SUR LA PROFANATION OU D[MA>CU
prises particulières ne prennent aucun relâche; si l'on voit» au dedans et au dehors, l'industrie élaborer ses produits, le commerce étaler ses marchandises, l'homme de peine accomplir sa tâche accoutumée, le maître vaquer à ses affaires, le serviteur à son emploi, et l'homme des champs arroser la terre d'une sueur impie; si l'église paroissiale n*est point fréquentée, et T instruction religieuse assidûment écoutée; si Tassistance au saint sacrifice de la messe n'appelle point sur les âmes les grâces du ciel, pourquoi vous plaindre, nos très- chers frères, de l'iiflaiblissement de la probité, des excès de l'ambition, du malaise des esprits, de l'inconduite de vos enfants, de l'infidélité de vos serviteurs et de l'injustice des hommes? Ces .calamités morales qui vous accablent au sein de vos matérielles prospérités ^ont toutes l'ouvrage de vos mains. Vous avez aboli le jour où vos pères apprenaient à s'en préserver, et qu'ils passaient à conjurer le ciel d'en préserver leurs familles; au repos uniquement destiné à la régénération de rame, vous avez substitué le travail qui lasse le corps. Ah! des peuples heureux à votre manière avaient dit avant vous : « Que Dieu se retire de nous! et qu'avons-nous besoin de son alliance? Qu'il garde ses bénédictions; nous vivons au siècle des lumières; nos greniers regorgent de biens, nos
1 54 INSTRUCnW PASTORALE
celliers sont remplis, nos troupeaux se multiplient d'eux-mêmes, nos enfants grandissent aux harmonieux accents de la lyre, notre prospérité est à son comble. Les insensés ! Conserver tous ces biens n'était pas en leur puissance; en un clin d*œil leur lumière fut éteinte; un déluge d'infortunes fondit sur leur tète, la douleur s'établit dans leur sein comme sur son trône; leur gloire fut brisée comme la paille qu'emporte le vent, et comme la poussière enlevée par un tourbillon ^ » Un pareil sort nous serait-il réservé? Peut-être, nos très-chers frères.
Le chêne robuste étend au loint ses rameaux. Les habitants du désert viennent se reposer sous son ombre, et les oiseaux du ciel s'abritent sous son épais feuillage. Le voyageur passe et l'admire; il passe encore, et la terre est couverte de ses débris noircis par la flamme, et le voyageur dit en luimême : c( La foudre a passé par là. » Ainsi passe tôt ou tard la colère de Diisu sur la prospérité temporelle acquise par la violation de ses lois. Il place un ver destructeur dans la racine des fortunes élevées par le travail du dimanche, et ce secret ministre de sa justice ronge à petit bruit les liens les plus forts qui les attachaient à la terre. Hier elles faisaient votre admiration; regardez aujourd hui, elles
* Job, Ml, 44, 15, 16, J7, 18.
SUR LA PROFANATION BU DIMANCHE. f 55
sont tombées. Non que nous devions chercher sous la loi de grâce cette sanction constante et visible qui veillait autrefois à l'observation du sabbat. Le Seigneur ne nous assujettit à Tordre que par une chaîne souple et facile, qui se prête aisément aux écarts de notre liberté. Le Maître de l'éternité n'a pas besoin du temps pour faire justice. Pourriesvous cependant, nos très-chers frères, vous expliquer clairement à vous-mêmes ce que nous vous entendons répéter chaque jour, pourquoi votre commerce et votre industrie rentrent à peu près tous les sept ans dans ces crises périodiques où pé^ rissent les entreprises encore mal affermies, et pendant lesquelles une triste anxiété pénètre jusque dans les plus solides établissements; pourquoi la terre semble lassée de produire aux mêmes époques et ne vous donne que des fruits moins beaux et moins abondants; pourquoi les saisons, à leur tour, paraissent nouvellement soumises à de pareilles vicissitudes, et pourquoi enfin l'ouvrier infortuné à qui le maître irréligieux et cupide refuse le saint repos du dimanche pour le salut de son âme, réserve obstinément, au profit de ses passion^, le profane repos d'un autre jour? Le Dieu du dimanche serait-il toujours le Dieu de la nature? Et, maître souverain de nos destinées, vous refuserait- il les bienfaits de la septième année parce que vous
156 INSTROCTION PASTORALE
lui refusez publiquement le repos du septième jour? Arrêtons-nous ici, nos très-chers frères, en méditant avec recueillement ces graves considérations; et, malgré les préjugés du temps, vous arriverez à cette conclusion nécessaire que vos plus chers intérêts et votre salut, la religion et Tordre public, demandent avec une égale force le rétablissement du dimanche et la fidèle observance d*un si saint jour. Contentons-nous de rappeler, en fi* nissant, 1 usage que vous devez en faire et les œuvres saintes auxquelles il faut le consacrer. Les voici telles que TÉglise les a prescrites de tout temps : « S'abstenir d'abord de toute œuvre servile, venir à l'église dès le matin, assister au saint sacrifice de la messe avec les sentiments d'une piété fervente et fidèle, s'approcher souvent des sacrements établis pour la guérison des maladies de l'âme, prêter une oreille attentive à la parole de Dieu et la recueillir dans son cxBur, suivre les saints oflices^de la paroisse avec une scrupuleuse exactitude et s'instruire plus profondément des devoirs de la vie chrétienne, verser des aumônes plus abondantes dans le sein des pauvres, visiter les^ malades et porter la consolation dans la demeure des affligés *. » Voilà le dimanche, nos trèfrchers frères, et
' III.T veroejusmQdi suut, ut ad Dei templnm :)o<*e(1amus, eoque lovo
SUR LA PROFANATION DU DIMA^CflE. 157
voîià au^i Tunique source de celle noble régénération des âmes après laquelle tout le monde soupire et qu'on demande en vain aux institutions hu<maines, qui n'en renferment pas même le premier germe« L'éternelle sagesse n'a point fait dépendre l'ordre, les devoirs et la règle des mœurs ni du plus ou moins rapide développement des sciences, ni de ce qu'on est convenu dappeler le progrès des lumières; elle a voulu que toute vraie civilisation sortit surnaturellement de quelques pratiques religieuses, simples et populaires, qui se résument toutes ensemble dans la sanctification du dimanche. Que nous serions heureux, nos très-chers frères, de voir de nos propres yeux, dans le cours de nos visites pastorales, une salutaire réforme précéder nos pas, s'étendre au loin sur les abus déplorables qui profanent un si saint jour! C'est à votre zèle, ô pasteurs des âmes ! c'est à vos sages et pathétiques exhortations, à réaliser le vœu le plus cher de notre
sincera piaque animi attentione, sacr(»sancto raissse sacriticio intersimus; divina Eoclea» sacramenta, qasR ad salutem nostram instituta sunt.ad animse mlnerum curationem, crehro adhibeamus... Attente pra^terea diiigenterque sacra concio a fidelibus audienda est... Exercitatio item atque studium fidelium in precibus divinisque laudibus fi*equens esse débet. Pnecipuaque ejusdem cura, ut qua; ad cfaristianae TÎte institutioneiu pertinent ea diligeiiter addiscat. Seduloque se exerceat in iis ofliciis qu» pieUtem continent, pauperibus et egenis eleemosynam tribuendo, aegros bomines visitando, moerentes, quique dolore afRicti jacent pie con- ^oiiindo. Gatecb. ex décrète Goncil. Trident, ad Parochos.
