‹ Sermons et conférencesChapitre 3 sur 12 · SUR DU VERBE · texte numérisé non relu

SUR DU VERBE

In principio eral Verbum, et Verbum erat apad Deum . et Deus erat Verbum.., Et Verbum caro factum est, et babitavit in nobis.

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu , et le Verbe était Dieu , et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous.

S^iirr Jban , Ev. , cb. i , j^. 1 et 14.

Nous établirons, dans une prochaine instruction, le lait si éclatant de la vocation d'Abraham , cet homme extraordinaire qui connut tous ses aïeux, et dont nous pouvons reconnaître aujourd'hui tous les descendans, parce que Dieu lui avait promis qu'en un fils de sa race toutes les nations de la terre seraient bénies. Nous expliquerons aujourd'hui le mystère de la venue de ce fils d'Abraham, mystère où se trouve, comme dit PApôtre, toute la sagesse de Dieu, mystère que nul des princes du monde n'a connu, et qui a été si admirablement développé par un batelier du lap de Gêné-

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zareth dans ces paroles : In principio erai Verbum | et Verbum erai apud Deumy et Deus erai Verbum.

Les temps de la promesse étaient accomplis , Tunîvers reposait dans une tranquillité profonde 5 toutes les nations tournaient leurs regards vers l'Orient. La philosophie avait déclaré que le monde ne pouvait plus être sauvé que par la vérité elle-même descendue du ciel. Israël attendait le libérateur promis. Tout-à-coup, pendant que la terre est silencieuse, le Ciel s'ouvre, les anges entourent le berceau d'un enfant , de TEmmanuel, du Dieu avec nous^ ils annoncent la gloire au Très-Haut, la paix au monde; et la vérité, l'étoile de Jacob si lon^-temps attendue , se lève sur ceux qui étaient assis dans les ombres de la mort.

Le voilà dans une étable de Bethléem, couché dans une crèche, enveloppé de langes, comme les prophètes r>avaient annoncé; le voilà le descendant des rois de Juda, des grands-prêtres et des patriarches, le Rédempteur prédit dès l'origine du monde, le Messie né de la Vierge, celui que figuraient les justes, la loi, les sacrifices, le fils d'Abraham en qui toutes les nations devaient être bénies ! Bientôt il remplira la Judée de son nom et de ses miracles^ obscur, inconnu, il a fait ce que Socrate et ses disciples avaient essayé vainement : ils n'ont pu changer une seule ville de la Grèce, il a converti l'univers. Simple , sublime dans ses œuvres comme dans ses discours, il parle, il agit avec autorité, il marche, et tous ses pas sont des bienfaits. La vie dont il donne le modèle et le précepte est une vie toute divine. Il meurt par amour pour les hommes; d'autres avant lui étaient morts pour la patrie, pour l'amitié, pour la famille, seul il est mort pour

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l'humanité. Il meurt, et par sa mort il réalise toutes les merveilles qu*il a prédites. Il avait promis à un pécheur l'empire du monde , il avait annoncée Jérusalem sa destruction -, Pierre règne encore aujourd'hui à Rome, la reine des cités ^ Jérusalem, autrefois la splendeur du monde, est renversée de fond en comble, et les Juifs sont errans et dispersés. Ha dit que; lorsqu'il serait sur la croix, il attirerait tout à lui, et, aussitôt après sa mort, le Juif abandonne sa loi, le païen ses faux dieux , le philosophe ses vains systèmes, tous lui élèvent des autels^ les plus grands génies de Punivers, depuis dix-huit cents ans, l'ont adoré, et la philosophie du dernier siècle a étéforcéede reconnaître eh lui un Dieu. «Oui, si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, a dit lincrédule, la vie et la mort de Jésuâ sontd'unDieu.» Et si dernièrement la chute profonde d'un homme qui avait attaqué naguère l'indifTérencc de son siècle a causé une espèce d'effroi dans cette société, il ne faut pas oublier l'anathéme qu'il avait autrefois prononcé d'avance contre lui-même. Cet îinathéme , le voici : « Pour renier Jésus expirant sur un bois infâme , et pardonnant à ses bourreaux, pour refuser de croire en lui, il faudrait n'être pas homme, il faudrait être un je ne sais quoi monstrueux , un démon , plus qu'un démon , car si les démons ne sauraient aimer , ils croient du moins et ils tremblent : Credunt et contremiscuni. »

