SIR U VÉRITÉ DE LA RELIGION
yeux malgré nous et nous force de marcher dans ses éblouissantes clartés^ nous ne serions pas libres d'être religieux ou de ne l'être pas. Une religion toute d'évidence serait inconciliable avec l'exercice du libre arbitre; là où il y a nécessité de croire, il n'y a plus liberté d'agir. C'est au contraire dans ce mélange admirable de preuves palpables et de mystères inaccessibles que brille la souveraine sagesse; là seulement se trouve le principe du mérite de l'homme. Sans doute il faut que la religion lui présente assez de certitude dans les faits pour qu'il commette un crime en rejetant son joug salutaire; mais elle doit aussi lui présenter assez d'obscurité dans ses dogmes pour que sa soumission et sa foi soient dignes de récompense. Toute croyance religieuse qui se donnerait pour évidente s'accuserait elle-même d'erreurs, car eUe se vanterait d'une part de satisfaire pleinement la raison, et par conséquent de la conduire jusque dans les profondeurs de l'Être divin, de lui exjdiquer la nature de cet Être infini, de mettre à découvert son essence ineffable, et d'autre part elle serait forcée d'avouer que l'homme ne peut comprendre Dieu tel qu'il est sans être Dieu lui-même.
Voilà pourquoi, nos très-chers frères, il y aura toujours une grande faiblesse d'esprit dans les prétendus progrès qui ont pour objet de simplifier,
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d'humaniser la religion, si l'on peut ainsi parler^ de la dépouiller de ce qu'elle a de merveilleux et de terrible, pour ne lui laisser qiie la grâce et la beauté de sa morale, et les inépuisables efiusions de sa charité. Âh! nous vous en conjurons pour votre bonheur, fermez, fermez l'oreille à tout accommodement de doctrine. Que les inventeurs de religions changent à leur gré leurs croyances, qu'ils y ajoutent ou en retranchent selon leur caprice; le potier n'est-il pas le maître de donner à l'argile qu'il a pétrie la forme qui lui plait le plus? Qu'ils façonnent donc, qu'ils tournent et polissent à leur fantaisie les idoles sorties de leurs mains. Le Dieu vivant était hier ce qu'il est aujourd'hui, ce qu'il sera demain et dans tous les siècles, et son culte, sa doc^ trine, son sacerdoce, sont faits participants de son immutabilité, à jamais exempts de variation et de changement.
Pendant quelque temps des passions aveugles ont bien pu amasser les ténèbres sur ces nobles et grandes vérités, et jeter ainsi les esprits dans l'illusion et les chimères, à l'aide de cette nouveauté de paroles que l'apôtre des nations signalait à son disciple bien-aimé comme le plus puissant moyen de troubler le monde; on a bien pu nommer le mal un bien et le bien un mal, faire passer la vérité pour mensonge, la religion pour hypocrisie, le