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LE JOUR DES MORTS

Melius est ire ad domum luctus quam ad domum convivii :

in illa enim finis cunctorum admonetur hominum.

Il vaut mieux aller au champ de deuil qu'à la maison du festin, car on y apprend ses fins dernières.

(Eccle., vu, 3.)

Mes Frères,

Ce n'est pas la coutume ordinaire des hommes de rechercher les émotions pénibles ou désagréables. A grand'peine les acceptent-ils, lorsque

1 Sermon prêché au cimetière de Pompignan, le 1èr no^ vembre 1890. — On peut profiter du jour des Morts pour établir ou propager une Association paroissiale de Notre- Dame du Suffrage, ou une Confrérie de la Bonne Mort. Nous adressons une feuille, encadrée de deuil, renfermant le Règlement de cette œuvre. Prix, franco : les 10, 0 fr. 20 les 100, 1 fr. 50: les 1.000, 14 fr.

la nécessité les y oblige. Et lorsqu'ils ont le choix de leurs démarches, alors on les voit fuir non seulement toute douleur et toute tristesse, mais jusqu'à leurs moindres apparences et à leur souvenir le plus lointain. Ah ! combien plaisent davantage les souvenirs et les dehors des joios humaines ! Et que de fois dans l'année, que de fois dans un jour, n'avons-nous pas franchi le seuil d'une maison, parce que nous savions que la joie y habitait, et que nous allions en prendre notre part ! Une fois à peine, dans l'année, il vous plaît, M. F., la mort dans l'âme et les yeux pleins de larmes, de vous acheminer vers la demeure du deuil, vers le champ des pleurs, des souvenirs amers et des regrets éternels. Faites-vous bien, en ce jour, d'accomplir ce funèbre pèlerinage ? Ah ! croyez-en l'Ecriture : il vaut mieux aller au champ de deuil qu'à la maison du festin. Mais, écoutez la suite de mon t^xte : elle en explique le commencement. Pourquoi vaut-il mieux aller au champ de dpuil ? Parce qu'on y apprend ses fins dernières; on sry renouvelle dans la terreur du mystérieux avenir qui est réservé à tout homme vivant en ce monde. In illa enim finis cunctorum admonetur hominum.

Rassemblons-nous, M. F., dans le champ de deuil. Voici l'heure solennelle où les vérités salutaires touchent les âmes. Ce tertre, entoura de tomboaux, que vous avez vus s'ouvrir, puis

se refermer sur la dépouille aimée de quelqu'un de vos proches, ce tertre n'est-il pas la plus persuasive des chaires? Ah! tout nous parle, dans cette enceinte. Tout nous dit qu'une sentence redoutable a été portée contre les hommes, en punition du péché originel. En vertu de cette sentence, ils doivent, image terrible de la peine des travaux forcés à perpétuité, consumer leur vie tout entière dans des travaux pénibles, monotones, ingrats; puis, cette vie, la finir par la peine capitale, et mourir. Il est certain que nous mourrons tous. Il est incertain quand nous mourrons. Il est même certain que la mort nous surprendra.

Avec quelle éloquence le spectacle du cimetière ne nous prêche-t-il pas ces vérités que nous oublions trop souvent ! Tout ce qui a vie sur la terre est soumis à la mort. La mort est la limite extrême où tout vient aboutir :

Mors ultima linea rerurn est. (Hor.., I. Ep. xvi.)

Comme les eaux passent et ne reviennent plus, ainsi se succèdent les générations humaines, et l'un des spectacles les plus fréquents de nos rues et de nos places publiques n'est-ce pas le cortège affligé, éploré, d'un père, d'une mère, d'un fils chéri, que l'on accompagne au milieu des pleurs, dans la maison de son éternité ? L'Ecclésiaste,

dans sa mélancolie, avait décrit d'avance ce triste spectacle. Ibit homo in domum œternitatis suœ et circnibunt in plalea plangentes. (xit, 5.) Le juste, pauvre et délaissé, est frappé par la mort, comme le sont, dans leur Louvre, les rois et les chefs de peuple. La garde qui veille aux barrières des palais est aussi impuissante que le toit de chaume à arrêter les entreprises de la mort.

L'égalité du prolétaire et du riche peut être un rêve en politique : elle est, devant la mort, une règle nécessaire. Tous meurent, parce qu'en Adam tous ont péché. La mort est entrée par le péché dans le monde, et, comme le péché, dont elle est la peine, elle a étendu sur tout le monde ses ravages. (Rom., vi, 23; v, 12.) Saint Jean nous la représente sous l'aspect sinistre d'un cavalier, monté sur un pâle coursier, suivi du châtiment et précédé de la terreur. Cet exécuteur des ordres providentiels a pouvoir sur les quatre parties de l'univers. Il peut tuer par le glaive, la famine, la consomption, ou la dent des bêtes féroces. (Apoc, vi, 8.) Malheur à quiconque est homme : il sera sa victime. Vos aittem sicut homines moriemini. (Ps. lxxxi, 7.)

Il est donc certain, M. F., que nous mourrons tous. Il est incertain quand nous mourrons,

Epouvantés par le spectacle de la mort sans cesse présente devant nos yeux, nous nous écrions naturellement, avec les Apôtres : Sera-ce bientôt, Seigneur, que ces choses arriveront? Fixez-nous-en l'époque. Dites-nous à quels signes nous connaîtrons votre approche et la fin de notre vie. (Luc, xxi, 7.) Ah ! comment Jésus- Christ révélerait-il à l'homme ce que les anges eux-mêmes ignorent, ce que nul que le Père céleste ne sait ? (Matth., xxiv, 36.) La mort nous trouvera, l'un dans son champ, l'autre dans sa demeure. Les hommes doivent vivre dans l'incertitude du moment fatal, afin qu'on continue, sur la terre, à manger et à boire, à donner des festins, à célébrer des noces, comme faisaient les contemporains de Noé, aux approches du déluge. (Matth., xxiv. 37.) Aussi, aucun signe ne nous a-t-il été donné pour nous fixer d'avance la date de notre mort. La maladie qui étend sur nous ses ravages, dont nous mesurons les progrès, dont nous calculons la rapidité, ne nous fournit jamais cette connaissance à laquelle nous attacherions tant de prix : le jour et l'heure de notre mort. Dieu, de sa main puissante, nous conduit parfois jusqu'aux portes de la mort, puis nous ramène, car il a seul sur nous pouvoir de vie ou de mort. (Sap., xvi, 13, 15.) Ah ! mieux vaut encore pourvoir à notre mort que de la prévoir. Utinam... novissima providerent ! (Deut., xxxii, 29.) Celui qui vient dans le champ du

deuil, prendre les leçons de la mort, la regarder en face et en méditer les enseignements, se met en état de n'en être pas surpris. Il n'attend pas, pour se préparer à mourir, une vieillesse qui peut-être ne lui sera pas donnée. Il meurt d'avance à lui-même. Il mourra volontiers : l'heure de Dieu sera toujours la sienne. Il le bénira sans cesse de l'avoir couverte du voile de l'incertitude : il le bénira plus encore lorsqu'il viendra à considérer que, s'il est incertain quand nous mourrons, il est certain que la mort nous surprendra.

Nous avons sur ce point plusieurs paroles de l'Evangile. C'est à l'heure où nous y pensons le moins, que viendra le fils de l'homme. Qaa nescitis hor a filins hominis venturus est. (Matth., xxiv, 44.) Au jour que vous ne l'attendrez pas, à l'heure où vous ne compterez pas sur lui, viendra le Seigneur. Veniet Dominns servi illius in die quo non sperat, et kora qua nescit. (Luc, xn, 46.)

Notre vie ressemble assez au festin que Denys, tyran de Syracuse, offrit un jour à Damoclès, son favori. Après lui avoir fait revêtir la pourpre et les insignes de la royauté, il le lit asseoir à sa table et servir comme un roi. Les mets exquis se succèdent, une musique fait entendre un doux

concert. Damoclès est au comble de la joie. Mais tout à coup, il lève les yeux. Un glaive nu est suspendu au-dessus de sa tète par un cheveu. Il pâlit, tremble pour sa vie et veut partir. Mais Denys le lui défend. Il exige qu'on continue à lui servir les mets les plus rares, et que les plus beaux concerts lui soient donnés. Mais rien ne peut détourner Damoclès de ses noires appréhensions, il ne mange plus, il n'écoute plus, il tremble.

C'est ainsi que la mort est de toutes nos têtes. Son spectre se dresse tout à coup au milieu de nos plaisirs. 0 mort, s'écrie l'Ecclésiastique, combien ta pensée est amère au possesseur paisible de vastes ?ichesses ! à l'homme heureux qui possède la considération de tous, et dont le corps se prête encore aux jouissances de la vie. 0 mort, ta sentence est plus douce au pauvre dont la vieillesse a amoindri les forces, et que des maux sans nombre ont poussé à bout de patience. (Eccli., xli, 1-4.) A tous, ton incertitude est cruelle : tu nous ménages, en cachant tes coups, une douloureuse surprise.