Les événcmens qui annonçaient la venue du Messie, comme ceux qui l'ont manifestée, font voir que lé monde , pendant quatre mille ans, préparait l'enfantement d'un Dieu, Le Créateur des choses visibles et invisibles, le Tout-Puissant qui seul peut mettre en har-

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monieles prédictions et les événemens, a donc autorisé Jésus-Christ par des signes visibleâ : les prophéties^ les nriracles, la conversion des nations, la dispersion des Juifs. Dieu nous dit par la voix de Thistoire, comme autrefois au Thabor: Celui-ci est mon Fils bien-aimé; écoutez-le! Oui, mes frères, écoutons-le, parce qu'il est la sagesse, Fintelligence de Dieu; écoutons-le, parce qu'il est la sagesse , rintelligence de l'homme. Dieu fait tout par lui et pour lui , voilà pourquoi nous l'appelons la sagesse de Dieu. L'homme ne comprend rien que par lui et ne doit agir que pour lui, voilà pourquoi nous l'appelons la sagesse de l'homme. Tel est l'ordre que nous suivrons dans ce discours, Jésus-Christ , sagesse de Dieu , Jésus-Christ , sagesse de l'homme, manifeste la raison de Dieu et complète la raison de l'homme. Sans lui il n'y a point de lien entre l'homme et Dieu •, sans lui l'homme est une énigme pour l'homme. Quel sujet plus digne d'ère offert à vos méditations I

Jésus! Verbe divin, raison, sagesse, beauté suprême , lumière de Dieu , des anges et des hommes, nous apportons au pied de vos autels le témoignage de notre croyance et l'holocauste de notre amour ! Venez nous montrer le chemin de la vie.

Et vous, Esprit saint, éclairez nos âmes, échauffez nos cœurs, nous vous le demandons par l'intercession de Marie.

Açfy Maria.

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VBSBIliaUB PARTIS.

Les apôtres, ^rtis de la iudée, avaient enseigné les nations au nom de Jésus-Christ et publié partout sa divinité, quand des esprits orgueilleux, renouvelant, au sein de TEglise chrétienne, Faveuglement desJuifs^ osèrent attaquer le dogme de rinearnation. Saint Jean vivait encore ; les évêques et les églises d'Asie învo- <]uèrent le témoignage du disciple qui avait reposé sa ^c(e sur la poitrine du Rédempteur : c'était vers la fin in premier siècle, car Dieu avait voulu conserver sur la terre le disciple bien-aimé comme un témoin de la divinité de son fils. Saint Jean écrivit alors son Evangile, où il s'attacha surtout à développer le mystère de nncarnation : un simple artisan fit entendre ces suh\mes paroles que les philosophes platoniciens voulaient faire graver en lettres d'or sur la porte de toutes leurs écoles : Au commencement était le Verbe , et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ^ paroles où Ton trouve l'unité de Dieu et la distinction des personnes qui sont en Dieu. Au commencement était le Verbe, voilà l'éternité du Verbe; le Verbe était en Dieu, voilà la distinction des personnes; le Verbe était Dieu , voilà l'unité de la nature divine.

Ne vous étonnez plus, mes frères, que cet Evangile ^it placé sur nos autels , et qu'au jour du baptême, il soit là sur la tête de l'enfant que l'Eglise régénère en Jésus-Christ; ne vous étonnez pas de voir les peuples fléchir le genou à ces mots : Ei Verbum caro faclum

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éfi/, ethabitavitin nobisy le Verbe a élé fait chair , et il

a habité parmi nous.

Qu'est-ce donc que le Verbe? me demanderez- vous.

Le Verbe , avant l'Incarnation , était dans le monde, et le monde ne le comprenait pas; mais son nom avait été conservé parmi les hommes. Terlullien dit formellement aux païens que les philosophes appelaient le Créateur de l'univers le Verbe , la parole , la raison. Platon y en parlant de la naissance du monde, a reconnu un Verbe, une idée, un modèle de ce que Dieu voulait faire , modèle réalisé dans la création. David avait entendu de la bouche de Dieu ces paroles adressées au Messie : Vous êtes mon Fils , je vous ai engendré avant l'aurore. Quel est celui qui est élevé au plus haut des Cieux par sa puissance et qui en descend continuellement? quel est son nom et le nom de son fils, si vous le savez ?

