‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 27 sur 74 · SUR LA VÉRITÉ DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

SUR LA VÉRITÉ DE LA RELIGION

gard des préceptes ou de la partie pratique delà religion; leur force obligatoire n'a point sa source dans leur importance relative, mais dans la volonté suprême qui nous ordonne de les accomplir; de manière que celui qui viole la loi en un seul point est coupable de la violation de la loi entière. Tout s'enchaîne dans la doctrine, tout se lie et se tient dans les commandements; et, mieux encore, le dogme et la morale sont rattachés ensemble par des liens si intimes, que le moindre écart dans la foi entraîne un désordre dans la conduite. Quand Dieu a dit : Croyez cela, et vous serez sauvé; faites cela, et vous vivrez, quel homme mortel aurait droit de répondre : Je croirai quelques-uns de ces mystères, mais non pas tous; je n'observerai qu'une partie de ces devoirs, et cependant j'arriverai certainement au salut et je vivrai? Sommes-nous donc les maîtres du salut et de Téternelle vie, et dépend-il de nous d'en payer un autre prix que celui que Dieu nous demande? Quoi de moins raisonnable et de moins réfléchi dans le monde que ces commodes maximes à l'aide desquelles on s'endort dans le funeste oubli des plus saints devoirs? « Chacun adore Dieu à sa manière et pratique la religion comme il l'entend; il y a dans la religion, telle qu'on l'enseigne, bien des choses à réformer. » Et ne voyez-vous pas, nos très-chers frères, avec un peu de réflexion.

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toute l'incohérence et la légèreté de ces assertions puériles? Car, si chacun est libre d'adorer Dieu à m manière y il est libre aussi de l'adorer beaucoup ou de l'adorer peu, de l'adorer dans un temps et de ne point l'adorer dans l'autre; en un mot, il est libre de l'adorer toujours ou de ne l'adorer jamais, ielon $a manière. Si nous avons également le droit de retrancher du corps de la doctrine tel dogme qui nous blesse, et des enseignements de la morale tel précepte qui nous gêne, qui pourrait nous contester le droit de rejeter ou d'admettre successivement tous les commandements et tous les articles du symbde? Ce dernier droit n'est-il pas visiblement renfermé dans le premier? Qui peut choisir, peut prendre ou laisser, et tout est permis là où rien n'est particulièrement défendu. Mais, alors, il ne faut pas s'applaudir de professer la religion par un principe de soumission et de foi^.La religion, dans ce cas, ayant cessé d'être une loi inflexible, n'est plus pour vous qu'un vain amusement» Tous vous soumettez, dites-vous, à une grande partie de ses préceptes; et pourquoi ? parce que ce sont des préceptes divins? Non, car ceux que vous dédaignez sont aussi divins que les autres; vous les observez donc parce qu'il vous plaît de les observer, et rien de plus. Qu'est-ce donc que votre religion? Votre bon plaisir, et pas autre chose; la créature de votre esprit, le fruit de

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VOS inclinations, la fille de votre imagination et de vos caprices. Or, où est là le fondement du devoir, la haute sanction de la loi, la raison du mérite ou du démérite, la sauvegarde de la liberté et la barrière de la licence? La vraie religion consiste à adorer^ à aimer et à servir Dieu; et cette prétendue religion se réduirait à n'adorer, à n'aimer, à ne servir que soi-même. L'une est le culte du Dieu vivant, l'autre serait le culte honteux de l'homme^ de ses pensées et de ses penchants; l'une renverse l'idolâtrie, et l'autre lui dresserait des autels.

Ces graves réflexions nous sont inspirées, nos très-chers frères, par la nécessité de vous prémunir contre la déplorable confusion des doctrines religieuses qui tend à établir, en ce moment, au sein de l'Ëglise, une espèce de vague religion, sans croyance fixe et sans commandements précis et déterminés; un je ne sais quoi de nébuleux et de mélancolique qui cependant retiendrait le nom de religion, et en prendrait la place pour conduire les hommes. au bien sans alarmer leurs passions et sans troubler leurs plaisirs, pour servir de frein à la débaucjlie et. au crime, sans l'appareil des supplices que Dieu réserve aux méchants, et qui aurait enfin la vertu de nous rendre meilleurs, sans recourir à aucune assistance surnaturelle et sans le

moindre secours de la grâce, de la prière et des sacrements.

Rendez-vous attentifs, nos trèschers frères, à ce nouvel et dernier effort de l'orgueil humain : après avoir flétri d'un long et coupable mépris la religion descendue du ciel, après avoir profané ses temples et dispersé jusqu'aux pierres de son sanctuaire, il voit clairement qu'il nous a conduits au bord des abîmes; il faut rétrograder ou périr; mais avouer que toutes les clameurs poussées contre lé fanatisme et la superstition de l'Église catholique n'étaient que des déclamations insensées, que tous les livres où son enseignement, son culte et son divin ministère furent longtemps calomniés et voués à la dérision stupide de l'ignorance et aux sarcasmes plus stupides encore du faux savoir; avouer, disons-nous, que ce déchaînement contre l'Église et ses saintes lois a fait plus de mal aux peuples modernes que l'irruption des Barbares n'en fît aux peuples anciens, cet hommage éclatant rendu à la vérité connue, il ne faut pas Tattendre de l'orgueil de l'homme. Que fera-t-il donc, et quels remèdes salutaires opposera-t-il maintenant à cette incrédulité consommée qui voit partout des droits et nulle part des devoirs, qui sape l'édifice social à coups redoublés, comme naguère il abattait l'édifice religieux, et qui promet à l'avenir des générations athées des apôtres

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