‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 54 sur 74 · II · texte numérisé non relu

II

296 MANDEMINT

faoce, les douces prières que bous faisait apprendre, sur ses genoux, une pieuse mère, les in^ruolions chrétiennes qui précédèrent notre première communion, ce jour si pur et si beau où à nos âmes riantes d'innocence et de bonheur vint s'unir le Dieu miséricordieux qui les a rachetées, cette joie intérieure et dégagée des sens qui nous faisait goûter, au pied des saints autels et jusque dans rhumble confession de nos fautes, plus de yrai contentement que depuis, hélas 1 tous les plaisirs du monde ont pu nous en promettre.

Or ces sentiments ineffables de piété, de mode^ tie, de pureté et de religion ne sortaient-ils pas spontanément du fond même de votre nature, nos très-chers frères; ne découlaient-ils pas sans effort de la source même de la justice et de l'ordre ?Sau- ¥«nei-vous que vous sentiez alors la présence de la vérité dans votre raison naissante; vous marchies à la clarté de sa douce lumière, et aucune espèce de doute ne venait troubler le règne de la religion dans vos jeunes cceurs. Comparez donc ce premier état de votre âme avec son état présent; relisez l'histoire de votre vie, suives les changenients et left variations de vos croyfmote et de votre conduite; rendes-vous compte «afin, oomme un safge économe, de vos profits et de vos: pertes. D'où étesvous partis? où ôtesr-vow armés? où allez-vous

POUR LE SAINT TEMPS DU CARÊME DE 1841. m

encore? Dociles à la voii amie de tos pasteurs, on vous a vus d'abord faire V09 délices de la prière, de la parole de Dieu et de l'usage journalier des choses saintes; on vous a vus plus tard abandonner. Tune après l'autre, toutes les habitudes d'une piété fervente et fidèle. Pourquoi ce changement? la raison vous ra*t'il inspiré, est-il au contraire l'effet d'un aveuglement volontaire? Sur quelle espèce d'écueils votre foi a-t-elle fait naufrage ? Est-ce l'instraction et l'étude qui vous l'ont ravie? a-t-eile péri, au contraire, sous les coups de vos passions déchaînées? Il vous importe, nos très<Aers frères, de savoir à quoi vous en tenir; recueillez donc un moment toutes vos pensées, et demandez-vous avec sincérité si, lorsque vous ave;s cessé de fréquenter le tribunal de la pénitence, vous ne croyiez pas encore à la nécessité de la confession; si, la première fois que vous avez violé les lois de la modestie, vous n'étiez point encore persuadés que cette violation vous était défendue, et si enfin votre irréligion date d'un premier raisonnement ou d*une première faute; car, si vous n'avez commencé à douter de vos devoirs qu'après avoir cessé de les remplir, si vous avez pris vos penchants pour des lumières, et vos passions pour des principes, votre incrédulité manque de base, elle sort de la source même d'où sortent toutes les erreurs et toutes les fautes; ce

228 MANOEMSNT

sont les sens qui ont conduit Fintelligence, c'est la chair qui a vaincu l'esprit» Chose étrange! l'ignorance tient lieu de lumières; et on se croit d'autant plus éclairé qu'on est devenu plus aveugle.

Il vous semble en effet, nos très-diers frères, que vous avez secoué le joug de l'ignorance et des superstitions, parce que les tentations ont été plus fortes et les chutes plus profondes; mais des instincts aveugles ne sont pas des raisons, et la volonté qui succombe ferme les yeux à l'esprit pour qu'il ne voie pas le mal qu'elle va commettre. Yous êtes donc arrivés, sans savoir pourquoi, à cette espèce d'athéisme pratique où la conscience n'a plus de remords, où la loi de Dieu n'est qu'une lettre morte, où l'avenir, qui dépasse les limites de cette vie, cesse d'offrir le moindre intérêt. Vous y êtes arrivés de chute en chute, et en tombant des hauteurs de l'intelligence et delà raison. Ne vous vantez donc pas de vos lumières si, dans toutes vos conversations, il n'y a plus une parde, un simple souvenir du ciel et de l'enfer» si vous n'osez plus en prononcer les noms d'une manière sérieuse, et si vous les avez tout à fait bannis de votre langage. Hélas! ces années si rapides, et pourtant si douloureuses, qu'on nomme la vie, suffisent amplement à la mesure d'existence que vous ambitionnez : si courtes qu'elles soient, elles sont toujours assez

longues, et, sous le poids de leur labeur, vous ne sentez plus le plaisir de vivre et le charme enchanteur de vivre toujours; même, qui pourrait le croire, le dégoût de l'existence est presque devenu de mode, la mort a ses apologistes parmi les vivants; de toutes parts s'élèvent des murmures et des malédictions contre la vie, et le premier de tous les biens va bientôt passer pour le premier de tous les maux.