0 mort, l'Ecriture a raison de t'appeler : la reine des épouvantements. Ta crainte a envahi tout homme venant en ce monde. (Ps. liv, 5.) Nous voudrions te voir venir à nous. Il en est de toi comme du basilic : ton regard foudroie, à moins qu'on ne l'aperçoive le premier. (S. Grégoire de Nysse.) « '

Quand donc, ô Seigneur, donnerez-vous à vos anges, ministres de vie et de mort, l'ordre de mettre la cognée au pied de l'arbre, de commencer, pour remplir vos greniers, la moisson des âmes ? Mittite falces, quoniam maturavit messis. (Joël, iii, 13.) La mort viendra-t-elle subitement m'enlever ? Faites que ce ne soit point à l'improviste. Il est trop certain que je dois mourir, pour que je ne prépare pas ma mort. Dans ce champ de deuil, tout m'y engage : ah ! que cette leçon m'est utile ! Combien il vaut mieux aller ici qu'à la maison du festin 1

Elle est précieuse aux cœurs chrétiens, la solennité des morts. Les pompes austères de l'office des morts vont succéder aux apprêts plus riants de la Toussaint. Heureux sommes-nous de donner un souvenir à ceux qui ne sont plus ! Tandis que nous méditons dans cet enclos sacré, il nous semble que, du fond de ces tombes, les âmes de nos proches, leurs cœurs torturés peutêire par les angoisses du Purgatoire, crient vers nous : « Ah 1 ne nous oubliez pas, vous du moins qui fûtes nos amis sur la terre. Miseremini met, saltem vos amici mei, (Job, xix, 21.) Nous souffrons horriblement dans ces flammes, et nous ne pouvons rien pour en sortir. Le temps n'est plus, où il nous était facile de mériter le pardon de nos fautes journalières. Il n'y a en Purgatoire ni sacrements à recevoir, ni sacrifices à offrir à.

Dieu, ni œuvres de miséricorde à exercer à l'égard du prochain. L'arbre demeure couché du côté où il est tombé. Heureux sommes-nous de n'être poiot tombés en enfer. Malheureux toutefois, mille fois malheureux, de n'avoir pas su mieux profiter des grâces de Dieu et de nous être privés, pour un temps si long, de sa présence. Nous sommes sauvés, nous en avons la certitude, mais au prix de quelles douleurs atroces ! En vérité, a dit le Seigneur, vous ne sortirez pas d'ici que vous n'ayez payé votre dernier denier. (Luc, xn, 59.) Que tout Israël l'entende avec tremblement l Universus Israël audiens pertimescat. (Deut., xxi, 21.)

Telles sont les plaintes qui montent du fond de l'abîme. Il convient de leur opposer le spectacle consolant de l'Eglise universelle, interrompant, un moment, sa vie de lutte et de combat, et le cjTcle de ses solennités, pour ne penser qu'à ceux de ses enfants qui ne sont plus, et qui, du fond du Purgatoire, implorent son aide. D'un bout de l'univers à l'autre, demain, le souvenir des chers défunts préoccupera tous les esprits et tous les cœurs doués de piété filiale ou fraternelle. Chaque jour, à chaque instant du jour, la pensée de nos parents et de nos amis qui souffrent dans le Purgatoire vient aiguillonner notre piété. Nous offrons des prières, des mortifications, des jeûnes, nous gagnons des indulgences, nous faisons offrir des sacrifices pour

abréger leurs souffrances. Nous imitons la religieuse charité de Judas Machabée, qui réunit, au rapport de l'Ecriture, douze mille drachmes d'argent et les envoya à Jérusalem afin qu'un sacrifice solennel fût célébré pour les soldats morts à la guerre. Après avoir rapporté cette action de Judas Machabée, l'Ecriture l'approuve en ces termes : C'est une sainte et salutaire pensée que de prier pour les morts afin qu'ils soient délivrés de la peine de leurs péchés. (II Mach., xii, 46.)

0 vous donc qui pleurez des êtres aimés, imitez la religieuse pensée de Machabée. Priez pour vos morts. Priez surtout en assistant au sacrifice de la Messe.

Que la pensée de ceux qui ne sont plus, soit présente à vos esprits. Que votre pèlerinage dans cette enceinte de deuil, vous soit salutaire à vous-même et ne soit pas inutile à vos morts. Ainsi se réalisera cette parole : Qu'il vaut mieux aller dans le champ de deuil que dans la maison du festin. Ainsi vous remettrez-vous devant les yeux l'image de vos fins dernières. Là est le secret d'une bonne et sainte vie. Là est le chemin de la vie et de la gloire éternelle que je vous souhaite.

Ainsi soit-il.

Pour la Fête du Sacerdoce \

(Propre de Saint-Sulpice.)

Laus Deof Loué soit Dieu qui fournit aujourd'hui à notre foi et à notre religion un double aliment ! Le jour de la Purification n'a point encore disparu, et le jour du Sacerdoce est sur le point de se lever. Déjà, au ciel, les auréoles de* saints prêtres et des saints lévites resplendissent d'un éclat nouveau, tandis que les flambeaux de la Chandeleur viennent de s'éteindre dans les mains des lévites et des prêtres de la terre.

0 Marie, permettez-nous d'unir, en votre honneur, le feu purificateur de la virginité aux rayons de la couronne sacerdotale. Vierge et prêtre, soyez doublement bénie en ce jour. Bénissez-nous et priez pour nous. Virgo sacerdos, ora pro nobis.

1 Conférence spirituelle, 2 février lt84.

Quand, ce matin, j'ai reçu un cierge bénit en l'honneur de Marie, deux souvenirs ont fait palpiter mon cœur. L'un, déjà ancien, m'a transporté au jour de ma Première Communion.

Comme les vierges sages, je tenais mon flambeau allumé, parce que j'attendais l'arrivée de l'époux. Moment solennel ! Cierge béni de ma Première Communion !

L'autre souvenir qui s'est présenté à mon esprit, c'est celui de ma tonsure. La lumière de Jésus-Christ à la main, je me suis approché d'un premier pas vers l'autel, balbutiant ces paroles du psalmiste : Emitte lucem tuam et veritatem tuam ; ipsa me deduxerunt, et addiixerunt in montem sanction tniim et in tabernacnla tua. (Ps. xlii, 3.)

Prêtres et lévites, vous avez tous prononcé ces paroles avant votre : Dominus pars.

Cette lumière et cette vérité qui doivent vous conduire au sommet de la montagne sainte, pour vous y placer comme la cité qu'on aperçoit de toutes parts, comme le flambeau qu'on élève sur le chandelier, c'est Jésus seul qui peut vous la donner. S'il l'a reçue lui-même de son père, selon la parole de l'Apôtre : Non semetipsum clarificavit (Hebr., v, 5), c'est pour vous la transmettre à son tour. Le pontife de la loi nouvelle veut vous faire participer à la plénitude de ses perfections. C'est par l'onction sacerdotale qu'il accomplit ce changement sublime, qu'il vous

transforme en sa propre lumière. L'Eglise peut donc vous dire en toute vérité : Vos estis lux mundi. (Matth., v, 14.)

Je le sais, une âme embrasée d'amour participe déjà à la lumière de Jésus- Christ. Qui diligunt te, Domine, sicut sol in ortu suo splendet, ita rutilent. (Jud., v, 31.) Mais écoutez les promesses divines. Prêtres et pasteurs, vous brillerez un jour comme le firmament, vous serez les astres radieux de l'éternité. Qui ad justitiam erudiunt rnultos, quasi Stella in perpétuas œternitates. (Dan., xiî, 3.)

C'est là, au sein d'une béatitude sans fin, qu'il est beau surtout de considérer les âmes sacerdotales. Ceux qui ont été les lumières de ce monde, sont, au même titre, les lumières du ciel.

L'onction qui a consacré leurs mains, la couronne qui a signifié aux yeux des peuples qu'ils avaient choisi Dieu pour leur partage, ces ornements sacrés, emblèmes de leur puissance et de leur dignité, voilà autant de gages d'une gloire plus parfaite. Que cette onction, dit le Seigneur, leur assure un sacerdoce éternel. Unctio eorum in sacerdotium sempiternum illis proficiat. (Ex., xl, 13.) Que cette couronne leur rappelle la couronne qui les attend au ciel. Manet altéra cœlo. Que le tonsuré, dans son allégresse, emprunte la voix d'Isaïe pour célébrer à la fois la couronne cléricale, la sainte soutane, et le sur-

plis, vêtement arigélique : Galiciens gaudebo in Domino, et exultabit anima mea in Deo meo, quia induit me vestimentis salutis, et indumento justifias circumdedit me qnasi sponsum décoratum corona. ils., lxi, 4.)

0 Dieu ! heureux celui que vous avez choisi, et que vous faites habiter dans vos tabernacles ! Beatus quem elegisti et assumpsisti. ( Ps. lxiv, 5.)

O Prêtres, ô lévites du sanctuaire, que l'éclat dp votre vocation ne soit jamais obscurci par les œuvres de ténèbres. Vide ergo ne lumen quod in le est tenebrœ sint. (Luc, xi, 35.) Soyez toujours les lumières de ce monde. Gardez votre sacerdoce pour les joies éternelles. Custodite sacerdotium vestrum. (Num., xvm, 7.)

Et toi, ô mon âme, en face d'une telle splendeur, répète, dans toute l'humilité de ton néant, cette parole de Davi(J : Quis ego sum, Domine Deus, et quse domus mea quia adduxisti me hucusque ? (II Reg., vu, 18.) Considère les obligations que t'impose cette divine vocation. Regarde ce qu'ont fait avant toi les saints prêtres et les saints séminaristes et entre résolument dans la voie de la perfection. A l'œuvre sans retard ! A l'œuvre sans défaillance ! Si parfois la nature faiblissait et succombait, que l'espérance la relève et la fortifie.

