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toujours en sens contraire^ pour arriver, soit à un plus grand bien, si Ton est dans la voie du bien, soit à un plus grand mal, si l'on est dans la voiedu mal. Il y a donc un bon et un mauvais pivgrès. Et comment les discerner? Rien n'est plus facile dans les sciences, dans les arts et dans l'industrie, parce qu'il y a dans les esprits un type commun de perfection dont on ne peut s'éloigner sans avancer vers la décadence et le dépérissement; mais, lorsqu'il s'agit de nouvelles institutions sociales, il n'y a plus de règle commune pour juger, au prennier abord, le bien ou le mal qu'elles feront aux hommes. Les passions ou les intérêts que favorise leur nouveauté disent bien qu'elles feront le bonheur du monde, mais les passions et les intérêts qu'elles mettent en souffrance disent qu'elles seront funestes et ne dureront pas. Que fera le clergé, au milieu de ces assertions et de ces prophéties contradictoires? 11 suspendra son jugement; il attendra que le temps, juge suprême des institutions humaines, vienne classer les nouvelles venues ou parmi les progrès utiles, ou parmi les progrès malheureux. Sountisj non par crainte^ mais par conscience, aux lois établies, étranger à toutes les agitations politiques, il aimera sa patrie et tous les enfants qu'elle a dans son sein; il appellera sur elle la bénédiction du ciel, et il priera sans cesse pour
les pouvoirs publics qui maintiennent l'ordre et la paix, si nécessaires à Texercice de son saint ministère.
Voyez, nos très-chers frères, ce que serait devenu le clergé catholique s'il eût embrassé tour à tour, avec le même enthousiasme, les constitutions humaines qui se sont succédé depuis soixante ans! Où serait sa dignité et l'autorité sainte de son ministère? Son atUtude calme et patiente au seiii de tant de mouvements divers a mérité l'admiration de ses ennemis, et cette immobilité qu'on lui reproche a fait sa force et sa gloire. Ainsi tenir le clergé en suspicion parce qu'il habite des hauteurs inaccessibles aux passions politiques; le soumettre à une inquiète surveillance; pénétrer autant qu'on peut dans sa pensée, pour savoir s'il aime ou s'il n'aime pas les changements qui s'opèrent autour de lui; hélas I vouloir former cet amour dans son âme par des colères et des menaces; inventer de nouvelles manières de parler, pour exprimer énergiquement la défiance qu'il inspire, et, par suite, les rigueurs qu'il pourrait mériter dans un prochain avenir; proclamer bien haut, et dans des discours superbes, que rÉtat doit être laïque ^ que le gouvernement et l'enseifinement doivent être laïque$^ si ce n'est point là un préjugé déplorable, et le plus aveugle des préjugés, qu'est-ce donc? Et cependant il se reproduit
sans cesse, et sous toutes les formes. On s'imagine que rendre à la religion sa légitime influence^ ce ne serait autre chose que rendre au clergé les prérogatives temporelles dont il a été dépouillé pour toujours. On nous suppose des regrets immortels pour un passé que nous n'avons point vu. Les plus anciens d'entre nous sont nés au bruit des révolutions; en ouvrant les yeux à la lumière, ils n ont vu que les autels sur lesquels on égorgeait les martyrs; la terre a toujours tremblé sous leurs pieds et ne les a jamais nourris que de fruits amers. Qu'avons-nous à regretter? Si nous avions désiré les biens et les bonneurs du monde, nous serions restés dans le monde; « et le monde ne nous hait que parcQ que nous ne sommes pas de lui, et il ne nous frappe de son mépris que parce qu'il a méprisé le premier Celui qui nous envoie*, » et il ne demande à grands cris notre abaissement que c( parce qu il a couvert l'auguste visage de notre divin Maître de crachats et de soufflets \ » Pour plus de ressemblance encore, ne vient-il pas de « nous confondre avec les malfaiteurs'? » Et n'a-
' Si inundus tos odit, scitote quia inc priorein vobîs odio habuii.- Quia Tero de mundo non estis... propterea odit vos mundus. Jean., st, 18, 19.
