‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 58 sur 74 · V. JO · texte numérisé non relu

V. JO

reuses qui rendent les peuples grands et forts. Nul peuple ne porta plus loin que lui Famour delapatiie^ la fidélité, le mépris des basses actions et l'esprit de sacrifice de soi-même^ source féconde des plus héroïques dévouements. Il remplit bientôt le monde du bruit de sa gloire, et il fut placé d'un commun accord à la tête des plus fières nations. Peu content de les dominer par ses armes, il voulut s'en faire aimer par la beauté de sa civilisation, de ses arts et de son caractère; il y réussit au delà de ses espérances, n allait toucher au comble de la prospérité, quand, tout à coup, ô décrets impénétrables de la Providence ! sortit de son sein une nouvelle race d'hommes qui mit sa gloire à l'affaiblir en le divisant. Les sophistes, car c'est d'eux que nous voulons parler, les sophistes naquirent, et, avec eux, les opinions, les systèmes, les disputes religieuses, les théories sociales et tout cet appareil de vaine science qui fascine les esprits avec des phrases et les aveugle avec des mots. Des associations se formèrent; l'amour de la nouveauté leur gagna des disciples; elles se constituèrent en sectes et prirent le titre de religions. L'unité de croyance une fois rompue, il y eut plusieurs peuples dans le même peuple, cherchant à se supplanter, a s'asservir les Uns les autres. Abrs commencèrent les guerres intestines, traînant à leur suite les haines immortelles.

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les fureurs sauvages^ le pillage, le meurtre et cette longue chaîne d'espérances trompées qu'on nomme révolutiops* Les partis s'égorgeaient pour prouver chacun que le droit était de son côté.

Aux maux prétendus qu'on se flattait de guérir avaient succédé des maux effroyables dont personne ne voyait le remède. Le spectacle journalier de doctrines et de religions acharnées à s'enlredétruiie finit par éteindre dsius le cœur l'autorité de toute croyance. Incapable de démêler la vérité de l'erreur, quand il est réduit à ses propres lumières, Tesprit humain comprit un moment qu'il avait soulevé plus de questions qu'il n'en pouvait résoudre: mais il était trop avancé pour reculer. 11 marcha droit devant lui, et il trouva le doute, et le doute lui parut bon^ et il se reposa quelque temps.de ses longues et sanglantes controverses dans le scepticisme. Ce repos fut de courte durée. L'homme vit de foi, et le doute le tue, il aime mieux Terreur. Il fallut donc se lever encore, quitter la couche pénible où Ton avait cru trouver la paix, et chercher la vérité qu'on avait perdue. Les sophistes marchaient toujours à la tête des chercheurs. Ceux qui avaient tout brouillé promirent enfin de tout éclaircir. Nouveaux enseignements, nouvelles ténèbres. Us dirent à la nation la plus heureuse et la plus libre de la terre qu'elle était esclave et malheureuse; ils

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le lui dirent en beau langage/ et les grâces de la forme firent illusion aux meilleurs esprits. Il y avait des abus dans la société, et quelle société n'a pas les siens! on fit appel aux passions populaires pour les réformer. Au nom magique de liberté^ les mauvais instincts de notre nature furent les premiers à répondre, et il ne fallut que le faire retentir à propos aux oreilles du peuple pour lui inspirer le désir ardent de rompre les fers imaginaires qu'il ne portait pas. De brillantes satires contre Tordre établi, d'hypocrites élégies sur le sort de l'humanité souffrante, le dégoûtèrent peu à peu de sa religion, de sa monarchie et même de la noble simplicité de ses mœurs. Les systèmes allaient se multipliant, non comme les étoiles, mais comme les éclairs dans une nuit profonde. Venez à nous, disaient les uns, nous sommes les (ils de la lumière, et il n*y a de salut que dans nos doctrines. Ils vous trompent, sécriaient les autres, leurs principes vous conduiraient à Tesclavage et à la misère; et, dans ce conflit d*opinions opposées, les peuples à qui l'on avait ravi leur anMque foi demandaient en vain qu'on leur en donnât une nouvelle.

