‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 70 sur 74 · II · texte numérisé non relu

II

tisanes flétries. Tout ce que le vice dégrade, tout ce qu'il plonge dans la misère, est digne de bienveillance et de respect; tout ce que la société révère n'est digne que de mépris. Haine à la société, c'est leur cri de guerre; ils sont nés libres, et partout elle les rend misérables : il faut donc en finir avec ses institutions arbitraires, ses pouvoirs oppresseurs et cette permanente injustice qui engraisse Toisive opulence des sueurs et du sang des hommes. Or, pour que l'arbre tombe plus vite, les romanciers ne perdent pas le temps à couper ses branches l'une après Tautre, ils jettent la hache dans ses racines, et, quand on voit les coups mortels portés par leurs livres aux plus fondamentales institutions, on est tenté de compter les heures qui nous séparent encore de la barbarie. Laissons-leur la religion, les bonnes mœurs et toutes les vertus publiques et privées, puisqu'ils prétendent que les lois les abandonnent à leur mépris. Mais ne pas se contenter d'empoisonner les sources mêmes de la vie sociale, travailler avec ardeur à les dessécher et à les tarir, c'est quelque chose de si incroyable et de si nouveau, qu'on a de la peine à se le persuader, même en l'entendant et en le voyant. N'en citons qu'un exemple. Certes, s'il y a une institution fondamentale chez les peuples civilisés, c'est à coup sûr celle du mariage. Que la fermeté du lien

conjugal ait eu beaucoup à souffrir de certaines doctrines et de certaines législations, personne ne l'ignore; mais il avait résisté jusqu'ici aux attaques combinées des sophistes philosophes et des sophistes législateurs. Il n'est plus question aujourd'hui de relâcher les liens sacrés du mariage ni de les rompre après les avoir formés, il ne s'agit de rien moins que de briser et de faire disparaître l'institution elle-même : or les romans contemporains sont à peu près unanimes sur ce point. Les uns l'enseignent pratiquement; mais les autres, en plus grand nombre, le mettent en thèse et le prouvent dogmatiquement. Oui, au milieu du dix-neuvième siècle, en présence de sages lois qui protègent la morale publique, sous les yeux d*une magistrature vigilante et austère, cette auguste et indissoluble union de l'homme et de la femme que TËvangile exalte jusqu'à la comparer à l'union de JésuH-Christ et de san Églm, doit s'abaisser et descendre à l'inconstante brutalité de ces unions fugitives que forment entre eux les animaux sans intelligence. Écoutez, nos très-chers frères, et comprenez enfin où les romans veulent vous conduire : « Le mariage est un mal, une institution immorale; l'adultère un retour vers le droit imprescriptible de la liberté de la femme; le concubinage une phase innocente des relations de l'homme et de la femme, un droit et

quelquefois un devoir. Cette forme d'union doit même être écartée pour faire place à une plus libre. Le mariage est une des plus odieuses institutions. Pour peu que l'espèce humaine fasse quelques progrès vers la justice et la raison, elle sera abolie. L'union de l'homme et de la femme doit être passagère; tout s'oppose à leur association, et le changement est une nécessité de leur nature. La vanité et la cupidité font de la plupart des mariages une prostitution jurée. La société dicte une formule de serment. Vous allez jurer d'être fidèle et soumise : l'un de ces serments est une absurdité, et l'autre une bassesse. » L'oreille de l'homme at-elle jamais entendu rien de semblable? et qui jamais eût pensé qu'une telle dépravation pouvait monter dans son cœur? et, quand on songe que l'universalité de notre langue porte ces exécrables doctrines jusqu'aux extrémités de l'univers, 6 nations de l'Europe ! soyez contentes ! que votre orgueil soit vengé de l'admiration que lui imposaient depuis si longtemps nos chefs-d'œuvre littéraires ! Peuple déchu, nous vous rendons le sceptre du goût, des lettres et des mœurs que nous sommes incapables de porter.

