‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 55 sur 74 · II · texte numérisé non relu

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de la confiance aux alarmes; hier encore, elle vantait le mouvement religieux qui vous ramenait peu i peu vers la foi de vos pères : il lui semble aujourd'hui que ce mouvement est moins sensible, et qu'il manque une suite à ces heureux commencements. Le moindre discours prononcé avec un grand retentissement, en faveur de la religion et de l'Église, suffit souvent pour chasser toutes ses terreurs; mais il ne faut également que quelques discours dans un sens contraire pour la replonger dans son incertitude et ramener ses premières craintes. La lutt^ lui parait grave, et les circonstances aussi. L'Ëglise a pour elle de hautes influences, mais elle est menacée par de grands pouvoirs. Quel sera son avenir? On l'ignore.

Ainsi va raisonnant la prudence humaine, sans rien conclure; exclusivement appliquée à peser, à calculer l'influence des petits événements de chaque jour sur des institutions périssables qu'un seul jour peut perdre ou sauver, sa vue ne s'étend guère au delà de certaines bornes, et, quand il s'agit de l'Ëglise, dont la durée embrasse les temps et les lieux, l'horizon est trop vaste pour elle, et ses prévisions s'arrêtent d'ordinaire au doute ou à la peur. Laissons donc les hommes raisonner à leur manière sur l'avenir de l'Église, sur les dangers qui la menacent, ainsi que sur les moyens habiles de conju-

rer ces dangers. Qu'a de commun leur politique avec la politique de Dieu? Il y a longtemps qu'il nous a été dit : c< Mes pensées ne sont pas tos penséeS; ni mes moyens vos moyens ^ » Ce que nous voulons faire périr, il le sauve; ce que nous voulons sauver, il le brise comme il lui plaît; ce que nous appelons force, il le nomme faiblesse; là où nous plaçons la puissance, il y voit le vide et le néant* Voilà pourquoi le Fils de Dieu, formant son Église, s'est applaudi d'avoir fait un ouvrage auquel l'esprit de rhomme et sa sagesse ne comprendraient jamais rien; « il a même rendu grâces à son Père de n'en avoir révélé le merveilleux secret qu'aux humbles et aux petits^. » Comparer l'Église, par le raisonnement et l'analogie, aux frêles établissements que l'homme élève avec tant de peine, qui s usent si vite et s'écroulent bientôt, si la main de l'ouvrier ne les répare sans cesse, c'est ce que font les faibles esprits qui se trompent, ou qui veulent tromper.

Changez la face du monde autant de fois qu'il vous plaira; donnez un libre essor au génie des innovations; élevez les petits, abaissez les grands; que

' Non enim oogiutiones me» cogitatîones vestrs, Deque viœ vestra vi» mex, dicit Domînus. Isa!., lv, 8.

* Gonfiteor tibî, Pater..., quia abscondisti ha2c a sapientibus et pru- «leotîbus, et rerelasti ea parvalis. Matb., xi, 25.

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les pauvres deviennent riches, et que les riches tombent dans la pauvreté; refaites vos lois, vos institutions et vos pouvoirs : au milieu de ces révolutions éternelles, le sort de TËglise est fixé d'avance. Elle connaît les épreuves qui Tattendent dans ces changements divers, et la conduite qu'elle doit tenir parmi ces épreuves; « elle sait les choses passées, et elle juge des choses à venir; elle connaît les ruses de la parole humaine, et démêle les artifices des sophistes; elle prévoit les temps et les prodiges avant qu'ils soient, et les événements des temps et des siècles ^ » Son divin fondateur lui a tout annoncé, tout expliqué, jusqu'au nombre et au caractère de ses ennemis. Leurs complots, leurs ruses, leurs violences, ne peuvent la surprendre ni l'étonner; elle a des assurances contre tous les périls, et des promesses pour toutes les situations. Le testament de Jésus-Christ dans une main, et dans l'autre l'histoire des nations, elle voit avec une admiration toujours croissante les événements et les faits historiques venir se ranger sous les prophéties qui la concernent, comme sous la règle inflexible qui les maîtrise. Que lui importe l'amour ou la haine de certains temps et de certains hommes, les

* Scit praeterita, et de futuris aestimai : sdt versutias sermonumetclissoluUonem argumcntoniin, signa et monstra scit aotcquam fiant, et eventus leniporuûi et seculonmi. Sap., viii, 8.

passions qui les enflamment ou la modération qui les relient? son avenir n'en saurait dépendre.