158 INSTRUCTION SUA LA PROFÂMÂTiON DU DIMANCHE.
cœur. Instruisez, exhortez les peuples sur le plus important de leurs devoirs; pressez, conjurez, tonnez, s'il le faut, du haut de la chaire de vérité, contre des profanatioQS d'autant [dus redoutables qu'elles régnent depuis longtemps au milieu de vos troupeaux. Que l'apparente inutilité de vos efforts ne décourage pas votre zèle; prêchez la vérité; elle a dans l'âme de vos paroissiens plus de secrètes intelligences qu'ils ne le souhaiteraient eux-mêmes. Ils ont peur d'être ramenés au bien; mais ils sentent la nécessité de renoncer au mal; et de ce combat intérieur de leurs préjugés contre leurs devoirs, qui touche à son terme» sortira ce grand enseignement que, pour être heureux et bon tout ensemble, l'homme doit commencer et finir par l'observation de la loi de Dieu.
Le monde n'aime pas la Térité, mais il est encore assez juste pour laisser à chacun le droit de parler de ce qu'il sait; il veut^ nos très-chers frères, que le savant lui parle de sciences, l'artiste de son art» le commerçant de commerce, et ainsi des autres professions. Rien ne lui semble même plus choquant et plus voisin du ridicule que cette vanité raalavi^ sée qui disserte gravement et avec assurance sur ce qu'elle ne connaît pas. Â part quelques hommes supérieurs qui mènent de frontla plupart des sciences humaines, comme les cochers habiles de l'antiquité conduisaient heureusement plusieurs coursiers à la fois, et qu'on écoute avec plaisir, lors même qu'ils parlent de tout, il y a toujours une espèce de convenance et de pudeur à ne prendre la
parole que sur l'objet spécial de nos études, et à ne point juger ce que nous ignorons: les habitudes de la bonne éducation sont ici d'accord avec la raison publique.
Mais, quand il s'agit de religion, qui le croirait? tout change, et les règles du plus simple bon sens peuvent être impunément renversées. C'est pourtant une science que la religion ! et la plus haute et la plus étendue de toutes les sciences; elle touche à l'infini par tous les points. Les plus beaux génies qui passent leur vie à en approfondir les adorables mystères avouent, en mourant, qu'ils n'ont pu saisir, dans leurs savantes méditations, que la plus petite partie des vérités qu'elle renferme, et cependant, depuis quelques années surtout, il n'est pas d'esprit, si superficiel et si léger qu'il soit, si complètement étranger aux études théologiques qu'on puisse le supposer, qui ne mesure la religion de toute la hauteur de son ignorance, et qui ne prononce sur ses dogmes, sa discipline et son sacerdoce, des jugements qu'il croit sans appel; moins on la connaît, plus on en parle, et nous allons toucher au terme où on mettra peut-être pour condition essentielle aux conversations religieuses, et même aux livres publiés contre la religion, de n'avoir aucune connaissance pratique de ses fondements et de ses preuves.
L'ignorance en matière de religion se montre donc aussi arrogante et aussi superbe qu'elle est humble et modeste à l'égard des autres sciences; elle perd son caractère silencieux et réservé pour prendre des formes tranchantes, elle raisonne, elle discute, elle dogmatise, elle tonne contre les superstitions et le fanatisme, et quand elle a longtemps répété des mots qu'elle ne comprend pas, elle s'admire, fière de son savoir et de ses lumières. Mais, autant l'ignorance qui s'abstient de juger ce qu'elle ne sait pas est digne d'une tendre compassion, autant l'ignorance dogmatisante inspire-t-elle de mépris : Tune a un bandeau devant les yeux qui lui cache la vérité, mais au moins elle la respecte; l'autre altère et dénature la vérité même. L'une est un défaut; l'autre est un crime, et ce crime est celui du temps où nous vivons.
S'il est facile, nos très-chers frères, d'en faire sentir l'injustice en général, il ne l'est pas à beaucoup près autant d'en guérir ceux qui s'en rendent coupables. De quels remèdes se servir contre une maladie qui est partout et que personne ne croit éprouver? Si les aveugles affirmaient qu'ils voient, eussent-ils les yeux fermés, comment les convaincre qu'ils sont privés de la vue? Quelle obstination égale celle de l'orgueil, et de l'orgueil ignorant? Vous raisonnez, il n'entend pas; pendant que vous II. 11
ICI INSTRUCTION PASTOBALE
démontrez une vérité, il pense à en nier une autre, et votre démonstration se perd dans les airs. Il est badin et léger dans les matières graves, lourd et empesé dans les sujets de petite importance : s'il ne peut échapper à l'évidence par le raisonnement, il a d'autres ruses et d'autres armes; il s'irrite, il s'enflamme, et de son cœur le sarcasme et Tinjure passant sur ses lèvres, viennent mettre fin à la discussion.