Eh quoi ! tous les jours, l'ambition, l'intérêt, l'honneur, une vaine gloire feraient entreprendre et accomplir les plus grandes œuvres, et je

resterais dans une lâche tiédeur ! Est-ce trop de quelques efforts pour acquérir une couronne éternelle ? llli quidem ut corruptibilem coronam accipiant, nos autern incorruptam, (I Cor., ix, 25.)

Ah ! que je n'oublie jamais les promesses de ma tonsure ! Que je vive, serviteur fidèle dans la maison du plus aimable des maîtres, et que surtout, la mort me réunisse aux saints prêtres du ciel, ut inhabitem in domo Domini in longitudinem dierum. (Ps. xxu, 7.)

Ainsi soit-il.

vin

Pour la même fête

Appelé pour la deuxième fois à méditer sur la fête du Sacerdoce, j'emprunterai à l'Evangile de demain ses principaux enseignements : Vos estis sal terres. Vos estis lux mundi. (Maïth., v, 13, 14.)

L'amertume du sel est le condiment indispensable des mets. C'est elle qui les conserve pour servir d'aliment à notre corps, et devenir une des sources de notre vie. Ainsi la vertu, la .sagesse du prêtre conservent sur la terre, et parmi les hommes, la sagesse et la sainteté. Vos estis sal terres.

Si le sel des aliments vient à s'affadir et à perdre son amertume, qui la lui rendra? C'est de lui que tout la reçoit : lui-même ne la doit à aucun élément étranger. Il n'est pas de sel pour

1 Conférence spirituelle, 25 janvier 1885.

le sel. Il n'est rien, non plus, qui puisse en tenir lieu.

Si le sel de la terre vient à s'affadir, à perdre sa sagesse et sa vertu, qui les lui rendra ? Les hommes devaient les recevoir de lui, et non les lui donner. Le sacerdoce ne relève, en ce monde, que de lui-même. Personne ne peut lui communiquer la sainteté. Aussi bien, personne ne saurait la produire sans son concours.

Privé de son amertume, le sel ne peut être désormais d'aucun usage. Il faut le jeter au milieu de la voie publique. Les passants le fouleront aux pieds. Peut-être quelqu'un d'entr'eux heurtera-t-il à cette pierre de scandale.

Le sel de la terre, une fois affadi, sera jeté également au milieu du-monde, pour subir le mépris des âmes fortes, et faire tomber les faibles et les petits. Ce rôle ignominieux sera le châtiment de son iniquité et la peine de ses prévarications. Portabitis iniquilatem sanctuarii, et sustinebitis peccata sacerdotii vestri. (Num., xviii, 1.)

Vos estis sal terres.

Vos estis lux mundi.

Ce n'est pas de vous-mêmes, ô prêtres, que vous éclairez le monde. C'est de la part de Dieu. Le soleil brille de lui-même : il est, par essence, un corps lumineux. Mais le flambeau qu'une main étrangère approche de la flamme pour l'allumer, ne produit qu'une lueur empruntée. Accendunt lucemam. (Matth., v, 15.) Le prêtre

est ce flambeau. Dieu le choisit entre mille, l'allume au soleil même de sa justice, et l'élève sur un chandelier d'honneur pour qu'il éclaire le monde. Lux ?nundi, super candelabrum.

Heureux celui qui a été choisi et élevé ! Beatus quem elegisti et assumpsisti ! (Ps. lxiv, 5.)

C'est par ta foi, ô prêtre, que tu éclaires le monde. Par ta doctrine, tu dissipes les ténèbres de l'erreur et de l'ignorance. Eclaire les consciences et convertis les cœurs. Que les hommes voient ta foi et tes œuvres conformes à ta foi. Et même alors, n'attends pas d'inutiles louanges. Elles te donneraient le vertige et te feraient tomber du haut dn candélabre où Dieu t'a placé. Brille, éclaire, luis, pour la plus grande gloire de ton Père qui est aux cieux, ut glorificent Patrem vestrum qui in cœlis est. (Matth., v, 16.)

Tels sont les graves enseignements que renferme l'Evangile du Sacerdoce.

O Jésus, c'est vous qui me les donnez. Mais, en même temps que je les reçois de votre bouche sacrée, j'en suis l'accomplissement à travers vos œuvres immortelles .

Je vous adore donc comme le vrai sel de la terre et la vraie lumière du monde. Sel sans fadeur, qui devez conserver éternellement votre vertu. Soleil sans tache, qui ne recevez votre lumière de personne, étant vous-même lumière de lumière. {Symb. Nycœn.)

O saints prêtres, saints lévites du sanctuaire,

vous avez participé pendant votre vie mortelle aux nobles prérogatives de votre chef.

Après vous, dans ma misère et mon humilité, je suis peut-être destiné à devenir le sel d'un petit coin de terre, le flambeau d"un petit monde.

Puissé-je alors ne jamais oublier que le sel de la terre ne doit pas s'affadir, ni la lumière du monde s'éteindre sous le boisseau ! Puissé-je ne jamais perdre de vue les devoirs du sacerdoce pour ne penser qu'à ses grandeurs !

Le sacerdoce, le temple, l'autel, le calice, que tout cela est beau! Calix... quam prœclarus est! (Ps. xv, 6.)

Ce spectacle a réjoui ma jeunesse, et guidé mes pas vers ce nouveau cénacle.

L'heure du premier appel a sonné. On m'invite à m'approcher de l'autel. Servir Dieu, me dit-on, c'est régner. La sainte tonsure est le diadème qui vous attend. Veni, coronaberis. (Cant., i, 8.)

Au jour des ordres mineurs, nouvelle couronne, plus belle, plus royale encore.

Puis, le temps a suivi son cours, et me voici à la veille du sous-diaconat. Il faut me consacrer pour jamais à Dieu, à qui servir c'est régner. Régner, oui, mais aussi servir. Servir dans l'état le plus sublime et le plus dangereux. Servir par le sacrifice continuel de soi-même. N'est-ce pas là ce qui attend le sous-diacre ?

Les victimes de la nouvelle loi ne versent pas leur sang sous le couteau du Pontife, elles immo-

lent tout ce que leur cœur renferme d'impur, de profane. Elles renoncent au monde. Désormais elles n'auront plus de part à ses joies ni à ses jouissances. Dieu sera leur part. (Ex., xliv, 28.)

Tandis que le monde se réjouira, les sousdiacres, devenus prêtres, pleureront entre le vestibule et l'autel, et imploreront la pitié de Dieu. Parce, Domine, parce. (Joël, ii, 17.)

Dieu, outragé dans sa foi, dans ses vertus, dans ses sacrements, le sera aussi dans ses minisfres. Le sacerdoce royal deviendra esclave, bafoué, avili.

Morts au monde, couverts de tristesse, de misère et de pauvreté, les sous-diacres n'auront de consolation qu'en Dieu à qui servir c'est régner.

Non, l'Ecriture ne saurait nous tromper. Or, le prince des Apôtres l'a dit, regale sacerdotium. (IPetr., ii, 9)

La prophétie ne sera point trouvée vaine. Nous demeurerons princes de la terre. Constitues eos principes super omnem terram. (Ps. xliv, 17.)

0 Jésus, c'est vous qui nous avez couronnés : nous régnerons : c'est notre confiance. Fecisti nos... sacer dotes, et regnabimus. (Apoc, v, 10.)

Donnez à notre cœur la consolation, à notre volonté le courage.

Appelez-nous autour de vos autels, pour la troisième couronne. Veni, coronaberis. A votre voix nous répondrons tous : Ecce ego, Domine, gnia vocasti me. (I Reg., ni, 6.)

Alors, nous paraîtrons au monde comme mourants, et voilà que la vie commencera pour nous. Quasi morientes, et ecce vivimus. (II Cor., vi, 9.)

Notre tristesse se tournera en joie. Notre misère deviendra l'abondance, et si nous perdons tout, ce sera pour tout recouvrer en vous. (II Cor., vi, 8-10.)

Sous vos auspices, ô Marie, notre sacrifice sera plus doux et plus facile.

Prêtre comme nous, Virgo sacerdos, rendeznous purs et saints comme vous.

Vous avez porté sur la terre cette même couronne que nous tenons de votre divin Fils. Puissions-nous partager celle qu'il vous a donnée dans les cieux où vous régnez pour l'éternité ! in perpetuum coronata. (Sap., iv, 3.)

Ainsi soit-il.

D'un nouveau prêtre, à sa première messe '.

Mes Frères,

Ma première parole au milieu de vous sera celle-là même qu'il m est donné de répéter chaque jour au commencement de la sainte Messe : Introibo ad altare Dei, ad Deum qui illuminât juventutem meam. J'entrerai à l'autel du Seigneur, du Dieu qui remplit de joie ma jeunesse. (Ps. xlii, 4.)