Ne craignez rien pour l'Église, dirons-nous donc, avec un grand évêque, auxfidèles alarmés des projets menaçants que ses ennemis ne prennent plus la peine de dissimuler : <c Ne craignez ni le mensonge ni la calomnie; ne vous laissez pas troubler par les menaces des hommes qui jouent, en passant, un rôle sur la scène du monde; ne vous affligez pas d'être raillés par les uns, outragés par les autres, et condamnés par ceux qui affectent de la tristesse, et dont les remontrances séduisantes sont ce qu'il y a de plus propre à tromper; que rien ne vous ébranle, pourvu que la vérité combatte avec vous; opposez à l'erreur la droite raison, appelant à votre secours, dans cette guerre sainte, Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour qui il est doux d'être affligé et heureux de mourir * . »

Votis méditez de vains projets^ dirons-nous ensuite aux ennemis de l'Église, qui pensent peut-être qu'un dernier effort va mettre fin à son règne.

^ Non igitur vos terreat mendacii calumnia, neque potentium min^e conturbent, neque risus notoniniTe procacitas mœrore afiiciat, neque damnatto eomm qui tristitiam simulant Talentissimani ad fallenduni, illecebras objicientes adhortationis escam, donec veritatis verbum vobis propugnet : omnibus propugnet recta ratio, belli socium advocans et adjutorem ipsum pietatis magistrum, Dominum nostnim Jesum-Christuni, pro quo afUigi suave et mori lucrum. S. Basil., Epist. 21i, toni. lU, page 229.

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Voulez-vous la renverser par la force et la violence? elle a grandi dans toutes les persécutions; la combattre parla science et le raisonnement? ses pouvoirs ont passé par cette épreuve; désoler sa patience par l'insulte, le rire moqueur, la raillerie amère, le mépris et les humiliations? elle a triomphé dans cette arène; soulever contre elle les préjugés populaires et les aveugles passions de la multitude? cette entreprise n'a rien de nouveau: rÉglise a triomphé dans tous ces combats. Elle a usé la force et la ruse, la hache qui tue, le marteau qui démolit, l'hypocrisie et les tyrans, les sophistes et les bourreaux. On mettrait moins de temps à compter les étoiles du ciel que les mesures oppressives et les persécutions de tout genre qui ont assailli, dans tout l'univers, sa doctrine et son apostolat. V esprit de V homme s est surpassé luimême dans sa lutte avec Vesprit de Dieu; il a déployé, dans la guerre qu'il a faite à l'Église, plus d'énergie et doutaient, plus de ressources et de constance que dans les entreprises où éclatent le mieux sa puissance et sa grandeur.

D'où l'on pourrait déjà conclure, nos très-chers frères, que, si l'Église catholique a constamment résisté, sans armes et sans révolte, mais avec la patience et la prière, à des attaques qui tiennent du prodige, il y a quelque chose de surnaturel dans

son existence; et que, si tous les peuples ont successivement et vainement tourné contre elle les moyens de destruction dont ils disposent, il ne sera jamais donné aux hommes de Tébranler, et moins encore de la détruire. Le temps seul, sans autre aide, vient à bout d'emporter les plus puissantes institutions; une loi fatale de dépérissement et de mort mine à petit bruit les plus fermes appuis des choses humaines : après une durée plus ou moins prolongée, les établissements que nous appelions étemels, dans notre superbe langage, s'affaissent subitement et tombent avec fracas les uns sur les autres, comme ces châteaux fragiles qu'avaient élevés péniblement les faibles mains de l'enfance. L'Église seule, au milieu de ces ruines, n'éprouve ni décadence ni vieillesse; toujours ancienne et toujours nouvelle, elle brave, d'un air calme et serein, et les ravages du temps, et les assauts plus prompts et plus terribles des passions humaines. L'impiété, déchaînée sur la terre, a pu souvent égorger les sacrificateurs et les pontifes, proscrire les fidèles, souiller les temples, briser les autels, et, planant sur l'Église désolée, s'applaudir d'avoir tout détruit, comme autrefois le Seigneur s'était applaudi d'avoir tout créé; mais, le lendemain de ces horribles persécutions, l'Église chantait le cantique de la délivrance; son culte retrouvait ses

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saintes pompes, son ministère ses apôtres, et les peuples, étonnés, lisaient sur son front couronné de blessures et de victoires : a Voici celle à qui il fut promis que les portes de F enfer ne prévaudraient pas contre elle '. »

On ne sait donc ce qu*il faut admirer le plus, ou de cette protection invisible qui permet que TËglise soit toujours attaquée pour la faire triompher toujours, ou de cet aveuglement surhumain qui, trompé sans cesse, conserve sans cesse le vain es* poir de la renverser. Il y a là un profond mystère, nos très-chers frères, et, faute de le bien comprendre, vous vous livrez à une affliction sans mesure aux moindres dangers qui la menacent, « et vous tremblez de peur, alors même qu'il n'y a aucun motif de craindre pour elle^ »

