‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 62 sur 74 · II · texte numérisé non relu

II

fuserait à demander pour eux l'esprit de sagesse et de force dans toute sa plénitude?

« J'espère, Monseigneur, que tous ne trouverez pas présomptueux de ma part l'appel que je fais à votre charité en faveur de cette cause, qui mérite tout l'intérêt de votre clergé et de votre troupeau.

c< Le vénérable prélat dont je suis le coadjuteur a pensé, après mûres réflexions, et je me suis rangé à son avis, qu'un des moyens les plus efficaces pour hâter le moment du retour dans le commun bercail de tous ces frères qu'un mouvement d'erreur en a fait sortir depuis si longtemps, serait de solliciter de nos frères les évéques de la France et des autres pays catholiques une grande manifestation de sympathie et de prières à l'égard de la malheureuse Église d'Angleterre.

ce Cette circonstance vous explique, Monseigneur, comment je m'adresse à vous plutôt que toute autre personne plus digne de remplir cette mission.

c( Si nous pouvions, comme fruit de cet appel, espérer d'obtenir de vous une demande publique de prières de la part de vos prêtres, de vos communautés religieuses ou de tous vos fidèles; si surtout nous pouvions obtenir de chacun des prêtres de votre diocèse une oblation de l'adorable sacrifice en faveur de notre malheureux pays, nos désirs, Monseigneur, seraient largement satisfaits.

LETTRE PASmORÂLE. 355

« Nous aurions soin, nous-mêmes, ensuite, de porter à la connaissance de toute l'Angleterre ces témoignages et ces ardents désirs de votre charité, et l'Église d'Angleterre répondrait, nous en avons l'espérance, à ces vœux de ses anciens frères.

« Vos cœurs pourraient jouir ainsi, dès cette vie, de la récompense due à votre charité^ en attendant que Dieu rende ce bienfait au centuple, dans le ciel, tant à vous, Monseigneur, qu'aux membres de votre clergé et à votre troupeau.

« Je vous prie, Monseigneur, d'excuser cette im* portunité, et de me permettre de me dire,

« Monseigneur,

« De votre Grandeur,

« Le très-humble et très-respectueux serviteur,

« t N. WISEMAN, écêque de Mélipolame. »

Lorsque ce saint et savant prélat nous écrivait cette lettre, il ne pouvait pas savoir que, dans une ancienne église de notre diocèse, dont il réclamait les prières^ une messe solennelle avait été fondée, depuis un siècle, pour la conversion de l'Angleterre. Nous nous plaisons à citer ce qu'on lit dans les registres de Saint-Pierre-Lentin, à Orléans :

<c Une rente foncière de trente livres a été donnée, par testament olographe de M. Colas de Mon-

dru, en date du 29 décembre 1742, aux charges d'une messe solennelle de saint Edouard, le 5 janvier, annoncée aux prônes. On doit fehanter, à la fin, Domine, nwi $e€undùm^ ayec l'oraison de la miséricorde et celle du saint, à l'intention de la conversion des Anglais. Après leur retour à l'Église, si Dieu leur en fait la grâce, on ne dira plus Domine^ non ^ecunduniy mais Te Denm landamu$\ » A cette époque, les regards de l'Église tout entière étaient tournés vers Vile dei Saints, et on attendait avec anxiété le moment de sa conversion. La France venait d'accueillir, avec une générosité qui lui fut plus tard libéralement rendue, d'illustres proscrits: tant d'infortunes unies à uu funeste attachement pour Terreur l'avaient émue d'une profonde com-

' Il est ajouté dans ractc :

f Des trente livres, il appartient six francs h Taîné de MM. Curault, autant ù Tainé de la famille Boyetet, qui, après avoir été avertis par le sonneur, assisteront à Toflie^ (en cas d'absence, ce manuel retourne au profit de la fabrique), et trois livres pour être distribuées aux pauvres convalescents de PHôtel-Dieu, au sortir de la inesse, par les messieurs ci^essus nommés. Sii livres à M. le curé; six autres livres au même, aux charges de fom*nir six cierges de demi-livre, de donner honoraires aux diacre, sons-diacre et chapiers. L'écu restant se partagera en deux : trente deux sous à la fabrique, autant au sonneur, qui doit sonner dès b veille, aux deux Angélus, et avertir MM. Curault otBoyetet.

