‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 29 sur 74 · SUR.U VÉRITÉ DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

SUR.U VÉRITÉ DE LA RELIGION

tance, et on craint de l'appeler au secours. On veut enfin ses habitudes et ses mœurs, et Von ne veut pas ses pratiques et sa doctrine. Étranges perplexités! et comment en sortir? Laissez l'esprit humain réfléchir profondément sur ce nouveau problènie. n tient en réserve des essais pour les plus critiques circonstances. Il tentera donc de refaire sans la religion l'admirable édifice que la religion avait bâti de ses mains. Elle avait couvert le royaume d'établissements utiles, il construira des établissements; elle donnait des mères à l'enfance abandonnée,, il lui assignera des mères; elle nourrissait les pauvres, il les empêchera de mourir de faim; elle s'asseyait au lit du malade, elle retournait sa couche indigente, il payera des mercenaires pour ce service; elle descendait dans les prisons pour y ouvrir les cœurs à la résignation et au repentir et y calmer le désespoir par ses divines consolations, il chargera de ce soin les gardiens de ce lieu de souffrances. Que lui manque-l-il pour réussir? N'a-t-il pas là des hommes à sa disposition, et par-dessus tout l'or qui triomphe de tous les obstacles? Hélas! nos très-chers frères, que sont à l'égard des bonnes œuvres tous les moyens humains séparés du renoncement à soi-même, qui qalt de la divine charité? D faut aimer Dieu par-dessus toutes choses et le servir de tout son cœur, pour aimer et servir le

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prochain comme soi-même. Souffrir, se dépouiller et se sacrifier volontairement pour les autres, n'est que le propre du chrétien qui souffre pour Dieu; et, sans un regard d'amour sans cesse attaché sur la croix, il n'est aucune bonne œuvre qui n'épuise bientôt le zèle de ses plus fervents admirateurs. A l'homme est donné de tailler la statue, de la revêtir des plus belles formes, mais là s'arrête sa puissance : au souffle divin appartient seul de lui donner la vie, et la vie manquera toujours à ces œuvres de miséricorde que l'art et la fortune se chargeront seuls de produire et de conserver. Quelque temps encore elles paraîtront s*animer et marcher; mais à la roideur même de leur attitude, à la symétrique régularité de leurs mouvements, l'œil exercé ne tardera pas à reconnaître le bras de chair qui les a façonnées; on croira avoir fondé des institutions, et on sera tout surpris de n'avoir fait que des machines. Ainsi, dans Tordre naturel, la branche détachée de l'arbre, au moment où elle est remplie d'une sève féconde, pousse encore des feuilles et des fleurs; l'enfant qui la voit ainsi parée la relève et la plante sur la surface de la terre, comptant bien un jour en cueillir les fruits; mais c'est un enfhnt. Pour nous, soyons hommes, nos très-chers frères, et ne croyons pas que, sans religion, nous recueillerons les fruits de la religion, et que les

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bonnes œuvres, détachées de cet arbre divin, fleuriront sans sève et sans vie. Dans toutes vos entreprises, appelez sa lumière à votre aide; dans vos épreuves, recourez à sa force, prenez-la pour conseil, pour guide et pour appui, et ne vous laissez pas surtout effrayer par les sombres couleurs dont Tirapiété s'est plu à la revêtir dans ces derniers temps pour vous la rendre indifférente et même odieuse. De loin, ses préceptes austères alarment la faiblesse humaine; de près, ils n'épouvantent que les passions. Son joug semble dur et pesant à la main qui le soulève; il est suave et léger quand on Ta rois sur ses épaules. Si elle fait une loi du renoncement au monde et à soi-même, de la fuite des occasions et du mal, de la confession des péchés et de la mortiûcation des sens; si elle a la prétention de régler nos pensées, nos désirs, et jusqu'aux plus secrets mouvements du cœur, elle ne nous envoie à la guerre qu'après nous avoir armés pour le combat; elle sait rendre invulnérable quiconque veut faire son devoir et vaincre. Le père qui ordonnerait à son jeune fils de gravir une haute montagne, dans cet âge tencore bien tendre où il peut à peine se soutenir sans appui, lui donnerait un ordre déraisonnable; mais, s'il tenait sa petite main dans la sienne, s'il le prenait au besoin dans ses bras, s'il le portait lui-même jusqu'au sommet pé-

rilleux du mont esdarpé, Taccuseriez-vous de demander l'impossible? Et voilà pourtant la fidèle image des préceptes de la religion. Pour leur accomplissement, la grâce divine change en force notre faiblesse, et en puissance notre infirmité; elle nous inspire le désir de nous mettre en chemin, elle nous soutient constamment et nous soulève en quelque sorte pendant la route, et, en couronnant les mérites du voyage, elle couronne les propres dons qu'elle nous a faits.

