INSTRUCTION POUR LE CARÊME DE
qui VOUS a portés dans son sein et nourris de son lait, réjouissez-YOus, nos très-chers frères, de sa force éternelle et de l'humiliation où sont descendus ses ennemis, « condamnés à changer le bien en mal * pour lui dresser des pièges, et à souiller, hélas ! les choses les plus pures \y> U leur sera donné, peutêtre, de la faire soufûrir encore; mais sa gloire est dans les souffrances. Leurs égarements lui arracheront des pleurs; mais ses prières ne sont jamais plus efficaces pour la conversion des hommes, que lorsqu'elles sont accompagnées d'abondantes larmes. Sous la figure de cette barque fragile où dormait le Seigneur, au milieu de ses disciples alarmés, elle continuera son céleste voyage vers un monde meilleur, s'avançant tous les jours sur les vagues d'une mer en furie, comme si elle glissait sur les douces eaux d'un fleuve limpide; et ce n'est qu'après qu'elle aura déposé le dernier de ses enfants sur les rivages éternels « que l'ange du Testament jurera, par le Dieu vivant, aux siècles des siècles, qu'il n'y a plus de temps V »
' Bona enion in mala oonvortens insidiatur, et in electîs îniponel maculam. Ecdi., ». 33.
* Jura vit per viventem in ssecuia saîculonun... Quia tempus non erit amplitts. Âpoc., x, 6.
PODR LE SAIiNT TEMPS I)D CARÊME DE 4846
SDR L*ËTAT PRÉSENT DE UÉGLISB GATUOLIQUE W FRANCE
Pour calmer vos craintes sur le triste avenir qui semble menacer partout TÉglise catholique, nous avons mis sous vos yeux, nos très-chers frères, au commencement du carême dernier, et les promesses divines qui lui assurent un règne éternel, et Fabrégé de son histoire, qui confirme, à chaque page^ la vérité de ces promesses. Vous avez vu l'Église fondée par Jésus*Christ, conune lui méconnue et persécutée, n'opposer comme lui que la douceur, la prière et les bienfaits aux constantes persécutions de Tenfer et du monde. Elle a triomphé tour à tour des sophistes et des tyrans^ de la ruse et de la puissance, toujours plus forte à mesure qu'on la
croyait plus faible, et achevant la conquête de la terre au moment même où l'on élevait des monuments pour attester qu'elle n'existait plus. Ses premiers ennemis sont morts en confessant qu'elle avait vaincu; ses derniers adversaires descendent chaque jour au tombeau en confessant qu'elle est invincible ; séparés les uns des autres par dix-huit siècles de distance, ils se réunissent dans la même impuissance et les mêmes aveux.
Mais, si l'Église catholique est indestructible, s'il est évident, pour tous les bons esprits, que ses immortelles destinées échapperont sans cesse à l'action du temps et des hommes, serait-il également vrai qu'une fois entrés dans son sein par le baptême, les peuples n'en sortiront plus par l'apostasie? Les membres de ce grand corps sont-ils également incorruptibles, et n'en est- il aucun qui ne puisse s'énerver et périr en s'en séparant? Hélas! nos trés-chers frères, il faut bien nous hâter de l'avouer, le corps de l'Église est immortel, mais ses membres sont périssables : tous les enfants que Dieu lui a donnés peuvent successivement devenir des enfants prodigues; et l'on compterait plutôt le nombre des fleuves qui vont se perdre dans l'Océan que celui des nations qui sont entrées dans l'Église et qui ont eu le malheur d'en sortir. Un peuple vient, un autre s'en va ; mais, si l'abondance des
eaux que reçoit la mer n'augmente pas sa (riiéni*tude, les eaux qu'elle perd ne la diminuent pas. II en est de même de l'Église : la conversion d'un peuple accroît sa joie, lapostasie d'un autre lui arrache des larmes, mais son universalité ne change point; ce qu'elle a perdu la veille, elle le répare le lendemain, toujours Une, SainUf Catholique, Apo$lo-^ lique, jusqu'à la consommation des siècles. C'est bien avec raison que son divin fondateur L'a appelée la lumière du monde* Elle offre, en effet, toutes les phases de la lumière; elle a son lever et son coucher, parcourant toujours la même carrière» soit qu'elle laisse de vastes régions dans l'ombre, soir qu'elle éclaire de nouveaux climats.
Il y a longtemps, nos très-chers frères, que ce soleil de justice nous réchauffe de ses rayons. Par un miracle plus grand que celui de Josué, depuis plus de quinze cents ans il demeure suspendu sur nos têtes, oubliant de poursuivre sa course, pour nous prodiguer sa chaleur et ses bénignes influences. Mais ne dirait-on pas aussi que sa lumière nous importune? Trop vive pour les uns, trop faible pour les autres, il semble que la nuit serait préférable au grand jour qu'elle nous procure, et le désir de la voir disparaître et s'éteindre peut désormais , s'échapper des cœurs sans exciter aucune surprise. Est-ce pour le mal que l'Église catholique a fait à
ses propres enfants qu'ils se sentent ainsi préyeaus contre elle? D'où vient donc tant de mépris et tant de haine pour une mère? Ne les a-t-elle pas portés dans ses entrailles? Ne les a-t-elle pas enfantés avec douleur et nourris de son lait? Que veulent-ils et que lui demandent-ils? Us n'en savent rien euxmêmes. L'aversion indéfinissable qu'elle leur inspire ne ressemble à rien de connu : c'est unsentiment nouveau dans le monde, d'autant plus fort qu'il est moins raisonné; c'est une de ces maladies sans nom qui déconcertent la science du médecin, parce qu'on ne peut en connaître ni les causes ni la nature. Passe le ciel que ce ne soit pas aussi Tannonce funeste et le signe avant-coureur de quelque nouvelle révolution; et que le Seigneur^dans sa colère, ne s'apprête à nous retirer son Église, comme le père de famille éloigne la mère quand il veut châtier les enfants !