Les choses en étaient là vers la fin du dernier siècle; on ne s'accordait que pour disputer, mépriser et haïr. ^ omme une armée exercée par une savante l slruclion à des combats simulés appelle de

ses yœux la véritable guerre, ainsi les passions, instruites par les livres et les discours, demandaient à mettre enfin en pratique les théories qu'on leur avait enseignées. La seule pensée de Dieu et de ses lois, d'un pouvoir qui venait de lui, d'une morale obligatoire, lés mettait en fureur. Tout annonçait une complète révolution; elle éclata comme la foudre. En moins de temps qu'il n'en faudrait pour renverser le plus frêle édifice, la plus belle et la plus ancienne monarchie du monde tomba sous les coups des démolisseurs avec ses antiques croyances, ses vieilles lois, ses sages institutions consacrées par le temps. L*Église et l'État périrent ensemble, n avait été facile de détruire, on crut qu'il ne se* rait pas plus difficile d'édifier. Les plans étaient tout prêts : on les avait dressés d'avance; il ne s'agissait plus que de choisir le meilleur. On mit la main à l'œuvre, et les constructions furent poussées avec une telle ardeur, qu'en peu de mois on eut élevé, sur la ruine du passé, une nouvelle religion, un nouvel empire, un régime nouveau, de nouveaux droits, et point de devoirs.

Tout le monde connaît ces événements; nos yeux les ont vus, et, si nous en renouvelons la mémoire, ce n'est pas assurément pour en rappeler les douleurs. Hais il est impossible de rien comprendre à ce qui se passe aujourd'hui, et surtout à la situa-

tion de l'Église catholique, dans notre patrie, si Ton n'en cherche la raison là où elle est, ea reitaontant jusqu'aux événements et aux lois qui la iui ont faite. On s'est trop hâté d'écrire l'histoire; les temps sont encore trop rapprochés de nous. Oh peut apprécier jusqu'à un certain point les conséquences matérielles de ces grands événements, leurs conséquences morales sont plus lentes à se produire; chaque jour en amène de nouvelles : il fout les recueillir l'une après l'autre j les réunir ensemUe; et c'est alors, et seulement alors, qu'on pourra juger de l'arbre par ses fruits-» -

On a beaucoup parlé des crimes de la Révolution, et fort peu de ses lois; on a cru la rendre suffisamment odieuse en racontant avec effroi ses sanglantes exterminations : comme si le monde n'était pas le théâtre de tous les crimes, depuis sa naissance, et que son histoire eût autre chose à raconter que l'oppression des faibles par les forls^ des spoliations cruelles, des massacres et des exils. Ce qui donne aux crimes dont nous parlons un caractère qui n'appartient qu'à eux, ce qui les distinguera à tout jamais des inexpiables horreurs qui ont fait donner à la terre le triste nom de vallée de larmes, c'est que partout ailleurs le crime était une révolte contre les lois, et qu'ici seulement tous les crimes ont été des lois; car il ne s'est pas

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commis un attentat contre Dieu ou contre les hom* mes qui n'ait été inspiré ou commandé par une loi. Gonûdérés à ce point de vue, ces crimes changent de nature; il& ne restent plus dans la classe des calamités, ils s'élèvent au rang des principes; ils ne $ont plus un moyen, mais une fin qu'on se propose d'atteindre.

Or quel était ce but? de détrôner des rois, de briser des monarchies, de constituer des républiques, d'abaisser des grands, d'enrichir des pauvres? Non; le monde avait offert en tout temps de pareils spectacles, et plus d'une fois le soleil avait éclairé de pareilles scènes : c'était là, d'ailleurs, une guerre d'homme à homme dont les résultats peuvent être prévus d'avance. Ce n'était pas pour si peu de chose que le siècle se faisait appeler du nom superbe de siècle des lumières. Il portait plus haut ses pensées, et il aspirait à une autre gloire, à la gloire d'anéantir tout pouvoir divin sur la terre. Entrez dans ses assemblées, prêtez l'oreille aux discours des orateurs, écoutez leurs propositions, lisezleurs décrets. Contre qui sont, faites les lois? contre Dieju, et contre Dieu seul; elles ne renversent Ifis institutions et les pouvoirs secondaires que ^arce qu'ils servaient de bouclier et de sauvegarde à ce premier pouvoir; elles vont droit à lui, dans la majesté de leurs blasphèmes; et, si elles trem-

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pent les pieds dans le sang, c'est uniquement pour abolir son règne. On ne peut, en effet, suivre avec réflexion les travaux législatifs de nos grandes assemblées nationales sans se croire transporté au milieu des anges rebelles délibérant ensemble sur les moyens de secouer une fois pour toutes le joug de l'Être suprême : c'est le même langage, les mêmes desseins, le même orgueil et les mêmes violentes résolutions.

