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des morts? Et ces qualités si hrillaotes, riches trésors de grâces et d'amabilité, ces manières si élégantes et si polies, ce goût si pur, source de tant de cbefs-d'œuyre, sévère et gracieux tout ensemble, et n'attachant jamais Tidée du beau qu'à ce qui était décent et honnête, et cette naive gaieté des plaisirs populaires, fruit précieux de Tinnocence de la vie et de la paix des consciences, mœurs religieuses de la vieille France; par quelles mœurs ètes*vous remplacéeâ !
N'attendez pas, nos très-chers frères, que nous vous en tracions le tableau; c'est à Dieu seul, et dans le secret dé sa face, que nous pouvons parler en pleurant de ce que nous sommes. Vantons nos progrès, car, parmi tous les autres, il en est un universel, incontestable, la dépravation intelligente et raisonnée qui, sous le nom de civilisation, verse à flots, sur les villes et sur les campagnes, avec sa savante ignorance, le vol, la fraude, le viol de l'enfance, l'homicide, le blasphème, le suicide, et apprend avec succès aux pères à tuer leurs enfants, et aux enfants à égoi^er leurs mères. Voyez comme elle veille sur le berceau des petits enfants, comme elle épie le moment où leur raison commence à éclore, pour l'égarer et la flétrir; comme elle caresse les jeunes passions de l'adolescence, pour les exalter jusqu'à l'impossible.
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Autrefois du moins, dans les chutes les plus profondes, les sens entraînaient la raison; elle ne condescendait à leurs injustes désirs qu'après de longs combats. Aujourd'hui, l'ordre naturel est renversé; la raison, flétrie la première, irrite les passions coupables : l'esprit est souillé avant que le cœur soit corrompu. Les bas appétits de l'âme étaient méprisés par leurs propres victimes, ils sont honorés et justifiés par leurs esclaves. On faisait le mal, mais avec des remords; on violait la règle morale, mais on ne niait jamais ni son existence ni sa sainteté. Des conversions éclatantes rendaient chaque jour à la vertu les infortunés que le vice lui avait ravis. Les grands scandales finissaient par de solennelles expiations. Les faiblesses humaines des- 4^endaient l'une après l'autre des hauteurs sociales où elles avaient étalé leur honte, et, sous les ailes des saints anges, on les voyait, en larmes, frapper à la porte du cloître, et demander à ses dures austérités la pénitence, le pardon et une sainte mort. Il n'y avait enfin de grands scandales que parce qu'il y avait de grandes vertus : les uns naissent toujours de leur contraste avec les autres. Là où le vice règne seul, le scandale ne peut se montrer.
Autre chose sera toujours de porter atteinte à la loi morale, autre chose de ne pas y croire; de secouer momentanément le joug de la règle, ou de le
briser pour jamais; de s'avouer à soi-même, en se laissant entraîner au mal, que le mal est défendu, ou de se persuader une fois pour toutes que les plus déplorables égarements sont conformes à Tordre éternel, et de ne reconnaître enOn d'autre vertu que le plaisir, et d'autre crime que la souffrance. Sur cette terre d'exil, nos pères vivaient à un pôle, et nous vivons à l'autre : il y a tout un monde entre eux et nous.
Seriez- vous tentés, nos très-chers frères, de nous accuser de quelque exagération? Jetez un moment les yeux sur le miroir fidèle dans lequel viennent se réfléchir les mœurs publiques de ce temps, sur la littérature populaire qui en est la véritable expression. 0 Dieu! que lisez-vous, et quels livres avez-vous dans les mains? S'il paraissait quelqu'un de ces ouvrages dépravaleurs où l'impiété, la haine, l'envie, la bassesse du cœur, la cupidité, le mépris du ciel, l'amour de Tenfer et du crime fussent exaltés jusqu'à la folie, lui ouvririez-vous l'entrée de vos foyers domestiques? et pourrait-il se promettre de rencontrer au fond des consciences quelque sympathie secrète pour ses doctrines et quelque docilité pour ses leçons? Laisseriez- vous approcher des lèvres de vos enfants ces brûlants poisons qui ne peuvent que tuer les âmes ou les rendre folles et furieuses? Cette question vous révolte; nous bénis-
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sons Dieu de l'horreur qu'elle vous inspire» et cependant ces livres funestes sont plus répandus et plus recherchés que les bons livres. Ah! qu'il est indigent de lumières et de vertus^ de pensées honnêtes et de sentiments généreu^^, le siècle affame de ces restes immondes dont les auteurs seraient les premiers à rougir, si^ au fond de tant d'ignominies, il n'y avait un peu- d'or à ramasser!