Qu'est-ce à dire, nos très-chers frères, et quelle inconséquence est la ndtre! Jamais l'orgueil de l'homme ne monta plus haut, et jamais ses espérances ne furent plus bornées. Par nos progrès et nos découvertes nous touchons à ce qu'il y a de plus élevé dans le domaine de l'intelligence, et par nos actions et nos sentiments nous descendons jusqu'aux créatures privées de toute raison; nous méprisons le passé, nous ne craignons pas l'avenir; et, tandis que nous voulons qu'on nous prenne pour des dieux, c'est à peine si nous savons être des hommes : car les hommes ont toujours pris pour règle de conduite la crainte de Dieu et la certitude d'une autre vie; de ces dogmes sacrés sont sortis partout l'ordre public, l'obéissance aux lois, la sanction du pouvoir et toutes les vertus publiques et privées.

Que s'est-il donc passé dans ces derniers temps

pour nous faire abjurer cette haute et consolante doctrine? Qui a jeté au milieu des nouvelles générations cette épouvantable nouvelle : Quand on e$l mort, hml est mort ? Où est le progrès qui a éteint le flambeau de la vie humaine, sans que Dieu laimême puisse le rallumer? Dans quels livres avonsnous appris à nous estimer ni plus ni moins que les vils animaux, à nous complaire dans une parfaite ressemblance de leur destinée à la nôtre, vivant de leur vie et mourant de leur étemelle mort? à qudles soudaines découvertes notre esprit a-t*il enfin reconnu que Thomme n'était plus qu'une bète illustre créée pour manger, boire et périr? Les sciences ont marché, sans doute; mais quelle science, dans son vd le plus élevé, a-t*elle laissé tomber de sa bouche le terrible secret de Tanéantissement de nos âmes? Qui ne sait aujourd'hui que, malgré les savants eux-mêmes, les sciences, forcées au der^ nier siècle de se faire les humbles servantes de l'irréligion, ont reconquis leur indépendance, et qu'elles viennent l'une après l'autre, aux applaudissements du monde entier, confesser la s(Niritualitéde nos âmes et publier hautement que, par la simplicité de leur être, elles échappent nécessairement à cette horrible déconipositioa qu'oui nomme la mort? Cette race d'esprits novateurs, qui croissent au déclin des empires, comme les plantes vénéneuses au

POUR LE SAINT TEMPS m CARÊME DE i844. 23i

pied des arbres décrépits, cette génération de sophistes légers et cruels^ qui ne savent instruire les hommes qu'en les trompant^ va disparaître pour toujours. Les uns sont morts, les autres achèvent de vivre, et, si quelques voit obscures répètent encore leurs leçons impies, elles ne sont plus écoutées que danâ les carrefours et les cabarets, dernier asile des vices flétris et des erreurs déshonorées.

Le voile est donc levé, nos très-ch^rs frères; la guerre foite à nos croyances religieuses, il y a un siècle, par tous les talents. enrélés au service de tous les mensonges, cette guerre n'a plus de secrets ni de mystères. En vous menant à Toubli de Dieu et de vos futures destinées, on vous a dit que c'était pour vous rendre plus heureux et plus libres, et l'expérience vous a démontré que c'était au con^ traire pour déchaîner vos mauvais penchants et les mettre aux ordres de vos nouveaux maîtres; on n'a voulu vous persuader que Dieu ne punissait pas les mauvaises actions, dans l'autre vie, que pour vous enhardir à les commettre sans crainte dans celle«ci; et ce n'est qu'a{)rès vous avoir façonnés à leur image, que des sophistes vous ont enseigné que vous n'avez point été créés à l'image de Dieil. Vos prètffw vous prêchaient la justice, la charité, la chasteté^ le renoncement à vous-mêmes; ot, pour