11 n'est dit, en effet, nulle part, que les mauvais anges, dans leur révolte, aient porté la haine de Dieu jusqu'à conspirer contre son existence. Contents de le détrôner ou de partager avec lui l'exercice de la toute-puissance, leur ambition n'allait pas plus loin. Â six mille ans d'intervalle, et au milieu de leur triomphe, les modernes conspirateurs firent preuve de la même clémence et de la même modération. Contents aussi d'affranchir les hommes de toute obéissance envers le souverain Maître, d'abolir son culte et de rejeter ses lois, ils lui laissèrent la vie, et ils portèrent la grandeur d'âme jusqu'à protéger son existence par une loi, à condition toutefois qu'il partirait pour l'exil et qu'il ne serait plus question de lui sur la terre. Hs se sentaient assez forts pour se charger seuls du gouvernement des choses humaines.

Pour premier châtiment. Dieu les laissa faire: il

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leur peimit de décréter la souveraineté reUgieme du peuple à la place de sa propre souveraineté^ et d'établir le cuhe de la Aaïson au lieu du culte qui lui ayait été rendu jusqu'alors. De ces deux grands actes législatifs sortirent tous les autres, comme du tronc de l'arbre sortent les branches et les rameaux. La souveraineté du peuple, nécessairement, entrai* nait après die la déposition du monarque et son supplice, la ruine des grands et l'entière transformation de l'état civil et politique du royaume. Du culte de la raison découlait aussi la négation de toute religion révélée, la ruine de l'Ëglise et la con- 6scation de ses biens, la proscription et la mort de ses prêtres. Les décrets innombrables qui suivirent la promulgation de ces deux premières lois n'en furent donc que la conséquence logique et forcée. Tout se lie, tout s'enchaîne dans cette étonnante législation, et, malgré les orages qu'elle eut à traverser, elle accomplit son œuvre, et rien ne fut capable de lui résister.

A peine le culte de la Raison a-t-il été légalement inauguré, qu'on se h&te d'introniser la déesse. Il est vrai qu'on se trompa sur la forme dont il fallait la revêtir; mais, si, au lieu de lui donner les traits d'une créature flétrie, on l'eût montrée à la multitude sous les traits d'un ange, son culte se fût peutêtre établi pour toujours. Quoi qu*il en soit, la Rai-

son fut mise en possession de tous les hoaneitrs divins; le peuple^dieu fit adorer son verbe, comme le Seigneur avait autrefois commandé aux anges d'adorer le sien. Les temples du Dieu vivant deviennent ses temples; elle s'assied fièrement sur ces mêmes autels devant lesquels, pendant {dus de mille ans, s'étaient prosternés les chérubins éblouis; des troupes d'adorateurs viennent déposer à ses pieds les dépouilles opimes de l'ancien Dieu de la patrie; on s'empresse de faire hommage à celte nouvelle divinité des ornements sacrés et des vases d'or et d'argent qui servaient à l'ancien sacrifice; des sacrifices nouveaux sont institués pour elle, et l'on sait quel raffinement de piété présidait au choix des victimes. Elle eut ses fêtes populaires, sa liturgie, ses pontifes dont la race dure encore, son calendrier, ses offices publics réglés par des lois, et, par-dessus tout, son ère célèbre, pour marquer le commencement du monde moderne. Qu'on dise que jamais l'orgueil humteiin n'était monté à. cette hauteur, on le conçoit; mais ne voir dans le froid établissement de cette religion nouvelle que les actès redoublés d'une longue démence, c'est une erreur manifeste qui doit s'évanouir en présence de l'histoire et des monuments*

La législation impie qui défendit, sous peine de mort, l'exercice de tout autre culte que celui de la

Raisofi^dieu est un phénomène inouï, si l'on veut, mais elle n'en est pas moins un fiait solennel qui pèse encore d'un poids immense sur les destinées d'une grande nation; et, certes, ils n'étaient pas insensés^ ces logiciens impitoyables qui, voulant rompre tout commerce avec le ciel, ne trouvèrent rien de plus noble et de plus grand qUe de placer dans le peuple la source éternelle du pouvoir et le premier principe de toutes les lois. Là où Dieu cesse de régner, l'homme occupe naturellement son trône; en refusant ses hommages au seul être qui est au-dessus de lui, son orgueil lui défend de les faire descendre aux créatures qui tremblent en sa présence, et il n'a rien de mieux à adoredr que lui-même. Cette incroyable législation, avec ses considérants, ses titres et ses articles, est donc l'application la plus parfaite de l'athéisme au gou* Temement des sociétés humaines; l'esprit humain n'ira Jamais plus loin : elle résume touteâ. les doctrines irréligieuses qui étaient dispersées dans le monde, elle en fait un cours de droit obligatoire, elle suspend le glaive sur la tète du malheureux tenté d'enfreindre ses dispositions. Une pensée uni* que en rassemble toutes les parties; aucune hésitation, aucun trouble ne se manifeste dans son texte ou dans sa rédaction; la i^upart du temps elle se distingue par sa simplicité ou l'énergique