Cette liberté de penser^ objet de tant de vœux et de tant d'espérances, est devenue l'humble ser^ vante des plus mauvais instincts de notre nature; elle ne sait déjà plus que nous aider à nous débarrasser du peu de vertu qui nous reste, et, moins redoutable par sa force que par sa lâcheté, toute sa gloire va bientôt se réduire à outrager ce qui est faible et bon, à obscurcir ce qui est clair par luimême et à faire trafic de la vérité. Un des premiers présents qui soit tombé de ses mains pleines de promesses, c'est d'avoir mis à prix la pensée humaine, en nous apprenant à la peser, à la mesurer, à la vendre comme le froment et le vin. Oui, des ateliers s'ouvriront où la pensée sera travaillée pour être vendue; des. marchés seront établis où on la délivrera en volumes ou par feuilles séparées, en gros et en détail, au plus offrant et dernier enchérisseur. Ce nouveau commerce aura ses chances et ses hasards, et, quand il menacera de se ra-
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lentir, les spéculateurs prendront leurs mesures pour en soutenir les prix et ne pas encombrer la place.
Ainsi, celte fière raison de l'homme, cette flamme divine, reine de la lumière, qui, sur ses ailes de se* rapbin, frianait avec orgueil sur ce monde matériel, comment est-elle donc tombée du ciel? et, vile marchandise, pourquoi la voyons-nous exposée sur les places publiques pour y être vendue comme une esclave? Qu'elle s'applaudisse de ses conquêtes, elles l'ont élevée à créer des valeurs, à combiner des chiffres, à se nourrir d'ai^ent; car, séparée de Dieu, elle ddt se coller à la terre et vivre de la lerre.
Afiaibliasement du pouvoir, affaiblissement des lois, affaiblissement des mœurs publiques, en est-ce assez, nos très-chers frères, et trouvez-vQus que la souveraineté de la raison occupe dignement le trône dont nous avons précipité la souveraineté de Dieu? Varhre de la science d/u, Hen et du mal a*t-il porté tous ses fruits, depuis qu'il a été replanté sur la terre? Hélas l il en sort chaque jour de nouveaux et plus amers, et nous venons d'y cueillir ta ciipidite, mère de laui le$ maux.
Ce n'est plus l'antique idolâtrie prosternée devant le veau d'or, ni la soif ardente des richessest que les païens appelaient exécrable; ce sont les
plus vils aj^étits de l'humanité, le peuple de nos désirs charnels, la nation turbulente de nos penchants révoltés qui demandent de For, et encore de For, et toujours de For, pour se rassasier des coûteux plaisirs de la vie. Voyez-vous ces monuments superbes qui affectent les formes pompeuses de nos basiliques? Ce sont les temples du nouveau dieu; son culte ne fait que de naître, et il compte déjà plus de disciples que tous les cultes ensemble. Où va i^tte foule empressée? Les rangs, les âges, les sexes et les conditions y sont confondus. Mais quels sombres soucis sur le front des disciples! quelle inquiète agitation parmi les prêtres et les sacrificateurs! Le nouveau dieu aurait -il donc, comme Moloch, ses sacrifices et ses victimes? Sans doute; mais, plus humain et plus doux que Fidole de Ghanaan, il n'est pas altéré de sang; il sait se contenter de larmes, de dépouilles et de désespoirs. Ainsi, au bruit enchanteur des harangues qui célèbrent sa grandeur et sa prospérité, la société, séparée de Dieu, laisse voir à Fœil nu « des plaies larges et profondes que Fart humain n'a pas encore appris à guérir S » et, pour finir par la plus effrayante de toutes, par celle qui attaque la vie sociale jusque dans sa source, la postérité pourra-
* Vulnus, et livor, et plaga tumens, non est circumligata neqfue fota oleo. Is., 1, 9.
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t-elle croire qu'il y eut un temps où la justice la plus forte de l'univers, aux prises avec le parricide, succombait dans la lutte, jetant au monde ce doute nQuveaUy s'il n'y a pas^ dans le cœur du scélérat qui tue son père ou sa mère, un sentiment assez excusable pour lui sauver la vie?
Que servirait-il de se faire illusion ? Autorité publique, autorité paternelle, respect intérieur des lois, honneur, probité, justice, tout s'affaiblit, fout décline, tout est menacé de périr; et si, comme on l'a dit, jamais nation n'a reculé devant une corruption pltu profofhde, où allons-nous, nos très-chers frères? Et, pour peu que le mal moral qui nous épouvante fasse de progrès, quel sera Tavenir de vos enfants? Car les hommes n'y peuvent plus rien; une force invisible les entraîne malgré eux. Les pouvoirs publics eux-mêmes, dominés par l'esprit des lois, ne sont plus assez forts pour en changer le principe, ni pour en arrêter les conséquences. Tout souffre également, et plaise à Dieu que tout ne soit pas mortellement frappé!.