Grâce à la foi chrétienne , nous savons que le Verbe est la seconde personne de la Trinité , un être subsistant éternel , recevant toute l'essence , tout le caractère, toute la substance divine, parole intime qui exprime tout ce que Dieu est et tout ce qui est en lui , Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, comme parle le Symbole, figure de toute la gloire du Père , image de toute sa splendeur

Le Verbe est produit de toute éternité par son Père , comme le rayon procède du soleil sans en être séparé. Considérez , dit le grand évêque de Meaux , ce rayon qui est comme le fils du soleil ; il en sort sans le diminuer , sans s'en détacher , sans attendre le progrès du temps. Aussitôt que le soleil a été formé, sa splendeur est née et s'est répandue avec lui. Tous les rayons

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tiennent au soleil; leur éclat ne s'en sépare jamais-, ainsi toujours unià son Père, le Fils de Dieu en sort éternellement, et voir Dieu sans son Fils c'est voir la lumière sans rayon et sans splendeur. Dieu a voulu faire une image plus vive encore de son éternelle génération, et, afin qu'elle nous fût plus connue, c'est en nous-mêmes qu'il l'a faite. Notre parole, qui naît de notre pensée^ est une image de cette génération immatérielle révélée par l'Evangile. Le Fils de Dieu est donc la parole de Dieu , non une parole étrangère, accidentelle , Dieu ne connaît rien de semblable , mais une parole qui est en lui, une personne subsistante, arrangeant toutes choses avec lui, la parole par laquelle un Dieu éternel et parfait se dit à lui-même tout ce qu'il est, enfante tout ce qu'il dit. Et ce Verbe, qui nous l'a manifesté? La création, la rédemption. Par lui Dieu a tout créé , par lui Dieu a tout réparé : c'est à ces deux caractères que vous allez reconnaître en lui la raison, la sagesse , rinlelligence de Dieu.

Tout a été fait par le Verbe, dit saint Jean , et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. Le Verbe a coordonné et disposé tous les ouvrages de Dieu. C'est lui qui a établi les mesures de la terre, qui a renfermé la mer en ses digues, qui commande à l'étoile du malin , qui montre à l'aurore le lieu d'où elle se lève ; il pénètre dans le sein des mers , il marche dans le fond de l'abime -, c'est lui qui ouvre un passage aux torrens des nuées, qui trace les sillons de la foudre; il dissipe en rosée les épais nuages, il fait germer l'herbe dans la prairie. Quand Dieu pesait la force des vents et qu'il mesurait les eaux de 1 abime; quand il donnait des lois à la pluie et qu'il marquait la route aux tempêtes,

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alors il contemplait le Verbe , il voyait la sagesse, il la renfermait en lui, il en sondait la profondeur. Levez les yeux en haut , considérez qui a créé les cieux, qui fait marcher dans un si bel ordre l'armée des étoiles, qui les appelle par leurs noms; aucune ne lui est cachée , tant est grande la force , la puissance de sa parole. C'est le Verbe qui a suspendu les astres audessus de nos têtes, qui leur a imprimé des lois dont ils ne s'écartent jamais , ces lois par lesquelles ils s'at^ tirent sans se confondre. C'est enèore le Verbe qui , selon Origène, est lumière à nos yeux, harmonie à nos oreilles; il est le parfum des fleurs, la saveur des fruits. Tout ce qui brille dans le ciel, dit saint Augustin , tout ce qui vole dans les airs, tout ce qui respire sur la terre , toutes les créatures, les anges , les hommes , sont l'ouvrage de la sagesse, et le monde est l'image du Verbe, comme le Verbe est lui-même l'image de Dieu. Le Verbe est donc partout en Dieu, dans l'homme comme dans le moindre atome de l'univers.

