CINQUIÈME CONFÉRENCE
celte espérance. Chez les patriarches, la religion coosêtait dans trois dogmes: Dieu, la chute de Thomme ei| la rédemption. Les Juifs nont pas eu une autre religion ; ils ont cru en Dieu, ils ont attendu le Messie i cause de la chute de l'homme. Et maintenant qu'estce que notre religion ? G*est aussi le Messie , mais le Messie venu sur la terre, le Messie qui nous a ditfêl que nous sommes, d'où nous venons, où nous allom ' Telle est donc la religion du genre humain : un médiateur à venir , un médiateur venu pour sauver rhomme de la mort>et lui rendrellmmortalité-, et ce médiateur quel est-il ? Un Homme-Dieu pacifiant le ciel et la terre, unissant TbcHnme à Dieu.
Rien de plus grand , rien de plus essentiel à rhoisme que ce dogme , aussi précieux pour nous que la vie. Aussi l'Eglise a- 1 -elle défendu, à toutes les époques, cette grande vérité attaquée par toutes les passions : la croyance en un Homme-Dieu, en unRédempteur-Dieo | venu sur la terre pour sauver tous les hommes. Cette I vérité a été conservé par elle dés Forigine du ehristia- 1 nisme jusqu'à Feffusion du sang de ses enfans. |
Toutes les erreurs successivement frappées d'anathème par TEglise pouvaient toutes détruire la divinité de Jésus-Christ, et, par conséquent, rompre le lien ineffable qui unit maintenant Thomme et Dieu.
La première erreur anathématisée dans un concile universel a été celle d'Arius. Elle renversait tout le christianisme. Vous savez que les Ariens prétendaient que Jésus-Christ, né avant Taurore, avant les collines, était au-dessus de toutes les créatures, de tous les anges; mais ils ajoutaient qu'il y avait eu un moment où il n'était pas, et ils disaient, pour
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exprimer cette opinion : Le Verbe est sembidble à Dieu , mais non eonsubstantiel.
Vous n'ignorez pas les railleries du siôcle dernier h ce sujet. Le philosophe de cette époque le plus liostile à ta religion se moquait de ce que la différence entre les ariens et les catholiques consistait seulen>ent dans un ioia^ les catholiques se servant du mot o/no-^ ^usioSj quand les ariens employaient le mot omoiousios\ mais si Jésus-Christ n'est pas de la même substance que son Père , s'il est seulement semblable à son père, il n'est plus Dieu , il a été crée, l'humanité I n^est plus unie i la nature divine dans la personne de Jésus-Christ, la plaisanterie de Voltaire n'*a donc aucun sens.
Vous comprenez maintenant^ mes frères, Tinter <^ I immense du genre humain tout entière ce que cette I vérité fut défendue , comme elle Ta été , jusqu'à Teffusion du sang.
L'erreur fut condamnée, et TEglise soutint que Jésus-Christ, comme Verbe, était de la même substance que son Père. Ainsi le Christ, ce médiateur annoncé dès l'origine du monde, est bien réellement Dieu. Un Dieu s'est uni à notre nature, un Dieu est médiateur entre l'homme et Dieu.
Après Arius , d'autres esprits superbes voulurent encore attaquer le dogme de ^incarnation et de la rédemption. On prétendit que dans Jésus-Christ il y avait deux personnes , l'une descendue du Ciel ^ Fautre formée dans le sein de la vierge Marie; et il résultait de là que Jésus-Christ le Verbe ineréé, n'avait pas été réellement enfanté comme nous. Le genrje humain se trouvait encore déshérité de sa cora-
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munauté avec Dieu. Or ce qu'il y a de plus toucha dans le christianisme , c'est la pensée qu'en efiet i Dieu a voulu naître comme nous , et subir toutes l conditions de notre destinée. Voilà ce qui nous remp! i de consolations^ et nous fait attendre avee joie, r milieu des ténèbres et des souffrances de la vie présente, la couronne immortelle qui nous est promise.
Si Jésus-Christ y en effet, eût été composé de deu^ personnes, toute notre grandeur serait anéantie, parce que la personne humaine agirait indépendaz? ment de Dieu-, au lieu que, dans Jésus-Christ, U personne humaine a disparu, et Thumanité ne foraii avec la Divinité qu'une seule personne.