Depuis longtemps, ce cri du Psalmiste était dans mon cœur, car, avant d'être pour moi l'expression d'une réalité, il était celle de mon espérance. Depuis le jour où, pour la première fois, j'eus l'honneur de servir à l'autel (c'était, je crois, le 25 décembre 1870), jusqu'à celui où le vénérable archevêque de Paris m'a imposé les

1 Allocution prononcée à Brouzet, le 18 juillet 18S7.

mains, une voix intérieure, au fond de mon cœur, me disait : Tu entreras un jour à V autel du Seigneur, à l'autel du Dieu qui réjouit ta jeunesse. Enfant, agenouillé au pied de ce même autel dont j'ai gravi les degrés aujourd'hui, j'apercevais le calice brillant aux mains du prêtre. Comme tous les enfants, j'étais saisi d'admiration, rempli de désirs, et je m'écriais : Qu'il est beau, le calice du Seigneur! Calix... quam prœclarus est! (Ps. xv, 6.) Durant de longues années, j'ai versé dans ce calice de bénédiction le vin et l'eau du sacrifice, et, tandis que le prêtre relevait rempli du sang de Jésus-Christ, je me suis prosterné devant la merveille dont j'étais lheureux témoin.

Un jour, ici même, il me sembla entendre cette promesse que Dieu, dans sa miséricorde, daignait me faire : Réjouis-toi, sois heureux : ce calice, un jour, sera dans ta main, et, ce jour-là, tu seras comme enivré de bonheur. Gaude et lœtare... ad te quoc/ue perveniet calix : inebriabcris. (Thren., iv, 21.) Avant peu, disait encore cette voix intime de mon cœur, tu parviendras à la montagne sainte, à la colline où Dieu reçoit Fencens de ses prêtres. Donec aspiret dies et inclinenlur timbra?, vadam ad montem myrrhœ et ad collem thuris. (Cant., iv, 6.)

Telle était la promesse : mon espérance s'y attacha sans retour. Et pourtant, quelle apparence qu'un petit enfant de chœur de village fût

un jour compté, comme nous le chantons aux Vêpres, parmi les prêtres, c'est-à-dire les princes du peuple chrétien : Cumprincipibus populi sui ? (Ps. cxn, 8.)

Dieu a tout fait pour moi. Il a réalisé à mon endroit la parole de l'Ecriture : Le Seigneur votre Dieu vous a porté dans ses bras avec la tendresse d'un père qui porte son enfant encore jeune. (Deuter., i, 31.) Il m'a placé lui-même dans son sanctuaire : il a parlé et sa parole a eu un plein accomplissement. L'enfant a grandi : vous l'avez vu devenir homme, que dis-je? Dieu m'a fait aujourd'hui au milieu de vous comme un vieillard : c'est ce que signifie le nom de prêtre.

Ainsi Dieu opère-t-il sans cesse des merveilles d'amour ! L'histoire journalière de l'Eglise est remplie de tels miracles! Dieu s'est servi, pour faire toutes ces choses, de ses prêtres, des vénérables curés qui se sont succédé dans cette paroisse. Tous ont encouragé mon ardeur à l'étude, ils ont suivi mes progrès avec bienveillance et m'ont conservé leur affection. Je voudrais qu'ils fussent tous présents à cette cérémonie, pour entendre mes remerciements et jouir de l'achèvement de leur œuvre. Mais celui qui, aujourd'hui, les représente dans cette église et tient leur place dans notre affection, notre cher curé me permettra de mêler leur souvenir à l'expression de la vive reconnaissance que je lui

voue personnellement et dont il est digne à tant de titres.

J'ai tâché de vous expliquer comment votre compatriote et ami est arrivé aux honneurs du sacerdoce. Malgré tout ce que j'ai pu vous dire, je n'en demeure pas moins étonné et confondu moi-même. Je ne pense jamais aux grandeurs du sacerdoce, sans m'écrier avec le roi David, et avec plus de raison que lui, car il n'était que roi, je suis prêtre : Qui suis-je donc, Seigneur, et quelle est mon origine, pour que vous m'ayez élevé jusqu'à ces honneurs ? Quis ego sum, Domine, et quœ domus meci quia adduxisti me hucusque? (II Reg., vu. 18.)

Un prêtre est plus grand qu'un roi : il est plus grand qu'un ange : c'est la doctrine de tous les saints.

Le bienheureux curé d'Ars l'a si bien démontré, que je ne puis mieux faire que de vous répéter ce qu'il disait à ses paroissiens : « Qu'est ce que le prêtre ? Un homme qui tient la place de Dieu. Un homme qui est revêtu de tous les pouvoirs de Dieu. Allez, dit Notre-Seigneur au prêtre ; comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie. Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, instruisez toutes les nations. Lorsque le prêtre remet les péchés, il ne dit pas : Dieu vous pardonne : il dit : Je vous absous. A la Consécration, il ne dit pas : Ceci est le corps de Notre-Seigneur : il dit : Ceci est mon corps.

« Saint Bernard nous dit que tout nous est venu par Marie : on peut dire aussi que tout nous est venu par le prêtre. Oui, tous les bonheurs, toutes les grâces, tous les dons célestes.

« Si nous n'avions pas le sacrement de l'Ordre, nous n'aurions pas Notre-Seigneur. Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie ? le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? le prêtre. Qui la préparera à paraître devant son Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ? le prêtre, toujours le prêtre. Et si cette âme vient à mourir, qui la ressuscitera, qui lui rendra le calme et la paix? encore le prêtre. Vous ne pouvez pas vous rappeler un seul bienfait de Dieu sans rencontrer, à côté de ce souvenir, l'image du prêtre...

« Allez vous confesser à la sainte Vierge ou à un Ange ; vous absoudront-ils? non. Vous donneront-ils le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ? non. La sainte Vierge ne peut pas faire descendre son divin fils sur l'autel. Vous auriez deux cents anges là, qu'ils ne pourraient pas vous absoudre. Un prêtre, tout simple soit-il, le peut : il peut vous dire : Allez en paix : je vous pardonne.

« Oh f que le prêtre est quelque chose de grand !

« Après Dieu, le prêtre est tout!... Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre, on y adorera les bêtes. »

Puis, se tournant vers un missionnaire qui était là, le saint curé ajoutait ces paroles qui doivent nous faire réfléchir, dans un temps où les ennemis de la religion voudraient chasser le prêtre de toutes les paroisses : « Si M. le Missionnaire et moi, nous nous en allions, vous diriez : Que faire dans cette église ? Il n'y a plus de messe : Notre- Seigneur n'y est plus, autant vaut prier chez soi... Quand on veut détruire la religion, on commence par attaquer le prêtre, parce que là où il n'y a plus de prêtre, là il n'y a plus de sacrifice ; il n'y a plus de religion...

« Si je rencontrais un prêtre et un ange, je saluerais le prêtre avant de saluer Fange. Celui-ci est l'ami de Dieu, mais le prêtre tient

sa place Sainte Thérèse baisait l'endroit où

un prêtre avait passé. Lorsque vous voyez un prêtre, vous devez dire : Voilà celui qui m'a rendu enfant de Dieu et m'a ouvert le ciel par le saint baptême, celui qui m'a purifié après mon péché, qui donne la nourriture à mon âme... A la vue d'un clocher, vous pouvez dire : Qui est-ce qui réside là ? Notre-Seigneur. Pourquoi y est-il ? parce qu'un prêtre a passé par là et a dit la sainte Messe. Le sacerdoce c'est l'amour du Cœur de Jésus. Quand vous voyez le prêtre, pensez à Notre-Seigneur Jésus-Christ. •

Voilà, M. F., le brillant commentaire de la double parole de Notre-Seigneur dans l'Evangile, lorsque, s'adressant aux apôtres, c'est-à-

dire aux premiers prêtres, il leur disait : Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde, c'est-à-dire : vous êtes nécessaires à la terre comme le sel aux aliments et comme le soleil à tout ce qui vit dans le monde.

Voyez, M. F, le bienfait de Dieu. Qu'il est grand, et que nous sommes impuissants à en comprendre l'étendue ! Je serai trop heureux si j'ai pu vous faire sentir le prix de la dignité sacerdotale, et si vous convenez avec moi que celui-là est trois fois bienheureux que Dieu a choisi et élevé pour le faire habiter dans son sanctuaire. Beatus quem elegisti et assumpsisti : inhabitabit in atriis tuis. (Ps. lxiv, 5.) Pour celui-là, les devoirs sont plus pressants, et plus grande la responsabilité. Aussi Dieu lui promet-il pour l'éternité une plus grande récompense. Que dit-il, en eifet, par la bouche du prophète Daniel ? Ceux que les prêtres instruisent et qui écoutent les prêtres brilleront un jour comme le firmament. Les prêtres seront au milieu d'eux comme des étoiles brillantes. (Dan., xii, 3.) Ce n'est pas pour les biens de ce monde que l'on se fait prêtre, on serait bien déçu ; c'est pour acquérir des biens éternels et aider ses frères à opérer leur salut. On peut dire de tout prêtre, on dira de votre compatriote ce que l'Ecriture a dit de Jérémie : Cet homme qui est au milieu de nous, ce représentant de Dieu, c'est celui qui vraiment aime ses frères, et tout le peuple saint, qui prie

incessamment pour tous et pour chacun. (II Mac, xv, 14.) Il est pour la paroisse où il est né un ami dévoué : il sera pour elle un gage de salut.

J'ai hâte de continuer cette Messe commencée et de prier pour vous tous. Mais auparavant, il m'est permis de vous donner, au nom du Dieu que je sers, ma bénédiction de prêtre.

Au nom du Père...

Ainsi soit-il.