Ministres de la religion, comment triompheronsnous des préjugés qui la méprisent, des erreurs qui la défigurent et de ce dogmatisme ignorant qui la juge et la condamne sans la connaître; qu'opposer à l'ignorance? L'instruction, et l'instruction la plus simple et la plus élémentaire; quand une science est perdue, on ne la refait pas dans' des discours ou des livres de longue haleine; on en réunft les premiers principes, on les classe avec ordre, on les expose avec clarté, en suivant la progression et Tenchalnement naturel des choses et dés pensées, de manière que l'esprit marche graduellement du connu à Tinconnu, et qu'il ne s'égare jamais de sa route. Or ce travail de l'intelligence, que les hommes appliquent à la recherche de la vérité, l'Église Ta fait depuis longtemps sur la reUgion, et à tous ceux qui veulent la connaître, elle présente V Abrégé de son enseignement, connu dans tous les diocèses
SOUS le nom de Catéchisme, et elle dit à tous les fidèles : « Prenez et lisez, voilà ce que j'enseigne : ne le jugez pas avant de l'avoir lu. »
Le Catéchisme! ce nom vous étonne, nos trèschers frères; il vous semble que ce petit livre ne peut pas vous donner de grandes lumières; il y a même dans ce nom des souvenirs puérils qui semblent peu dignes de l'attention de Fâge mûr. Qui n'a plus ou moins bien appris son Catéchisme dans la première enfance, qui ne l'a récité de mémoire, qui n'a prêté une oreille attentive aux explications qu'en donnent les pasteurs des âmes? Il est vrai, nos très-chers frères, vous l'avez lu, vous l'avez appris au jeune âge, alors peut-être que vous étiez peu capables de le comprendre; mais il est vrai aussi que vous l'avez bientôt oublié, et que depuis on ne l'a plus vu dans vos mains. Ne soyez donc pas surpris de nous entendre vous dire : « Le chrétien qui, dans le sincère désir de s'instruire de la religion, lirait attentivement le Catéchisme et réfléchirait sur cette lecture, serait conduit insensiblement par la force intérieure de la vérité à remplir tous ses devoirs sur la terre. »
Qu'est-ce que le Catéchisme? C'est Tabrégé de la doctrine chrétienne, c'est-à-dire un livre qui, dans un petit nombre de pages, expose dans leur ordre naturel les rapports qui unissent l'homme à Dieu
et à ses semblables, et les nombreux devoirs qui dérivent de ces rapports. Tous les livres de religion, de législation et de morale, ne sont que le développement et le commentaire de celui-là. II n'y a point de vérité pratique, de loi sage, d'utile règlement des mœurs qui ne sorte de quelqu'une de ses leçons, comme la plante sort de son germe; c'est le code universel de tous les temps et de tous les peuples, et l'entière analyse des actes humains comparés à la règle qui doit les régir.
Si le Catéchisme, dans sa forme et dans son langage, est le plus clair et le plus simple de tous les livres, il est aussi dans le fond, et à l'égard de l'importance des matières qui y sont traitées, le plus beau et le plus nécessaire : le livre des savants par sa profondeur, le livre des ignorants par sa clarté, le vrai livre du peuple par la simplicité de sa méthode, la précision des mots qu'il emploie et le tour populaire qu'il sait donner à tout ce qu'il enseigne. Vous l'avez à peine ouvert, vous n'en êtes encore qu'aux premières lignes, et vous savez déjà qu'il y a un « Dieu infiniment parfait, éternel, indépendant, immuable Créateur et souverain Seigneur de toutes choses, qui est présent partout, qui voit tout, qui récompense le bien et punit le mal, qui nous a créés et mis au monde pour le connaître, l'aimer et le servir en celte vie, et par ce moyen obtenir la
SUR LE GATeCIISHE ET SON ENSEIGNEMENT. 165
vie éternelle ^» Que de science en quelques mots, et quelle science I déjà Thomme se connaît luimême, il sait d'où il vient, ce qu'il est et où il va. La dégradation de sa nature ne fait pas obstacle à la grandeur de ses destinées. Ce que tous les savants ont ignoré, livrés à leur propre génie, là où les plus sages ont gardé le silence, ou n'ont avancé que des raisons moins satisfaisantes que le silence même, le Catéchisme s'explique avec une facilité qui porte la conviction et la lumière dans tous les esprits. Demandez-vous pourquoi, mis au monde par un Dieu souverainement bon, nous y sommes toujours misérables? il vous répond : « Nos premiers parents furent créés dans un état de sainteté et de bonheur, mais ils en déchurent bientôt par leur désobéissance. Cette désobéissance les a rendus malheureux avec leurs descendants, qui naissent tous coupables du péché d'Adam, et sujets aux mêmes misères que lui. Elle traîne à sa suite l'ignorance, la concupiscence, c'est-à-dire l'inclination au mal, les misères de la vie, et la nécessité de mourir ^» Mais, après nous avoir dévoilé le mystère de notre dégradation, ce livre admirable ne nqus laisse pas dans le désespoir; il ne nous montre le principe du mal que pour y appliquer le remède et la répara-
* Catéc., leçon 5*,
• Idem, leçon 12*.
iea INSTRUCTION PASTORALE
tien; il raconte Thistoire abrégée du Dieu fait homme, réhabilitant l'humanité déchue en l'éle- Tant jusqu'à lui, et nous « apprenant à vivre saintement par ses leçons et par ses exemples. » Enfin il nous mène au Calvaire; il nous initie au mystère de la croix en nous faisant marcher sur les traces de THomme-Dieu, chargé des péchés de tous les hommes, depuis le crime d'Adam jusqu'au dernier crime qui sera commis pas sa postérité, mourant pour tous, et léguant à nos offenses l'inépuisable expiation de son sacrifice. Ce Dieu sauveur et réparateur n'est pas venu sur la terre seulement pour éclairer un instant ses habitants infortunés et les abandonner ensuite aux ténèbres de leurs passions et de leurs disputes; il a établi une autorité gardienne de ses enseignements, et chargée de les conserver sans altération jusqu'à la consommatioû des siècles, « autorité divine et par conséquent infaillible, gouvernée par le Saint-Esprit, et contre laquelle les portes de l'enfer, c'est-à-^dire les persécutions, les schismes, les hérésies, ne prévaudront jamais; c'est l'Église une, sainte, catholique, apostolique et romaine \» Société parfaite, qui a ses lois, son gouvernement et ses usages indépendants des sociétés humaines, dont tous les membres forment un seul corps, ont un même chef,
• Catéc.
