‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 64 sur 74 · II · texte numérisé non relu

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M)'i INSTBUCTJON PASTORALE

retentit longtemps du bruit de sa chute. Ce qu^on devait prévoir arriva.

Sous le gouvernement plus doux qui succéda à 1 Empire, les doctrines irréligieuses, les théories et les systèmes que la souveraineté du peuple avait mis au monde sortirent des esprits où ils s'étaient retranchés pour un temps, et, à laide des mêmes sophismes, des mêmes mensonges et des mêmes illusions qui les avaient portés au pouvoir une première fois, ils se promirent bien de le ressaisir encore. Dans l'espace de moins de huit ans, plus de detix milliom sept cent miUe volumes d'ouvrages impies, athées, séditieux, immoraux, obscènes \ furent réimprimés dans la capitale, jetés dans la province, colportés dans les villes et jusque dans les chaumières, vendus à bas prix ou donnés pour rien; et ces livres dépravateui*s n'étaient plus offerts à la curiosité publique comme des opinions isolées et comme l'œuvré de simples écrivains; ils reparaissaient au grand jour avec un autre caractère; ils revenaient au monde comme les vengeurs des principes foulés aux pieds par le gouvernement; ils s'appuyaient non plus sur des raisonnements, auxquels on peut opposer toujours d'autres raisonnements, mais sur des lois positives naguère en vi-

* Rapport du directeur de la librairie sur la minpression d ouvrages divers, depuis le mois de février 1817 jusqu'au 31 décembre 1^24.

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gueur, et que le despotisme seul avait suspendues; et, comme TÉglise catholique, dans ses dogmes, dans ses préceptes, dans sa discipline ou dans son ministère, n'avait rien qui n'eût été proscrit par une loi, plus le gouvernement avait à coeur de la protéger et de la défendre, plus il était accusé de violer la législation du pays. La souveraineté du peuple était donc de nouveau aux prises avec la religion. Cet état de choses ne pouvait durer longtemps: la lutte arriva bientôt à sa dernière crise, et le pouvoir périt en trois jours. Un autre prit sa place, et, supprimant tout préambule et toute déclaration de principes, il s'assit sur le vœu et Vintérêt du peuple, c'est-à-dire sur un fait national qui, de sa nature, laisse subsister au-dessus de lui la loi divine et la souveraineté de Dieu, mais qui ne les reconnaît pas non plus. Même silence à l'égard de la religion : rien ne semble dire s'il y aura un Dieu honoré et servi par la nouvelle société, ni quel sera le culte qu'on lui rendra, ni si la société lui rendra un culte. « Chacun professe sa reh'gion avec une égale liberté et obtient pour son culte la iTiême protection ; les ministres de la religion catholique, professée par la majorité des Français, et ceux des autres cultes chréiirng\ reçoivent des

* Les rabbins juifs ont été compris, depuis, au nombre des ministres des cultes chréticm.

traitemenls de l'État. » Après avoir ainsi garanti la liberté de chacun, ou la liberté individuelle en matière de culte, et considéré la religion comme une institution domestique et privée, le nouveau droit public se tait sur tout le reste, et il laisse le corps social en dehors de la profession extérieure de toute religion. Â Dieu ne plaise qu'en parlant ainsi nous venions, censeur téméraire, juger ce qui est, le louer ou le blâmer ! Une pensée plus haute et plus digne de notre apostolat inspire toutes nos paroles; c'est que l'état social, par le concours et l'assista nce de la religion, acquière la force et la stabilité qu'elle seule peut lui communiquer.

Appliquez-vous donc ici, nos très^chers frères; car, pour vous faire comprendre l'état présent de l'Église, il est de notre devoir de vous introduire dans ce que rqrganisatiofi des sociétés humaines a de plus profond et de plus intime. Aux yeux de Dieu, comme aux yeux des hommes, un peuple est une personne morale qui a un corps, un esprit et une vie qui lui sont propres. Les individus et les familles dont il se compose forment son corps; les principes et les croyances qu'il professe en religion, en morale, en politique, constituent son esprit, et les siècles pendant lesquels il conserve son nom et son existence font la durée de sa vie. Mais celle personne morale, comme toute personne vivante.