Or, quand Jésus-Christ fonda son Église, il lui donna toute la perfection qu'elle pouvait acquérir; et, avant de lui dire ; c< Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit', » il voulut la constituer si fortement, que son gouvernement, son administration, sa hiérarchie et ses pouvoirs, fussent à Té-

1 Poite inferi non praevalebunt adversus eam. Math., xvi, 18.

* TrepidaTerunt timoré, ubi non erat timor. Ps. nu, 9.

* Euntes, docete omnes geiites, baptizantes eos in nominc Patris, et Filii, etSpintûs sancli. Matti., xx?iii, 19.

preuve des innovations et des changements qui tourmentent les choses humaines. L'Église catholique aj^rut donc au monde toute formée, et comme un peuple séparé des autres peuples par sa langue, ses mœurs et ses lois : elle n'eut à emprun* ter à la grande famille humaine, qu'elle venait réunir sous le sceptre doux et léger de l'Église, qu'un peu d'eau pour son baptême, un peu de pain et de vin pour son sacrifice, la liberté de respirer et de vivre sur le sein de la mère commune, promettant, en échange de l'accueil hospitalier qui lui serait fait, une civilisation et des vertus que, dans ses plus beaux rêves, l'esprit humain n'eût jamais pu concevoir.

Tout le monde avoue que ses promesses ont été surpassées par ses bienfaits. Mais l'âme se remplit d'une inconsolable douleur en contemplant les longues souffrances et les traitements barbares par lesquels les premiers peuples qu'elle visita la forcèrent d'acheter le droit de faire du bien aux hommes. Elle ne fut pas plus heureuse dans la suite des temps : chaque page de son histoire est remplie d'outrages, d'humiliations et de maux de toute espèce; tous les points du globe furent arrosés tour à tour de ses larmes et de son sang. On voudrait en vain en douter : la voix de ses douleurs remplit l'univers, et jamais elle n'a dû sa fécondité qu'à ses

soufTrances, sa puissance qu'à ses abaissements, et ses conquêtes qu'à ses martyrs.

Oui, nos très-chers frères, il en est ainsi, et telle sera jusqu'à la fin sa glorieuse et sainte destinée. Appelée à continuer la mission du Fils de THomme et à eiercer le même ministère que lui, c'est par la croix qu'elle répandra les grâces et les mérites de la croix. Elle ne serait point l'épouse bien*aimée du Rédempteur des nations, si elle ne partageait son sort et ne retraçait sa vie. « Souvenez-Yous de la parole que je vous ai dite : il suffit au disciple d'être traité comme son maître, et au serviteur d'être traité comme son seigneur. Si donc ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi; mais, quand le monde vous haïra, n'oubliez pas qu'il m'a poursuivi le premier de sa haine. Voilà donc que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups* Soyez en garde contre les hommes, car ils vous feront comparaître dans leurs assemblées, et ils vous flagelleront dans leurs synagogues, et vous serez odieux à tous à cause de mon nom« Hais ne craignez pas ceux qui ne peuvent tuer que le corps... J'ai vaincu le monde ^ »

' Sufficit dlscipulo ut sil sicut magister cjus, et sérvo sicut dominus ejus. Math., x, 24, 25.

Si me persecuti sunt, et vos persequentur. Joan., xv, 20.

Si mundas tos odit, scitote quia me priorem Tafais od» faabuit. llfid., iind., 18.

Ecce ego mitto vos sicut oves in medio luponim... Cavete tutem ab

POUR LE SAINT TEMPS DU CARÊUfE DE 1845. 351

Ainsi; vouée aux larmes et aux souflrances dès sa naissance, l'Église portera toujours sur sa tête la couronne d'épines, dans ses mains le roseau de la Passion, et sur ses chastes épaules la pourpre dérisoire qu'on jeta sur les épaules du Roi des rois. Sans cesse agitée par quelque persécution, il entre dans sa destinée, comme dans celle du Fils de l'Homme, de ne jamais jouir ici-bas d'un parfait repos. Mais que votre sort est digne d'envie, ô épouse bien-aimée du Sauveur des hommes ! Plus on vous accahlera de mépris et d'outrages, plus vous donnerez des enfants à Dieu; plus on vous croira faible et délaissée, plus vous serez revêtue de force et de fécondité. Les» anges consolateui's ne vous manqueront pas, dans vos agonies, et jamais la main des impies ne se lèvera sur vous sans se dessécher à l'instant et périr.