Noces d'argent d'un chanoine \

« Une exhortation touchante de M. le chanoine Veissierre, sur la confiance en Marie, fit monter des larmes à tous les yeux. C'est alors que, saisissant l'occasion du vingt-cinquième anniversaire du canonicat titulaire du vénéré directeur, M. l'abbé Bouisson a invité les pèlerins à transformer les manifestations enthousiastes de tantôt en une joyeuse fête de famille. La Basilique est devenue, pour un jour, la cathédrale de Nîmes, et clergé et fidèles se sont unis dans un même sentiment de reconnaissance et d'affection sympathique envers celui qui. de tant de titres honorables, ne veut retenir que celui de serviteur de Marie. C'est la Vierge de Lourdes qui

1 Allocution prononcée à Lourdes, Basilique, le 27 juillet 1894. — N'ayant conservé aucune autre trace de cette improvisation, nous en donnons seulement ici ce qu'en rapporte la Semaine religieuse de Nimes du 5 août 1894. Cf. le Journal de Lourdes, du 27 juillet 1894.

récompensera, comme elle le mérite, la longue et féconde carrière de notre cher directeur.

« Ces paroles, on le voyait, répondaient aux sentiments intimes de l'auditoire. Aussi, est-ce avec une allégresse incomparable que tous ont chanté, avec M. le chanoine Veissierre, le Magnificat de l'action de grâces. »

{Semaine religieuse.)

Noces d'argent d'un Supérieur *.

Monsieur le Supérieur 2,

Pour traduire les sentiments des maîtres et des élèves, en ce jour de vos noces d'argent, nous devions laisser d'abord la parole aux muses de l'harmonie. Ont-elles jamais eu, ces immortelles filles du ciel, descendant de leur char doré, à l'appel de leurs humbles nourrissons, à leurs chants et à leurs discours, un plus légitime et plus beau sujet?

Un maître dévoué, disons mieux, un père, a consacré à instruire, à élever, à former à sa noble et grande image, pendant un quart de siècle, des générations que la Providence lui avait données pour enfants. Il a ouvert leurs esprits aux connaissances qui honorent la vie et

1 Allocution prononcée au Collège de l'Immaculée-Conception, à Sommières, le 8 décembre 1889.

- M. !e chanoine U. Martin,

rendent les hommes utiles. Il a conquis l'unanime affection des cœurs. On se trouvait si bien auprès de lui qu'on regrettait de ne pouvoir y demeurer toujours. On emportait, profondément gravée dans la mémoire et dans le cœur, l'image de ses vertus aimables, de sa bienveillance intarissable, de sa bonté qui eût été excessive si elle n'eût été réclamée par l'excessive mobilité d'un âge où l'on s'ignore encore, où l'on ne se possède pas toujours, tant la légèreté domine et l'emporte.

Le vulgaire n'apprécie pas assez les humbles fonctions des maîtres de la jeunesse. Mais, ce qu'il ne peut s'empêcher de louer, c'est la constance à les exercer, durant de longues années, sans autre ambition que de se concilier l'affection et la reconnaissance d'un âge qui n'est pas toujours, disons-le, ingrat et sans pitié.

Tacite a dit qu'il était louable à un homme d'avoir consacré à une même œuvre quinze années de sa vie. Qu'^ût-il dit, qu'eût-il écrit, de sa plume énergique, s'il eût été, Monsieur le Supérieur, l'historien de vos mérites et de vos vertus ?

Vingt-cinq ans! Mais, si je ne me trompe, cela fait cinq lustres, un quart de siècle !

Que celui qui a fait davantage pour une même œuvre proteste, s'il l'ose, contre la fête de famille que, d'un cœur unanime, nous célébrons en ce jour.

Un si glorieux passé, que je ne puis qu'imparfaitement décrire, n'est-il pas, pour tous ceux qui aiment le collège, plein de promesses d'avenir ? Vous avez dépensé dans de nobles luttes une longue et verte jeunesse. Que devonsnous attendre, Monsieur le Supérieur, de votre maturité ?

Subiit argentea...

. . . fulvo pretiosior sere ».

Vienne le jour heureux de vos noces d'or! C'est maintenant le vœu que nous aimons à formuler. Elles n'ajouteront rien à vos mérites, mais elles combleront notre joie. Vous en aurez la précieuse et rare faveur, Monsieur le Supérieur, car mieux que personne vous en êtes digne. Nous vous souhaitons, au nom de nos maîtres, vos collaborateurs méritants et désintéressés ; au nom de nos familles, dont, vous le savez, vous possédez toutes les sympathies; en notre nom à tous, nous vous souhaitons les noces d'or après les noces d'argent, et, le plus tard possible, le ciel pour récompense.

Post multos annos cœhim.

1 Ovide.

Pour la même fête l.

Monsieur le Supérieur 2,

Il est enfin arrivé, le jour si impatiemment attendu de vos noces d'argent. Depuis que cette fête nous avait été annoncée, elle avait pris la première place dans nos préoccupations. La voir arriver était notre seul et impatient désir; la célébrer avec toute la pompe possible, notre seule ambition.

Nous en savions l'objet et le but. Bien qu'étrangers, en apparence, aux mystères sublimes du caractère sacerdotal, que vous portez si dignement, Monsieur le Supérieur, depuis vingt-cinq années, nous savons cependant ce que vaut cette

1 Allocution prononcée (par un élève), au collège de l'Immaculée-Conception,. à Sommières, le 16 juin 1891. — Cf. notre brochure : Une fête scolaire au collège de Sommières , Nimes, Gervais-Bedot, 1891.

M. le chanoine U. Martin.

éminente dignité, qui fait d'un homme le représentant autorisé de Dieu, son intermédiaire auprès de ses frères.

Nous nous plaisons à le dire : le sacerdoce, exercé ici par tous nos maitres, n'est pas le moindre titre à notre vénération sympathique. Sous le professeur nous aimons à distinguer le prêtre. Rien ne nous est plus cher qu'une première messe dans notre chapelle. Rien ne nous touche comme les grandes solennités religieuses présidées par vous, Monsieur le Supérieur, au milieu de nos maitres. Ce sera enfin la joie et l'honneur de notre vie que d'avoir grandi sous votre sacerdotale tutelle.

Nous savons aussi que le sacerdoce est le plus noble don que Dieu puisse faire à un mortel. C'est peut-être pourquoi nous n'avons pas osé le rêver pour nous-mêmes. Heureux, disons-nous, le jeune homme que Dieu appelle à cette sublime vocation f Heureux vous-même, Monsieur le Supérieur, lorsque — il y a de cela vingt-cinq années — vous en avez reçu le glorieux honneur ! Mais trois fois heureux, puisqu'il vous a été donné de l'exercer si longtemps — un quart de siècle — toujours fidèle aux émotions qui réjouirent si délicieusement votre cœur le 26 mai 1866 !

Nous savons qu'il est écrit : Un jour passé dans le sanctuaire vaut mieux que mille jours. (Ps. lxxxiii, 11.) Or, que. de jours, que d'années

n'y avez-vous pas déjà passés I Que d'années encore ne pouvez-vous pas vous y promettre !

Le vœu de nos cœurs perce l'avenir lointain, et voit nos successeurs réunis autour de vous pour l'anniversaire radieux de vos noces d'or. Il voit des générations nouvelles, empressées autour de vous, tandis. que, resserrant avec votre sacerdoce des liens encore plus étroits, vous célébrerez vos noces de diamant.

Ces vœux sont sublimes, Monsieur le Supérieur : nous vous les offrons cependant en ce jour.

Ces destinées sont enchanteresses : nous les rêvons pour vous. Cette espérance est céleste : nous l'exprimons hardiment comme nous la concevons.

Le passé nous répond de l'avenir. Ce calice qui, durant un quart de siècle, a réjoui votre cœur,, nous le verrons encore briller entre vos mains émues.

Au nom de nos maitres, avec lesquels nous ne faisons qu'un cœur et qu'une àme ; au nom de nos familles absentes, que nous représentons à cette fête si chère ; au nom de ces vénérables prêtres qui, en accourant à votre appel, vous ont donné, de leur sympathie, une preuve éclatante ; tous, les aînés et les plus jeunes, nous vous souhaitons, Monsieur le Supérieur, les noces de diamant après les noces d'or, et, pour prix de vos vertus, le ciel, réservé au plus fidèle des prêtres et au plus aimé des supérieurs.

Noces d'argent d'un curé V

Indues sanctis vestibus, ut ministrent mihi, et unctio eorum in sacerdotium sempiternum proficiat.

Vous les revêtirez d'ornements sacrés, afin qu'ils me servent, et, que leur consécration les voue à un sacerdoce éternel.

(Ex., xl, 13.)

Mes Frères,

La fête de famille qui vous a attirés, aujourd'hui, si nombreux [dans cette enceinte, a sans doute pour objet de rappeler une date et de consacrer un souvenir : la date du 2 août 1879 et le souvenir de l'ordination sacerdotale de votre vénéré pasteur 2. Mais elle est aussi une manifestation

1 Sermon prêché à Saussine (Hérault), le 2 août 1891. — Il peut être prêché aussi à l'occasion d'une Première Messe, d'une installation de curé ou de la fête du Bon Pasteur.