S52 NANDBMEPfT

ea finir avec toutes ces vertus, on vous a dit de ne plus croire vos prêtres; les conunandements de Dieu contrariaient vos inclinations et vos penchants, on vous a annoncé, pour vous mettre à Taise, que Dieu n'a point fait de commandements. Enfin la crainte d'un châtiment éternel pouvait vous retenir dans le devoir; on vous a dit qu'il n'y avait plus, au delà du tombeau, ni justice, ni enfer, ni éternité ; on vous Ta dit, nos très-chers frèi*es, et s'est-on donné la peine d'en fournir les preuves? Pas le moins du monde ! On savait bien que ces funestes doctrines avaient assez de secrètes intelligences dans le cœur de l'homme pour y être reçues sans examen, tant elles flattent ses goûts et ses désirs; il ne vous est pas même venu à la pensée de demander à vos nouveaux docteurs leurs lettres de créance : heureux d'être séduits et trompés, vous avez reçu leurs décisions comme des oracles, et quelques hommes qui vous sont parfaitement inconnus, à qui vous n'oseriez, par prudence, confier la direction de vos moindres affaires, vous ont paru dignes d'être les arbitres suprêmes de votre salut éternel; vous avez trouvé plus sage d'obéir à leurs enseignements que d'obéir aux enseignements de l'Église; la voix de tous les siècles, l'autorité de Jésus4]hrist, la merveilleuse prédication des apôtres, le témoignage d^ martyrs, ont moins pesé dans votre esprit que

POUR LE SAINT TEMPS DU CARÊME DE 1844. t>55

les feuilles légères de quelques mauvais livres. S'ils avaient du moins abaissé le ciel à votre portée, pour vous montrer que toutes les félicités qu il renferme n'étaient qu'un bonheur imaginaire; s'ils avaient ouvert l'enfer sous vos yeux, pour vous côn* vaincre que ses abîmes et ses feux ne sont que des fables, à la bonne heure! vous auriez eu quelque raison de vous laisser séduire; maiS; tant que Dieu régnera dans sa gloire, tant que sa nature et la vôtre ne seront point changées, tant qu'il sera juste et saint par essence, et vous faibles et pécheurs par condition, tant qu'il récompensera le bien et punira le mal, les fausses idées qu'on pourra vous donner de sa justice et de sa sainteté ne changeront rien à vos destinées; les désirs, les volontés, les sophismes, laisseront toutes choses comme le souverain Maître a jugé à propos de les établir. Nous aurons beau nous imaginer, à grands efforts d'esprit, que cela n'est pas, que cela ne peut pas être, qu'importent nos fragiles pensées et nos séditieuses volontés? La mort n'en sera pas moins le terme de la vie; après la mort viendra le jugement, et après le jugement le ciel ou Tenfer, selon nos mérites. Ces redoutables vérités se laisseront nier, oublier, mépriser, sans cesser d'être ce qu'elles sont; oui, nous serons libres de méconnaître la fin pour laquelle nous sommes au monde; il nous sera donné d'abu-

ser jusqu'aux derniers excès des nobles facultés de notre âme : mais toucher à notre immortalité, changer nos fins dernières; pauvres* mortels^ n'y pensons pas : autant faudrait lever nos brasdébites pour arracher les astres suspendus à la voûte du ciel.

Et quel empire a vez-voiis sur votre âme, pour en disposer comme il vous plaît et la; foire irivre ou mourir à votre fantaisie? Vous ne pouvez;nila voir, ni la toucher, ni la jeter dan&rvos creusets pour la dissoudre et savoir enfin de quels éléments die se compose ; vous sentez néanmoins m présence dans votre corps et dans chacune de ses parties : éùe veut, et vous marchez, elle veut encore, et vous restez immobiles, et, pendant votre repos, elle s'élance hors de vous, elle vde à l'extrémité du monde, elle se posé sur la dernière denses étofles et regarde au delà. Qui vous dira ce ifuepèae^ dans vos balances de fer, une de ses pensées, quelle est la forme intérieure de ses fiv^ltés, leur unité et leur diversité tout enseiidi)le^ leur merreilleux ao* cord et leurs fonctions distincbesiL'ttn de Tautre? Assujettie d'une manière inefhbleiiu corps^qpi'elle anime, elle participe Â. ses vicissitudes et à ses longues misères; mais aussitôtque F-àgeou la maladie ont ruiné les, fondements /de sa prison phâsagére, elle se dégage de ces décombres, et, pendant que la