Hais, si l'association de l'homme et de la femme est immorale^ s'il est juste au contraire et conforme à la raison que l'institution du mariage soit abolie,

que deviendront les enfants issus de ces rapports sauvages par lesquels elle sera bientôt remplacée, ce pour peu que l'espèce humaine fasse quelques progrès vers la justice et la raison? » Les enfants! leur sort est réglé d'avance. D'abord « ils ne doivent rien à leurs parents, et leui's parents n'ont pas à s'en mettre en peine; leur naissance fut indépendante de la volonté de ceux qui leur donnèrent le jour; ils les ont trouvés sans les chercher; ils seront élevés à frais communs dans des gymnases publics, et pour famille ils auront la patrie. » Pauvres petits enfants! votre naissance est maudite. En s'ouvrant à la lumière, vos yeux ne rencontreront pas un sourire, et, si vous grandissez dans les pleurs, ce sera pour charger de malédictions le sein qui vous a portés. Inconnus des autres et ne connaissant personne sur ces mers orageuses où vous irez chercher fortune, quelle étoile vous guidera, navigateurs sans expérience?

Avec le mariage périt donc la famille, et avec la famille périt la propriété. Toutes les conséquences enveloppées dans les principes des romans contemporains en sortent, en ordre logique, pour la dissolution totale de Tordre social. Assurément ils ne se sont pas concertés ensemble; mais, n'ayant quune même lumière pour guide, ils la suivent naturellement et marchent dans le seul chemin

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qu'elle éclaire. De la justice et de la liberté originelles de rhomme, ils arrivent à la légitimité de ses penchants, au droit de leur obéir toujours, au mépris des institutions qui bornent ce droit, à la haine de la société qui est Tauteur de ces institutions, et ainsi de suite jusqu'à cette conclusion finale qu'il y aura désordre, oppression et tyrannie sur la terre tant que T homme y trouvera des barrières à ses jouissances et à ses désirs. Toutes-les nouvelles sectes qui menacent l'avenir n'ont point d'autre symbole, et c'est peut-être pour cela que les plus avancées prennent le nom de sectes radical€$, aspirant à un bonheur sans mélange d'infortune et a une liberté sans aucun frein. Laissez donc ces doctrines pénétrer plus profondément dans l'intérieur des populations; que les romans aillent les porter et les expliquer chaque jour aux classes souffrantes, au foyer du laboureur, à l'atelier de l'homme de peine; que les classes supérieures en favorisent le succès par leurs sympathies; qu'elles les encouragent par la lecture des livres qui les répandent; bientôt, nous le disons sans témérité, il ne sera plus question de savoir si des dynasties de rois prendront la place d'autres dynasties, si le pouvoir suprême brillera sur le front des monarques ou sur la tête des assemblées, si les États seront administrés par des patriciens ou des plébéiens : vaines

luttes des temps paisibles, innocents spectacles donnés aux peuples heureux. Quelque chose de plus surprenant et de plus sombre se remue au fond des âmes. Le code des droits de Tbomme n'a été quUmparfaitement ébauché, il s'en prépare des éditions plus étendues; chaque jour en voit paraître quelques articles nouveaux, par extraits et par feuillelom. Hais des mains patientes rassemblent ces lambeaux épars; ils sont publiés, étudiés et parfaitement compris. On n'arrête pas les idéeSy nous ditesvous quand nous vous parlons en gémissant des atteintes fatales portées à la religion, seule sauvegarde dessociétés humaines; et, maintenant que les mêmes passions qui s'attaquent à Dieu se tournent contre vous-mêmes, dans le passé vous pouvez lire l'avenir : d'autres que nous vous apprendront où vont les empires emportés par les idées qu'on n'arrête pas. (c Des hommes nourris dès l'enfance dans une intolérante impiété poussée jusqu'au fanatisme, s'écriait vers le milieu du dernier siècle, non un prêtre, non un père de l'Église, mais le plus hardi de vos philosophes, des femmes sans mœurs, des peuples sans foi, tous les devoirs de la conscience anéantis, l'amour de la patrie et l'attachement au prince éteints dans tous les cœurs, enOn nul autre lien social que la force : on peut prévoir aisément, ce me semble, ce qui doit bientôt résul-

ter de tout cela. L'Europe, en proie à des maitres instruits par leurs instituteurs mêmes à n'avoir d'autre guide que leurs intérêts, ni d'autres dieux que leurs passions, tantôt sourdement affamée, tantôt ouvertement dévastée, partout inondée de soldats, de comédiem, de filles publiques, de livres corrupteurs et destructeurs, voyant naître et périr dans son sein des races indignes de vivre, sentira tôt ou tard, dans ses calamités, le fruit des nouvelles doctrines, et, jugeant d'elles par leurs funestes effets, prendra dans la même horreur les professeurs et les disciples, et toutes ces doctrines cruelles qui, laissant l'empire absolu de l'homme à ses sens et bornant tout à la jouissance de cette courte vie, rendent le siècle où elles régnent aussi méprisable que malheureux K »