Cette dernière pensée oppresse notre âme. En vain voudrions-nous Téloigner de nos tnéditations; elle nous suit dans la prière, elle nous accompagne dans nos travaux apostoliques; sans cesse repoussée, elle revient sans cesse plus vive et plus amère, et nous ne pouvons plus résister à la voix intérieure qui nous presse de la laisser enfin sortir de notre cœur. Â Dieu ne plaise que, prophète de malheurs, nous venions soulever d'une main téméraire le
Toile impénétrable qui cache l'ayenir; nous n'avons pas assisté au conseil du Très^Haut, et nous ne savons pas si nous serons bientôt visités par sa justice ou par sa miséricorde. Mais autant il y aurait d'imprudence à jeter Talarme au milieu de nos troupeaux, autant il y aurait de faiblesse à ne pas leur signaler les dangers dont ils sont menacés. Si nous ignorons le sort que Dieu nous réserve, nous savons au moins, par les saints oracles dont il nous a confié le dépôt, comment TÉglise catholique s'établit dans les empires, et comment elle finit parles abandonner. Cette parole sacrée, qui n'a jamais trompé personne, renferme des promesses et des menaces qu'il faut méditer, parce que tous nos vains raisonnements ne les empêcheront pas de s'accomplir. Est-ce à dire cependant que tout soit dévoilé sans obscurité dans les saintes Écritures, et que, par les châtiments qu'elles ont prédits à certaines Églises, il nous soit possible de juger infailliblement de notre avenir? Non, sans doute, nos très-chers frères, mais il y a toujours assez de lumière pour apprendre aux fidèles à se garder et des craintes exagérées qui abattraient leur courage, et des espérances trompeuses qui pourraient les séduire.
Laissons donc les ennemis de l'Église se féliciter chaque jour de son afTaiblissement et de ses pertes, et compter, comme s'ils étaient des dieux, le petit
nombre d'années qui lui reste encore à vivre; ils prennent évidemment leurs désirs impies pour des oracles sacrés^ et leurs volontés éphémères pour des arrêts du ciel. Laissons aussi les fervents chrétiens se plaire à raconter avec bonheur les conquêtes qu'elle fait tdus lés jours, les nombreuses conversions qui s'opèrent, le mouvemmt rdigieux qui entraîne les populations : ces cantiques de triomphe et ces chants de mort retracent bien mieux les espérances de l'homme que les conseils de Dieu. D y a plus d'imagination que de réalité dans ces tableaux affligeants ou consolateurs, et le plaisir qu'ils font ou la frayeur qu'ils inspirent ne jettent aucun jour sur la véritable situation de l'Église.
C'est à peine si les controverses religieuses, si vives depuis quelques années, ont pu la faire pres- ' sentir. Tout le monde voit qu'elle éprouve un ma* laise extraordinaire assez semblable à celui des navires engagés entre deux écueils. On la plaint, on l'accuse, on lui fait la leçon, on lui indique la^ route qu'elle aurait dû suivre; et même de jeunes passagers, qui n'en sont encore qu'à leur première traversée, nous conseilleraient volontiers de jeter les pilotes à la mer pour conduire eux-mêmes la manœuvre et nous sauver du naufrage. Déplorable situation que la nôtre, nos très-chers frères; mais
POUR LE SÂlRT TEMPS DU GÂRÊMB DE 1846. 505
iaut-il encore la bien eonnaltre. On a coutume^ pour l'eipliquer, de prendre à partie les hommes et les choses de ce temps : on se trompe. Le mal vient de plus Ioin<. et pour en sonder toute la profondeur, il est besoin de remonter plus haut.
La question n'est plus de savoir lequel l'emportera du principe chrétien ou du principe athée, auquel des deux restera le droit d'inspirer les lois, de régler les mœurs et de gouverner les hommes. La plupart d'entre vous n'étaient pas encore nés que la question était déjà résolue. Le principe athée avait triomphé, et si la lutte a continué depuis, c'est que les uns ont demandé d'appliquer à notre état social les conséquences pratiques de ce prin* cipe, et que les autres n'ont pas voulu lui faire un si funeste présent. Les temps sont venus de tout révéler; et si notre langage vous parait empreint de quelque indépendance, ne vous en prenez qu'à nos cheveux blancs et à la Mainte liberté de notre ministère. ^
Un peuple était né dans le sein de r£glise catholique; il fut élevé par ses soins maternels, elle Taimait comme son fils aine, et il en méritait le nom. Après lui avoir appris à lire et à écrire, elle lui enseigna successivement toutes les sciences divines et humaines, et, ce qui vaut mieux encore, elle le forma dès ses plus tendres années aux vertus gêné-