poussière retombe sur la poussière, votre ftme s'a- Tance en tremblant vers le Dieu qui rappelle • Raisonnes, argumentez, iaites des livres, Fempéche^ rez-vous de suivre son chemin et.de comparaître au tribunal redoutable où son sort va être fîK^.pour jamais? Que peuvent ici les doutes qu'il nous plaît de former, et les illusions par lesquelles nous aimons à échapper à ces vérités immuables? Youlons-le, ne le voulons pas, le Fils de Dieu n'en sera pas moins venu sur la. terre pour le salut de nos âmes, il ne les aura pas moins rachetées de son sang, il ne leur aura pas moins préparé dans l'autre vie une éternité de bonheur ou de souffrances : le choix nous est laissé, mais tout le reste est à Fabride nos vains, systèmes.

Voilà pourquoi, nos très-chers frères, en nous donnant une âme immortelle ' et en lui imposant une loi morale, Dieu ne nous a pas appelés à la discussion de cette loi^ il ne Fa pas soumise à Fexamen passionné de nos penchants et de notre ignorance; il savait trop bien que, si les articles qui la composent nfus étaient soumis Fun après Fautre, pas un seul peut-être ne serait adopté par notre orgueiL U a commandé d'obéir parice. qu'il est le maître. La résistance ne ^ert de rÎQn. he pouvov du Dieu bienheureux n'est pas de ceux qu'on renverse, et son trdne ne s'écroule pas aux battements de

256 MANDBMBHT

mains des séditions triomphantes. Il n*y aurait que deux moyens d'éviter le jugement sans appel que toutes nos actions doivent subir après cette vie : ce serait ou de ne pas mourir ou d'anéantir notre âme à la mort. Or assurément vous mourrez, et, puisque vous avez reçu une âme vivante, une âme vivante vous sera redemandée. Dans cette inévitable situation, c'est le dernier aveuglement que d'éloigner la pensée de notre avenir et de croire y échapper en n'y pensant pas. Pour sortir sain et saof du milieu d'un incendie, il y a autre chose à faire qu'à fermer les yeux pour n'en pas voir les flammes. Réveillez-vous donc, il en est temps, nos trèschers frères, et, au lieu de disputer inutilement à Dieu son souverain domaine sur vos destinées, rendez-lui grâce de cette infinie libéralité qui vous a donné l'être et la vie, non pour un temps, et comme un prêt de quelques années, mais pour toujours et comme un éternel héritage. Souvenez-vous que vous habitez le temps comme le voyageur habite, en passant, l'hôtellerie qu'il rencontre sur son chemin. Créés à l'image de Dieti, rachetés du sang de Jésus-Christ et appelés à vivre éternellement dans son royaume, pourquoi prendriez- vous l'exil pour la patrie, et les durs travaux de cette vie, mêlés de si courts plaisirs , pour la félicité sans mélange que Dieu, vous destine? Pourquoi consenti-

riez-vous à tourner sans fin dans le cerde douloureux d'une misère irrémédiable? Quoi de plus indigne de voire grandeur et de vos fins dernières que ces terrestres .sollicitudes où vous tenez vos àraes renfermées? Rom|>ez ces liens» brisez ces entraves, laissez-les prendre leur essor vers la vérité infinie et le bien infini ; Dieu seul peut apaiser le besoin immense qu'elles ont de connaître et d'aimer. Servir ce maître adorable, foire sa volonté sainte, observer ses commandements pendant la vie, voilà tout l'homme. Tout le reste nous échappe des mains, et le plus riche, le plus puissant d'entre vous, dépouillé de ses honneurs et de ses biens» n'emportera de ce monde que ses vices ou ses vertus. Âttendrez-vous la dernière heure pour vous souvenir de l'emploi que vous auriez dû faire de toute la journée? Est-il temps, quand le soleil baisse et que la nuit vient, de chercher les instruments du travail pour se mettre à l'ouvrage? Est-il sage d'arriver à l'entrée de l'éternité les mains vides de bonnes (Buvres et le cœur plein de désirs périssables? Hélas! de l'autre côté de la vie, il n'y a plus d'affaires à suivre, d'entreprises à conduire, de moissons à (aire rentrer dans les greniers. Dieu seul y remplit tout, et c'est de son sein que découlent tous les biens et tous les plaisirs après lesquels nous courons vainement pendant cette vie. Le con-