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brièveté de son langage. Les législateurs savent toujours d*où fls sont partis et où ils veulent arriver. Les plus étranges catastrophes ne peuvent les faire dévier de leur chemin; la vue de la mort ne les effraye point; ni les honneurs lii la fortune ne sont l'objet de leur ambition : presque tous quit* tent la vie dans une obscure médiocrité voisine de l'indigence.

Mais il n'en est pas d'un corps de législation comme d'un corps de maximes offert au public dans les livres ou dans les discours ; quelle que soit la volonté d'imposer ses opinions à ceux qui le lisent, un auteur n'a aucun moyen de les y contraindre: il exhorte, il prie^ il conjure de penser et de sentir comme lui ; mais, après tout, le lecteur est libre de lui résister. Ainsi^ tant que les doctrines irréligieuses furent renfermées dans les conversations et dans les livres, elles ne privaient personne de la liberté de les repousser; mais, quand elles fu* rent changées en loi&de l'Ëtat, tout le monde leur fut soumis. On sait, d'ailleurs, que, les plus dangereuses doctrines s'usant aisément, le temps a coutume d'en faire justice; les lois, au contraire, ne passent pas; elles peuvent être rapportées, tomber en désuétude; mais, pour peu qu'elles aient pénétré dans les mœurs, leur influence se fait sentir longtemps, et les mœurs publiques ne marchent

souvent en sens inverse des lois nouvelles que parce qu'elles continuent d'obéir à la secrète impulsion de plus anciennes lois.

Or voici, nos très-chers frères, la nouveUe base que l'entrée de la souveraineté du peuple et de la souveraineté de la raison dans le recueil de nos lois donnèrent aux croyances et à la morale publique. lÀ OÙ Dieu est le pouvoir suprême de la société, là se trouve dans une volonté étemelle, immuahlej directrice de l'intelligence et conforme à la naître des choses \ la dernière raison de l'ordre et la règle toujours la même du commandement et de l'obéissance. Là où le peuple devient le seul pouvoir souverain, il faut trouver, au contraire, dans une volonté changeante et mobile comme les saisons de l'année, la règle fixe et permanente dont la société a besoin pour ne pas se dissoudre; de plus, en relevant de l'empire de Dieu, l'homme connaît le mal par les défenses de la loi divine : libre de le commettre, il sait qu'il n'échappera ni à rœil qui voit ni à la justice qui veille. Sous l'empire de sa propre souveraineté, le mal, pour lui, n existe plus. Régulateur suprême de ses pensées et de ses actions, l'homme a droit de tout oser; il crée le vrai, le bon, le juste, comme il lui plaît, sans avoir aucun compte

» Cir. apuil Licl.

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à rendre qu'à lui-mêoie; le mal moral n'est plus qu'un Tûin nom.

Sous la souveraineté de Dieu, Végalilé consiste dans le droit donné àtous de parvenir sans obstacle au même bonheur et de s'élever à la même gloire par la fidèle observation des mêmes préceptes et par la pratique des mêmes vertus : la vie présente n'est qu'une hôtellerie ; on y passe pour -aller ailleurs. Sous la souveraineté du peuple, l'égalité demande, pour chaque jour, le partage rigoureux des mêmes biens et le plein exercice des mêmes droits. Il y a violation de la justice naturelle partout où Ton voit inégalité de fortune et inégalité de plaisirs, oppressioo et servitude là où les uns commandent et les autres obéissent. Tous ont droit aux biens de tous. Ce que nous vous disons ici, nos trèe-chers frères, de la souveraineté du peuple s'applique, avec non moins d'évidence, à la souveraineté de la raison. Une raison souveraine reçoit des adorations, et n'en rend pas. Suprême régulatrice du monde moral, elle fait ou défait les doctrines, comme bon lui semble, et lui parler de quelque chose au-dessus d'elle, c'est lui demander de briser son sceptre et de déposer sa couronne. Une fois reconnue légalement pour reine des esprits, tous les cultes tombent dans sa dépendance, toutes les reli* gions tremblent sous sa main, et, si elle daigne leur

permettre de vivre et de ramper à ses pieds, c'est encore pour montrer sa force toute-puissante et les inépuisables bienfaits de sa tolérance.