f L expédition du testament est an trésor, avec la quittance des finances. M- Boyetet de Bagneau est chargé de la moitié de lu rente, qui doit être payée le 4 du mois, nu plus tard. Les dames Colas Desfrancs mère et Boulard sœurs sont chargées de Tautre moitié, par portions égales. » (Extrait du Martyrologe de V église et paroisse de Saint -Pierre- Lenlin d'Orléans, f 5 )

passion pour ce grand peuple^ et elle demandait à Dieu, par de ferventes prières, son retour à Tunité. Témoin de ces vœux presque universels^ saint François de Sales écrivait à son frère c< qu'il recommandait incessamment cette œuvre à la divine Majesté, avec confiance qu'il serait exaucé avec tant d'âmes qui soupiraient pour cet effet*; » tandis que Bossuet, étonné de la persévérance des Anglais à consulter les annales des premiers siècles, laissait tomber de ses lèvres ces paroles prophétiques : a Une * nation si savante ne demeurera pas longtemps dans son éblouissement. Le respect qu'elle conserve pour les Pères, et ses curieuses recherches sur l'antiquité la ramèneront à la doctrine ^les premiers siècles. Je ne puis croire qu'elle persiste dans la haine qu'elle a conçue contre la chaire de saint Pierre, d'où elle a reçu le christianisme, [-.es temps de vengeance et d'illusion passeront, et Dieu écoutera les gémissements de ses saints". » Cependant, les conjectures de ce grand homme ne se réalisaient point; les prières des âmes ferventes paraissaient sans effet; a lé Seigneur avait-il donc fermé ses oreilles pour ne pas les entendre, et son bras s'était-il raccourci pour ne pouvoir sauver les nations'?»

* Lettre de saint Fr.inçois do Sales à son frère et coadjut(îiir.

* Histoire des Variations, liv. VII. CoiiclusiDii.

* Is., LIX.

Notre foi serait-elle assez faible, nos trés-chers frères, pour concevoir de pareilles craintes, et exigerions*nous du Seigneur qu'il exauçât nds prières dés le premier moment qu'elles lui sont adressées? Âh! songeons plutôt à ces paroles de Papôtre saint Pierre : c< Les trompeurs se disent : Où senties effets des promesses du Seigneur? car, depuis que nos pères sont morts, les choses demeurent comme elles étaient auparavant, et ils ne savent pas qu'aux yeux du Seigneur un jour est comme mille ans, et mille ans comme un jour. Dieu ne retardé pas l'effet de ses promesses, comme quelques-uns se l'imaginent, mais son jour arrivera enfin'. » Quand la divine Provideive laissait si longtemps l'Angleterre dans les ténèbres de l'hérésie, elle avait ses desseins; c'est à nous de les adorer* Qui sait si elle n'a pas voulu donner à la terre, dans cette puissante nation, un exemple mémorable de la faiblesse de l'esprit humain, quand il est abandonné à «es propres forces, même avec toutes les ressources de la civilisation la plus avancée. La science n'a pas manqué aux protestants anglais : ils ont écrit, sur le christianisme, des ouvrages qui le vengeront à jamais des sophismes de l'incrédulité. Us ont entrevu la vérité; le bandeau était en partie tombé de leurs

* II Petr., c. m, v, 9.

I£TTRE PASTORALE. 369

yeux; et, par, une inconséquence fatale, séparés de la foi par un seul pas, ils n'ont jamais essayé de franchir la barrière qui les empêchait d'en approcher. Trois siècles n'ont pas suffi pour les éclairer. Maintenant qu'il est bien constaté que la foi ne s'acquiert point par les efforts de l'esprit humain, que ni la science ni le temps ne sauraient la rendre à un peuple qui l'a une fois perdue, un mouvemient vers l'unité se manifeste sur tous les points de l'Angleterre. Les classes les moins instruites sentent, peu à peu, tomber les préjugés qui paraissaient un obstacle insurmontable à leur conversion; et les plus édairés parviennent, à la suite d'études consciencieuses, à découvrir la fausseté de la doctrine dans laquelle leurs pères les avaient élevés. Les docteurs les plus fameux de l'anglicanisme abjurent, tous les jours, leurs erreurs; et cette profession publique de notre foi, par des hommes d'une si haute réputation, ébranle nécessairement les convictions de la foule : on sait que la conversion des Tertullien, des Justin et des Origène jeta un vif éclat sur les progrès de l'Église naissante.

A quelle cause attribuer ce changement inespéré ? Nous ne donnerons pas aux savants ouvrages de Monseigneur Wiseman des éloges que sa modestie repousse. Mais, la fidélité de l'Irlande luttant avec une persévérance sans exemple pour la conserva-

tion de sa foi, les larmes qu'elle a répandues, les maux incalculables qu'elle a soufferts, n'ont-ils pas pu attirer les regards de la miséricorde divine sur des frères égarés? Et, d'un autre côté, l'accueil bienveillant que des Anglais protestants ont fait à des prêtres catholiques n'a-t-il pas achevé de toucher le cœur de Dieu? Les prières de saint Etienne mourant donnèrent le grand Apôtre à l'Église; et le centenier Corneille mérita, par ses aumônes, de devenir les prémices de la gentilité.