SUR LE CATÉCHISME ET SON ENSEIGNEMENT. i67
une même foi, un même salut« une même vie* Le Catéchisme en indiquant aux esprits les moins cultivés le tribunal infaillible qui doit le& éclairer et les guider dans leur croyance, leur apprend en même temps que ce tribunal est aussi l'interprète de la loi de Dieu, et que c'est par conséquent à rËglise qu'il faut deipander la règle des mœurs; puis il nous trace cette règle q^i, dans dix Commandements divins et quelques prescriptions de l'Église, renferme tout ce que nous devons faire, et tout ce que nous devons éviter pour notre salut.
Quand des hommes, cités d'ailleurs pour la profondeur et l'élévation de leur intelligence, ont voulu déterminer le nombre et la nature de nos devoirs, on les a vus hésiter, se contredire les uns les autres et s'épuiser en stériles discussions, et ils ont fini par mettre en question toutes les obligations humaines. Ils ont ébranlé jusqu'aux fondements de l'ordre et de 1^ morale. Interrogez celui qui a lu leurs livres, e| qu il vous dise ce qu'il peut y avoir appris. En quoi font-ils consister le service de Dieu? L'obéissance aux pouvoirs publics qui le représentent sur la terre; les devoirs qui lient les enfants à leurs parents, les serviteurs à leurs maîtres, et ces sacrifices de tous les jours qui découlent de nos rapports avec nos semblables? Vous ne voyez partout que des doutes ou des erreurs; ils
affectent, ce semble, de ne se servir que de termes vagues et mal définis, comme si la vérité, sans voile et sans ornements, blessait leurs yeux par sa lumière et ne laissait dans leur esprit que des images confuses et des traits impossibles à rendre.
Que tous leurs livres sont petits et vains auprès du Catéchisme! Dans quelque position sociale où vous soyez placé, il vous met en main une balance divine pour peser non-seulement les actions qui ne peuvent échapper aux yeux des hommes, mais encore les sentiments, les désirs intérieurs, les plus secrètes pensées qui naissent dans votre âme, en la seule présence de Dieu; admettre les uns comme conformes à sa volonté sainte; rejeter les autres comme opposés à Tordre qu'il a établi, et marcher toujours d'un pas ferme et sûr dans les sentiers de la justice et de la vérité. Nous y voyons qu'il faut, avant tout, « adorer Dieu en lui rendant le culte et l'hommage que nous lui devons comme au premier Être, à notre souverain Seigneur, et l'aimer en attachant notre cœur à lui comme à notre souverain bien et à notre dernière fin*. » On nous apprend ensuite, en avançant, que notre âme ne doit pas être seule confidente du culte rendu au souverain maître de toutes choses, que les sentiments excités
*Catéc.
par la méditation de la grandeur et de la bonté divine ne doivent pas se cacher dans la conscience comme des crimes ou des faiblesses; mais se manifester, au contraire, par des témoignages extérieurs et publics de respect, d'admiration, de reconnaissance et d'amour; « qu'ainsi jurer en vain ou blasphémer sont des choses défendues; qu'il y a des jours spécialement consacrés au service de Dieu, et qu'il faut les sanctifier en s'abstenaht des œuvres serviles, en entendant là messe, en assistant, aux offices de T Église, aux instructions de la paroisse^ et en s'appliqua nt, autant qu'on le peut, à des œuvres de religion'. »
Les devoirs envers nos semblables n'y sont pas moins clairement réglés, soit que l'on considère la famille, l'État ou les particuliers : a L'enfant est obligé d'aimer ses père et mère, de les respecter, de leur obéir et de les assister dans leurs besoins. Les parents, à leur tour, sont obligés de nourrir leurs enfants, de les instruire, de les corriger et de leur donner bon exemple. Les serviteurs aussi contractent l'obligation de respecter leurs maîtres, de les servir fidèlement et de leur obéir en tout ce qui n'est pas contraire à la loi de Dieu. Les maîtres, de leur côté, sont tenus de traiter leurs serviteurs avec
«Catëc.
lîO I^STRUCTION PASTORALE
douceur, de veiller sur leur conduite et sur leur instruction, et de leur payer exactement leurs gages/. » Voilà la famille telle qu'on la trouve constituée DANS LE cATÉciusME, avcc sa hiérarchie naturelle et les devoirs propres à chacun de ses membres.
Les chefs de la société sont placés dans ce livre au même rang que les chefs de famille; une même loi pèse uniformément sur les uns et les autres, et, en leur impesant les mêmes devoirs, elle leur confère les mêmes prérogatives. Les peuples doivent considérer comme pères et pasteurs ceux que la Providence appelle à les gouverner; il faut donc les respecter et leur obéir, parce que leur autorité est Tautorité de Dieu même, ils n'ont au-dessus d'eux que celui qui a dit : « Par moi régnent les rois. »
Si de la société, représentée par ses chefs, on descend aux individus qui la composent, on trouve dans le Catéchisme des principes de conduite qui embrassent tous les rapports a vec le prochain • Le respect que tout à l'heure il devait à ses supérieurs, l'homme le doit à ses égaux et à soi-même, a parce qu'il est consacré à Dieu par le baptême, qu'il est membre de Jésus-Christ et le temple de l'Ësprit-Saint \ » La vie lui fut donnée comme un dépôt sacré dont il ne peut se dessaisir sans crime avant qu'il lui soit
« Calée.