pense^ délibère^ veut et agit chaque jour; il lui faut donc une tête pour penser et vouloir, un organe extérieur pour exprimer ses pensées et ses volontés, une main pour agir. Or ce chef, cet organe, cette main, c'est ce qu'on nomme Y autorité publique ou le gouvernement; en sorte qu'il n'est pas plus possible de concevoir un peuple sans gouvernement que de concevoir une personne sans tout ce qui la constitue essentiellement. Le gouvernement est donc la tête de TÉtat, le cœur de l'État, l'organe de l'État; c'est par lui seul que l'État veut, agit et commande. L'un est tellement identifié avec l'autre, qu'on dit indistinctement l'État pour dire le peuple, et l'État pour dire le gouvernement. Si donc le gouvernement n'avait aucune croyance religieuse déterminée, la société n'aurait aucune croyance religieuse déterminée; s'il ne professait aucune religion, la société ne professerait aucune religion; s'il ne reconnaissait aucune loi divine ni aucun droit divin, la société. ne reconnaîtrait aucune loi divine ni aucun droit divin. Logiquement parlant, la société serait athée, elle gouvernement aussi. Chacun de ses membres, il est vrai, pourrait être le plus religieux des hommes, mais il le serait comme simple particulier, et non comme membre d'un pouvoir public qui ne professe aucune religion. Par la même raison, chaque individu ou

chaque famille serait libre de professer extérieurement une religion quelconque; mais, si nombreux que fussent les disciples de la même religion, ils ne lui donneraient pas l'existence publique et sociale, qu'elle ne peut recevoir que de la profession des suprêmes pouvoirs; cette religion n'en serait pas moins reléguée dans la classe des opinionsy des actions et des habitudes personnelles dont les gouvernements n'ont à s'enquérir que lorsqu'elles sont utiles aubon ordre de la société. Ils les favorisent alors; ils sont heureux de les voir prospérer; ils leur donnent des indemnités, des églises, des temples ou des mosquées. Mais cela ne change rien à l'état social, qui n'en reste pas moins sans loi divine, sans religion et sans culte public. Dieu est toujoun exilé, sikok de la naturey du moins de la sodàé, et la société ellemême, isolée de la grande famille des nations, continue à vivre de cette vie factice et agitée qui la mène péniblement à la mort. Et ceci nous conduit à de plus hautes considérations.

Rien de plus grand pour l'imagination, de plus noble pour les passions, de plus fécond pour les orateurs et de plus glorieux pour, les faux prophètes que d'avoir appris à se passer de Dieu. Te poser loimême en suprême législateur, ne reconnaître d'autres lois que celles que tu as faites, commander aux peuples de vivre et de grandir par la seule force

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de ton intelligence et de ta volonté, te sentir à )a lois, trop grand pour servir un maUre et trop sage pour l'oiTenser, te contenter de le respecter dans le lointain de tes pensées, comme tu respectes les astres trop élevés pour te faire éprouver leur influence, ô homme! il te serait impossible d'imaginer un système social plus flatteur et plus beau; d'où vient donc que, depuis que tu as voulu le réaliser sur la terre, tu n'as recueilli, de tes essais, que des troubles, des révolutions et des malheui-s? C'est ce qu'il sera toujours aussi impossible de constituer un état sans qu'une religion publique lui serve de base que de bâiir une ville dans les airs'.v

Quand Dieu cesse de régner sur les peuples par leur volonté, il y règne par sa justice, et il tourne contre leurs propres lois les raisonnements dont ils s'étaient servis pour renverser la sienne. La même guerre que les sophistes faisaient à la loi divine, au nom de la raison, se poursuit contre les lois humaines par lesquelles on a voulu la remplacer. On les attaque à leur tour par les mêmes armes, et il n'y en a pas une seule qui puisse soutenir les coups que la raison lui porte, brisant, l'un après l'autre, les appuis dont on veut Tétayer, et ne lui laissant pour

* Plat.,oper., p. 1125.

fondement que la force, le. bagne et Téchafaud. El que sont les promesses, les seroients, les conventions et tous les contrats humains, séparés d'une loi divine qui ordonne de les eiécuter et de les accomplir? Des paroles. Quelle obligation morale, quel lien de conscience en peut-il résulter? Aucun. Direz-vous que l'intérêt public demande impérieusement que les lois soient observées. Qu'est-ce que rintérèt public, vous dira-t-on? C'est, sans doute, ce que, les intérêts particuliers ont de commun. Fort bien, reprend le sophiste; mais, si ce que les intérêts particuliers ont de personnel l'emporte de beaucoup sur ce qu'ils ont de commun, ils ne verront donc dans la loi qu'un injuste tyran qui vient les dépouiller et les appauvrir; ils se ligueront pour abréger son règne, et ils finiront par le renverser. La loi, n'étant établie que sur la nécessité de mettre d'accord l'intérêt public avec les intérêts particuliers, suppose qu'il y a, le plus ordinairement, opposition entre les uns et les autres; et, s il y a opposition, quel sera le juge? La loi, dites-vous; la loi sera donc, en dernier ressort, le fondement de la loi.

