‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 19 sur 74 · II · texte numérisé non relu

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de juger. Ainsi un enfant peut avoir reçu beaucoup de bonne éducation avant qu'il ait pu recevoir aucune instruction. Il faut donc parler à l'enfanée des grands devoirs à remplir envers Dieu, envers le prochain, envers soi-même, avant de lui parler de grammaire, d'écriture et d'autres arts; il faut, mes enfants, incliner vos âmes tendres et dociles vers la modestie, l'honnêteté, la piété, l'horreur du mal et Tamour du bien, avant d'introduire votre esprit dans le palais des sciences et des arts. Et, comme à votre âge tout exemple est une leçon, il n'y aura jamais de véritable instituteur de l'enfance que celui qui pourra tirer les premiers enseignements de sa conduite plus que de ses discours, et qui, au lieu de se perdre en raisonnements hors de votre portée, pratiquera sans cesse sous vos yeux et au plus haut degré de perfection toutes les vertus qu'il est chargé de vous apprendre à pratiquer vous-mêmes, à l'exemple de ce philosophe célèbre qui, interrogé sur ce que c'était que le mouvement, fut sobre de phrases et de discoura, et, pour toute réponse, se mit à marcher.

Élevé dans cet ordre de principes, Tenfant qui fréquente les écoles chrétiennes, devient en peu de temps le modèle de l'enfance : décence et modestie dans son maintien, obéissance amoureuse et prompte envers ses maîtres, respect filial, amour,

docilité envers ses parents, cordiale affection envers ses condisciples^ fuite des liaisons dangereuses, précoce économie du temps, constante application au travail, heureuses habitudes d'ordre dans toutes ses actions de la journée; n'est-ce point au milieu de ce cortège des plus belles vertus de son âge qu'il se présente toujours à ses parents, à ses maîtres, à ses voisins? Ah ! les palmes qu'il va cueillir dans cette touchante solennité ne se flétriront pas dans ses mains; ses succès naissants seront le prélude de succès plus mûrs et plus durables; il sera toute sa vie ouvrier habile et avec probité, artisan honnête et distingué, chef d'atelier juste et compa* tissant; et, dans des conditions plus élevées, le titre d'homme habile ne sera jamais séparé pour lui du titre d'homme de bien. Ornement et soutien de sa famille, du fruit de ses labeurs et de ses épargnes il consolera la vieillesse de ses parents, qui pourront dire avec vérité que, s'ils lui ont donné la vie, à son tour il leur rend ce qu'il en a reçu.

Et vous, messieurs, qui, par vos sacrifices et vos souscriptions charitables, avez si libéralement pourvu au maintien de ces admirables écoles, et qui avez épargné à la cité les longs et douloureux regrets de les voir fermer à deux mille enfants qui se pressaient à leurs portes, jouissez du spectacle que vous avez maintenant sous les yeux. Étrangers

KiO DISCOURS POUR UNE DISTRIBUTION DE PRIX.

aux passions sociales qui s'agitent sur leurs tètes, tous ces enfants, et leurs pères, et leurs mères, vous désignent de la main comme leurs bienfaiteurs, comme les véritables et sincères amis du peuple. Goûtez dono avec délices tout ce qu'un titre si doux et si beau verse dans l'âme de consolations et de plaisirs; voyez avec bonheur l'avenir prospère que ce bon peuple ne devra qu'à vos bienfaits.

En faisant élever ses enfants dans l'amour de l'ordre, dans le respect de l'autorité, dans la pratique chrétienne des devoirs de l'homme et du citoyen, dans ces graves habitudes de prudence et de probité qui ont porté si loin la prospérité de votre commerce et de votre industrie, quel usage plus noble et plus glorieux pourriez-vous faire de votre fortune? quelles plus abondantes bénédictions pourriez-vous attirer sur vos familles?

C'est à nous à vous remercier, mes enfants, des heureux moments que nous venons de passer au milieu de vous. Il n'y a pas de spectacle qui verse dans Tâme des émotions plus pures et plus saintes que celui de l'innocence couronnée et recevant, sous les yeux de ses parents et de ses amis, le premier prix de son application et de ses progrès. Ces couronnes qui viennent d'orner vos fronts perdront bientôt leur fraîcheur et leur verdure; le temps passe vite sur Téclat des fleurs et de la jeunesse; il se plaît aux couleurs tristes et effacées; toute beauté extérieure lui est importune, mais là se borne son empire; il ne peut rien sur la modestie, la sagesse, la science, les vertus chrétiennes, que des mains

pieusement habiles savent semer et cultiver dans vos jeunes cœurs. Celles-ci, au contraire, mûrissent avec les années, et portent toujours des fruits plus délicieux et plus beaux. Les mêmes enfants qui ne sont encore, dans cette sainte maison, que l'espérance de leurs familles, en seront plus tard Torgueil et le bonheur. Jouissez donc, mes enfants, des vifs et sincères applaudissements qui viennent de vous être prodigués, comme d'un encouragement utile et d'un bienveillant appui à la faiblesse de votre âge; mais ne demandez le vrai bonheur de la vie qu'à T instruction solide qui vous est si maternellement donnée par vos chères maitresses, et aux vertus religieuses dont elles apprennent à vos jeunes âmes à porter le joug suave et léger, plus encore par leurs exemples que par leurs leçons.

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