â3S MANOBMINT POUR LE CARÊMB DE 1814.

templer dans sa gloire, jouir de sa propre félicité, célébrer le règne étemel de sa justice et de sa miséricorde par des louanges étemeUes, td sera notre bonheur dans le ciel, si inous avons eu le oounige d'accomplir ses commandements, de vaincre nos passions, de résister aux attraits du vice sur la terre; car le royaume des cieux soufTre violence, et il n'y a que les hommes de courage et de vertu qui puissent en forcer l'entrée.

INSTRUCTM PASTORALE

POUR LE SAINT TEMPS Dlî CARÊME DE 1845

SUR r/ÉGLISE

BI Vto ATTAgOBS DOIIGÉBS CORXilE BtXC DE NOS JOURS

Si l'Église catholique était plus près de ses com* mencemeols, ooslrès^ehers frères; si, à peine sortie de la Judée; où elle prit naissanee, elle se répandait dans le monde pour lui imposer une nouvelle croyance et de nouveaux devoirs, nous comprend drioDs facilement la surprise et le mécontentement des esprits à la vue de cette puissance inconnue qui viendrait; à l'exclusion de tout pouvoir humain, s'arroger l'auguste mission de gouverner les consdences. Mais qu'au dix-neuvième siècle de l'ère chrétienne, et lorsque la puissance spirituelle de

rÉglise a reçu la sanction de Dieu, du temps et des hommes, nQus retrouvions tout à coup, au sein même des peuples qui ont porté avec le plus de gloire le titre de très-chrétiens^ l'ignorance profonde, les faux préjugé^, les calomnies, les haines ardentes, les menaces et les cris de proscription qui signalèrent autrefois Rétablissement de TÉglise dans les pays païens et barbares, c'est quelque chose de si étrange et de si douloureux, qu'on voudrait encore se refuser à le croire, malgré les discours et les livres qui ne permettent pas d'en douter plus lor/^temps.

Nous voilà donc revenus aux premiers jours où rÉvangile parut sur la terre : ce sont les mêmes attaques, le même langage, le même aveuglement d'un côté; ce seront peut-être aussi les mêmes souffrances de l'autre. Le Dieu que prêchait saint Paul, à Athènes, est sans doute moins inconnu dans nos villes savantes et polies qu'il ne l'ëtaît de son temps dans la cité des arts et de l'éloquence : mais la Grèce païenne lui avait élevé des autels avant de le connaître; et nous, ses disciples et ses enfants, nous abandonnons son culte après l'avoir connu« Sa loi sainte n'est plus notre loi; nos conscfences ne relèvent plus de son empire; nos coeurs ont d'autres maîtres que lui : et même, parmi les adorateurs qui lui restent encore, combien en trouverait-on

qui, sans l'aimer ni le servir, se persuadent cependant que c'est l'honorer assez que de ne pas mêler leurs Yoix aux voix impies qui blasphèment son nom. Que prévoir donc, et qu'attendre de cette irréligion sans cesse croissante, systématique chez les uns, idiote et brutale chez les autres, qui passe des esprits qu'elle a faussés aux âmes qu'elle doit corrompre, et menace le monde d'un prodige effrayant qu'il n'a jamais vu, des peuples athées?

À quel avenir sommes-nous réservés, nos trëschers frères? La foi presque éteinte rallumera-t-elle jamais son flambeau dans notre chère patrie; ou des ténèbres plus sombres et plus épaisses de jour en jour achèveront-elles de couvrir nos belles provinces de leurs voiles funèbres? Pasteurs et pères des peuples, aurons-nous le bonheur de retrouver nos brebis égarées, ou serons^nous condamnés à verser des larmes stériles sur leur perte éternelle? Enfin, cesserez- vous, nos très-chers frères, d'être les fils aînés de la civilisation chrétienne, pour devenir les enfants dégénérés de quelque nouvelle idolâtrie? Désolante incertitude; et comment en sortir?

Si vous consultez la prudence humaine, toute préoccupée d'autres soins, elle ne sait que répondre, elle flotte entre l'espérance et la crainte, passant en un moment des alarmes à la confiance, et

Page 1