Voulez* vous, pour lui donner une base plus solide, la fonder sur la volonté générale de tout un peuple? Ce second appui serait encore plus fragile que le premier. Qu'est-ce donc que cette volonté gé-

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nérale dont la loi recevrait son existence et sa sanction? Elle ne pourrait être que la réunion. et Taccord de toutes les volontés particulières. Or il en est des volontés comme des intérêts; là ou se trouve l'intérêt particulier, la volonté particulière ne tarde pas à s'y rendre pour faire cause commune avec lui. Il y a donc lutte inévitable entre les volontés particulières et la volonté générale, comme il y avait, tout à Theure, opposition entre les intérêts particuliers et l'intérêt public : il faut donc consulter, une à une, toutes ces volontés pour savoir s'il y a lieu de faire la loi. Obtiendrez-vous l'unanimité? Jamais. Dans cette hypothèse, il serait donc impossible de faire la loi? Non, dites-vous encore, parce qu'à défaut d'unanimité, le plus grand nombre doit suffire. Vous voilà déjà sorti de Tordre naturel, pour entrer dans les fictions; mais n'importe. Si le plus gcand nombre suffit pour faire la loi, une fois adoptée, elle n'en pèsera pas moins comme une tyrannie sur le petit nombre qu'elle n'aura pu rallier. Ce petit nombre travaillera incessamment à grossir ses rangs, et, en attendant, entre lui et le plus grand nombre, quel sera le juge? Toujours la loi. La loi sera donc encore ici Tunique fondement de la loi.

Le mal est plus profond encore. Là où aucune loi divine, aucun droit divin, neseraient publiquement

reconnus, là, il serait impossible d'établir aucun droit humain autrement que sur la force; mah force ne fait pas droU! à moins de dire que le coup de vent qui couche le vaisseau sur la mer exerce un droit et que le navire, en sombrant, remplit un devoir. Contentons-nous d'un seul exemple : quel est, de tous les droits de Thomme, celui qui a le plus besoin d'être reconnu pour inviolable et sacré? C'est, sans aucun doute, le droit de propriété. Or ne donnez, un moment, aucune valeur à cette dé* fense divine : a Le bien d'autrui tu ne prendras ni retiendras injustement^, » et essayez ensuite de trouver une base morale au droit de propriété. Direz-voMS à celui qui le nierait que la loi défend d'y porter atteinte? Il vous répondra aussitôt qu'il n'y a qu'à changer la loi. Invoquerez-vous tous les principes de justice, déquité naturelle qui sont gravés dans les cœurs? Il vous opposera des principes non moins naturels, qui s'y trouvent gravés aussi. Vous lirez, dans une page de vos codes : « Toute société serait impossible si le droit de propriété n'était inviolable; » il tournera le feuillet, et lira, dans un autre : « Toute société serait absurde si les hommes ue naissaient égaux en droits; » et, d'un allument à l'autre, il finira par conclure que l'égalité des

* Non fui'Uim faciès. Exod., xi, 15.

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droits emporte l'égalité de propriété. Vous répliquerez/ nous le savons, par des distinctions plus ou moins subtiles,- mais vos adversaires ont une logique plus franche et raisonnent à moins de frais. a Eh quoi! vous diront-ils, nous naissons tous citoyens de la même patrie, nous avons tous un droit inhérent et naturel aux biens que cette patrie renferme, et les riches ne violeraient pas ce droit en concentrant dans leurs mains une terre qui nous appartient au même titre qu'à eux. Que la ruse ou la violence aient^ pour un temps^ usurpé notre droit, elles né Tout pas anéanti; il vit et proteste sans cesse contre l'usurpation : l'injustice est à son comble, un nouveau partage devient nécessaire, et, pour l'obtenir, l'insurrection est le plus saint des devoirs ! » On s'étonne de plus en plus de la diffusion de ces doctrines spoliatrices qui menacent Tordre social d'un nouveau chaos, on suit leurs rapides progrès avec effroi; mais ces doctrines sont-elles donc si nouvelles, n'ont-elles pas déjà fait toute une législation, et n'est-ce pas au nom de leurs lois qu'elles viennent attaquer les vôtres?