Vous savez avec quels transports de joie la vîfk d'Ephèse reçut la déclaration des Pères du concile) après l'analhème prononcé contre cette erreur, h salle où délibéraient les évéques était entourée d'un peuple immense, et c'est à la lueur des flambeaux, au milieu des transports de l'admiration ei de l'allégresse, qu'ils furent reconduits jusqu'à leun demeures.
Un nouvel hérétique voulut nier dans Jésus-Christ les deux natures; mais, s'il n'y avait pas dans Jésus- Christ deux natures, la nature divine et la nature humaine, comment pourrions-nous, pour vous exciter à pratiquer tout ce que Jésus-Christ nous a enseigné et tout ce qu'il a fait lui-même, vous dire aujourd'hui : L'exemple du Christ n'est-il pas suffisant pour vous soutenir ? Vous nous répondriez : Jésus-Christ est Dieu , il n'était pas homme comme 4)ous , nous ne pouvons pas imiter un Dieu.
Or nous vous disons : Jésus est Dieu, et il est
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Tiomme; en lui la nature divine et la nature humaine se trouvent réunies. Chacun de nous peut donc supporter tout ce qu'il a supporté , faire tout ce qu'il a fart La constance avec laquelle l'Eglise a perpétuellement veillé sur ce dogme adorable de Fincarnatîon et de la rédemption du genre humain y ce dogme d ou dépend notre éternel bonheur, est donc le plus grand des spectacles^ un ordre surnaturel de faits qui surpasse toutes nos idées. Ce dogme des dogmes, un Dieu uni à Thomme, nous ravit d'admiration ! Telle est notre religion , tel es! le chrisiiafntsme, voilà la révélation tout entière 1
Vous savez maintenant pourquoi l^gTise a été fondée par Jésus-Christ pour défendre cette vérité dans Puni vers et la porter jusqu'à la fin des siècles.
L'erreur ne s'arrêta pas là ; elle voulut établir qu'il y avait dans Jésus-Christ une seule volonté. C'était encore la destruction de tout le mystère de l'incarnation. 11 y « deux volontés dans Jésus-Christ, la volonté divine et la volonté humaine, et la volonté humaine en lui est sans cesse unie à la volonté divine. Par-là nous comprenons que notre volonté peut toujours s'unir à la volonté divine. Jésus-'Christ , au jardin des Olives et sur le Calvaire, nous montre en lui deux natures et deux volontés. Que dit-il au moment où le calice lui est présenté ? « Mon Père, que ce calice s'éloigne de moi ; cependant que votre volonté soit faite, votre volonté et non la mienne. »
Ainsi nous apprenons que nous devons, dans toutes les situations, ressembler à Jésus-Christ, afin de faire, comme lui, de la volonté de Dieu notre nourriture ici-l)as.
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L'erreur attaqua suecessivemeni teus les dogme idu ehristianisme. Les pélagîens disaient que rhomme par le secours du libre arbitre, pouvait, indépendam ment de la grâce, accomplir des œuvres méritoiref pour le salut.
Celte erreur intéressait encore le mystère de la rédemption -, «car, si Thomme par lui-même pouvait faire des actes dignes de la gloire éternelle , l'incarnation de Jésus-Christ devenait inutile.
L'Eglise, repoussant cette innovation , déclara que les hommes ne sauraient arriver aux biens surnaturels que par la grâce de Dieu, grâce donnée dès l'origine, grâce attachée au sacrifice du Verbe, holocausle offert dès Torigine du monde, mais grâce qui vient <ie Jésus-Christ, parce que toutes les grâces dccouleot de celte source adorable.