Pour comprendre la mystérieuse constitution de l'Église catholique, il faut donc avoir toujours sous les yeux la vie et la mort de son divin fondateur, et méditer surtout avec soin les dernières scènes de sa Passion. Il ne se passe rien à Jérusalem qui ne doive se renouveler partout où les apôtres annon-

iiominibos. Tradeni enim vos in condliis,^ et in synagogis^uii flagella bnot ¥06, et eritis odio omnibus propter nomen meum. Math., x, 16, 17 et seq.

Nolite timere eos <{ai occîdunt corpus. Ego vici mundum. Hiih. » x y S8 .

€eront TÉvangile. Ces tribunaux divere où comparait successivement Jésus-Christ; ces faux témoins qui l'accusent et se contredisent; ces juges passionnés qui s'inquiètent des lenteurs de la procédure, et, pour couper court, le condamnent à mort: cet Hérode qui le fait railler par ses courtisans et lui demande des miracles; ces valets qui lui crachent à la figure pour plaire à leurs maîtres; ce profond politique qui ne sait que penser de sa divinité, et, sans autre éclaircissement, l'envoie au supplice; ces scribes, ces légistes et ces docteurs, qui assistent en riant à son agonie et Tinvitent à descendre du trône de ses douleurs pour être proclamé roi des Juifs; ce peuple inconstant et féroce, qui jetait hier ses vêtements sous les pas de son Messie, et qui crie en tumulte ce matin : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants! » et jusqu'à ce misérable voleur qui rend l'âme en le blasphémant, sans savoir pourquoi; tout ce hideux mélange de haine, d'envie, d orgueil, de formes judiciaires et de passions furieuses, de sophismes et de barbarie, c'est, hélas ! l'histoire de Jésus-Christ, et c'est encore l'histoire de son Église : qui voit l'une voit l'autre, et le Rédempteur du monde n'a peut-être pas laissé de preuves plus frappantes de sa divinité que d'avoir pu former sur la terre une société qui lui fût absolument semblable, vivant de sa propre

vie, et 9 comme lui^ passant y faisant le bien parmi le& souffrances et les persécutions.

Suivez rËglise dans ses déyeloppements et dans sa marche au milieu des peuples : vous entendez les mêmes imprécations, vous êtes témoins des mêmes scènes, vous voyez les mêmes ruses, la même hypocrisie, les mêmes violences. Les docteurs de la synagogue ont à peine fini de lire devant Pilate leur acte d'accusation contre le Sauveur^ que d'autres sophistes le répètent mot pour mot devant les proconsuls de l'empire : « Qui êtes-vous, pour nous donner des lois? Quels miracles faitesvous? Vous trompez les hommes, vous soulevez les esprits, vous troublez les nations \ Nous avons assez de preuves contre vous : qu'est-il besoin detant d'explications? — Qu'il meure, le Nazaréen, qu'il soit crucifié, avaient dit les Juifs aux portes du prétoire. — Qu'on jette les chrétiens aux lions, répondent les païens** — Que l'Église soit livrée au mépris du monde; que la presse la torture et la crucifie, » disent des peuples moins anciens. 0 pro-

* In qua potesUte haec fads? Math., xxi, 23. Tentautes rogarerunt eum ut signum de cœlo ostenderet eîs. Malh,, ivi, 1 . Dune in?cnimus sabverientem gentem nosti-am... commovet populunip docens j er uni- Tenam JuiImud. Luc. ixiii, 21.

< Quid adhuc egemus tcstibus? Matli.» xxvi» 65.

Toile, toile, crucifige eum ! Luc, xxiii, 21.

Christianos ad leopes. Tortul.

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fondeur des conseils de Dieu ! ô admirable destinée de son Église! du Calvaire elle tombe dans l'amphithéâtre^ et de l'amphithéâtre dans les mains des sophistes : son sort ne change pas : il n'y a de variété que dans les supplices. Parce que la vérité reposait sur les lèvres duMessie^ ses contemporains ne purent en supporter la vue; et, parpe qu'elle s'échappe de la bouche de son Église, nos passions ne peuvent, sans frémir, entendre sa voix. Que de faux prophètes et de faux docteurs remplissaient la Judée des plus étranges doctrines, au temps de Jésus-Christ ! et cependant pas un seul ne fut accusé de tromper les hommes. Que de sectes menteuses ont depuis professé les plus funestes erreurs! et pourtant le monde ne les a jamais menacées de sa colère.