Ce que nous venons de dire du droit de propriété s'applique, à plus forte raison, à tous les autres; car, tous étant uniquement établis sur la volonté de l'homme, la même autorité qui les a créés peut les détruire;. « or il serait absurde que la volonté se

donnât des chaînes pour l'avenir*. » Il n'y a donc rien de stable et de permanent dans les institutions humaines séparées de La profession publique d'une loi divine : le droit des gens n'est pas plus solide que le droit civil ou politique.

Quand un pouvoir souverain, faisant profession publique d'une religion, traite avec des pouvoirs étrangers, si on lui demande des garanties de la sincérité de ses promesses et de ses serments, le Dieu que nous adorons^ peut-il répondre, entend nos serments et reçoit nos promesses, la religion que nous professons nous oblige à les accomplir; mais celui qui ne professe ni religion ni culte public, quelle garantie morale pourrait-il offrir de la sincérité de ses engagements? Sa ferme volonté de les tenir? Mais, nous venons de le dire, ce la volonté de rhomme est déambulatoire par essence*, » elle peut n'être pas demain ce qu'elle est auj6urd*hui. Ainsi défiance au dehors, instabilité, agitation au dedans, impuissance totale d'établir aucun droit, la force seule courbant les âmes, voilà quelques-uns des caractères qui distingueraient un état social sans religion et sans culte public. Mais, lorsque l'autorité n'est plus que la force, que la raison n'est plus que la force, que la morale n'est plus que la

' Cont. soc., c. 1.

* Inslit. de Justinicn.

SUR UÉTÀT PRÉSENT DE L'EGLISE. AiT,

force, les noms augustes de pouToir et de devoir, de justice, de bonne foi, de probité, d'honnêteté publique, n'ont plus de sens, toutes les vertus périssent faute de raisons d'existence. « Tout repose alors sur une liberté farouche et sauvage, où chacun peut tout prétendre, et en même temps tout contester; où la raison ne peut rien, parce que chacun appelle raison la passion qui le transporte; où le droit même de la nature demeure sans force, puis^ que la raison n'en a point; où, par conséquent, il n'y a ni propriété, ni domaine, ni bien, ni repos assuré, ni, à dire vrai, aucun droit, si ce n'est celui du plus fort: encore ne sait-on jamais qui Test, puisque chacun, tour à tour, peut le devenir, selon que les passions feront conjurer ensemble plus ou moins de gens \ >>

Tel est pourtant le terme fatal où vont aboutir les législations purement humaines qui placent le principe de toute souveraineté religieuse et morale dans l'homme ou dans le peuple. C'est un problème encore indécis de savoir combien de temps une société peut subsister en cet état; mais il y a un ordre général, dans le monde, contre lequel rien ne prévaut : c'est que les êtres qui violent les lois essentielles de leur nature ne vivent pas longtemps 1)

* Bossuet, V' avert. aux proleslaiit?, xlix.

il 4 INSTRUCTION PASTORALE

faut se hâter de rentrer dans les éternels principes de l'ordre, pour peu qu*on ait eu le malheur d'en sortir. Afais, ici, que d'obstacles s'opposent à ce retour I

Le rocher suspendu aux bords de la OKmtagne n'a eu besoin que d'un léger effort pour s'ébranler, se détacher et rouler au loin dans la plaine; et qu'il faudrait de fatigue et de temps pour le remettre à sa place! U en est ainsi des institutions humaines: rien de plus facile que de les arracher de leurs fondements; rien de plus difficile que de les y replacer lorsqu'elles en sont tombées. C'est le plus beau triomphe de la sagesse et la plus pure gloire des législateurs. Pour comble de misère, l'expérience est là, qui montre combien la multitude souffre patiemment l'affaiblissement de l'ordre et la décadence de la morale, tandis qu'elle ne voit souvent qu'un obstacle à ses passions et un attentat à ses droits dans les actes salutaires qui doivent la sauver de sa ruine. De là ce mot célèbre : « Jamais peuple n'a reculé devant une corruption plus profonde*. » Parole impie, cependant, que l'histoire est loin de justifier, puisqu'elle nous montre des peuples conduits aux bords des abîmes par l'impiété, et ramenés ensuite par la religion à de nouveaux siècles ^e

* Rousseau.