Dieu s'entretenant avec son Verbe avait vu que son œuvre était bonne , mais une main ennemie vint la défigurer. Tout nous atteste la chute des anges et de l'homme. Elle est le fond de l'histoire de tous les peuples, et partout subsistent les traces de cette profonde dégradation. Qui donc réparera ces ruines ? C'est encore le Verbe, dont nous venons d'admirer les merveilles dans l'œuvre de la création; il sera le réparateur de son œuvre altérée par la chute. Le désordre s'est introduit dans le monde moral, c'est dans le monde moral que la réparation aura lieu. La volupté et l'orgueil ont perdu l'humanité, l'humilité et la douleur vont la relever. Un enfant , une crèche , une croix ,

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voilà le moyen employé par la sagesse divine pour effacer les traces de sa colère , et combler, par des prodiges d'amour, l'intervalle qui depuis la chute existait entre l'homme et Dieu. Un Dieu fait chair sera le sacrement du salut des hommes. Le Verbe incarné va réparer le monde moral, comme le Verbe, dans les splendeurs célestes, a créé cet univers visible.

Quel mélange de grandeur et d^humilité! Les pleurs elles gémissemens annoncent son entrée dans l'univers , une étable est sa demeure , une crèche son berceau I Mais Isaïe, plus de sept siècles auparavant, l'a vu paraître comme un faible arbrisseau, comme un vil rejeton sorti d'une terre aride , et il a demandé si c'était lui qui devait venir. Voyez-le faisant lever l'étoile qui annonce aux Mages sa venue, recevant les adorations des Gentils , commençant ainsi la conversion du monde, jetant les fondemens de ce royaume spirituel qui s'étend aujourd'hui dans tout Tunivers. L'allégresse est parmi les humbles, la terreur parmi les forts. Hérode tremble devant le Fils de Marie. Les anges se réjouissent, les démons s'étonnent; ils n'empêcheront pas l'œuvre de Dieu, parce qu'ils ne sauraient la comprendre ; leur intelligence ne pénétrera pas le secret du Verbe humilié. Si les démons avaient reconnu dans Jésus-Christ le Verbe divin , ils n'auraient pas , dit saint Paul, crucifié le Seigneur de la gloire. Jésus-Christ attire notre ennemi au combat en lui cachant sa divinité î Tu t'es élevé , ô Satan , tu t'es élevé contre Dieu de toute ta force. Dieu descendra contre toi armé seulement de faiblesse. Tu as voulu être , dit un Père, le Dieu de l'homme , un homme sera ton Dieu ; tu as établi ton empire sur la terre en attachant les hommes

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à de faux honneurs, à des richesses mal assurées ^ pleines d'illusion; les opprobres , la pauvreté , l'extrême misère , détruiront ton empire de fond en comble.

Il ne faut pas oublier que Dieu ne rencontre pas seulement pour obstacle à l'œuvre de sa miséricorde la liberté de Thomme qu'il veut respecter , mais encore la perversité des anges déchus. Il a donc fallu, pour guérir l'orgueil de l'homme et tromper la haine des démons, cacher la grandeur et l'humilité d'un Dieu dans les abaissemens delà crèche et l'ignominie de la croix.

L'humanité de Jésus-Christ a toujours été un scandale pour tous les esprits superbes, pour les Juifs, pour les païens et pour les philosophes. Elle a été le piège où s'est pris l'orgueil du démon. Adam une fois tombé, Satan triomphait. Il fallut un prodige plus grand que la création , il fallut la rédemption pour vaincre l'ennemi du genre humain. Satan avait cru que Dieu ne pouvait pas s'unir à une nature souillée. Satan n'avait sondé ni l'abîme de la justice de Dieu , ni l'abime de sa bonté. La crèche et la croix le confondirent.

Continuons à suivre le développement de la sagesse de Dieu dans l'œuvre de la rédemption : Au commencement Dieu n'était que bon , dit Tertullien. In principio Deus tantum bonus. Dieu n'était connu d'abord que par sa sagesse et sa bonté. La crainte n'était nulle part. On n'entendait dans toute la création qu'un hymne de reconnaissance et d'amour. Satan et l'homme entraîné par lui creusèrent des abîmes de justice et de douleur, le ciel et la terre tremblèrent, la colère sembla remplacer lamour. Il se fit , dit l'Apocalypse , un grand silence dans le Ciel.

l'incarnation. loi

Hommes I songez au vide immense laissé tout-àcoup dans l'œuvre divine, <}uand les anges sortirent du séjour de la félicité et que l'archange demanda : Qui donc est semblable à Dieu? Hélas! ce vide, Adam devait le remplir, Adam tombe à son tour. Voyez encore Adam et Eve chassés du paradis terrestre et perdant l'immortalité et le bonheur. Les anges avaient cessé d'être purs devant Dieu. Songez à l'effroi de toutes les nations devant le Très- Haut , songez à ces cruelles expiations, à ces sacrifices humains qui ont épouvanté la terre, à ce Fang qui crie qu'une offense terrible sépare l'homme de la Divinité. L'enfer et la mort sont entre l'homme et Dieu-, Thomme tremble devant son Créateur. Le peuple, dans le désert, craint de mourir en approchant de l'Eternel. Des douleurs inexprimables punissaient le péché sans pouvoir l'expier.

