‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 24 sur 74 · SUR LA VÉRITÉ DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

SUR LA VÉRITÉ DE LA RELIGION

Au milieu des biens temporels ^ dont la divine Providence ne cesse de vous combler, dans le développement toujours plus rapide et plus heureux de votre commerce et de votre industrie, il serait à craindre, nos très-chers frères, que vos intérêts et vos espérances ne s'élevassent pas au-dessus de la terre, si la religion, par Torgane de ses premiers

* Les trois premlei's mandements furent composés pour le diocèse de Rouen. M. Fayet était alors grand vicaire du cardinal pnnce de Croy\ et il aimait à s'entretenir ayec Tilluslre pontife des vérités qu*il traiterait dans ses allocutions pastorales. Celui-ci lui communiquait les aper* çus les plus vrais, les pensées les plus judicieuses^ sur les tristes tendances de répoque, sur le malaise des esprits et sur les besoins de la religion. Tandis que M. Fayet s*app]audissait d'avoir si bien cherché ses inspirations, le cardinal, non moins modeste que pieux, lui renvoyait out rhonneur de ces productions oratoii*es qui étincellent des beautés du premier oixlre, et qui ont été traduites en plusieurs langues.

INSTRUCTION SUR LA VÉRITÉ DE LA REUGION. ill

pasteurs, ne venait vous parler de temps en temps d'un autre bonheur et d'une autre fortune, dont toutes les prospérités humaines ne sont que Tombre et la vaine apparence. Si vous n'étiez point appelés à une immortelle destinée, si le souffle divin qui vous anime devait mourir avec le corps qui lui sert de demeure, nous applaudirions sans réserve à cette longue suite de travaux prospères, qui demandent toute l'application de l'esprit et toute la force de la volonté; mais renfermer dans l'étroit espace de nos périssables entreprises les nobles facultés d'une âme immortelle, réduire un pur esprit, un être créé à l'image de Dieu, à composer et à décomposer sans cesse la matière, l'enchaîner dans le monde des corps, et ne lui permettre jamais de prendre son vol vers sa patrie, le monde des intelligences, c'est lui faire sentir à toutes les heures du jour les vives douleurs d'une honteuse servitude. Connaître Dieu, l'aimer et le servir, voilà sa fin dernière; et ce n'est qu'au mépris de toute sagesse que nous pourrions travailler uniquement à connaître, à aimer et à servir les créatures. Cependant, nos trèschers frères, telle est la triste erreur qui nous entraîne, alors que, parmi tant de pensées qui nous préoccupent, tant de combinaisons qui noiis poursuivent jusque dans le sommeil, il ne s'en trouve pas une seule pour notre salut éternel : tout nous

parait important dans la vie, excepté les vertus surnaturelles qui doivent nous ouvrir le ciel, les imperfections et les vices qui peuvent nous en fermer l'entrée pour toujours. Étrange renversement, nos très-chers frères ! Les projets, les entreprises, les vives affections, sont pour les plaisirs et les biens qui passent; Toubli, l'indifférence et le dégoût pour la félicité qui ne passe pas. Contents de pratiquer quelques devoirs vulgaires, derniers restes d'une religion qui s'éteint, avec une probité commune, une conduite sans blâme, et quelques règles générales sur la justice, sans aucun frein pour les passions intérieures, sans conversion, sans repentir et sans aucune observance religieuse, nous nous croyons assez irréprochables, assez parfaits pour entrer en jugement avec le Saint des saints et partager un jour son bonheur et sa gloire. Eh quoi! nos très-chers frères, il dépendrait donc de chacun de vous d'attacher la sanctification et le salut aux œuvres qu'il lui plairait de se prescrire, aux imaginations de son esprit, aux caprices de son cœur« aux fantaisies de son âme! Non, non. Le salut est promis à l'accomplissement de la loi, et, cette loi, les hommes ne l'ont ni délibérée librement, ni adoptée ou choisie, et il n'est pas en leur puissance d'en abroger une seule disposition. Potàr entref* dam la vie heureuse, vovs observerez tous mes commande-'

SUR LA VÉRITB de U RELIGION. 113

mefiU. Parole souveraine prononcée par un Maître qui ordonne ce qu'il lui platt, parce qu'il a le pouvoir de faire tout ce qu'il veut.

£n effet, nos très*chers frères, est-il besoin d'une grande élévation d'esprit pour comprendre que nous avons reçu la vie du Créateur de toytes choses, que le seul fait de notre existence et de notre conservation établit entre lui et nous des rapports nécessaires^ que de ces rapports nécessaires naissent pour nous à son égard des devoirs aussi nécessaire», devoirs indépendants de notre examen, de nos raisonnements et de nos volontés? Or, qu'est-ce que la religion, sinon l'assemblage de ces mêmes devoirs? U y a donc une religion nécessaire; et, puisque Dieu est notre Créateur et que nous sommes ses créatures; puisqu'il est notre Père et que nous sommes ses enfants, l'adoration, la crainte, l'obéissance et l'amour qui naissent de ces rapports sont donc les premiers et les plus grands de tous nos devoirs. Voilà pourquoi la loi divine s'ouvre par le triple précepte de l'adoration de Dieu, du respect de son saint nom et de la sanctification du jour qu'il s'est réservé. Viennent ensuite les devoirs envers nos semblables et nous-mêmes, comme une conséquence des premiers, et sans que les uns puissent jamais tempérer la rigueur ou gêner l'exercice des autres. Adoration, amour et service de Dieu, res-

Page 1