11 n'appartient qu'au vrai Dieu et à la vraie Église d'inspirer à l'homme déchu le sentiment de la haine, et d'une haine si profonde et si vive, que, si l'Église pouvait être personnifiée en un seul homme, ou si le Fils de Dieu revenait parmi nous avec sa ravissante douceur, sa divine charité et le céleste cortège de ses incomparables vertus, mais foudroyant l'hypocrisie, la volupté, la Cupidité, et prêchant sur les places publiques la pénitence, la chasteté, la restitution du bien d'autrui, faut-il le dire? sourd à ses divins accents, « le monde cher-

cherait une autre montagne pour l'y crucifier de nouveau *. »

Triste pensée sur laquelle il faudrait se hâter de jeter un voile de pudeur, si, livrés à nos propres inspirations, nous étions capables de concevoir de si noirs desseins. Mais Thomme cesse d'être luimême quand il roule dans son esprit ces projets homicides; il est poussé à la haine de l'Église par une puissance plus forte que lui : a II obéit au gouverneur des ténèbres, à ce prince du siècle qui demande à cribler TÉglise naissante comme on a coutume de cribler le froment \ » Et quel autre que le père du mensonge pourrait souffler au cœur des impies cette haine prodigieuse qui semble dépasser les bornes du possible? Le cœur humain trouverait-il en lui-même une telle puissance d'erreur, et les passions ardentes qui se précipitent sur l'Église, le blasphème à la bouche et la flamme à la main, pourraient-elles s'embraser ailleurs qu'aux feux de Tablme?

Non, et c'est ce qui explique, pour le dire en passant, nos très-chers frères, cette douce compassion de l'Église envers ses plus cruels persécuteurs; elle a le secret de leur faiblesse, et elle sait qu'ils ne

> Tarn mali estis qui evertitis eYangelium, ut si Christus TÏderetur, iteram crucifigeretur. S. Aug.

*Ecce Satanas expetivit vos ul ciibraret sicut trilicuin. Luc, xxii, 51.

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sont jamais plus dignes de pitié que lorsqu'ils se laissent entraîner au point de ne savoir plus ce qu'ils font. Gomme toutes les tendres mères, elle a plus d'amour pour les enfants qui la rendent plus malheureuse : ses gémissements sont des prières. Une longue expérience lui a appris que notre esprit infirme et borné est aisément fasciné et séduit par Cl Tesprit menteur qui fut homicide dès le com* mencement ^; » lui seul peut aiguiser la plume de l'athée au point de la rendre plus acérée et plus tranchante que les plus terribles instruments de mort.

Les persécutions du glaive ont eu leurs trêves et leurs temps de repos; mais les persécutions des rhéteurs et des sophistes n'auront jamais de relâche. Échappée aux lettrés de la Judée, vous voyez l'Ëglise catholique aux prises avec les rhéteurs de la Grèce. À peine a-t-elle ensuite dressé un autel dans les catacombes^ que les sophistes, exilés de Rome, y sont rappelés pour seconder la violence des Gésars. Avec cette espèce d'ennemis, les combats sont de tous les jours, et tous les jours il faut ou vaincre ou succomber. Partout où les apôtres portent leurs pas, ils se trouvent en présence d'une race d'esprits inquiets et superbes, habiles dans

* Vos ex pâtre diabolo cstis ille homicida erat ab inhio. Joan.,

Tiii, 44.

Fart de façonner et de polir la parole, accoutumés à préférer Terreur, qu'ils ont trouvée, à la vérité découverte par leurs rivaux, affectant la science et ne sachant rien, prodigues de sarcasmes et pauvres de raisons, hardis contre le bon sens et Tévidence, affamés de gloire, a qui mettraient le feu aux quatre coins du monde pour le plaisir de faire du bruit ou de voir un bel incendie *; » et, partout enfin où TÉglise formera un troupeau et placera un pasteur, des sophistes se glisseront parmi les brebis pour y jeter des germes de mécontentement et semer la révolte. Malheur au temps où ils se multiplieront sur la terre et où chaque village aura le sien! On parle de certains rivages que troublent des tempêtes éternelles, et sur lesquels la foudre gronde toujours; mais, quand les sophistes, lassés de n'être que les simples conseillers des nations, en seront devenus les maîtres, ces lieux désolés ne seront qu'une pâle image des sociétés humaines ravagées par leur parole. Une fois en possession du crédit des anciens oracles et de la puissance des anciens césars, ils retomberont sur l'Église de tout le poids de leur grandeur; et alors ce sera le commencement des douleurs extrêmes : on lui fera regretter son premier âge et le glaive de ses tyrans.

' Leibnitz.

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