Comment effacer la terreur causée par la punition des anges rebelles, par le chérubin armé d'un glaive flamboyant, par les éclairs du Sinaï? Comment satisfaire la justîcç divine? Comment rendre a Ihomme l'humilité ? Comment lui faire aimer les douleurs et la mort ? Comment , au milieu d'un monde sillonné par la vengeance divine, rétablir l'amour entre l'homme et Dieu ?

Au milieu des menaces portées contre le premier homme, au milieu de la foudre et des éclairs, le Verbe avait dit : Eccâ venin , voilà que je viens. Je viens pour satisfaire la justice dont Dieu lui-même subit la loi , je viens lui apporter une expiation plus grande que la faute, briser les chaînes du péché et vaincre la mort. Venez, en effet, ô mon divin maître, raison, sagesse divine, venez, et, à force de merveilles , et par

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une rédemption bien au-dessusde la création de rhormme^ puisque l'homme d'abord fut créé du néant ^ et que maintenant il est créé par Tamour , venez rendre à l'homme laraour, venez lui faire dire avec Tertullien : Dieu agît comme l'égal de Thomme afin que l'homme puisse agir comme Tégal de Dieu. Venez substituer une religion toute d'espérance aux sanglantes réparations de la peur, venez remplacer par le sacrifice de l'Agneau les barbares immolations de 1 homme.

Oui , le Verbe dans un enfant, dans un homme humilié, a voilé la majesté de Dieu et fait cesser sa colère. Ecce Agnus Dei^ voilà l'Agneau de Dieu. Peuples , prosternez-vous, le monde est réconcilié avec le Ciel, l'épée du chérubin est brisée, les tonnerres de Sinaï ne se feront plus entendre \ Dieu n'est plus seulement le Dieu puissant, le Dieu terrible; il est le Dieu enfant , le Dieu homme , le Dieu dont on peut approcher, le Dieu de miséricorde et d'amour,

La bonté désarme la justice , l'orgueil des démons est confondu. Tout est rétabli pour l'homme comme tout était au commencement. Au commencement Dieu n'était que bon. In principio Deus tantbm bonus.

Otez-moi ces langes, cette crèche, celte chair, cette croix , disait l'impie Marcion ^ ils ne sont pas dignes de Dieu. Rien , répondait Tertullien , n'est si digne de Dieu que le salut de l'homme. Tous les Pères conviennent que Dieu ne s'est fait homme que pour faire l'homme Dieu : Factus est Deus homo ut fierei homo Deus, Chose admirable ! Merveille des merveilles ! mystère! Ce quedisail Satan à l'homme pour le tenter: Vous serez comme des dieux, c'est ce que Jésus-Christ a dit aux honimes : Vous êtes tous des dieux et les fils

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du Très-Haut. Deiesiis eijilii Excelsi omaes. Ne vous étonnez plus, mes frères,des premières paroles de l'ange aux bergers : Ne craignez pas, noliie ilmere , je vous annonce une grande joie : Ecce evangelizo vohisgaudium magnum. Le sujet de cette joie, c'est l'apparition nouvelle de la miséricorde , apparaît benlgniias Dei; c'est l'union rétablie entre la nature humaine et la nature divine , dans ce Verbe par qui Dieu a créé le monde, par qui Dieu a réparé le monde, par qui Dieu manifeste sa raison , sa sagesse , son intelligence.

Le Verbe est donc la raison de Dieu , la raison de tout ce qu'il a fait, ratio Dei et umuscuius(jue reiy comme parle saint Jérôme -, il nous reste à montrer comment il est la lumière, la raison de l'homme, puisque l'homme ne peut comprendre et agir que par lui. C'est ce que nous verrons dans la suite de ce discours.