^Idern,
redemandé par celui dont il l'a reçu; la vie des au* très ne lui appartient pas plus que la sienne, et pour prévenir jusqu'à la pensée de l'homicide, il doit se hâter d'étouffer dans son âme les funestes sentiments qui pourraient ouvrir l'entrée « à la haine, à Tenvie, au mépris, à la vengeance, aux injures et aux violences ^ » Ce n'est pas tout; dans ses relations avec ses semblables, « la surprise, la fraude, les prêts illicites, les procès injustes, » sont classés au rang des crimes comme le vol à force ouverte, et, de peur que l'injustice ne vienne encore le surprendre, une admirable prévoyance l'oblige à combattre toute sa vie a l'empressement, l'inquiétude, l'estime, tout attachement désordonné pour les richesses, il doit être content de l'état où Dieu Ta mis, sans envier celui des autres'.» Et remarquez-le bien, nos très-chers frères, ce n'est pas comme des conventions arbitraires délibérées et consenties par des volontés humaines, et qui peuvent varier au gré des intérêts et des passions, que le Catéchisme vous présente tous les grands devoirs et les saintes lois qui règlent la famille, l'Ëtat et les particuliers, mais comme autant de commandements immuables qui obligent tous les hommes partout et en tout temps. Mais l'homme faible, et naturellement enclin au
'Catëc.
Mefem.
mal, s'effraye à la vue de tant de préceptes; et, convaincu de son impuissance, il demande avec inquiétude d'où lui viendra la force de les accomplir. Il voit bien çà et là, dans les autres livres, des pages éloquentes sur la patience dans les épreuves, sur la constance à lutter contre les peines de la vie, sur le courage à vaincre ses passions, par lequel on obtient sur soi-même les plus beaux triomphes; mais ces belles paroles ne sont, après tout, que des paroles : c'est le Catéchisme qui lui ouvrira la source où il peut puiser la véritable force; elle n'est pas en nous-mêmes, mais « il y a un secours surnaturel que Dieu nous donne par Jésus-Christ pour opérer notre salut, faire le bien et éviter le mal \ » la grâce divine sans laquelle il nous serait impossible d'observer les commandements. Ensuite les sacrements nous y sont offerts comme moyen d'obtenir la grâce; ce sont de mystérieux symboles institués par le Sauveur du monde pour tous les besoins de nos âmes. Par eux, en effet, Jésus-Christ nous arrache à la vie des sens pour nous introduire dans la vie spirituelle; il nous fait croître et nous fortifie; il nous donne pour aliment une manne céleste qui nous préserve de la mort; il lave et purifie nos âmes des souillures qu'elles contractent
Gâtée.
sans cesse de leur union avec le corps; à la fin de notre carrière, il nous aide à bien mourir, en faisant verser sur nous Thuile sainte qui adoucit les douleurs et soutient ja résignation et la patience dans l'agonie; il entretient au milieu de son peuple la hiérarchie sacrée des ministres qu'il lui donne pour précepteurs, pour guides et pour pasteurs; enfin il sanctifie Talliance légitime de l'homme et de la femme, et, consacrant ainsi la sainteté de la fa^ mille, il donne à l'Église des enfants pour la perpétuer, et à la société des sujets et des membres pour la servir.
Après les sacrements, le Catéchisme nous présente la prière, doux refuge de la faiblesse et du malheur; il nous enseigne « qu'il faut prier dans la tentation ou le péril, dans la maladie ou l'affliction, dans les affaires importantes ou les besoins de la vie, lorsqu'on doit recevoir les sacrements et à rheure de la mort*. » Il fait plus, il nous apprend à prier. Au pauvre, à l'homme des champs, à l'ouvrier des villes, aux ignorants qui remplissent le monde et à tous les infortunés qui semblent n'y vivre quelques jours que pour pleurer, il rappelle qu'ils sont les enfants de Dieu, comme les riches et les heureut; qu'ils peuvent Finvoquer avec con-
' Catéc.
m INSTRUCTION PASTORALE
fiance, parce qu'il est véritablement leur Père, le nommer de ce nom si doux et lui dire, avec une tendre effusion de cœur : « Notre Père qui êtes aux cieux, votre nom soit sanctifié, votre règne nous arrive, votre volonté soit faîte sur la terre comme au ciel, donnez-nous aujourd'hui le pain de chaque jour, pardonnez nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, ne nous laissez point succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. » Se sentent-ils indignes d'être exaucés, en récitant cette divine prière, ils peuvent tourner leurs regards vers la tendre Mère du Sauveur, qui est aussi leur mère, et supplier « Marie, pleine de grâce, qui a toujours le Seigneur avec elle, qui est bénie entre toutes les femmes, de prier pour eux, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de la mort. »
De la science de la prière particulière, le Catéchisme passe à celle de la prière publique. Le chrétien dès lors comprend l'Église dans son culte et dans ses saintes solennités; il la comprend lorsque, revêtue des couleurs de la pénitence, elle invite les fidèles, dès le commencement de chaque Carême, à fléchir la colère divine par le jeûne, la mortification et la conversion; il la comprend, lorsque^ prenant ses habits de deuil, elle pleure autour d'un tombeau, elle l'arrose de ses larmes; elle pleure, mais
il y a de la joie dans ses pleurs, et du milieu de sa douleurs échappent des accents d'espérance; il la comprend enfin quand, déployant toute sa magnificence et ne s'exprimant plus que par des chants de résurrection et de vie, elle lui offre sur la terre une idée des splendeurs du ciel, et soutient son courage en lui montrant dans Texil l'image de la patrie.