Vos alarmes sont exagérées, nous dites-vous encore, nos très-chers frères; ces livres ne font pas le mal que vous pensez, vous leur donnez une importance qu'ils n'ont pas; on les ouvre par curiosité, on les parcourt des yeux et on les ferme par dégoût. Eh ! plût à Dieu que leurs enseignements, embellis des prestiges de l'art d'écrire, ne descendissent jamais dans des consciences disposées à les accueillir! Mais pourquoi la plupart des drames

' Rousseau, juge deJ.J.,t 11, p. 309.

horribles qu'ils imaginent viennent-ils déjà se dérouler devant les tribunaux? Pourquoi les crimes qu'ils mettent en lumière descendent-ils des romans dans les cours d'assises, et remontent-ils des cours d'assises dans les romans? Pourquoi les mêmes raisonnements par lesquels toutes les mauvaises actions y sont justifiées reparaissent-ils sous un voile transparent dans la défense des plus grands coupables, comme pour recevoir une espèce de consécration delà majesté de la justice et de la tolérance des lois? Pourquoi l'homme de la société, poursuivant en son nom les attentats qui la déshonorent, n'jnspire-t-il déjà plus qu'une sympathie mourante aux nombreux assistants qui se pressent dans le prétoire ? Pourquoi sa parole grave et sévère est-elle souvent épiée comme une parole ennemie, ou comme si elle portait autant de dommages à la chose publique que les monstrueux délits dont elle demande la répression? Pourquoi ces livres commencent-ils à figurer dans les causes célèbres? Pourquoi gisent-ils, tachés de sang, auprès des cadavres des suicidés, comme le bourreau à côté de sa victime? Pourquoi sont-ils les amis fidèles, à tous les degrés de l'échelle sociale, des femmes qui compromettent leur bonne renommée ou de celles qui l'ont perdue? Pourquoi sont-ils enfin le seul ornement des temples de la volupté,

sinon parce que ces livres coupables tournent toutes les têtes^ dérèglent tous les esprits, enflamment toutes les imaginations et les poussent aux derniers égarements?

Chaque année on publie le tableau général des condamnations prononcées par la justice du pays. L'œil étonné y compte plus de coupables parmi les accusés qui savent bien lire que parmi les ignorants et les illettrés. Ce phénomène surprend la sagesse du siècle et semble mettre ses prévisions en défaut. On assemble les académies des sciences morales, on leur en demande l'explication : ces savantes compagnies prouvent en beaux discours que l'ignorance est la mère de tous les vices, et l'instruction la source de toutes les vertus; qu'à Tégard des comptes rendus par les annales judiciaires, cet état de perturbation passagère doit tenir à des causes qui ne sont pas encore bien connues, mais qui ne peuvent manquer de l'être plus tard. Ehl mon Dieul ne vous consumez pas en stériles labeurs; descendez un moment des hauteurs de la science, et daignez seulement interroger un de ces vendeurs de littérature marchande qui portent les romans nouveaux jusqu'au fond des campagnes les plus reculées; demandez-lui quels livres y sont le plus recherchés des populations et le plus promptement vendus. Est-ce à dire que l'instruction ne

CONTRE LES ROMANS MODERNES. h^9

soit pas un des premiers biens de la vie ? A Dieu ne plaise ! mais l'instruction est dans les doctrines. Et d'où sortent les doctrines? des livres qu'on lit. Et quels livres lit-on? des romans. Auraiton déjà vu^ non loin de la capitale de la civilisation moderne, des enfants danser toute la nuit, un roman à la main, sur la place même où le lendemain devait être exécuté leur père? Les fêtes populaires des villages où ces livres sont répandus se rapprocheraient-elles de plus en plus des infamies, des mystères nocturnes du paganisme? Et les noms sacrés de décence, de modestie, de pudeur, y seraient-ils accueillis par le rire impudent des vierges déshonorées? Et le grand nom de Dieu n'y serait-il plus entendu sans être accompagné d'un blasphème ? Et n'y trouverait-on pas moins de traces des vertus les plus vulgaires qu'on ne trouve de grappes après la vendange ou d'épis après la moisson ? 0 bien-aimés habitants de ces campagnes désolées, autrefois la portion la plus pure et la plus vertueuse de nos troupeaux, digne objet des complaisances de vos pasteurs, et maintenant celui de leur tristesse et de leurs larmes amères» les villes vous ont prêté leurs livres; elles vous ont dit : Lisez, et vous serez savants et civilisés comme nous. Et le mal et les doctrines du mal sont venus dans vos cœurs sans même passer par votre esprit! Ils vous ont frappés dans