Sans chercher, nos très-chers frères* à approfondir davantage les causes de la conversion de l'Angleterre, ne pensons qu'à nous en réjouir, et hâtons-en Taccomplissement par nos prières. iNos pères sollicitaient le ciel pour cette nation, alors que son retour semblait encore éloigné; et, pourtant, ils entrevoyaient déjà le jour où ils pourraient entonner le cantique de la reconnaissance : aujourd'hui que nous paraissons toucher à cet heureux moment, faisons un dernier effort sur le cœur de Dieu, pour qu'il daigne achever son oeuvre. Conjurons-le instamment d'accorder à ceux qui se convertissent le courage héroïque dont ils ont besoin, au milieu des circonstances difficiles dans lesquelles ils se trouvent engagés. Nos prières, si elles sont ferventes, attireront sur nous-mêmes les bénédictions d'en haut : et, en rendant la foi au peuple pour qui

LETTRE PASTORALE. 36i

nous la sollicitons, elles la ranimeront en même temps dans nos cœurs.

Au moment où nous terminions celte lettre, nous avons appris la mort de notre Saint-Père le Pape^ et noUs avons pleuré, avec tous les vrais fidèles, la perte que l'Église vient de faire en son auguste personne. Le glorieux pontificat de Grégoire XVI demeurera, aux yeux de la postérité, un des plus marquants de Thistoire. Les temps orageux que ce Pape a parcourus, les affaires épineuses qu'il a eues à terminer, ne l'ont pas empêché de diriger d'une main ferme et sûre le gouvernement de l'Église; et les difficultés de sa position n'ont servi qu'à faire briller davantage son héroïque fermeté et la prudence divine de ses décisions. Je n'ai pas besoin de vous rappeler que c'est un devoir sacré, pour vous, de prier pour le repos de son âme, et surtout d'implorer les lumières de TEsprit-Saint sur les cardinaux chargés de lui choisir un digne successeur.

Du châteuude La ChapeUe-Saint-MesmiD, le 25 octobre 1846.

Monsieur le curé.

Dieu soufTre longtemps en silence Toubli de ses saintes lois : il fait lever son soleil sur ses amis comme sur ses ennemis; il distribue indifféremment aux bons et aux méchants les biens et les prospérités de la vie : on dirait qu'il n'a donné aucune espèce de sanction temporelle à Tobsenration de ses commandements. Mais, lorsque cette ineffable miséricorde, au lieu de porter les hommes à l'aimer avec plus d'ardeur, ne sert qu'à les enhardir contre le ciel, il a d'autres moyens de leur faire sentir qu'il est le maître et qu'il veut être adoré de

ses créatures* U ferme les trésors de sa bonté, et, déployant le terrible appareil de sa justice, il verse sa colère par torrents, et il proportionne la grandeur des fléaux dont il nous châtie à la longueur du temps qu'il nous avait donné pour les prévenir.

Le désastre inouï qui vient de frapper notre beau pays est parti de sa main souveraine : nul autre que le Dieu de la nature n'a pu dire au fleuve qui faisait notre richesse et notre gloire de surmonter ses rivages et de porter la désolation, la misère et la mort dans ces riches campagnes où il avait coutume de répandre l'abondance et la fertilité. Nous avons été, pendant trois jours, témoins oculaires de ses ravages et de ses dévastations. Nous avons entendu les sourds mugissements sous lesquels il semblait vouloir étouffer les derniers cris de ses victimes. La récolte et Icfs provisions d'hiver que le pauvre avait amassée» à la sueur de son front, pour mettre sa femme et ses petits enfants à l'abri de la faim, les animaux domestiques qui devaient les couvrir de leur laine ou les nourrir de leur lait, les arbres déracinés» les débris des maisons abattues, nos yeux les ont vus emportés comme une feuille légère dans le sein de la mer, qui ne les rendra plus.