8 M. l'abbé C. Fort.

de vos sentiments respectueux et sympathiques à l'égard du caractère et des fonctions sacerdotales. Vous êtes convaincus de la grandeur du sacerdoce., de sa nécessité : vous êtes heureux d'en recueillir les bienfaits. Ce n'est point parmi vous qu'on oserait en contester l'utilité, en nier l'origine divine. De même que vous reconnaissez la nécessité des pouvoirs publics et de l'autorité sociale pour gouverner les peuples, de même vous affirmez la nécessité du sacerdoce dans l'Eglise. Loin de vous écrier, dans l'impatience de toute contrainte et de toute obéissance, avec les uns : « Ni Dieu ni maitre ! » ou avec les autres : « Point d'intermédiaire entre Dieu et moi ! » vous êtes convaincus que, par quelque côté qu'on le considère, le sacerdoce répond aux lois fondamentales de la société religieuse ; qu'il lui est nécessaire, indispensable ; et que, sans lui, il n'y aurait de possible qu'une religion imparfaite où Dieu serait mal servi, et où, peu à peu, son idée même finirait par s'effacer et disparaître.

Puisque vous êtes chrétiens, vous aimez l'ordre. Vous savez que les sociétés — et la société chrétienne comme les sociétés humaines — ne vivent que par l'ordre et l'organisation hiérarchique. Dieu n'a point voulu que les hommes vécussent isolés les uns des autres et

indépendants. Il ne l'a pas même permis pour les êtres inférieurs. Il a établi, entre tous les éléments dont se compose l'univers, des connexions nécessaires, d'harmonieuses gradations. Les savants appellent affinité et cohésion les lois organiques qui relient ensemble les substances du monde minéral. Ils étudient, sous le nom de propriétés ou de fonctions, les secrets penchants, les tendances instinctives des plantes et des animaux. Ils ont même découvert que les astres du firmament, dont chacun nous semble un monde, sont groupés, distribués suivant la loi de la gravitation universelle. Ainsi, chaque être a beau se limiter à lui-même, constituer un tout distinct et parfait en soi, qui poursuit, sous la dépendance du Créateur, sa destinée propre, par cela seul qu'il fait partie de l'univers, il est constitué, vis-à-vis des autres êtres, en un état de solidarité nécessaire et de rapports réciproques. Partant, chaque être, de même qu'il commande à ceux qui lui sont inférieurs, est sous la dépendance d'autres êtres qui le dominent et le régissent.

L'homme, plus parfait assurément et plus indépendant que les autres êtres, n'en est point pour cela exempté de la loi commune. Si, par un privilège de sa dignité native, il ne se reconnaît d'autre maître direct que Dieu, par sa position dans le monde, il est soumis à bien des dépendances.

Dans la sphère de ses besoins matériels, l'homme dépend de toute la nature. Il dépend surtout de l'homme. Il a besoin, quand il naît, qu'un homme lui prépare un berceau. Il a besoin, quand il meurt, qu'un homme l'enveloppe d'un suaire. En regard de nos nécessités multiples et impérieuses, que vaudraient nos ressources personnelles ? A quelles privations nous condamnerait l'isolement ? Par bonheur, la grande loi de la fraternité humaine intervient, qui met au service de chacun les ressources de tous; qui groupe les individualités en familles, en tribus, en nations ; qui réglemente les actes des particuliers de manière à sauvegarder, à favoriser les intérêts généraux.

Dans la satisfaction de ses besoins intellectuels, de cette curiosité surtout qui fait le fond de son esprit, l'homme est placé sous la dépendance de ceux qui savent, qui ont le temps, le loisir d'apprendre, une fortune suffisante, un recueillement favorable pour approfondir les problèmes de la science. Le même homme ne pourrait apprendre à la fois l'histoire et la médecine, le droit et l'astronomie ; il est donc, pour ce qu'il ignore, sous la dépendance de ceux qui savent.

Au point de vue de la direction morale, de la conduite de sa vie, l'homme, sans doute, est doué de liberté, et, à ce titre, indépendant de tout parce qu'il est responsable en tout. Mais

peut- on raisonnablement exiger de lui qu'il invente la morale, cette science si difficile? Peut-on permettre à chacun de se faire une morale à soi? A quelles aberrations conduirait bientôt cette chose monstrueuse qu'on a appelée : la morale indépendante !

Il n'y aurait donc que l'ordre des choses religieuses dans lequel l'homme revendiquerait une absolue liberté. Il dirait avec Victor Hugo : c Je ne veux, entre mon âme et Dieu, l'intermédiaire d'aucun culte » ; ou avec Rousseau : « Que d'hommes entre Dieu et moi ! »

Or, si la religion est une nécessité, qui pourra l'imposer à l'homme ? Si elle est une science, qui la lui apprendra ? Si elle est une règle, qui la lui expliquera ? Ne lui faudra-t-il pas, pour ces divers objets, l'assistance d'un directeur, d'un docteur, d'un chef? Or, le prêtre est tout cela. Ou bien il n'y a point de religion, et Dieu n'a jamais parlé à l'homme, et l'homme n'a point à parler à Dieu, ou bien le prêtre est l'intermédiaire nécessaire pour transmettre à l'homme les enseignements de Dieu et à Dieu les sentiments de foi, d'amour, d'adoration de l'homme.

Voilà pourquoi, chez tous les peuples qui ont paru au monde, vous trouvez le prêtre, comme vous trouvez le temple et le culte lui-même : le prêtre, gardien du temple, président du culte, intermédiaire nécessaire et perpétuel entre Dieu et le monde. Tant que la civilisation des peuples

a été rudimentaire, le culte a été grossier, le temple rustique et sauvage. A mesure, au contraire, que leur civilisation s'est accrue, leur religion s'est épurée et leurs temples se sont appelés le Parthénon, le Panthéon, Sainte- Sophie de Constantinople ou Saint -Pierre de Rome. Mais toujours, en vertu de sa mission, le prêtre a été partout vénéré, chéri, honoré parmi les plus grands et les plus puissants *. Il a été l'égal, le supérieur même des capitaines qui commandaient les armées et des magistrats qui sauvegardaient les lois. Pour que le prêtre fût plus apte à son ministère céleste, on l'a affranchi des soucis terrestres. On l'a nourri des choses de la terre, afin qu'il nourrît ses frères des choses du ciel. On l'a prié d'intervenir dans tous les actes de la vie sociale et de la vie de famille, pour bénir les enfants, les époux, les vieillards, sanctifier les demeures, les champs, les drapeaux et les épées. On n'a pu se passer du prêtre parce qu'on n'a pu se passer de religion et qu'on n'a pu se passer de Dieu.

Si maintenant nous pénétrons dans l'ordre des choses surnaturelles, qui comprend les relations religieuses de l'homme à Dieu, le sacerdoce nous

1 Cf. Plutarque : « Vous trouverez des villes sans gymnases et sans théâtres ; vous n'en trouverez point sans temples et sans prêtres. »

apparaît comme plus nécessaire encore, voulu et établi par Notre-Seigneur Jésus-Christ à la base de sa religion sainte.

L'hérésie convient volontiers qu'une autorité quelconque est nécessaire dans l'Eglise. Elle repousse la formule anarchiste : Ni Dieu ni maître ! Mais, cette autorité, elle la veut tout extérieure, et en quelque sorte conventionnelle. Elle nie le pouvoir essentiel et constitutif du sacerdoce. Elle prétend que tout chrétien est prêtre, et qu'il n'y a pas d'intermédiaire nécessaire entre les âmes et Dieu.

L'hérésie abuse d'une parole de saint Pierre, qui, s'adressant aux simples fidèles, les appelle : race choisie, race sainte, peuple d'acquisition et sacerdoce royal. (I Prtr., ii, 9.) Elle feint de trouver dans cette parole soit l'affirmation d'un vague sacerdoce qui serait commun à tous les fidèles, soit la négation d'un sacerdoce proprement dit, réservé aux chefs et pasteurs de l'Eglise.

Or, les textes ne valent que par bur bonne interprétation. Nous affirmons que saint Pierre n'a point voulu nier l'existence du sacerdoce proprement dit, puisque, dès le temps mémo de sa vocation à l'apostolat, il connaissait, à ce sujet, l'intention formelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce n'est pas à tous les hommes, pas même à tous ses disciples, mais seulement à ses douze apôtres que Jésus conféra les pou-

voirs merveilleux énumérés dans l'Evangile. (Matth., x, 1; Marc, vi, 7; Luc, ix, 1.) C'est à eux seuls qu'il dit : Allez, annoncez l'évangile du royaume de Dieu. (Matth., x, 7.) C'est à eux seuls qu'il donna l'ordre et conféra le pouvoir de consacrer son corps et son sang. (Luc, xxn, 19 ; I Cor., xi, 24.) C'est aux onze, après la chute de Judas, qu'il confia la mission de continuer son œuvre dans le monde : Tout pouvoir m'a été confié au ciel et sur la terre. Allez donc et enseignez tontes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai ordonné. Et voici que je suis avec vous toujours, jusqu'à la consommation des siècles. (Matth., xxviii, 18-20.) Par ces paroles du Christ, par cette vocation, ce choix, ces pouvoirs conférés, était fondée à jamais la distinction des prêtres et des laïques. Désormais, nul ne pourra se croire prêtre, qui n'ait reçu la vocation de Dieu même, comme autrefois Aaron. Xec quisquam sumit sibi honorem, sed qui vocatur a Deo tanquam Aaron. (Hebr., v, 4.) C'est saint Paul luimême qui nous en avertit. C'est encore saint Paul qui instruit son disciple Timothée des signes auxquels il devra reconnaître ceux qui sont appelés au sacerdoce. (ITim., m, 1-13.) C'est surtout saint Paul, qui, dans l'admirable épître aux Hébreux, prouve la réalité, la nécessité, la grandeur du sacerdoce chrétien.