Vous apprenez encore, par le grand mystère de Vincarnation, l'horreur que vous devez avoir pour le péché. Puisqu'il a fallu la mort d'un Dieu pour satisfaire à la justice divine, le péché mérite donc toute votre haine. Grâce au Calvaire, vous comprenez que les offenses qui peuvent vous séparer de Dieu, sont infinies, non pas sans doute par rapport à vous êtres finis, mais par rapport â Dieu élre infini. Comme il n'y a pas, à l'égard de Dieu, de légères offenses, un prix infini était nécessaire pour racheter la faute de l'homme ; et les souffrances d'un Dieu, l'holocauste d'nn Dieu, sont le principe de toutes les grâces répandues sur le genre humain, la source de tousjios mérites. Toutes nos œuvres tirent leur prix delà satisfaction de Jésus-Christ, et, si vous pouviez penser un instant que, sans le secours de Jésus^Ghrlst,
VOUS arriverez au salut, vous seriez dans une erreur condamnée encore par l'Église. Il y a trois cents ans, une secte nia l'autorité du sacerdoce institué par le Sauveur , rompant ainsi la tradition qui nous unit aux apôtres et à Jésus-Christ, et laissant à Tinterprétation arbitraire de chacun le sens de la parole divine. Cette secte a donné naissance à une autre qui prétend que Dieu a fait des hommes deux parts, l'une pour la damnation, l'autre pour la gloire étemelle, et que Jésus-Christ n'est pas mort pour sauver toute l'humanité. Cette idée, née dans le protestantisme, car Calvin et Luther ont professé cette horrible doctrine, soutenue par des hommes distingués par leur talent et par leurs vertus, a été répandue en France, où elle a produit l'incrédulité en révoltant le sentiment de justice que Dieu a gravé dans le cœur de l'homme. Comment ne pas reconnaître la liaison étonnante qui existe entre celte erreur et d'autres erreurs plus funestes ? Les philosophes du dernier siècle se sont appuyés principalement, pour rejeter le christianisme, sur cette maxime que hors de l'Église il n'y avait pas de salut, maxime entendue par eux dans le sens des jansénistes. Ceux-ci supposaient que les hommes séparés extérieurement de l'Église n'appartenaient pas au règne de Jésus-Christ. Mais ce n'est pas là ce que l'Église catholique enseigne, puisque, partout où il y a un homme de b(Hine volonté, la paix doit être avec lui, selon la belle parole des anges au berceau de Jésus-Christ.
Il n'est donc pas vrai que les hommes tombés dans le schisme ou dans Fhérésie par le malheur de leur naissance ou par une ignorance invincible soient
exclus du salut. Saint Augustin Ta dit : a Tous ceux qui n'ont pas participé par la volonté, et avec connaissance de cause, au schisme et à l'hérésie, font partie de la véritable Eglise. »
Il faut reconnaître qu'un grand nombre d^esprîfs se sont éloignés de la religion chrétienne à cause de cette erreur attribuée à PÉglise. Et cependant l'Eglise n'a cessé de protester pendant deux siècles contre le jansénisme. Elle n'a cessé de foudroyer, d'anathématiser cette maxime que Jésus-Christ n'était pas mort pour tous les*hommes-, elle a sans cesse répété que Dieu veut que tous soient sauvés, et qu'aucun ne périsse. Saint Thomas a déclaré que, loin de laisser périr un sauvage de bonne volonté, Dieu lui enverrait plutôt un ange pour lui enseigner les mystères essentiels au sahit.
Pendant dix- huit cents ans, l'Eglise n'a cessé de veiller au précieux dépôt qu'elle a reçu, dépôt de la vérité, vérité divine, vérité admirable, notre joie dans le temps, notre gloire dans l'éternité ; vérité sublime, bien propre à nous faire pratiquer toutes les œuvres surnaturelles indispensables au salut : un Dieu mort pour sauver tous les hommes t
Oui, tout est fait pour Jésus-Christ, tout se rapporte à lui. Jésus- Christ était hier, il est aujourd'hui, il sera demain. Jésus-Christ a été prédit depuis l'origine du monde , il a été désigrté par tous les prophètes, et, depuis qu'il est annoncé sur la terre, tous les événemens ont servi à manifester sa divinité. Vous le voyez partout aujourd'hui regénérant les sociétés, détruisant la barbarie, abolissant l'esclavage, créant parmi les nations chrétiennes un droit des gens inconnu au monde païen.
Et dans le commencement de ce siècle , lorsque la foi en Jésus-Christ a cessé d'exister dans l'esprit d'une foule d'hommes, qu'ayez-vous vu ? Les horreurs du paganisme. Tous les crimes auxquels on avait peine à croire reparaissaient parmi nous«
La première des vérités pour nous , c'est que Jésus- Christ est venu sur la terre pour nous sauver, Jésus- Christ le Fils de Dieu*, c'est que Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique pour le racheter.