SUR L'ÉTAT PRÉSENT DE LtGLISE. 415

grandeur et de prospérité. Il y aune source intarissable de vie et de durée dans l'accomplissement des lois divines; pourquoi la chercher ailleurs? Elle n'est que là. Aux passions qui ne sont pas tout à fait aveuglées, il faut donc présenter la douce lumière de rÉvangile, avec une tendre charité; à rignorance, une instruction salutaire; aux préjugés de naissance ou d'éducation, l'accord de la raison avec la foi; aux grands intérêts alarmés, la barrière infranchissable qui sépare la religion delà politique, et le précepte souverain qui « ordonne de laisser les morts ensevelir leurs morts \ » Cette tâche serait longue et pénible; mais elle serait bénie par l'auteur de tout bien, qui c< ne veut pas que nous périssions, puisqu'il a donné sa vie pour nous sauver. »

Ainsi, pour ne dire qu'un mot, en passant, des préjugés les plus répandus de nos jours contre la profession publique de la religion, il suffit d'ouvrir les yeux pour voir qu'ils repèsent tous sur d'évidentes erreurs, a Si la religion recouvrait une plus grande action sur l'état social, il n'y aurait plus de progrès possible, parce qu'elle tiendrait les peuples dans une déplorable immobilité. Or l'opinion est la reine du monde, et le progrès en est le roi : tout

* Dimitte mortuoe sepelire mortaos suos. Mallh., vui, 22.

ce qui a vieilli ne convient plus au siècle, qui veut marcher à tout prix. » Si l'on entend par là que nous professons une doctrine immuable sur les devoirs de rtiomme, une croyance et des préceptes qui ne changent pas, on peut nous reprocher justement de ne pas marcher dans le progrès. Telle nous avons reçu la religion, telle nous l'enseignons; et, si l'on désire que notre enseignement soit modifié pour l'afTaiblir, ce n'est pas une raison, pour nous, d'entrer dans la carrière des innovations. Hors de là aucun progrès social ou scientifique ne nous est étranger; et, loin d'être enchaînés, humainement parlant, par des traditions pétrifiées que le moindre mouvement réduirait en poussière, tous les vrais progrès utiles à l'humanité sont sortis du sein de l'Église.

Les oracles sacrés de la foi chrétienne gardent le plus profond silence sur les formes sociales des nations et des gouvernements, cela nous suffit; ils livrent le monde politique aux disputes des hommes, comme 4e monde matériel, avec cette seule différence que vous pouvez parler beaucoup sur les lois qui régissent l'un, sans qu'il vous soit donné de les changer,, tandis que l'autre, avec ses lois, est soumis à tous les changements temporels qu'il vous plaira de lui faire subir.

Que les hommes donc changent et façonnent

leui^ terrestres constitutions suivant la nécessité des temps; qu'ils gardent leurs anciennes lois ou qu'ils les renouvellent, la loi divine ne descend pas dans cette arène, et notre saint ministère n'intervient point dans ces débats. Une fois qu'elle a établi que Y origine de toute autœ^ité est en Dieu, que le principe de toute souveraineté réside essentielle* ment en lui seul, la religion laisse flotter le pouvoir sur la terre, au gré de la Providence : toutes les lois qui règlent sa transmission ou son usage, on ne saurait trop le redire, sont faites de main d'homme et soumises à l'inévitable fragilité des choses humaines.

Il est vrai qu'aux époques de révolution le clergé catholique sait se maintenir dans un calme qui déplaît aux passions emportées; mais la raison de cette conduite est plus haute et plus sage qu'on ne le pense. S'il y a quelque chose d'évident pour tous, c'est, 3ans doute, l'existence dans la société de deux forces opposées qui se contrarient et se combattent incessamment. Il n'y a rien de bon que le mal ne cherche à souiller: il n'y a rien de mauvais que le bien ne travaille à purifier. Or, dans cette lutte incessante, tantôt le bien l'emporte sur le mal, et il y a progrès; tantôt le mal l'emporte sur le bien, et il y a encore progrès. Dans ces deux états, on marche, on s'agite, on va également devant, soi, mais

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