DES FRÈRES DES ËGOLES CHRÉTIENNES
C'est avec une bien vive joie et un véritable bonheur que nous venons aujourd'hui, mes enfants, partager les douces émotions de vos âmes, applaudir à vos succès toujours croissants, et parer vos fronts des belles couronnes que vous ont méritées la sagesse, le travail, et l'étude de toute une année.
C'est aussi pour nous une précieuse occasion de signaler, au milieu de cette assemblée amie de Tenfance, notre haute et profonde estime pour les écoles chrétiennes où vous êtes élevés avec un zèle si pur et un dévouement si sincère; écoles si dignes de leur nom, consacrées par le respect et la reconnaissance des hommes de bien; écoles vraiment gratuites et populaires, et dont la charité peut faire
abondaDiment tous les frais, parce que la charité peut donner sans cesse sans jamais craindre de s*appativrir.
Et quels hommes plus faits pour le peuple, plus spécialement consacrés à ses besoins, plus entièrement dévoués à son service et à son bonheur, mes chers enfants, que vos vénérables instituteurs, hommes de travail et de peine auxquels le peuple peut donner d'autant mieux le doux nom de frères qu'ils sont pauvres et souflVants comme lui, obscurs et délaissés comme lui, qu'ils sortent d'ordinaire deses rangs, qu'ils mangent |e même pain, qu'ils dorment sur une couche aussi dure, et qu'ils font le vœu sublime d'instruire et d'édifier leurs semblables pendant toute leur vie, sous la condition plus sublime encore qu'ils ne partageront jamais leurs plaisirs, mais qu'ils embrasseront avec délices leur pauvreté, leurs privations et leurs misères.
Si la sage antiquité avait vu apparaître, au milieu des villes plongées dans les délices de l'opulence, et théâtre des ambitions et des intérêts humains, une espèce d'hommes s'arrachant de bonne heure aux attraits du foyer domestique par amour de tout ce qui est petit et qui souffre sur la terre, brisant volontairement les liens les plus chers du sang et de la nature, et se fermant à eux-mêmes, par un vœu solennel, l'entrée de toutes les carriè-
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res qui pourraient les conduire à Ta isance de la vie^ pour devenir, sous une règle austère et sous le plus grossier vêtement, les pères adoptifs des orphelins, les humbles précepteurs des petits enfants, et pour leur donner, comme une tendre mère, l'instruction qui fait gagner la vie, et Téducation qui la conserve pure et san^ tache; à de tels hommes, et aux applaudissements du monde entier, les peuples anciens eussent élevé des autels.
avec quel art divin ces maîtres saintement habiles, en vous apprenant d'abord à lire dans les li* vres, apprennent eux-mêmes à lire dans vos jeunes âmes, à démêler, avec une amoureuse sollicitude, vos naissantes inclinations, cultivant les bonnes, combattant les mauvaises, tempérant ii propos la sévérité par l'indulgence, et la douceur par la fermeté, et formant doucement vos cœurs à toutes les vertus en initiant vos esprits aux éléments des connaissances humaines !
Et que vous servirait un jour, ines enfants, l'instruction la plus variée et même la plus étendue, si une éducation profondément religieuse ne venait en régler l'usage et en mûrir les heureux fruits? Qu'importe d'avoir appris à devenir un ouvrier habile, si on n'a pas appris à vivre en ouvrier honnête; d'être en état de s'enrichir par son savoirfaire, si des passions dévorantes dépensent par
rinconduite ce que l'instruction avait péniblement acquis par le travail? Et quelle différence pourraiton jamais établir entre le jeune homme qui est incapable de pourvoir aux besoins de la vie, parce qu'il n'a rien appris dans son enfance, et celui qui, riche d'instruction, se laisse aveuglément dépouiller, par ses vices, du produit de son talent?
Et voilà, mes enfants, ce qui distinguera toujours les écoles chrétiennes, et la raison fondamentale de leurs étonnants succès, et de leurs établissements si multipliés dans ce vaste royaume.
Elles font marcher de front l'instruction et l'éducation :rinstruction, qui éclaire lesprit par ses lumières; et l'éducation, qui forme les habitudes et les sentiments de l'âme par ses préceptes. Elles ne classent pas la religion et la vertu parmi les arts de l'intelligence, ni les sciences et les arts parmi les sentiments et les habitudes du cœur, confusion déplorable qui tend de plus en plus à ne faire de la science qu'une passion d'égoisme et de cupidité, et de la vertu et de la pratique des devoirs qu'une vaine spéculation. Car, si le défaut d'instruction fait les ignorants, le défaut de bonne éducation fait les hommes vicieux. L'une commence avec la vie et aussitôt que nous ouvrons les yeux à la lumière du jour, l'autre ne commence qu'avec la raison et dès que nous sommes en état de comprendre,