* Ëxpuerunt in fadem ejus, et colaphis eum cTciderunt. MaUb.. XXVI, 67.
' Et cum iniquis reputatus est. Marc, xv, 28.
SUR UÉTAT PRÉSENT DE LtGLISE. 421
t-on pas VU, dans certaines contrées, les charitables pasteurs des peuples signalés aux sauvages de la civilisation et surveillés par la force publique, de peur qu'ils ne portassent l'incendie aux pauvres chaumières où ils allaient porter leur dernier morceau de pain ? « Mais, au sein de ces tribulations, notre âme surabonde de joie, parce que nous sommes trouvés dignes de souffrir quelque chose pour Jésus-Christ *. » Plus le clergé catholique a d'ennemis à aimer, de calomniateurs à bénir, d'outrages à recevoir, plus est profonde la paix de son cœur, plus il est assuré de vaincre l'enfer et le monde. Si Ton voulait sincèrement le connaître, il faudrait peut-être demander ce qu'il est ailleurs qu'aux théâtres et aux romans; qu'on le demande aux malheureux dont il sèche les larmes, aux âmes flétries qu'il ranime par le souffle consolateur de ses sages conseils, au pauvre peuple qui connaît encore le chemin de l'église et du presbytère, aux hommes de toutes conditions qui conservent avec lui des relations intimes, aux hommes du pouvoir surtout, le mieux placés pour apprécier avec jus* tice l'esprit de modération et les heureuses tendances de notre ministère ; qu'ils disent enfin ce
* Ibant gaudentes a conspectu concilii, quonîam dignî habiti surit pro uoraine Jesu contuméUam pati. Act., ▼, 4i.
At^ INSTRUCTION PASTORALE
qu'on doit penser des regrets et de l'ambition du dergé catholique.
Un autre préjugé, non moins dénué de tout fondement, c'est qu'une restauration religieuse ne pourrait s'opérer sans porter atteinte.à la liberté des cultes, première condition de la liberté humaine et première nécessité de& temps modernes. Â Dieu ne plaise qu'il puisse y avoir une nécessité politique, pour les pouvoirs publics, de ne rendre aucun culte à Dieu et de ne professer publiquement aucune religion! Cette nécessité n'a jamais existé, elle n'existe pas, elle n'existera jamais, et la faire imposar aux grands pouvoirs de l'État par la liberté des cultes, c'est calomnier cette liberté même et la changer en une odieuse tyrannie. Chacun professée m religion avec itne (^ale liberté et obtieM pimr son cultela même pritteciion; cela voudrait donc dire : Il est défendu au gouvernement d'avoir aucune religion et de professer aucun culte? Quelle dériston! Si la liberté des cultes fait, partie du droit pubHc de la nation, l'autorité publique doit en jouir comme les particuliers; à moins quon ne soutienne que le gouvernement est hors la loi et qii'il e^t condamné à l'esclavage par la même législértion qui renfd tout le monde libre. Répétons-le donc hautement : f-a loi divine ne renferme aucun précepte politique; elle laisse à la Tai$(m d'Éiai â r^er les libertés
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extérieures, celle des cultes comme les autres. Les pouvoirs suprêmes disposent souverainement de cet ordre de choses purement temporel; ils n'ont point de juges sur la terre poi^r les actes qui s*y rapportent; et^ lorsqu'ils ont déclaré l'établissement d|e la liberté des cultes nécessaire au maintien de l'ordre social, il^ n'en doivent compte qu'à Dieu seul, et les hommes religieux doiv.ent obéir à ces sortes de lois temporelles avant toutes les autres et plus que les autres. Mais, plus )a liberté des cultes est inviolable,, plus elle est étendue, plus les pouvoirs publics ont droit d'y participer : ne serait-ce pas lui donner des bornes que de les en exclure? .