Le Catéchisme est donc, par la doctrine qu'il contient, le vrai livre du peuple; c'est lui, oui, lui seul, qui peut en régler la croyance et les mœurs; et, le peuple, c'est tout le monde, les savants et les ignorants, les grands et les petits, les riches et les pauvres; car la vérité est faite pour tous, et nous avons tous un égal besoin de connaître la vérité et de pratiquer la vertu. Or le Catéchisme, encore une fois, est le seul livre qui soit propre à remplir ce but. Par sa brièveté savante, il découvre toujours à l'homme instruit quelque chose qu'il ne savait pas encore. H n'effraye pas par sa longueur l'homme le plus occupé d'affaires; il l'invite à s'instruire au prix facile de quelques moments d'attention. L'ouvrier peut l'étudier sans dérober à ses travaux le temps qu'ils réclament, le pauvre père de famille en gagnant le pain que ses enfants attendent, le laboureur sans négliger son champ, l'industriel en surveillant ses machines, et le berger en gardant son
176 INSTBUCTION PASTORALE
troupeau. Là, point de mots ambitieux^ point de phrases à prétention, point d'habiles obscurités pour cacher le vide des pensées. Une admirable précision y dit avec simplicité ce qu'il faut dire, et rien de plus; l'esprit le plus borné peut tout comprendre et tout retenir, car rien n'aide plus efficacement la mémoire que les formules claires et précises dans lesquelles se résument les choses dont elle doit garder le souvenir. La lumière de la vérité y brille aux yeux de tous sans peine et sans effort de leur part, et c'est ce qu'il fallait à l'universalité des hommes. Voyageurs mal orientés, ils seraient inhabiles à se conduire au milieu des ténèbres des passions, si la lumière ne^ venait se placer d'ellemême à la portée de leurs regards, et marcher devant eux pour leur tracer la route.
Mais, nos très-chers frères, nous ne craignons pas de vous le dire, à tous ces avantages le Catéchisme joint un mérite inappréciable, celui de n'être pas l'œuvre d'un particulier et le fruit de quelques méditations humaines, mais bien l'ouvrage de l'Église même; vous le recevez de la main de vos premiers pasteurs, « redevables à tous de la science du salut, aux Grecs et aux barbares, aux savants et à ceux qui ne le sont pas ^ » C'est nous qui vous parlons
SUH LB CATÉCHISME ET SON ENSEIGNEMEOT. i77
dans ce livre avec nos vénérables prédécesseurs, qui Tont publié et revêtu de leur autorité; mais la doctrine qu'il renferme ne nous appartient pas : telle nous l'avons reçue, telle nous vous l'enseignons, et pure et sans altération; elle remonte jusqu'à Jésus-Christ, auteur et consommateur de notre foi. Il y a donc cette différence entre ce livre et les ouvrages sortis de la main des hommes, que ceux-ci ne contiennent que les sentiments de leurs auteurs, et que celui-là renferme l'enseignement de Dieu même; il est donc bien digne de vous éclairer et de vous conduire, et le caractère sacré qu'il tient de sa source et de son origine en fait un livre à part, qui ne ressemble à aucun autre, et dont l'autorité n'a point d'égale. L'homme croit s'il veut à un autre homme; mais, quand Dieu parle, on conçoit qu il faut croire, et quand il commande, obéir. Le Catéchisme est donc, par son autorité, sa forme et sa doctrine, le livre de tous le plus propre à éclairer le monde et à le rendre meilleur, à former des hommes fidèles à Dieu et à l'État, de bons chrétiens et de bons citoyens; le livre véritablement populaire et social, le code complet des droits et des devoirs.
Mais c'est surtout quand il est enseigné et expliqué par les pasteurs légitimes, que le Catéchisme, prenant en quelque sorte une forme vivante, frappe II. Pi
\7& rNSTRUCTlON PASTORALE
reprît el touche le comr. Ce n'est pas dans un lieu profane qu'est placée la chaire de son enseignementy c'est dans la maison de Dieu qu il publie ses oracles et ses mystères. L'esprit se nourrit de la connaissance de la vérité dans le même lieu où le eœur se purifie par la prière. Nous apprenons à vivre en chrétien devant ces mêmes autels où, f av un organe emprunté, nous avons en naissant promis de l'être. On nous parle de Dieu dans un temple rempli de sa gloire : là^ tout prend une voix pour confirmer les leçons que nous venons écouter; si on nous entretient de son amour et de sa miséricorde, la croix est là comme un autre livre perpétuellement ouvert pour nous les rendre sensibles et nous empêcher de les oublier; c'est sur la cendre de vos pères que le catéchiste vous initie aux mystères de la religion qu'ils ont aimée; vos yeux distinguent autour de vous les images des docteurs dont les veilles savantes furent consacrées à l'expliquer et à la défendre, des martyrs dont le sang coula pour elle, des saints de tout ordre qui, pour l'avoir fidèlement pratiquée, sont honorés sur la terre et couronnés dans le ciel.
Le catéchisme se faisant dans l'église, les portes du temple s'ouvrent pour tous. Point de distinction, point de privilèges; la pauvreté vient s'asseoir à
côté de l'opulence, tous y sont accueillis comme les enfants de la même famille et sous le méiïie toit paternel. Le catéchiste ne s'enquiert ni de naissance ni de fortune; il distribue gratuitement à tous le lait et le pain; sa sollicitude compatissante cherche les plus pauvres et les plus délaissés; partout où son œil a découvert les signes de la misère, là s attache son cœur; mais son front s'épanouit surtout à la vue des plus petits enfants, abandonnés et souffrants, il les appelle de préférence au banquet de la science sacrée, les exhortant avec amour, les priant comme une tendre mère et usant même au besoin d'une pieuse violence. Connaissez-vous, nos très-chers frères, de tels enseignements et de tels maîtres?
Ailleurs peut-être ne manquent ni le zèle ni des vertus pour l'instruction du peuple; mais ce sont des hommes envoyés par d'autres hommes, et ils ne sauraient avoir en leur mission cette foi profonde qui rend l'instituteur opiniâtre dans ses efforts, et ne lui laisse ni repos ni relâche qu'il n'ait défriché les terres les plus incultes; raccomplissement du devoir n'est pas toujours dégagé d'amourpropre, on en devient souvent plus riche ou plus renommé. Le catéchiste a d'autres pensées. La charge d'instruire lui vient de plus haut. « L'Esprit du Seigneur s'est reposé sur lui et l'a envoyé pour
180 liNSTRUCTiON PASTORALE
évangéliser les pauvres \ » Persuadé qu'il a reçu sa mission de Dieu même, quelle confiance dès lors ne puisera-t-il pas dans cette pensée, et, dans cette conGance, quel zèle et quel énergique dévouement! D'ailleurs, l'exercice de sa mission n'est pas pour lui une de ces affaires qui, après tout, permettent quelque négligence, oc Malheur à lui s'il n'évangélise \ » s'il n'instruit les ignorants, les petits et les humbles, pour lesquels VEsprit de Dieu semble Tavoir principalement suscité; il en répond âme pour âme.