Le prêtre, dit-il, est pris parmi les hommes et constitué en faveur des hommes, en tout ce qui regarde le culte de Dieu : ïoblation et le sacrifice pour le péché. (Hebr., v, 1.) Voilà la réalité du sacerdoce.

Sa nécessité vient des égarements, de l'ignorance, de l'infirmité spirituelle dans laquelle se trouvent les hommes. Le prêtre est constitué pour leur venir en aide. Qui condolere possit Us qui ignorant et errant, (v, 2.)

Sa grandeur vient de la disproportion évidente qui existe entre les faiblesses inhérentes à la nature d'homme à laquelle le prêtre n'est point soustrait, et les prérogatives toutes divines dont il est investi. Le prêtre, étant constitué pour les hommes, doit être pris parmi les hommes. Dieu l'a préféré aux anges même, malgré ses infirmités. Car, tout sujet qu'il soit à ces infirmités, et ipse circumdatus infirmitate (v, 2), la gloire de Dieu l'illumine, comme la grandeur d'un maître rehausse l'humilité de son serviteur. Les fonctions ennoblissent celui qui les remplit. Le magistrat, le capitaine sont des hommes, et cependant nous les respectons à cause des charges qu'ils exercent. La charge du prêtre est d'offrir à Dieu les présents et les sacrifices expiatoires. L'humanité a reçu de Dieu tout ce qu'elle possède : elle le reconnaît en offrant à son bienfaiteur, par l'intermédiaire du prêtre, l'hommage de ses présents. L'humanité, avant la

chute de nos premiers parents, devait à Dieu des sacrifices d'adoration et de louanges : depuis le péché, elle charge le prêtre d'offrir en son nom le sacrifice expiatoire, sacrificia pro peccatis (v, 1).

Telles sont les fonctions du prêtre vis-à-vis de Dieu. Yis-à-vis de l'homme, il a surtout l'obligation d'éclairer et d'instruire.

Le péché a laissé dans l'homme un fond d'ignorance et une propension irrésistible à tous les égarements : Us qui ignorant et errant (v, 2). L'ignorance est la cause initiale de tous les égarements. Toutes nos actions mauvaises ont pour point de départ une erreur de notre esprit. C'est pourquoi, le prêtre doit d'abord combattre l'ignorance, tout en compatissant aux égarements qu'elle cause. Il doit moins reprendre avec rigueur qu'éclairer avec patience. Il est le gardien de la vérité, le dépositaire de la révélation, le héraut de l'évangile de paix que Notre- Seigneur Jésus-Christ a apporté au monde.

En dehors de lui, qui donc étudie encore, qui peut se flatter de connaître la science de la religion? Et parce qu'on la connaît mal. on la suppose obscure, ténébreuse, contradictoire. On prétend gratuitement qu'elle est en opposition avec la raison orgueilleuse et la science indifférente. On la bannit des programmes officiels ; on la chasse de l'école ; et ainsi on travaille peu à peu à la déchristianisation de la société. Mais

le prêtre, plus que jamais, sera fidèle à sa mission. Il sentira, en son cœur, une pitié pour cette génération ignorante et égarée. Il instruira, catéchisera, prêchera d'autant plus qu'il saura qu'il est maintenant seul à le faire et que l'école, neutralisée, ne le seconde plus. D'ailleurs, à lui seul il a été dit : Allez et enseignez, euntes docelé. (Matth., x, 7.)

Faut-il, maintenant, M. F., tracer à vos yeux le portrait vivant et fidèle du prêtre de Jésus- Christ? Il suffit que je vous dise : Regardez autour de vous. Vous aimez vos prêtres. Vous vénérez ceux que, suivant la parole de Dieu même, vous avez revêtus d'ornements sacrés, afin qu'ils servent à l'autel et que leur consécration les voue à un sacerdoce éternel. En chacun d'eux se réalisent tous les caractères que vous vous attendez à trouver dans le prêtre. C'est la même vocation, la même formation pieuse, le même zèle d'apostolat.

Entre les enfants des hommes, Dieu distingue ceux qui seront à lui. Il ne s'en remet à personne du soin de les choisir. Il n'appartient ni aux parents de contraindre leurs fils, ni à ceux-ci de s'imposer à Dieu. Non vos me elegislis, sed ego elegi vos. (Joan., xv, 16.) Comme à chacun de ses premiers apôtres, c'est Jésus qui dit à un enfant privilégié : Viens, suis-moi : Veni, sequere me. (Matth., ix, 9.)

Elevé par une mère pieuse, puis par les mains consacrées de maîtres choisis, dans la clôture du séminaire, dans l'isolement d'un habit sacré et d'habitudes austères, il est éprouvé, formé; enfin, suffisamment préparé, tandis que l'Eglise entière jeûne à son intention, aux jours des Quatre-Temps, il est fait prêtre.

Le voilà placé, comme un intermédiaire, entre ses frères et Dieu. Pour honorer Dieu et pour éclairer, fortifier, consoler, guérir les âmes et les sauver, il est constitué au milieu de ses frères.

Tandis que le monde se débat parmi des crises morales, intellectuelles, sociales et politiques, le prêtre représente la vérité immuable, certaine, la paix de l'âme. Tandis que toutes les passions, déchaînées, se donnent carrière ; que l'anarchie se propage, que les gardiens de l'ordre social s'épouvantent, désemparés, impuissants, le prêtre trouve dans sa foi les paroles qui instruisent et apaisent, qui font triompher le bon droit et la charité; les paroles qui consolent, qui rassérènent les âmes, qui les préparent et les conduisent aux joies des triomphes éternels, que je vous souhaite.

Adieux à une Paroisse l.

In omnibus exibeamus nosmetipsos sicut Dei ministros.

Montrons -nous, en toutes choses, de vrais ministres de Dieu.

(II Cor., vi, 4.)

Mes Frères,

Comme nous n'étions venu parmi vous qu'à titre de ministre de Dieu, comme nous n'y avons vécu, durant près de quatre années, que dans la préoccupation de notre saint ministère, ainsi, à cette heure où nous allons vous quitter, devonsnous, une dernière fois, nous montrer à vos yeux un vrai ministre de Dieu.

Cette séparation qu'on nous impose, ce départ qui est imminent, nous ne l'avons point sollicité. Loin de désirer d'aller porter à d'autres âmes

1 Sermon prêché à Beauvoisin, le 24 septembre 1899.

nos soins et nos sollicitudes, nous ne demandions qu'à demeurer ici et à continuer auprès de vous notre saint ministère. Nous devons cependant vous quitter, nous séparer de vous, aller nous dévouer à un autre genre d'apostolat. Nous vous donnerons, en partant, une dernière leçon, celle de l'obéissance que nous devons à une autorité toujours vénérée. En ce qui flatte nos goûts et s'accommode à nos désirs, comme en ce qui les contrarie et nous répugne, nous devons à notre ministère, à l'édification que vous attendez de nous, de nous incliner toujours respectueusement devant la volonté de notre évêque.

Nous désirons aussi nous montrer un vrai ministre de Dieu en vous adressant aujourd'hui, en ce dernier entretien, des paroles dignes de vous et de nous-même. Notre cœur de prêtre et de pasteur éprouve le besoin de vous rappeler quelques souvenirs, de vous adresser des remerciements, de vous laisser des recommandations.

Loin de nous de vouloir nous glorifier du bien accompli parmi vous par notre faible ministère. A Dieu seul nous en rapportons la gloire. Dans la conduite des âmes, plus encore que dans l'ordre de vos travaux agricoles, Ton sent combien est vraie cette parole de saint Paul : Ni celui qui plante, ni celui qui arrose ne sont rien, mais

Dieu, qui donne la croissance, est tout. Ne que qui plantât est aliquid, neque qui riqat, sed qui incrementitm dat Deics. (I Cor., iii, 7.) Aussi ne vous demandons-nous pas de nous attribuer le mérite du bien que vous avez pu constater dans le cours de notre trop courte administration ; mais., au contraire, nous vous supplions, avec l'apôtre saint Paul, de ne voir en nous que l'humble ministre de Jésus-Christ, et le dispensateur des mystères de Dieu. Sic nos exisiimet homo nt minislros Christi, et dispensatores mysteriorum Dei. (I Cor., iv. 1.) Le prêtre n'est que l'instrument dont Dieu veut bien se servir pour opérer ses merveilles dans les cœurs et au sein des paroisses. Toute sa mission consiste à seconder les opérations divines, à implorer la bonté divine sur son peuple. C'est ce que nous avons fait, durant quatre années, chaque jour, en montant au saint autel, et en nous identifiant à notre Dieu par la consécration du corps et du sang de Jésus, et par la communion à son sacrement d'amour. Nous avons aussi nourri vos âmes de cette manne divine, sans le secours de laquelle il n'est possible ni de vaincre le mal, ni d'opérer le bien. Nous avons plié la puissance même de Dieu à pardonner vos péchés, à briser les chaînes invisibles qui paralysaient votre essor vers Dieu. Nous vous avons dispensé les dons précieux des sacrements, dont les uns nous communiquent la vie de la grâce et dont les autres la fortifient ou

l'augmentent en nous. Vous nous avez toujours trouvé prêt à baptiser vos enfants, à visiter et à consoler vos malades, à vous absoudre et à vous nourrir du Pain eucharistique. Nous avons été ainsi mêlé à toutes vos joies et à toutes vos tristesses. Nous avons béni les tombes et les berceaux. Nous avons connu et partagé vos chagrins, vos terreurs, vos alarmes, vos repentirs. Nous avons accepté la confidence de vos secrets, de vos espoirs, de vos doutes, de vos défaillances aussi. Nous avons prié avec vous pour vos chers morts, pour vos chers absents, pour vos soldats, vos malades, et même pour la prospérité de vos affaires temporelles. Il nous a été donné de réussir parfois à pacifier vos familles, à calmer vos dissensions. Toujours nous avons pu adoucir vos épreuves et tranquilliser vos consciences. Quelles qu'aient pu être les circonstances, Dieu nous est témoin et vous l'êtes vous-mêmes, que nous nous sommes toujours plu à vous bénir, à vous consoler par des paroles de vie, à vous montrer le ciel ouvert à vos efforts généreux, et jamais à vous maudire, jamais à vous rejeter loin de notre tendresse, à vous adresser de dures paroles qui vous eussent découragés et peut-être perdus.