S'il en est ainsi, nos très^hers frères, le présent s'explique par le passé, et, en descendant de la cause aux effets, tous pouvez facilement vous rendre raison de tout ce que vous voyez et de tout ce que vous entendez. Au fond des questions qui s'agitent, des doctrines qui se combattent, des partis qui se font la guerre, du malaise des âmes et des craintes qu'inspire l'avenir, se trouvent les inévitables conséquences de cette fatale législation sous laquelle nous n'avons pas encore tout à fait cessé de vivre. Au règne de la terreur ont succédé, il est vrai, des temps plus calmes pour l'Ëglise : elle a pu sortir de ses nouvelles catacombes, respirer l'air du ciel et boire l'eau des fontaines; mais pourquoi les cris de malédiction qui la poursuivaient la poursuivent-ils encore? Les tables dé proscription qui la mettaient hors la loi ont-elles été brisées? A-t-on fait autre chose qu'en suspendre l'exécution? Une loi ne peut être rapportée que par une autre loi. Où donc est la loi positive qui a décrété la souveraineté de Dieu à la place de la souveraineté du peuple? Où est la loi qui ordonne de rendre à Dieu un culte public à la place du culte national de la Raison? Où sont les lois expiatoires qui ont porté

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jusqu'au ciel le public témoignage de la pénitence et du repentir? N^est-ce pas, au contraire, au nom des lois que sont provoquées chaque jour les mesures qui peuvent affliger l'Église catholique et raviver ses douleurs? Â quoi tieut-il que l'État soit condamné à protéger toutes les religions sans pouvoir en professer aucune, à étendre même cette égale protection aux cultes les plus opposés, à celui qui adore le Dieu des chrétiens comme à celui qui le crucifie, et qu'il soit contraint, sans tomber en contradiction avec lui-même, de salarier des ministres qui chantent les louanges de Jésus-Christ et des ministres qui le blasphèment? Condition étrange et qui ne peut s'expliquer que par l'action de deux forces contraires agissant ensemble sur l'Étal : la force de la législation, qui le soumet à un athéisme pratique, et le vif sentiment de sa conservation, qui lui dit tous les jours qu'un État athée ne peut durer longtemps. Il est donc vrai que, sous les principes de notre droit public, la loi est athée et doit l'être; et, si jamais cette maxime effroyable venait à retentir dans l'auguste sanctuaire de la justice, si elle éclatait au milieu de la cour souveraine chargée de veiller à la saine interprétation des lois, elle y serait consacrée par un majestueux silence. Dans cet état de choses, plus les pouvoirs publics sentiraient la nécessité de se rapprocher de Dieu,

moins ils oseraient donner à connaître qu'ils ont besoin de sa Providence ; ils ne souffriraient son Église que pour faire voir au dehors qu'ils savent la contenir. Quand ses plaintes les plus légitimes viendraient préoccuper l'opinion publique, ils prendraient contre elle un air de colère, ils la menaceraient de l'application des lois qui l'ont proscrite, la rendant ainsi responsable du bien qu'ils voulaient lui faire et du mal que lui veulent ses ennemis. On lui rappellerait surtout que les liens matériels par lesquels elle tient, tant bien que mal, à l'ordre social, ne l'ont point relevée de la position domestique et privée à laquelle l'a réduite la législation; qu'elle ne possède plus rien sur la terre; que ses temples appartiennent à l'État ou aux communes, et qu'il en est de même des habitations de ses prêtres; qu'il n'y a pas jusqu'aux ornements sacrés, au pain et au vin de son sacrifice, qui ne soient d'emprunt, et que, par conséquent, lorsqu'elle parle de droits; elle se trompe de date et revient à des temps qui ne sont plus. Aurait-elle la simplicité d'invoquer les lois, à son tour, et de chercher à la fin de nos codes des dispositions qui la protègent contre celles de leur commencement? Dirait-elle qu'elle y est expressément reconnue, et que, par cette reconnaissance, les décrets qui lui étaient hos* tiles ont été au moins implicitement révoqués?

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