0 vous tous qui présidez aux destinées d'une grande nation, dépositaires de la puissance redoutable de la perdre ou de la sauver, soudrez qu'ayec tout le respect que nous ayons appris du grand apôtre à proférer pour l'autorité suprême nous vous répétions cette maxime étejrpelle, fondement de tout ordre et de toute durée : Point de société sans religion publique, et point de religion sans culte public; point de droit humain sans la reconnaissance d'un droit divin qui r^ptorise et le consacre; point de loi humaine sans une divine loi dont elle emprunte sa force morale. « Si Dieu ne construit avec vous l'édifice de vos institutions, vous
An INSTRUCTION PASTORALE
travaillerez en vain à l'élever et à l'affermir \ » Vous voyez déjà quelle douloureuse instabilité se fait sentir de plus en plus dans l'œuvre de vos mains. Ni les vues les plus droites, ni les plus nobles intentions, ni les plus vrais dévouements, ne peuvent se promettre aucun succès durable de leurs efforts réunis. Le talent des affaires, l'art de l'éloquence, les hautes combinaisons du savoir, le génie même delà politique, n'y suffisent plus; tout s'use et rien ne se renouvelle; vous vous succédez à la manœuvre comme des matelots infatigables, elle navire reste toujours engagé dans des écueils; un obstacle disparait, un autre prend sa place, et, souvent, le dernier qui survient est plus grand et plus triste que celui qui s'en va. Si vous prêtez l'oreille, vous pouvez entendre un bruit sourd gronder au fond des abîmes, « comme le bruit des grandes eaux*; » c'est celui d'une société nouvelle qui s'organise dans les ténèbres, qui nomme ses chefs et exerce ses armées, et qui a pris pour mots de guerre : la destruction et la mort! Triste consolation, que celle de se dire que la condition sociale à laquelle nous sommes arrivés est de tenir les hommes et les choses dans une perpétuelle incon-
* Nisi Dominas aMliticavorit doaiuin, in vanum laboraferant qui sedi* fîcant eam. Ps. cxxvi. 1.
* Sicut sonitus aqnanim multarum. Isai., xiii, 4.
stance ou dans une constante agitation I Hélas I tout chancelle parce que tout est mal assis, et tout est mal assis parce que la société manque d'une base morale. Par le développement régu* lier de vos institutions, rendez-lui ses fondements natlirels, acheyez d'eflacer du frontispice de nos lois cette maxime féconde en révolutions : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans le peuple. » Tous les législateurs n'ont-ils pas professé que « le principe de toute souveraineté réside essentiellement en Dieu? » N'êtes-vous pas les « ministres de Dieu pour le bien des hommes, ses représentants sur la terre, les dépositaires de sa puissance^?» Et, à tant de titres augustes, ne lui devez-vous pas un culte d'adoration, de reconnaissance et d'amour? Marquez du sceau de la réprobation nationale cette longue suite de décrets impies destinés, par une politique insensée, à exiler Dieu de la nature et de la société; appuyez vos lois sur ses saintes lois. 11 est surtout un commandement divin dont l'observance attire plus particulièrement la bénédiction du ciel sur les empires : puisse donc le repos sacré du jour du dimanche sortir enfin de la législation pour passer dans la conduite! Que les réunions profanes, les cœnices et
* Rom., xiiî, i et srq.
les revifexj ne soient plus, de préférence; assignées i ce saint jour, et qu'à l'heure même où Tairain sacré invite les fidèles à Toffice divin, d'autres Toix ne. les convoquent plus sur les pla(ws publiques, SOQS peine d'amende ou de prùon I ReotroQs dans la voie où toutes les nations nous ont .précédés^ et dans laquelle elles marchent encoire^ ne restons pas plus longtemps isolés au milieu de Taacien monde.