Quand on nous parle donc de sauver l'Eglise par des agitations humaines, on indique bien le moyen d'avancer la maladie, mais on ne donne point de remède pour sauver le malade : plus on s'agite, plus, hélas! la société se déprave. Si le mal qui la travaille n'a pas encore atteint son terme extrême,
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rendons-en grâce aux principes chrétiens, aux habitudes religieuses d'un grand nombre de familles dont les saints exemples sont encore de puissantes leçons. Mais leur autorité ira s'affaiblissant comme tout le reste. Réduite à la simple condition des tra* ditions domestiques, et combattue au dehors par des principes et des exemples contraires, la religion des enfants aura le sort des traditions de famille; elle tiendra la première place dans leur vie, tant qu'ils seront sous les yeux de leurs tendres mères : une fois arrachés par les lois du sein maternel et confiés à de. nouveaux maîtres, ils respireront un autre air, ils entendront un autre langage; et, si jamais il arrivait à ces savants instituteurs de considérer la religion comme un préjugé de l'enfance dont ils seraient tenus de délivrer la jeunesse et de préserver l'âge mûr, combien faudrait-il de générations pour que toute religion fût bannie de la terre? Â. quel sort, Église de mon Dieu, seriez-vous réservée! Ne connaissant plus les choses morales que par le doute et l'indifférence, et Dieu lui-même que de nom, ces générations arriveraient successivement aux affaires; le clergé leur passerait sous les yeux, dans les assemblées publiques; en hommes positifs, ils trouveraient bientôt une grande économie à lui retrancher le pain matériel dont il est nourri. Us se souviendraient d'ailleurs qu'on leur
apprit, dans leurs hautes études, que les inaiMiùM catholiquet ont pu être utiles dans les temps anciens, mais qu'au point où est parrenue la science, elles sont plutôt un embarras qu'un secours, et qu'après tout il n'est pas plus difficile de construire des machines pour faire de Tordre, de la probité, de la justice et des vertus publiques, qu'il ne l'a été d'en inventer pour franchir en quelques heures les plus grandes distances.
Les derniers liens matériels par lesquels l'Église tient à l'État étant rompus, ses pasteurs réduits à l'indigence deviendraient un fardeau pour les paroisses. Là où la foi aurait conservé quelques restes de vie, ils recevraient encore, pendant quelque temps, l'aumône qu'ils donnaient aux pauvres; partout, au contraire, où les habitudes religieuses auraient cessé d'être populaires, on leur dirait : Allez ailleurs, nous avons assez de peine à suffire à nos besoins sans penser aux vôtres. En ce temps-là»^ de vastes empires, fermés pendant de longs siècles au ministère sacerdotal, lui ouvriraient leurs portes; d^autres royaumes plus près de nous rentreraient dans le sein de l'unité catholique; la lumière ne se coucherait sur nous que pour se' lever sur d'autres nations. Les conseils des impies seraient confondus; car ils croyaient éteindre le flambeau de TÉglise, et ils n'auraient pu que le faire changer de place.
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0 divine Providence ! que vous savez bien, sans miracles, vous venger de nos superbes dédains et de nos égarements volontaires! Pour nous punir du mépris de vos lois, il vous suffit de nous abandondonner à celles que nous avons faites. Vous n'avez pas besoin de troubler l'ordre des événements pour nous faire . souvenir que nous avons un maître. A mesure qu'on s'éloigne de vous, on marche vers des abîmes; si l'on veut construire sans votre concours, l'entreprise manque d'architecte, et l'édifice ne s'a-p chève pas; la raison publique s'obscurcit et s'égare, on ne s'entend plus, on murmure les uns contre les autres, on s'accuse mutuellement du mal intérieur que tout le monde sent et que personne ne voit. Ce qu'on aurait pris, en d'autres temps, pour des moyens de salut, s'évanouit comme de lui-même; les révolutions appellent des révolutions, parce que les questions qu'on avait voulu résoudre la veille recommencent le lendemain; la société s'en va à la douteuse lueur de ces feux errants qu'elle prend pour des lumières.
0 vous, qui savez que toute chair est infirme et que l'homme est enclin à corrompre sa voie, Seigneur, éclairez les esprits et remplissez les cœurs de votre grâce et de votre charité. Arrêtez-nous par votre bonté dans cette longue carrière de mensonge et d'erreur qui nous mène loin de toute vraie