Nous n'essayerons pas de vous peindre cette immense désolation» et encore moins de raconter les

oC4 LETTRE PASTORALE.

miracles de courage, de dévouement et de charité chrétienne qui sont venus adoucir tant de cruelles douleurs. Que Dieu bénisse les sauveurs de leurs frères, et ces chrétiens intrépides qui, sourds à la voix d'une famille en pleurs, sur un léger esquif que la moindre vague pouvait renverser, au milieu d'un courant impétueux et de la violence des vents, ont été les recueillir jusque sur les toits de ces maisons ébranlées, qui semblaient n'attendre que leur délivrance pour s'affaisser et disparaître à jamais. Les noms de plusieurs de vos confrères brillent sur la liste nombreuse de ces charitables libérateurs; et ce n'est pas sans une sainte joie que vous apprendrez, monsieur le curé, qu'au petit séminaire de la Chapelle, de jeunes aspirants au sacerdoce sont venus nous demander l'autorisation de se dévouer au salut des familles à demi-submergées sous les eaux, autorisation que nous eussions été heureux de leur accorder, si leurs forces avaient égalé leur courage, et s'ils n'avaient pas dû, navigateurs sans expérience, périr victimes inutiles de leur charité- Maintenant, il nous reste de grands devoirs à remplir : le premier, et le plus pressant de tous, c'est de voler au secours des familles qui ont tout perdu. L'hiver va les saisir dans un complet dénûment des choses nécessaires à la vie. Quelle honte pour des chrétiens, si les privations et la faim ve-

naient abréger des existences sauvées au prix de tant de dangers et de sacrifices! Priez, exhorLez, dilatez les âmes en faveur des infortunés à qui il ne reste pas même un asile pour se mettre à l'abri des injures de l'air. JDu haut de la chaire de vérilé, peignez en traits de feu leurs extrêmes souffrances; empruntez à l'Évangile ce tendre langage de l'a-* mour du prochain qui attendrit les cœurs et ouvre les mains à l'aumône. Mais servez-vous surtout de cette terrible leçon que vient de nous donner une sévère Providence, pour la conversion de vos paroissiens; qu'ils tremblent sous la main du Dieu des justices, s'ils veulent fermer l'oreille à la voix du Dieu des miséricordes. c< Le calice de sa colère n'est pas épuisé; et, un peu plus tôt, un peu plus tard, les pécheurs seraient condamnés à y tremper leurs lèvres, s'ils ne se convertissaient pas *. » Votre zèle, votre piété, votre charité, feront le reste. Prosterné au pied des autels du Dieu vivant, vous n'aurez pas à dire, avec le prophète : « Seigneur, vous les avez frappés et ils n'ont pas senti de douleurs; vous les avez brisés, et ils n'ont pas voulu se convertir : ils ont endurci leur cœur comme le rocher'. » Non, il n'en sera pas ainsi, monsieur le curé; ils ont senti la main de Dieu sur eux ou sur leurs frères, ils vou-

* Ps. LXXIV, 9.

• Jerero.Yyb.

dront apaiser sa colère par la pénitence; ils recon* naitmnt que c'est de la corruption de nos cœurs que sortent toujours les fléaux qui viennent nous accabler, et que nos offenses empoisonnent la racine de nos prospérités. Insistez souvent, dans vos instructions, sur l'accomplissenient des préceptes religieux qui sont le plus ouvertement violés dans votre paroisse, et, en particulier, sur le mépris scandaleux qu'on fait, presque partout, du précepte du dimanche. Faites-leur bien comprendre que Dieu se lasse de bénir un travail qui l'offense^ et que, souvent, il rend stérile pour un siècle la terre que nous prétendions rendre féconde, tous les jours, sans lui et contre lui. Appuyée sur des malheurs lamentables, votre parole se fera jmir à travers les plus aveugles préjugés; elle éclairera les esprits, elle touchera les âmes, et et elle finira par porter des fruits de grâce et de salut qui vous consoleront de la stérilité à laquelle votre zèle pastoral parut jusqu*ici condamné.

Le dimanche qui suivra la réception de cette lettre, vous la lirez au prône de la messe paroissiale, et vous annoncerez^ que, ce jour-là même, ou le dimanche suivant, à votre choix, une quête sera faite par vous, dans l'église, au profit des victimes de l'inondation.

Vous aurez soin d'envoyer le produit de celle

quête au secrétariat de Févêché, ou directement, ou par l'intermédiaire de M. le doyen de votre can* ton.

Une commission ecclésiastique est nommée pour en faire une distribution équitable entre MM. les curés des paroisses qui ont le plus souffert. Ceux-ci nous adresseront les noms des personnes q^i ont droit à être secourues, avec une note abrégée de leurs besoins.

La commission de distribution de secours sera présidée par Nous ou l'un de nos vicaires généraux ; elle sera composée de M. l'archiprêtre de la cathédrale, de M. l'abbé le Ber, chanoine, et de MM. les curés de Saint-Paul, de Saint-Paterne et de Saint-Donatien, et du secrétaire de l'évéché.

Recevez, monsieur le curé, l'assurance de mon bien sincère attachement.

t JEAN-JACQUES, évêque d'Orléans.

SIR l'tTAT PRÉSENT DE L'EGLISE

BT

Page 1