Vous le savez, et vous en convenee avec naus, la société n'est qu'un être moral, et il est impossible de la faire reposer longtemps sur des intérêts matériels; elle ne vit pas seulement de commerce et d'industrie, de jeux débourse et de politique, c'eslà*dire de pawj comme parle l'Évangile dsins son énergique simplicité; elle vit surtout de croyances religieuses, de préceptes divins, de probité dans les relations sociales, de fidélité et de sûreté dans les engagements, de bonne foi dans les contrats, d'obéissance consciencieuse aux bis de l'État, de respect pour les pouvoirs établis, de. piété filiale, d'autorité et d'amour paternel > et de cette, bienveillance mutuelle qui de tous Les membres d'un grand corps ne fait qu'une seule et même famille. EUjq vit enfin de cet esprit publie et national qui centuple la force des lois, naissant et se fortifiant avec les croyances publiques, et mourant toujours avec elles.
8i VOS institutions sont dignes d'un grand peuple, comme nous nous plaisons à le croire, tous ces biens, toutes ces vertus, doivent en sortir comme 1* ruisseau sort de sa source: et, s'il est démontré, d'ailleurs, que la religion a seule la tertu de féconder les établissements humains pour leur faire pro* duire cette riche moisson, le temps n'est-il pas venu de donner de plus en plus la religion pour point d'appui à ces mêmes institutions? A l'exemple de cette première assemblée que vous vohs glorifier de prendre pour modèle, pourquoi Dieu ne serait-il pas reconnu comme suprême législateur? a Est*il moins indispensable aujourd'hui de lui rendre un culte X[u'il ne l'était alors ^? » Les hommages pu* blics à la Divinité n'ont-ils pas été, dans tous les temps, le plus noble attribut de la souveraine puissance? Âh ! rendei? & Dieu ce qui est à Dieu, 6 vous qui demandez avec justice que nous rendions à César ce qui est à César. Les peuples, qui ne savent pas liire dans vos pensées, liront aisément dans vos actes publics; ils respecteront, ils pratiqueront avec honneur le culte professé par lespouvoirssuprèmes* L'exemple a to«t perdu, l'exemple doit tout réparer. Oui, donnez aux cultes établis la liberté, la prot«e* tion qui leur fut garantie par lès lois fondanfien-
' \ji 29 mai 1790, TAssemblre nationale décrète qu*ello se rendra en corps à la procession du Saint-Sacrement. Bulletin des lois.
taies; mais que la société, que vous représentez, ne soit pas plus longtemps privée de sa religion, quand tous les particuliers peuvent avoir la leur.
Or, entre tant de cultes établis, quel serait, sans blesser les autres, celui des pouvoirs suprêmes? <i Supportez-nous encore un moment*; » ce choix n'est point à faire. La puissance souveraine, dans le royaume très-chrétien, sousquelque forme qu'elle puisse se produire, ou ne professera aucune religion, ou elle professera la religion catholique. L'œil humain n'a jamais peut-être contemplé de plus magnifique spectacle que celui de cette sainte Église aux prises, dans notre patrie, avec les mille religions diverses qui tour à tour se sont élevées pour la combattre et la supplanter. Pendant près de quinze cents ans, les hérésiarques, les chefs de sectes^ les réformateurs de tout genre, et, après eux, les sophistes, les beaux esprits, les idéologues et les novateurs de tout Tunivers se sont abattus sur la terre de France pour la faire renoncer à sa religion. Us ont déchaîné contre la foi catholique le raisonnement, la ruse, l'insulte, la force, le sophisme, les sciences, les supplices, les lettres et les lois. Ils ont inventé, contre ses dogmes, ses préceptes, son sacerdoce et sa discipline, plus de men-
* Sed et supporUte me. Il Cor., xi , i .