Maintenant, si du catéchiste vous passez à la manière dont il dispose son enseignement, vous la trouverez, nos très-chers frères, merveilleusement appropriée à une aussi belle vocation, et vous en sentirez de plus en plus T excellence. Les mêmes leçons ne peuvent convenir à l'enfance et à l'âge mûr; aussi le catéchisme, comme les autres écoles, a-t-il ses développements et ses degrés par où l'enseignement monte par échelons, depuis l'enfant dont la langue vVient à peine de se délier jusqu'au chrétien déjà avancé dans la vie, et qui, pour avoir longtemps entendu Texplicalion des mystères de la foi, n'en tient pas moins à s'enrichir de plus en
* Isaïe, XLviiî, t6.
* Vïc mihi si non cvangclizaveto 1 Cor., is, 16.
plus des trésors de la doctrine de Jésus-Christ. Ces classes sont ordinairement au nombre de trois principales : la première se compose des auditeurs dont la raison naissante est un champ vierge encore et bien préparé à recevoir la divine semence; et ici apparaît, dans toute sa force et dans toute sa tendresse, la sollicitude de TÉglise. Vous en avez été souvent les témoins, nos très-chers frères; vous avez vu dans le lieu saint les plus jeunes enfants ayant, aussi bien que leurs aînés, leur place et leur maître; alors aussi vous avez pu contempler le zèle le plus pur et le plus indulgent. Le catéchiste, au milieu de ces inhabiles et légers disciples, a renoncé aux raisonnements et aux longues explications; il leur apprend des mots et il en fixe le sens autant que ces tendres et mobiles esprits peuvent le lui permettre. Avec quelle ingénieuse constance il travaille, sans jamais se rebuter, à mettre dans leur mémoire les formules du Catéchisme les plus sensibles et les plus simples! Avec quelle douce patience il aide leurs langues novices à les lui redire, les devançant de quelques syllabes et leur montrant le prix du succès, comme la nourrice précède de quelques pas Tenfànt qu'elle excite à marcher! Quel que soit son âge, eût-il des cheveux blancs, il remonte le cours de la vie, il se reporte à ses jeunes années, et là, s'interrogeant lui même,
il se rappelle les premières impressions de l'enfance; il en retrouve les idées fugitives, la manière de voir, de sentir, de comprendre, et, pour mieux remplir son auguste ministère, il redeinent enfmt au milieu de$ enfcmU, touchante condescendance qui rend peu à peu ce» jeunes disciples habiles à dire la loi du Seigneur, en attendant qu'ils puissent la mieux entendre.
Le temps approche où leur raison plus attentive sera capable 'de porter une instruction plus forte et plus développée, et ici la méthode du maître ne sera plus la même. Parce que les esprits ont grandi avec les corps, il agrandira à son tour le cercle de ses leçons, elles embrasseront la doctrine chrétienne tout entière. Déjà il ne s adresse plus seulement à la mémoire, il parle à l'intelligence* Tous les mots sont expliqués, commentés dans le sens précis qu'ils renferment; il est demandé compte de chaque phrase. Les réponses à des questions posées de diverses façons font voir si Tenfant a bien compris ce qu'il récite. Des difficultés même lui sont données à résoudre; des pièges innocents lui sont tendus pour éveiller sa pénétration et sa sagacité; il a des épreuves à subir; il lui faut, à diverses époques de Tannée, donner des preuves publiques de son application et de ses progrès; une vive émulation l'anime; il travaille avec ardeur; la science
n'est plus seulement sur ses lèirres, mais dans soa entendement, $a foi devient raisannable^ et bientôt va se lever pour lut le plus beau jour de la vie^ quand Dieu lui-même fera son entrée dans son cœur pour y établir sa demeure.
Mais rÉglîse n^ignore pas combien le souvenir des vérités saintes et des bienfaits divins s'efface et se perd facilement à cet âge si léger encore, et combien la foi a besoin de pousser de plus profondes racines pour résister aux passions naissantes qui viendront Tassaillirde toutes parts. Aussi, après avoir initié ses enfants au plus auguste de ses myslëres, elle ne les abandonne pas comme de tendres fleurs aux outrages de la mauvaise saison, «tais elle leur ménage, dans une troisième classe de l'enseignement du Catéchisme, un abri contre les orages, un moyen facile de ne point oublier ce qu'ils ont appris, et d'apprendre ce qu'ils ne savent pas encore; un moyen puissant de conserver leur innocence au milieu des dangers qu'elle va courir. Le catéchiste redouble de zèle pour donner à ses leçons l'agrément et la variété qui charment l'esprit et captivent le cœur; il sort des bornes qu'il s'était prescrites, et il ne craint pas d'entrer dans les profondeurs de la science divine. Sans doute il est toujours catéchiste; mais sa parole s'élève avec ses pensées, et, une fois arrivé aux fondements de b
184 INSTUUCTION PASTORAIE
foi et de la morale, il les expose .avec talent et simplicité, cherchant toujours à rendre ses preuves sensibles par des comparaisons puisées dans les idées de ses intéressants disciples. Alors il fait marcher de front TÉvangile et le Catéchisme, et il exige la récitation de l'un et de l'autre. Le texte même des saints Évangiles devient aussi l'objet de ses leçons; aujourd'hui ce sont les prodiges de miséricorde et de bonté du Sauveur des hommes qu'il raconte dans leur admirable simplicité; un autre jour, il appellera l'attention sur quelqu'une de ces touchantes paraboles si familières et si sublimes tout ensemble, et qu'on n'oublie plus dès qu'une fois on a eu le bonheur de les entendre; il soulève le voile léger de ces ravissantes allégories, et montre à découvert les hautes vérités qui y sont cachées. La divine mission du Sauveur, prouvée par ses miracles, l'incomparable beauté de son caractère et de ses œuvres, sa douceur, son amabilité, cette ineffable alliance dans sa personne de ce qu'il y a de plus humble et de plus majestueux, de plus juste et de plus charitable, de plus faible et de plus puissant, ces leçons de morale si ingénieuses et si fécondes qui, dans leur brièveté toute divine, renferment la règle la plus complète et la plus populaire de toutes les actions humaines, tout ce que l'Homme-Dieu a dit à ses disciples, tout ce qu'il a