DEUZZiBIE PARTIE.

L'Apôtre du Verbe, saint Jean, ne nous a pas seulement fait connaître que le Verbe était en Dieu, Verbum erat apud Deum, que tout a été fait par lui, et que rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui, il nous apprend encore ce que le Verbe est par rapport à l'homme dans ces paroles : « En lui était la vie , et la vie était la lumière des hommes , et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise. Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. »

Le Verbe est donc la lumière de l'homme, comme il est la lumière de Dieu. Vous allez vous convaincre de

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cette vérité en coDsidérant riiomme avant la chute , rhomme après la chute, l'homme sans Jésus-Christ, l'homme avec Jésus-Christ

L'homme était dans le paradis terrestre en communication directe avec Dieu. 11 se nourrissait du Verbe, la beauté suprême y il connaissait la vérité sans l'aide d'aucune image corporelle.

Dieu, dit un Père, avait mis dans le premier homme une lumière divine par laquelle Adam le connaissait directement. Cette connaissance tenait le milieu entre la foi, notre lumière d'ici-bas , et la vision bienheureuse , dont nous jouirons dans le ciel. L'homme ne voyait pas Dieu face à face, mais il ne le voyait pas, ainsi que nous, à travers un miroir. 11 connaissait alors son âme en elle-même, et au lieu que nous avons tant de peine à la trouver, et que nous la confondons avec toutes les images que nos sens nous apportent , il la démêlait d'abord de tout ce qui n'était pas elle.

Aussi saint Bernard dit que l'homme en cet état participait de la société des anges; mais Adam, par sa chute , cessa de pouvoir contempler la vérité en ellemême; il ne l'entrevit plus qu'à travers des figures. Le regard de sa raison fut obscurci, il perdit les yeux de l'esprit par lesquels il voyait son àme et les choses célestes -, il cessa d'être en communication avec les natures spirituelles , il ne vit plus que les créatures sensibles, et son corps, jusqu'alors l'image de son àme^ devint un voile entre Dieu et lui.

Voilà comment par le péché tout changea pour l'homme. Il fut exclu de la demeure où il jouissait de la vue de Dieu. Et jamais ses rapports avec Dieu n'auraient pu se rétablir si le Verbe divin, au rao-

L'iNCAFiiXATIOW. l55

ment de la chute, ne s'était offert pour lui en holocauste , agnus occisus est ah oripne niitndi Grâce à Tincarnation promise, le Verbe n'a pas cessé d'éclairer les intelligences et de conserver entre l'âme et Dieu ces relations mystérieuses, mais réelles , que nous appelons la raison et la conscience. Dites-moi , mes chers auditeurs, comment, malgré la différence des mœurs, du langage , des hommes séparés par l'espace et par le temps, des hommes qui ne se sont jamais vus ni concertés, ont-ils pu connaître les principes des sciences et des arts, les notions du juste et de l'injusie, les idées d'ordre et de beauté? D'où vient cet accord? Grâce à la lumière du soleil , nous découvrons les mêmes objets , les mêmes couleurs , les mêmes proportions. Qui produit ainsi sur les esprits le même effet que le soleil sur l'horizon? 11 existe donc un so leil de vérité, une raison commune à tous, une beauté universelle. Cette raison, cette beauté, cette lumière, cette vérité, c'est le Verbe, la lumière incréée, la parole de Dieu. La parole humaine est Timagc de cette parole divine dont le soleil n'est que l'ombre : voilà pourquoi le Verbe s'appelle lumière, intelligence , vie divine, raison, parole, et de même que sans le soleil l'univers serait dans la nuitetdans la mort, ainsi, sans le Verbe, la parole divine, l'âme et le Ciel lui-même seraient sans vie et sans chaleur. C*est dans le Verbe que Dieu se volt , c'est dans le Verbe que nous nous voyons. Notre raison , le regard de notre âme , nous sert à contempler la vérité dans la raison de Dieu, la raison éternelle !

Mes frères, vous êtes-vous rendu compte de cette lumière intérieure qui vient par fois éclairer vos es-

1S6 L*INCARNATÏ0N.

prils sur vos fautes , sur vos devoirs , sur vos rapports avec Dieu et avec les hommes? Cette voix intime qui parle à vos cœurs , ces inspirations secrètes de votre raison et de votre conscience, sont les illuminations du Verbe divin , la lumière de Dieu qui ne cesse de se communiquer à Thomme.

