconnue; et ces asiles où l'on respirait autrefois Tair du calme
et de l'innocence, où on lisait le recueillement. et le bonheur sur tous les visages, où tout annonçait la présence des anges de paix, ces demeures sanctiflées par la ferveur sont devenues le théâtre de l'anarchie. Là une troupe d'enfants sans frein et sans guide s'abandonnent à cette science horrible de tout faire et de tout dire, qui, débarrassée des craintes de la religion, ne redoute plus que les châtiments des hommes. Yoyez-les toujours oisifs sans (Hre jamais en repos, toujours agissants sans être jamais occupés; semblables à ces malades qui ne connaissent point d'état plus fâcheux que leur situation présente, ils s'agitent en vain et se flattent de parvenir à la paix par le mouvement; bien loin de guérir leurs maux imaginaires, ils y ajoutent le mal réel d'une accablante inquiétude. S'ils demeurent dans leur condition, ce n'est point par un at* lâchement libre et éclairé, mais par une toute-puîçsanté nécessité; l'habitude les conduit eja classe, mais l'agitation qu'on remarque ep eux jusque dans les tranquilles fonctions de l'étude est une vive peinture du trouble et de la contrainte de leur âme. Le peu de devoirs qu'ils remplissent encore* ils les placent* à regret dans le court intei^valle qui sépare leurs plaisirs. Ils souffrent, ils gémissent jusqu'à ce qu une heure favorable et toujours trop lente les rende à leur bruyante oisiveté,
fruit amer d'une condescendance mal nommée* Mais je veux que la honte d'une vie qui n'est plus qu'un sommeil agité par des rêyes pénibles touche quelqu'un d'entre eux, et que des idées d'ambition le tirent de sa molle indolence et du néant de ses pensées. Il n'aj^ortera à l'étude qu'un esprit flétri et un cœur desséché par des passions prématurées. D'un excès il passera à un autre excès, et, victime de l'ennui, il sera victime d'une précipitation déréglée dont l'ardeur se reproche tous les moments qu'elle donne à l'ouvrage présent, comme si elle les dérobait à celui qui doit le suivre. Il voudra tout apprendre en un |our, mois-* sonner avant d'avoir semé, et cueillir les fruits avant d'avoir planté l'arbre qui doit les porter. Le désir de se montrer supérieur à ses condisciples nourrira seul son âme; il étalera avec pompe ses progrès de quelques heures, ne cultivera que les qualités brillantes, et n'amassera de trésors que pour les montrer.
Tandis que l'écolier fervent, avec une âme pure et un esprit sain, toujours constant, toujours diligent, toujours à ses devoirs et rien qu'à ses devoirs, parce qu'il a toujours à remplir une tâche imposée par la Providence, réunit toutes ses forces pour la perfection de chaque ouvrage en particulier, la piété veille à ce que ses dispositions et ses talents
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soient à la fois mis en œuvre; elle Tempèche de les dissiper par une agitation frivole, de les épuiser par une ardeur imprudente, de les évaporer par une vaine subtilité, en sorte que ce feu du génie qui, répandu et dispersé hors de son foyer, n'avait pas mèjne de chaleur sensible, renfermé dans son centre et réuni comme en un point, dévore et consume tout ce qui s'ofTre à son activité. Peu jaloux des louanges avant de les avoir méritées, il se cache pour jeter en secret les fondements d'un édifice durable; sa vertu patiente se hâte lentement, et il s'avance vers la science avec plus de sûreté, mais avec moins d'éclat. Comme ceux qui cherchent l'or, il ne travaille jamais plus utilement que lorsqu'on l'a perdu de vue. Il cherche moins à paraître bon écolier qu'à l'être en effet. On ne remarque rien en lui qui le distingue. Il laisse entrevoir à peine les connaissances dont il enrichit son âme, et ses professeurs seulement pénètrent le voile de modestie dont il les couvre.
Heureux donc le jeune élève que la piété appelle à tous ses devoirs mieux encore que la voix de ses maîtres! il laissera bien loin derrière lui ceux-là mêmes qui, doués d'un plus grand talent, semblaient devoir le devancer.
Compagne inséparable de toutes ses actions, la piété lui inspirera les nobles pensées et les grands
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sentiments; d'une main habile elle renversera tous les obstacles qui s'opposent au succès de ses études, elle ranimera ses forces abattues par un long travail, sera l'ornement de sa jeunesse, sa consolation dans un âge plus mûr; elle le conduira à la vérité par la science, et au bonheur par la vertu.