Si parfois nous avons pu vous paraître ému de colère ou rempli d'indignation, vous savez que notre colère ne s'adressait point aux personnes, mais aux doctrines, aux égarements,

aux passions qui tendaient à vous détourner de vos devoirs. C'était la colère de saint Paul, lorsqu'en entrant dans Athènes il constata que cette ville célèbre était en voie de se perdre : Videns idololatrix dédit am civitatem. (Act., xvii, 16.) C'était la crainte de voir les bons déchoir, et les tièdes empirer. C'était le besoin de réveiller en vous le feu sacré du zèle, de l'amour. C'était le désir de vous prémunir contre les doctrines délétères et les entraînements pernicieux. Nous nous disions souvent à nous-même ce que se disait l'apôtre saint Paul : Tandis que j'aurais pu m'affranchir de tout soin à l'égard d'autrui, je me suis fait l'esclave de tous, afin de les gagner tous. Je me suis fait tout à tous, afin de sauver tout le monde. Cum liber essem ex omnibus, omnium me servum feci, ut phtres lucrifacerem... omnibus omnia factus sum, ut omnes facerem salvos. (I Cor., ix, 19 et 22.) Nous n'ignorons pas que l'ordination fait du prêtre le serviteur des fidèles dans tous leurs besoins spirituels, et, ainsi que parle l'Evêque, le lie à jamais au ministère ecclésiastique \ et qu'à l'exemple de son divin Maitre, il doit dépenser toute son activité et toutes ses forces pour l'utilité des siens, totus in nostros usus impensus 2.

1 In ecclesiœ ministerio semper esse mancipatos. (Pontificale Romanum, de ovd. Subdiac.)

> S. Bernard, 3e serrn. sur la Circoncision.

Or, rien n'est plus utile au peuple chrétien, rien n'est plus important dans le ministère sacerdotal, que l'instruction exacte, approfondie, complète ; l'instruction appropriée à tous les âges, adaptée à toutes les situations. Vous nous êtes témoins que nous nous sommes toujours prodigué, quand il s'est agi de votre instruction. Nous avons porté toute notre sollicitude sur cette partie de notre devoir pastoral. Nous avons catéchisé vos enfants, prêché toute la paroisse, exhorté les malades, consolé les pécheurs au tribunal de la Pénitence. Les heures de la journée, les jours de la semaine nous ont paru courts à préparer les instructions que nous devions vous adresser. Nos études, notre recueillement, notre solitude était remplie par la préoccupation de votre bien spirituel qu'il nous fallait procurer, en vertu de notre titre de pasteur.

Et le souvenir le plus doux que nous emporterons de cette paroisse sera précisément celui de nos travaux, de notre zèle et de la manière dont vous vous efforciez d'y répondre. Notre consolation, en vous quittant, notre joie, toutes les fois que nous penserons à vous, ce sera de pouvoir dire, avec l'Apôtre, que nous nous sommes conduit vis-à-vis de vous en vrai ministre de Dieu, en toute patience, en tout dévouement : dans nos veilles, remplies par votre incessante pensée ^ dans les jeûnes, quand le service de votre piété nous en imposait l'obligation... par la science,

en étudiant à votre intention, par la longanimité, par la douceur, par l' Esprit-Saint, par un amour véritable, par la parole de vérité, par la vertu de Dieu même, et par les armes de la justice... in virtute Dei, per arma justitiœ. (II Cor., vi, 4-10.)

Nos travaux eux-mêmes et surtout la manière toute chrétienne dont vous y avez répondu, nous ont attaché à cette paroisse par des liens de plus en plus étroits. Nous avons reçu de vous de nombreux témoignages d'estime dont nous sommes fier. Dans ces derniers jours surtout, vous nous avez montré une affection si profonde que nous en avons été à la fois consolé et peiné : consolé, car elle nous prouvait que notre ministère n'avait point été inutile ; peiné, car elle nous laissait le regret de ne point recueillir les fruits des vertus que nous avions semées. Pour les preuves présentes que vous nous avez données de vos bonnes dispositions, et pour les espérances que vous nous avez permis de concevoir pour votre avenir, soyez loués et soyez remerciés.

Reportez sur le successeur que la Providence vous donnera cet amour reconnaissant que vous vouliez bien nous porter. Nous devons nous en aller, mais le prêtre, immortel comme l'Eglise, ne s'en va pas. Les mêmes traditions de zèle, de dévouement pastoral se perpétuent, malgré la

diversité des personnes. Le travail de conversion et de salut ne souffre pas d'interruption. La continuité dans l'effort est une règle constante dans FEglise. Ce que nous n'avons pu faire parmi vous, uu autre l'accomplira. Là où notre impuissance a dû se déclarer vaincue, son ardeur renouvelée saura triompher. Si nous avons commis des erreurs, si notre zèle a pu faire parfois fausse route, il réparera nos erreurs, redressera nos voies, renouvellera nos moyens d'action. Et ainsi, notre départ lui-même sera un bienfait pour cette chère paroisse. Toutefois, nous ne craignons pas de l'affirmer, on pourra vous aimer autrement : on ne vous aimera pas davantage que nous ne l'avons fait. On ne dépensera pas à votre service un zèle plus ardent que celui que nous vous avions voué. Soyez reconnaissants à notre successeur, comme vous l'avez été pour nous, des soins qu'il prendra de vos âmes. Accordez-lui votre confiance ; témoignez-lui une estime sans réserve et une vive affection. Désormais, il sera votre chef, votre guide, votre père.

En vous donnant, du fond de notre âme, ce conseil, nous croyons faire beaucoup pour assurer votre persévérance et la prospérité spirituelle de cette chère paroisse. Il est cependant d'autres

avis que notre zèle de prêtre nous inspira souvent de vous répéter, et que nous aimons à vous redire en vous quittant.

Jeunes enfants de nos écoles, qui êtes les bien- -aimés de Jésus, et qui fûtes aussi les nôtres, vous que nous avons accueillis à la porte de cette église pour vous régénérer par le saint Baptême, ou que nous avons vus, portés par vos mères chrétiennes, dans l'enceinte sacrée, vous que nous visitions dans l'école, que nous aimions à interroger et à instruire, puissions-nous avoir gravé dans vos âmes neuves des impressions durables et fécondes, qui vous gardent dans la candeur, la piété, la modestie, ornements de votre âge.

Jeunes gens et jeunes filles à qui nous avons distribué pour la première fois le Pain des anges, qui avez grandi sous nos yeux, qui êtes arrivés à l'âge peut-être le plus périlleux, nous avons tâché de vous prémunir contre tous les dangers. Nous nous séparons de vous l'âme émue. Nous vous conjurons de tenir les engagements que vous prîtes au soir de votre Première Communion. Que le souvenir de ce beau jour soit la sauvegarde de votre jeunesse, dans tous vos périls.

0 pères et mères, reconnaissez la grandeur de la mission que Dieu vous a confiée en vous donnant la garde de vos enfants. Nous avons porté avec vous notre part de ce fardeau. Nous

vous conjurons aujourd'hui de ne point négliger de porter la vôtre. Nous souhaitons que les exigences de la vie et la préoccupation des sollicitudes nécessaires ne vous absorbent pas au point de méconnaître vos devoirs ou de les négliger.

Vieillards qui demeurez, dans la paroisse, comme des exemples vivants de piété, de devoir chrétien, hommes de bon conseil, femmes pleines de sagesse et d'expérience, vivez dans la résignation de vos infirmités, de votre faiblesse, de vos souffrances. Dieu vous promet, comme récompense insigne, le renouveau d'une éternelle jeunesse.

Que vos années à tous s'écoulent douces et fécondes devant Dieu. Nous avons vécu et prié ensemble : ensemble puissions-nous chanter un jour dans le même ciel les mêmes éternelles louanges.

A cette heure de la séparation, c'est au Père très tendre et très bon de tous les hommes que nous adressons notre prière. Nous vous confions à lui. Nous le prions de vous bénir et de vous garder. Nous espérons en lui pour vous sanctifier ici-bas par sa grâce et vous sauver dans sa gloire céleste.

A Dieu et à Marie, notre tendre mère, nous demandons d'unir en une même bienveillance le pasteur et le troupeau. Aux anges tutélaires, aux saints patrons de cette église, nous vous

confions. Aidés par eux, soutenus par leur assistance, vous marcherez, fermes et vaillants, dans les voies saintes de la vertu, de la piété, et vous parviendrez ainsi au suprême bonheur du salut éternel.

Ainsi soit-il.

Renouvellement des Promesses Cléricales '.

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