Indépendamment de ces illuminations intérieures, il y a toujours eu dans l'univers une révélation du Verbe directe, permanente , et les Patriarches et les Grands- Prêtres ont gardé ce dépôt sacré jusqu'à Jésus- Christ. Le $;enre humain a toujours eu sous les yeux le spectacle de cette tradition vivante qui a conservé et transmis Tunité de Dieu, la chute de Thomme, la promesse d'un Rédempteur. Aussi , grâce à la raison , à la conscience, à la foi, malgré la haine des méchans pour la vérité, son règne est établi désormais dans le monde , et rien ne saurait le renverser. Les efforts de l'impiété, les erreurs, les préjugés, tout passera 5 la vérité, le Verbe demeurera toujours. Une voix m'ordonne de crier , dit le prophète Isaïe : que dirai-je par mes cris? Tous les mortels ne sont que de l'herbe, et leur beauté ressemble à la fleur des champs. Le Seigneur a répandu un souffle brûlant, l'herbe de la prairie s'est desséchée, la fleur est tombée-, oui, vraiment, les peuples sont comme l'herbe de la prairie, l'herbe sèche, la fleur tombe, mais la parole de notre Dieu subsiste dans l'éternité. Avant comme après l'Incarnation, en-deçà comme au-delà de la croix , en tout temps comme en tout lieu le Verbe a donc été la lumière qui a éclairé nos ténèbres. 11 était dans le monde, et le monde ne l'a point compris.

L'homme a reçu du Verbe non- seulement toutes les

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idées , mais encore les inspirations et les secours dans Tordre du salut. Imposons silence ^ dit le grand pape saint Léon , à ceux qui osent murmurer contre la Providence divine et se plaindre du retard de la naissance du Sauveur^ comme si les siècles écoulés n'avaient aucune part aux mystères accomplis dans les derniers jours. L'Incarnation du Verbe a produit les mêmes effets avant son accomplissement qu'après, et le plan du salut des hommes n'a été interrompu dans aucun temps.

Ainsi l'Incarnation du Verbe a sauvé non-seulement les hommes venus après la naissance de Jésus- Christ, mais encore ceux qui l'avaient précédé. En vertu du sacrifice offert dès Torigine du monde , le Verbe n'a pas cessé de luire pour les hommes : voilà pourquoi la religion de Jésus- Christ est la religion universelle. Elle ne comprend pas seulement tous les lieux, elle comprend tous les temps. Le Verbe n'a jamais manqué à aucun liomme par ses illuminations ni parla grâce. Jésus-Christ était avant l'aurore, avant les collines, avant Abraham. Puisque les livres hébreux nous montrent, dit saint Augustin, dès le temps d'Abraham , des hommes fidèles à Dieu qui n'étaient Di de sa race selon la chair ni du peuple d'Israël, il s'est rencontré aussi chez les autres nations en divers lieux, en divers temps, d'autres hommes semblables. Ainsi, ajoute le docteur incomparable, le salut attaché à cette religion à laquelle seule le salut est promis n'a jamais manqué à aucun homme digne de le recevoir, et quiconque en a clé privé s'en était rendu indigne. L infidèle a reçu des grâces suffisantes pour s'élever h la connaissance du Créateur, accepil, et s'il en fait un

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bon usage , il recevra celles qui lui sont nécessaires pour connaître le Rédempteur, accipiet.

Aujourd'hui même les peuples qui ne connaissent pas rfncarnation reçoivent^ par Tunion de la nature divine à la nature humaine^ toutes les grâces nécessaires pour arriver à la vérité, et pour accomplir la loi du Verbe écrite dans leurs cœurs, loi d'après laquelle, selon saint Paul, tous les hommes seront jugés.