Voilà comment nous entrons en société avec les anges, comment notre foi crée l'espérance, et notre espérance l'amour. Voilà comment ces trois vertus naissent dans l'honmie et fécondent toutes les autres ! Aussi nomme-t-on ces trois vertus , la foi , l'espérance^ la charité; les vertus théologales, c'est-^à-dire les vertus qui nous mettent en rapport avec le ciel, et qui appellent sur nous les secours de l'esprit de Dieu et la force d'en haut.
Qu'est-ce qui nous distingue de toutes les sectes, de toutes les religions ? Ce n'est pas la morale, car la morale se trouve partout. Elle n'est pas sans doute aussi pure que dans l'Ëvangtle, mais ses grands préceptes se rencontrent chez tous les peuples. La lumière du Verbe n'a jamais été complètement détruite. Et ce qui n'existe que chez les catholiques , c'est la foi en un Dieu rédempteur, foi sublime qui nous introduit dans un ordre de vérités propre à satisfaire nos esprits et nos cœurs. C'est notre foi qui nous distingue des juifs, des mahométans, des idolâtres ; c'est cette foi qui nous fait catholiques. Grèce à cette foi, vous n'êtes plus étrangers à rien dans
l'univers , il n'est pas un événement qui ne s'explique; et la mort, cette formidable énigme, quand on la considère à la lumière de la raison, devient à la lumière de la foi le terrible chàdment du péché infligé à rhomme. Si vous voyez, depuis six mille ans le bras de Dieu ne cessant de s'étendre pour punir la faute du paradis terrestre, si nous mourons tous, si nous entrons tous dans cette voie du genre humain, comme parle TEcriture, c'est une preuve que la justice de Dieu s'apaise uniquement par Jésus-Christ.
Nous avons devant nos yeux cette image sans cesse renouvelée de la justice divine. Cette justice s'est étendue jusqu'au Calvaire, où il a fallu que le Fils de Dieu mourût pour les hommes; mais la miséricorde n'a pas cessé un moment d'être manifestée à tous les yeux; et, en même temps que l'homme était condamné pour expier l'ofiense envers Dieu, nous étions tous rachetés en Jésus-Christ Nous avons donc la certitude, gr&ce au Verbe incarné, que notre vie ne se bornera pas à celle-ci, que nous ressusciterons, que Jésus-Christ nous ressuscitera au dernier jour; que nous reprendrons le corps laissé par nous sur la terre, que ce corps sera spirituel et glorieux, que nous ne serons pas séparés de ceux que nous avons aimés et qui seront morts dans la même foi , par conséquent que notre vie ici-bas est le commencement de l'autre. Toutes les grandes figures de l'Ancien Testament sont des figures qui nous annoncent notre avenir. Voyez les Israélites sortant de la terre d'Egypte : ils ont un bâton de voyageur à la main; ils mangent l'Agneau pascal avec les herbes
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amères; ils doivent traverser la mer Rouge et le désert avant d'entrer dans la terre promise. N'est-ce pas l'image de notre destinée ? Nous aussi , nous sommes des voyageurs sur la terre ; nous aussi , nous devons manger TÂgneau pascal avec les herbes amères de la vie ; nous aurons des combats à soutenir; notre salut n'est pas seulement en danger par les séductionsde notre nature, il l'est encore par les ennemis que nous avons à combattre, ennemis spirituels répandus dans l'air, comme parle saint Paul. Mais combattons généreusement, puisons des forces dans le tabernacle où réside Jésus-Christ ^ l'Eucharistie est le vrai pain d'EliCf ce pain nous soutiendra jusqu'au sommets: ée la montagne d'Horeb , la montagne de la contemplation.
Ah I puissiez-vous, au moment de la mort, commele pasteur que nous avons perdu *^, vous écrier avec confiance : a Je ne crains pas la mort t je serai jugé par celui que j'aime. » Aimons Jésus-Christ , et nous-sommes assurés d'être jugés par celui que nous aurons^ aimé, et qui nous donnera la vie éternelle.
* Monseigneur de QuélU.
SIXIÈME €OKFËREi\€e.