songes et de calomnies qu'il n'en était tombé de la bouche des hommes depuis la chute de leur premier père» Ils ont épuisé tous les moyens de destruction dont l'enfer a pu faire présent à la terre. Il leur a été donné de faire taire nos solennités, de faire cesser nos sacrifices, de démolir nos temples, de les changer en théâtres ou en écuries, d'égorçer nos prêtres, de les fusiller, de les noyer, de brûler nos saints livres et nos ornements sacrés sur les places publiques; et, sur cette ruine uniyersetle, sur ces débris sanglants et muets qui n'opposaient aucune résistance, une puissance invisible leur a défendu d'écrire un autre symbole que notre symbole, de planter une autre foi que la foi catholique. Le passé répond de l'avenir; car le monde moral a ses lois comme le monde physique, et l'on peut assurer, sans crainte d'erreur, que la cause permanente qui a produit constamment les mêmes effets pendant quinze siècles les produira jusqu'à la fin des temps. On trompera les esprits^ on les aveuglera, on les enivrera de sophismes et d'impiétés ; on dressera l'enfance à n'approcher la religion de ses lèvres que comme une coupe dangereuse où l'on a coutume de jeter du poison; on s'applaudira d'avoir décatho- /msela France. Eh bien ! qu'on lui propose alors de changer de religion, rien ne sera plus facile à compter que le nombre des apostats.
A-t-on pensé, dailleurs, que nos nouvelles institutions rendraient à elles seules ce changement impossible, et qu on ne pourrait l'accomplir qu'en les renversant? Quel est, en efTet, aujourd'hui le principe fondamental de notre état social? Quel est le pouvoir dominateur de tous les pouvoirs? Ce sont, sans aucun doute, les majorités. Les majorités font les lois^ les majorités font les législateurs : elles disposent de la fortune publique, les gouvernements sont sous leur dépendance, elles sont au-dessus de tout, et rien n'est au-dessus d'elles; tout plie sous leur volonté, tout s'incline devant leur toute-puissance, même le front des rois. Or, s il en est ainsi; portez au loin vos regards sur toute retendue de ce bel empire, comptez le nombre d'associations religieuses qui y ont acquis le droit de cité« Parmi ces quarante mille clochers qui élancent leurs flèches dans les airs, combien en comptez-vous qui n'abritent pas une population catholique? Combien les autres cultes ont-ils pu rassembler de disciples? Ne vous faites aucun scrupule de grossir les nombres et d'appeler Timaginatian au secours de la statistique : tous ces cultes réunis fdrment-ils une imposante minorité? Séparés les uns des autres, que sont-ils par rapport au tout?
Si donc les pouvoirs publics doivent professer une religion et rendre à Dieu un culte publie, sans ces-
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ser d^ètre ce qu'ils sont, et sans violer le principe même de leur existence, pourraient-ils enprofe^ser une autre que celle de l'immense majorité de la nation? Là, disions-nous tout à Theure, est la base naturelle de Tétat social et la fin des révolutions; là, pduvons-nous ajouter maintenant, là est la solulion régulièredes questions religieuses qui préoccupent si fort les esprits, le repos des consciences et la sécurité de l'avenir. .
Le droit public repose sur des faits, et non sur des théories; il ne trouve de sanction morale que dans une loi divine publiquement reconnue; il est telle^ ment lié à Tordre divin, que, sans lui, il ne peut donner aucune raison des obligations qu'il impose. Qu'on multiplie tant qu'on voudra les professeurs et les écoles de morale; qu'on jette l'instruction et la science dans les sillons des champs comme dans les laboratoires des académies, qu'est-ce qu'une morale publique sans une religion publique? Quel droit a-t-elle de commander aux passions et de s'en faire obéirt A qui ne reconnaît aucune loi divine, un siècle de leçons et de raisonnements feront-ils comprendre ce que c'est qu'un devoir, et poilrquOi il y a des devoirs? Et cependant quelle société pourra se maintenir lorsque les droits de chacun n'auront d'autre règle que ses appétits et ses désirs, et d'autres limites que sa force?