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les dernières profondeurs de votre essence morale; ils vous ont donné l'appétit du vice sans vous en laisser la conscience et les remords; ils ont abaissé votre raison au niveau de vos instincts ! Jetez un regard de pitié sur vous-mêmes. L'amour de la terre est votre seul amour; aucun lien ne vous unit à vos semblables; il n'y a ni affection dans les âmes^ ni vérité dans les attachements, ni conscience dans les rapports. Si vos enfants vous demandent s'il est un Dieu et ce que c'est que Dieu, s'il est des devoirs à remplir dans la vie et quels sont ces devoirs, vous ne savez que répondre. Oh! qu'ils sont coupables, les écrivains et les livres qui vous donnent les ténèbres pour la lumière, et la dernière barbarie pour la plus parfaite civilisation ! Au tribunal du souverain Juge, ils n'auront pas de plus redoutables accusateurs que vous.

Taisons-nous, nos très-chers frères, et n achevons pas de lever les derniers voiles qui couvrent notre décadence morale. Encore ici nous trouverions des romans empressés à vous prémunir contre nos graves avertissements. Ils ont prévu que leurs leçons criminelles et leurs tableaux corrupteurs porteraient TefTroi dans les familles honnêtes; et, pour vous encourager à en soutenir la vue sans horreur, interrogeant l'histoire à leur manière, ils ont exhumé de la lie des siècles de scandaleuses horreurs,

auprès desquelles les scandales retracés par leurs pinceaux ne seraient que de bien pardonnables faiblesses. Avec des noms, des dates et des époques connus, leur talent s'est chaîné d'empoisonner l'histoire, soit en prêtant aux hommes d'un autre temps les passions, les intérêts et surtout les opinions des temps où nous sommes, les faisant parler comme nous pensons, et mettant dans la bouche des hommes illustres qui ont cessé de vivre les conversations et les sentiments de nos théâtres et de nos lieux publics. Â l'aide de tous ces travestissements, on fait un roman hûtoriquCy c'est-à-dire qu'on parvient aisément à étaler des vices et à cacher des vertus, à mettre des fautes au grand jour et à laisser dans l'ombre les qualités qui les rachètent, à rabaisser ce qui fut grand, à déshonorer ce qui fut auguste, et à prouver enfin aux ignorants que les temps passés ne valent pas les nôtres. Grande et noble instruction à donner aux enfants, que de leur apprendre à mépriser leurs pères! Irrécusable témoignage de patriotisme que de se plaire à flétrir toutes les illustrations de la patrie!

Jusqu'ici nous n'avons envisagé les romans contemporains que dans leurs rapports avec la société, et, à ce seul point de vue, vous avez compris tous les dangers de ces funestes lectures. Que serait-ce

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donc si le temps nous permettait de les considérer dans leurs rapports avec vos familles et avec vousmêmes? Nous aurions à vous demander quelles impressions ces livres laissent dans vos âmes, quelle espèce de pensées et d'inclinations ils réveillent dans vos esprits. Que de tristes illusions à dissiper, de faux jugements à redresser, de prétextes frivoles et de préjugés trompeurs à détruire! Que veulent en effet les romanciers? Quelle est la fin de leur art et de leur travail? Sans doute, que le lecteur s'intéresse à leurs récits, qu'il se plaise avec leurs per^ sonnages, qu'il goûte leurs discours et leurs sentiments, et, si l'on peut ainsi parler, qu'il s'identifie le plus possible avec ce qu'il voit et ce qu'il entend. Mais déjà, par le penchant de notre propre cœur, nous ne sommes que trop disposés à entrer dans leurs vices : c'est nous-mêmes que nous sentons dans les passions des autres, et la fiction du dehors cesserait de nous charmer si elle ne trouvait au dedans une déplorable vérité qui lui réponde. c< Si les nudités, si les peintures immodestes, causent naturellement ce qu'elles expriment, et que, pour cette raison, les lois en condamnent l'usage, combien plus sera-t-on ému de ces fictions voluptueuses où tout parait effectif, où ce ne sont plus des traits morts et des couleurs sèches qui agissent sur les sens, mais des personnes vivantes qui vous parlent

et TOUS regardent, cherchant à vous entraîner par une séduction irrésistible ^ »

