‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 34 sur 74 · SUR LA PROFANATION DU IHMANCUB · texte numérisé non relu

SUR LA PROFANATION DU IHMANCUB

fut placé dans un jardin de délices pour le cultiver et l'embellir de ses mains ^ » Immédiatement après sa chute, il courba la tête sous cet anathème qui re* tenlit encore aux oreilles de ses descendants : a La terre sera maudite dans ton crime. Tu vivras de ses fruits, dans un dur travail, tous les jours de ta vie, et le pain qu'elle te donnera ne lui sera arraché que par la sueur de ton visage \ » Sentence terrible qui fit du travail perpétuel la première loi de l'humanité, et qui va s'exécutant de génération en génération, sur toute chair, depuis l'esclave condamné à traîner péniblement le labeur dans les chaînes, jusquau monarque qui en porte le poids sous sa couronne. Mais la miséricorde s'empressa de tempérer, par ses tendres adoucissements, les rigueurs extrêmes de la justice. Touché de compassion pour l'homme coupable. Dieu modéra bientôt le décret du travail continuel sur la terre, et il nous laissa un jour de repos en mémoire du repos mystérieux où il était rentré lui-même après la création de cet univers. Ce jour, distingué des autres, « Dieu l'appela son jour; il.le bénit elle sanctifiar*.» Voilà pourquoi, en remontant de siècle en siècle

' Tulit Doluinus Deus homineni, et posuit eum in Paradiso voluptatis» ut operaretui* et custodiret illuin. Gen., n, 15.

' Maledîcta terra in opère tuo, in laboribus comedes ex ea cunctis diebus Titae tus... in sudort vultus tui vesceris pane. Ibîd., ni, 47 et 19.

' Benedîxit dim septimo; et sanctificavit ilhim. Gen., ii, 5.

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vers le berceau du moade, on retrouve coostamment, chez tous les peuples, un jour saint et sacré dans chaque semaine, jour de bonheur et de re* pos, où toutje espèce de travail cessait dans les familles, et où se célébrait avec, grande pompe le culte de Dieu. « Nous le voyons particulièrement obsédé chez les juifs, k Toccasion de la manne, comme un devoir connu de tout le peuple a.vant même que la loi lui fût donnée '. Dès lors on connaissait la distinction des jours, ou les semaines établies. Le sixième jour était marqué, le septième l'était aussi comme le jour du repos; et tout cela parait comme une pratique connue, et qon pas nouvellement établie : ce qui montre qu'elle venait de plus haut et dès l'origine du monde * « » .

Mais, quand il plut à Dieu d'élever l'observance et le repos du septième jour au rang de ses commandements, il en fit pour tous les hommes un précepte marqué dans le Décalogue : c< Souvenez-vous de sanctifier le jour du sabbat. Vous donnerez six jours au travail et aux affaires, mais le septième jour est le repos du Seigneur votre Dieu. Vous ne ferez aucune œuvre servile pendant ce jour-là, vous et votre fils et votre fille, votre serviteur et votre servante, les animaux de service et l'étranger qui

' Exod., XVI, 25, 20.

^ Bo^Mict, tome VIII, pnge !2l i, édition de Vci ^«illes.

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sera dans vos Inurs^ » Peu content de manifester sa souveraine vobnté d'une manière si daire et si formelle, et comme pour montrer combien Tobservation de ce précepte lai serait agréable dans les âges suivants^y il attacha au repos du septième jour le signe visible et solennel de son alliance ^ De grandes bénédictions temporelles lui furent spécialement réservées, et le châtiment suivit de près la violation d'un si saint commandement. Les Israélites étant encore dans le désert, un homme fut trouvé ramassant du bois le jour du Sabbat; ils le menèrent devant Moise en présence de. tout le peuple, et Moise, ne sachant quelle peine lui infliger, consulta le Seigneur, et Dieu dit : « Cet homme est digne de mort', » tant il entrait dans les desseins de la sagesse éternelle de grayer dans les âmes, dès le commencement, une horreur salutaire pour la profanation du jour qu'elle avait spécialementsanc-

' Neiuento ut diem Sabbati sanctifiées. Sex diebus operaberis et faciès omnîa opéra tua. Septimo autera die Sabbatum Domiui Dei tui est : non £icie& omne opas in eo, tu, et filius tnus et filia tua, serms tuus et ancilla tu^, juioentuin tuuin» et advena qui est intra portas tuas. Sex eniin diebus fecit Dominus cœluin et terram, et mare, et omnia qu» in eis sont, et requievit in die septhno, idcirco benedixit Dominus diei Sabbati, et sanctificant euin. Exod., xx, 8, 9, 10 et 11.

' Exod., XXX, 14, 1.