Sun LE GÂTËGHISME ET SON ENSEIGNEMENT. 185
fait pour notre salut, ses travaux, ses souffrances, les mystères de sa vie et de sa mort: tel est le vaste champ où le catéchiste va cueillir les fruits de grâce et de sanctification qu'il distribue à son pieux auditoire. A la science du dogme et de la morale s'ajoute encore la science historique de tout ce qu'une Providence miséricordieuse a fait depuis le commencement du monde pour le salut des hommes. Vous assistez, en Técoutant, à la création de cet univers. Le premier homme et la première femme sont faits à l'image de Dieu, animés de son souffle immortel et placés dans un jardin de délices; mais ce bonheur est de peu de durée, l'orgueil les précipite bientôt dans la misère et dans la mort; toutefois l'espérance survit à leur dégradation, la promesse d'un libérateur soutient leur courage. Abraham paraît sur la terre; il sera le père des croyants et le chef de la nation sainte d'où doit sortir le Messie ou le réparateur promis. L'esclavage éprouve en Egypte sa postérité désolée, le bras de Dieu brise ses fers, le désert se couvre de prodiges. Moïse publie la loi sur le mont Sinaï, les enfants de Dieu prennent possession de la terre promise, la voix des prophètes se fait entendre, les temps approchent, déjà même les années sont comptées, l'univers est dans l'attente des grands événements qui se préparent, une Vierge conçoit divinement, et Jésus-
Christ vient au monde. Il déclare qu'il est le Fils de Dieu, il le prouve et meurt; son sacrifice réconcilie le ciel et la terre. L'Église chrétienne est fondée; elle s'étend de ville en ville, de rovaumc en rovaume, par la prédication des apôtres et le sang des martyrs, elle règne enfin sur les hommes qu'elle a conquis à Jésus-Christ, et son règne n aura point de fin.
Voilà la science si haute et si pure que le Catéchisme met à la portée des enfants et des plus simples esprits. Science pratique et vraiment sociale qui perfectionne l'homme tout entier, qui l'édaire, le console et le dirige dans toutes les situations de la vie; base immuable de la probité, de la pureté des mœurs, et qui, bien apprise, peut suppléer à toutes les sciences que la plupart des hommes sont condamnés à ignorer toujours.
Se peut-il, nos très-chers frères, qu'un pareil enseignement ne tienne pas dans les institutions publiques le premier rang et la première place, et qu'il soit compté pour si peu de chose parmi tant d'autres enseignements? Les hommes, dit-on, deviennent chaque jour plus difficiles à gouverner; la corruption coule à pleins bords, le langage manque de termes pour donner un nom propre aux crimes nouveaux qui se produisent sur la scène du monde, il faut élargir le sanctuaire des lois pour juger la multitude des coupables qui les ont violées; l'en-
SUR LB €ATBGmsiiE ET SON EN:iKIGNEMENT. 187
ceinte des prisons est aussi trop étroite; plus on en construit de nouvelles et plus elles se remplissent. Au milieu de cette dissolution sociale, un sentiment universel accuse l'ignorance d'être la mère de tous ces maux, et ce cri de la conscience pjublique est la Toix de la vérité. Mais quelle est la fatale ignorance qui nous plonge dans toutes ces ignominies? l'ignorance des sciences physiques ou naturelles? jamais elles ne furent si bien cultivées et ne jetèrent un plus grand éclat; l'ignorance des lettres et des arts libéraux? mais nous vivons au milieu d'un peuple d'artistes, d'écrivains et d'orateurs; l'ignorance de l'art de lire et d'écrire? mais les bagnes sont peuplés de malheureux qui lisent fort bien et n'écrivent point mal. Quelle est donc enfin l'ignorance qui dégrade les esprits et déprave les âmes? c'est l'ignorance du Catéchisme et de son enseignement; là seulement et point ailleurs se puise l'instruction pratique qui pénètre l'homme tout entier, qui, après avoir porté la lumière dans son intelligence, ne laisse pas son cœur dans les ténèbres, qui passe de l'esprit dans la conscience et de la conscience dans les actions, l'instruction qui fait les époux fidèles, les enfants respectueux et dociles, les ouvriers probes et tempérants, les serviteurs dévoués à leurs maîtres, les riches bienfaisants, les pauvres résignés, qui courbe l'industrie sous le joug de la
181) IN^iTRUCTlON PASTORALE SUR LE CATÉCHISME.
bonne foi, et le commerce sous les lois d une probité sévère. Laissez le siècle marcher dans ses systèmes et multiplier ses essais, il tourne, il s'agite dans un cercle sans issue; il faut au peuple le Catéchisme ou des révolutions.
Arrêtons-nous ici, nos très-chers frères; nos pensées s'attristent malgré nous, et nous ne savons quel découragement indéfinissable se glisse dans notre âme. Nous avons sous les yeux des malades qui se plaignent d'être en proie à de violentes douleurs, nous venons a leur aide, nous leur présentons le remède, et ils détournent la tête, et peu s'en faut qu'ils ne maudissent notre charitable zèle. Pour vous que la bonté divine a préservés jusqu'ici d'un si funeste aveuglement, parents chrétiens, aimez le Catéchisme, lisez, relisez ce livre de vie, donnezlui une place distinguée au foyer domestique, mettez-le dans les mains de vos enfants et de vos serviteurs, suivez avec simplicité et persévérance l'explication que vos pasteurs en font tous les dimanches; qu'il soit votre guide et votre conseil dans les affaires, votre délassement après le travail, la matière ordinaire de vos entretiens, le conBdenlde vos projets, la lumière de vos entreprises; qu'il vous accompagne partout comme un ami fidèle, et, quelle que soit Tobscurité de la nuit, vous ne marcherez pas dans les ténèbres.