Là se voit la raison profonde des traces coupables que ces livres laissent dans l'esprit et de leurs blessures souvent mortelles. Une trop douloureuse expérience ne vous a-t^Ue pas appris, nos très-chers frères, combien il est facile de raviver dans nos âmes cette disposition inquiète et vague aux plaisirs des sens, source cachée des plus grandes chutes, qui pèse sur toute la vie, et même sur les glaces de la vieillesse? Dans l'histoire des passions humaines, les pensées tiennent plus de place que les actions. La culpabilité de nos actes se mesure par celle de nos désirs; et, lorsque la corruption des idëes marche, comme dans ces livres, avec la corruption des sentiments, l'esprit et le cœur, assiégés ensemble, succombent tout à la fois. On le nie, parce que souvent on ne le sent pas; mais on ne peut le nier, puisqu'on l'a toujours voulu. Il ne faut « qu'aimer le danger pour être sûr d'y périr, » a dit l'éternelle vérité; et, quelles que soient nos opinions sur l'honnêteté morale et les devoirs qu'elle impose, noussommes libres de violer la règle, il est vrai, mais non d'en substituer une autre à sa place. Ce ne sont pas nos caprices et nos fantaisies qui nous jugeront,

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mais la loi de Dieu que nous n'avons pas faite. Et, pour comprendre jusqu'où peuvent être poussés Fillusion et l'aveuglement en si grave matière, quelle est la femme honnête, l'homme grave dans ses mœurs, qui osftt établir les moindres rapports personnels avec l'espèce de héros qui sont mis en scène dans vos romans? qui, sous les yeux du public, n'eût aucune crainte de se mêler à leurs intrigues, d'entendre leurs discours, et de passer chaque jour une ou plusieurs heures dans leur familiarité? Ne parlons plus ici de préceptes religieux : comment serait jugée une telle conduite par le monde lui-même? N'y verrait-il pas un mépris de l'opinion, une atteinte grave portée aux sages habitudes de la vie, un renoncement volontaire à l'estime des gens de bien? Or quelle différence morale pouvez-vous assigner entre les relations intimes que vous établissez, pour votre plaisir et par la lecture, avec des êtres avilis et déshonorés, et les rapports que vous formeriez avec eux par la fréquentation? Les uns sont secrets, sans doute; les autres ne le seraient pas. Mais les uns et les autres ne sont-ils pas de la même nature? N'agissent-ils pas également sur vos pensées et vos sentiments? Rougir des rapports extérieurs, et ne tenir aucun compte des rapports intérieurs, qui sont les mêmes, ce n'est pas justifier sa conduite, c'est l'aggraver;

c'est avouer, malgré soi, qu'on fait assez peu d'estime de ses devoirs pour se donner le facile mérite de les respecter devant les hommes, sauf, dans sa conscience, à les fouler aux pieds devant Dieu. Mais on ne sait que lire, nous dit-on encore, et cependant Fesprit a besoin de délassement. Eh! nos trèschers frères, quelle langue fournit plus que la nôtre un choix admirable de livres charmants, pleins d'intérêt et de douces émotions, mais irréprochables? Si nous avions un attrait sincère pour les grâces décentes et les aimables vertus, nous repousserions des livres qui se plaisent à reproduire partout l'idée du vice comme un charme nécessaire à leurs descriptions et à leurs tableaux. Mais, de même que l'usage journalier des liqueurs fortes paralyse le goût, au point de ne rendre sensible qu'aux excès qui abrègent la vie, de même la lecture habituelle des romans rend toute autre lecture insipide et pleine d'ennui : et voilà pourquoi, si vous cherchez un esprit borné, un caractère affaibli, une âme sans élévation et sans instruction, vous êtes assuré de les trouver parmi leurs lecteurs.

Heureuses donc, heureuses les familles où furent toujours inconnus les livres corrupteurs et destructeurs! Heureuses les maisons chrétiennes dont ils ne franchirent jamais le seuil! Heureux les foyers domestiques qu'ils n'ont point souillés de leur pré-

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