^ Factum estauteni, cum essent filii isi'ael in soiitudine, et invenissent hominem colligentem ligna in die SaH>ati, obtulenint eum Hoysi et uni-vei-s» multitudini... Dixitque Dominus ad MoYsen:Mor(e moriatur. Num.. XV, 52, 55, 35.

tifié. L'impression de ce divin châtiment se fait sentir & chaque page de Fhistoire sainte; on la voit durer encore plusieurs siècles après Tévénement^ et même au temps des Machabées, le peuple juif, attaqué par ses ennemis ^u jour dû Sabbat, laisse ses soldats exposés à mourir immobiles sous leurs armes, plutôt que d'en violer le repos en se défendant.

Mais, quand la loi d'amour vint alléger le lourd fardeau de la loi de crainte, le précepte du jour de repos passa dans la nouvelle alliance, dégagé des pratiques locales qui ne convenaient qu'au temps des ombres et des figures. Le Sabbat résumait en lui-même l'histoire entière de la création et rendait témoignage à la volonté toute-puissante « qui dit et tout fut fait. » Or un plus grand prodige avait paru sur la terre, le soleil de l'Évangile s'était levé sur les intelligences encore plongées dans le chaos, et la rédemption du monde venait de s'accomplir sur le calvaire. Le Christ, victorieux de la mort et de Tenfer, rentrait en triomphe dans son éternelle gloire. Un plus beau jour que celui du Sabbat avait donc brillé sur les hommes; jour de résurrection et de salut, où la justice et la paix s'étaient embrassées; au lieu d'occuper la dernière place, ce beau jour se ti^ouvait le premier de la semaine, celui-là même où le Verbe incréé avait dit ce que la lumière

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soit, et la lumière fut faite; En ce jour à jamais mé* morable, les apôtres de lA loi nouvelle avaient reçu Ja puissance d'enseigner et de baptiser les nations; en ce jour, leur maître ressuscité étail entré, les portes fermées, dans le lieu de prière où ils se trouvaient réunis, et, soufDanl sur eux, il leur avait donné le pouvoir ineffable de lier et de délier les conçciences, de remettre et de retenir les péchés; en ce jour enfin, l'Esprit sanctificateur était descendu sur le cénacle, communiquant à quelques pauvres pécheurs la force de conquérir le monde, et de rabattre aux pieds d'un Dieu crucifié >• » Autant les miracles de la rédemption sont au-dessus des prodiges de la création, autant le jour où ils ont été principalement accomplis devait l'emporter sur tous les autres jours. L'éclat du Sabbat s'edaçait donc naturellement devant la gloire de ce grand jour, et nous n'avons pas lieu de nous étonner si l'Église naissante, le saluant de ses acclamations, lui donna le nom par excellence de dimanche, ou

* In hac die inundus sumpsit exordium : in hac per resuiTectioncm Christi, el mors interitum, et TÎta accepit initiumrm hac apostoli a Domino proedicandi omnibus gentibus ETangelii tubam sumunt, et inferendum universo mundo sacramentuin regenerationis accipiunt : in hac, congregatis in unum discipulis, jamiis claiisis cum ad eos Dominus in-> troisset, insufflavit et dixit: Accipite Spiritum Sanctum; quorum remiseritis peccata remittnntur eis, et quonim dctiiiueritis detenla erunt: in bac denique promissus a Domino apostolis Spiritus Sanctus advenit. S. Loo. Kpistol. tlf ad Dioscor. Alexaiid.» ci.

U^l INSTRUCTION PASTORALE

de jour du Seigneur, et si les apôtres s'empressèrent de transporter au dimanche le repos du samedi, en consacrant à Dieu le premier jour de la semaine à la place du septième jour. Déjà l'apMredes nations et le disciple bien-aimé parlent de ce changement dans leurs écrits '. Les plus illustres apologistes de la religion, qui touchaient aux temps apostoliques, se plaisent à faire remarquer aux païens la manière édifiante dont le dimanche s'observait au premier siècle de TÉglise chrétienne. c< A Taube de ce jour, que vous appelez le jour du soleil, les chrétiens d&s villes et des campagnes, quittant leurs travaux ordinaires, se réunissent dans un même lieu, lii, nous lisons, autant que le temps le permet, les Évangiles ou les livres des prophètes; cette lecture achevée, le pirétre qui préside à l'assemblée adresse aux assistants un simple discours où il s'efforce de les porter à la pratique des belles choses qu'ils viennent d'entendre; ensuite tout te monde se lève, et, au milieu du recueillement et de la plus fervente prière, le pain et le vin sont offerts à Dieu, le célébrant continue l'action de grâce, le peuple répond ainsi soit-il, et tous les assistants prennent part aux divins mystères par la communion, et le diacre apporte aux absents l'offrande céleste*. » Par où vous

* Jojinii., I, 10. S. Paul, ad Cor., \vi, 2.

- Soli<, ut dicitui-, die omnium sn'vc urbo>:, si\c a^ms im-oViniiiiTi omn-

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