Les autres religions imposent arbitrairement quelques devoirs, et ces devoirs, si légers qu'ils soient, ont besoin d'être allégés et diminués sans cesse, parce qu'ils isont trop lourds à la faiblesse humaine. Notre religion seule charge ses disciples des plus nombreuses obligations; mais elle a bien soin de leur donner cet avertissement avant tous les autres : Abandonnés à votiS'fnêmeSf vous êtes incapables de les remplir; en même temps elle leur apprend à prier et comment ils doivent prier; elle leur ouvre la source des grâces dans ces symboles sanctificateurs où la justice est recouvrée quand on l'a perdue; elle les fait participer tous les jours, s'il le faut, au sacrifice expiatoire des péchés du monde, et, par un ordre régulier de pratiques simples et sublimes, elle protège leur innocence comme la sentinelle vigilante et fidèle a coutume de garder un riche tré-

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sor, dé manière que dans cette lutte violente des passions contre le devoir, qu'en son énergique simplicité l'Évangile appelle le combat de la chair contre resprit, il n'y a que les lâches qui succombent et qui périssent volontairement.

Admirable et céleste prérogative de notre sainte Religion, ses austérités sont pleines de douceur, ses mystères remplis de miséricordes, et ses préceptes sont rendus si aimables et si faciles, que la joie la plus vive et îa plus durable accompagne toujours leur accomplissement.

Ici, point de pénibles recherches, point de doutes à résoudre, point de découvertes à désirer, tout est prévu d'avance, tout est décidé pour toujours. Dans l'Église d^ Dieu, rien ne commence et rien ne finit; l'héritage de la même foi s'y transmet de génération en génération par les mêmes prgahes et le même ministère, sans additions et sans retranchements, sans progrès et sans pertes. Autour dé nous, une erreur nouvelle chasse une erreur plus ancienne, un novateur s'élève sur les ruines des novateurs qtii l'ont précédé, un autre vient et le fait oublier à son tour, tandis que l'Église catholique, immobile au milieu de ce flux et reflux des opinions humaines, voit s'écouler devant elle et se précipiter comme un torrent les sophismes et leurs systèmes, les hérésies et leurs auteurs. Les vents soufflent avec

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violeace, les tempêtes se déchalaeot, la mer devient menaçante et furieuse, les phis forts vaisseaux sont submergés on brisés contre les écueils, et la barque de Pierre, si frêle en apparence, poursuit sa course en se jouant au milieu des orages, et les passagers qu'elle porle chantent le cantique d'actions de grâce, bien assurés qu'ils sont d'arriver au port et d'aborder bientôt à la terre prom^. .

Lors donc que vous entendrez dire, nos Irès-chBrs frères, que la Religion catholique a fait son temps, que son ministère est sans force et son apostolat sans vertu, lorsqu'on vous annoncera que ses enseignements ont vieilli et que de nouveaux besoins demandent de nouvelles croyances, ne vous laissez point alarmer ou séduire par ces vains discours. Les sectes vieillissent, parce qu'il est dans leur destinée dç mourir; l'Église de Jésus-Cbrist ne vieillit point, parce qu'elle doit toujours vivre; et qui sait si les jours de sa jeunesse sont à peine écoulés, et si, étant immortelle de sa nature, elle est encore sortie de ses commencements? Divine dans son chef, divine dans sa hiérarchie, divine dans son gouvernement et dans ses lois, la société dies ûdèles ni ne se trouble, ni ne s'altère, ni ne se décompose comme les sociétés périssables qui portent toutes les passions dans leur sein, avec le germe fatal d'une dissolution plus ou moins prochaine.

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