43!2 LNSTRUCTION PASTORALE
Une miséricordieuse Providence nous avertit donc en toutes manières : tout ce qui fait la félicité des hommes, la concorde et la paix, l'union des cœurs, la douce confiance, l'amitié fidèle, la tendre compassion, la mutuelle sécurité, ne disparait-il pas chaque jour? Qu'est-ce que le vol, le meurtre et l'assassinat? Um$ifnple affaire. Et tromper son prochain, le calomnier, lui ravir l'honneur, l'appauvrir et le dépouiller, qu'est-ce encore? Une mnple affaire. Et ces livres effrontés, où l'on enseigne philosophiquement «que Dieu est un être chimérique, un assemblage d'impossibilités, une monstruosité *, » que sont-ils? Une simple affaire. Y a-t-il rien de moins estimé sur la terre que la vérité et la vertu? Où est la divinité du paganisme la plus vile et la plus abominable qui n'ait ses autels et ses innombrables adorateurs? Est-ce l'orgueil, l'égoisme, la cupidité, la haine, la volupté ou l'envie, ou la tromperie et le mensonge?
Et si, détournant la vue de ces dernières et tristes scènes d'une société qui se dissout, on la porte sur les générations qui s'élèvent à côté de nous, pour y chercher l'espérance et le gage d'un meilleur avenir, à mesure que ces jeunes et nobles âmes entrent dans la vie, une incrédulité précoce^ un scepticisme
' Expose d'un système philosophique. Paris, 4846, p. 240.
raisoniïeur, leur présentent la société comme une vieille machine ruinée qu'il faut abattre pour se donner la gloire de la reconstruire. Les grands caractères, l'esprit de sacrifice, source divine des belles actions, les horanjes supérieurs qui arrêtent les empires sur leur déclin, où les chercher, où les rencontrer? Bientôt la grandeur de l'homme, dépouillée de sa force et de sa majesté, ne brillera plus que dans quelques sonores improvisations de paroles, dernier amusement des nations qui tombent et des peuples qui s'en vont.
Vous tenez le cœur de l'homme en vos mains, 6 mon Dieu ! et vous savez que, d'ordinaire, il vous oublie parce qu'on ne lui apprend pas à vous connaître. Souffrez donc qu'en finissant nous répétions, mais dans un autre esprit, ce que vous dirent un jour vos frères de Galilée : « Puisque vous êtes le Sauveur du monde, montrez-vous, manifestez-vous à ses yeux ' » par de nouveaux miracles de miséricorde; renouvelez, en faveur d'un peuple que vous avez tant aimé, les prodiges des premiers temps; « rendez la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, el ressuscitez les morts *; » car, pour les nations comme pour les particuliers, vous êtes « la résurrection et
* Muiiifesta teipsam mundo. Joan., ?ii, 4.
' Creci vident..., surdi aiidiunt, mortui resurgiint. Matth., xi, 5.
454 INSTRUCTION SDR L'ÉTAT PRÉSENt DE L'ÉGLISE.
la vie \ » et, puisque a tous faites taire les vents et vous calmez les tempêtes d'une parole, » apaisez, Seigneur, les passions déchaînées; apaisez les divisions et les haines; répondez dans tous lés cœurs le céleste désir de l'union et de l'amour. Avec cette douceur et cette force infinie qui inclinent et dirigent les volontés sans les contraindre, apprenez aux grands et aux petits <c qu'il n'y a ni sagesse, ni prudence, ni politique à se séparer de vous *. »
' Ego sum resun-ectio et vila. Joan., xi, ib. ' T^tm e>i sapientia, non est priHlontia, non est consilium contra Dt»iniiium. Prov. \xi, 30.
l'OTR LE JUBILÉ UNIVERSEL
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