Sainte Eglise catholique, véritable Jérusalem terrestre, gardienne du dépôt de la foi , de l'espérance et de l'amour, vous avez donc eu raison de foudroyer les novateurs qui voulaient borner la vérité et la miséricorde de Dieu ; aveugles qui ne limitaient pas sa puissance et qui voulaient enchaîner sa bonté! Vous avez fait entendre contre eux ces belles paroles : Dieu veut sauver tous les hommes, et vous répétez sans cesse au moment du divin sacrifice le cantique des anges : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes de bonne volonté sur la terre! Ainsi, mes frères, Dieu nous a aimés d'un amour éternel, sa vérité, comme sa miséricorde, s'étend sur toute la terre. Jésus- Christ, le Verbe divin, est né pour tous les hommes dans une crèche, et il n'y aurait eu qu'un homme à sauver qu'il serait mort pour lui sur la croix. Dieu nous a commandé d'aimer tous les hommes comme nos frères parce qu'il les aime tous comme ses enfans. Il veut qu'aucun homme ne périsse, il veut que tous les hommes de bonne volonté soient sauvés.

Le Verbe avant l'Incarnation était dans la conscience , la raison ou la loi des peuples. Toutes les idées vraies conservées parmi les hommes étaient son ouvrage, et leurs erreurs, le fruit de leurs passions. L'intré-

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pide Romain sacrifiait à la peur, et la Grèce honorait la chasteté de Xénocrate en se prosternant devant les autels de Vénus, preuve manifeste que la lumière du Verbe, la raison, ne cessait de luire au milieu des ténèbres du paganisme, et le cri de la conscience, de se faire entendre au milieu du tumulte des sens. Le Verbe était donc la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde.

Mais l'homme ne voulait pas comprendre de peur d'être obligé de bien agir, et de lacet enseignement de crimes et de volupté qu'on appelait la religion païenne. Dans ce temps où Tabus de la force opprimait le sexe le plus faible, où l'oubli des prenûers sentimens faisait exposer et délaisser l'enfance , où une moitié du genre humain était esclave de l'autre, ceux qui ne se faisaient pas des idoles de bois se faisaient des idoles de chair, ^ et, comme l'a dilTertuUien, tout était Dieu excepté Dieu lui-même. Quarante siècles s'étaient écoulés dans ces erreurs et dans ces folies , comme si Dieu eût voulu constater par tant de crimes et par sa longue patience le néant de la sagesse de l'homme et la vanité de ses pensées.

Les peuples avaient répandu les ténèbres sur les obligations morales qu'ils ne voulaient pas accomplir. Voilà comment ils conservèrent la vérité sur quelques points et comme ils l'altérèrent sur tant d'autres. Mais ils n'ont jamais cessé de s'entendre sur toutes les vérités que n'obscurcissaient pas les passions.

Dieu était connu , adoré dans la Judée; mais, fiers d'être le peuple choisi et méprisant les autres, les Juifs avaient si peu d'idée du remède aux deux grandes plaies du genre humain, la volupté et l'orgueil, que

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leurs descendans^ encore fidèles à leurs traditions^ attendent un Messie guerrier et conquérant^ comme si Jésus-Christ n'avait pas réalisé toutes les propliéties par la conquête des cœurs et des intelligences. Un petit nombre seulement d'hommes de désirs parmi eux savaient découvrir le Messie dans les sacrifices et sous la lettre de la loi.

Voilà l'état du monde avant la venue de Jésus- Christ , le Verbe incarné. Le Verbe était le soleil des esprits, mais le soleil derrière les nuages. Tout ce qu'on voyait de lumière dans l'univers venait de lui , mais les passions allaient toujours voilant la vérité , et la nuit dans laquelle il est né à Bethléem est l'image de cette nuit profonde où se trouvait enseveli le genre humain. Enfin le Verbe parait; à la présence de ce soleil moral toutes les vérités sortent de l'ombre et reprennent leur éclat. Le Verbe paraît, et il achève la révélation faite aux Patriarches et à Moïse; il apprend à distinguer partout Terreur delà vérité, il sépare de nouveau la lumière des ténèbres. Le Verbe parait, le monde se trouble, le règne du mal est ébranlé, ce qu'il y a en nous de divin éprouve le besoin de briser sa chaîne et de recouvrer sa liberté. Le Verbe parait, le sang des victimes, devenu inutile , cesse découler; les autels des faux dieux s'ébranlent, les idoles tombent, les temples consacrés aux passions sont changés en maisons de prières, et le culte en espritet en vérité s'établit successivement dans lunivers. Ce divin soleil continue maintenant son cours; il éclaire successivement le monde. Des extrémités de laurore il s'abaisse aux bornes du couchant. Rien ne se dérobe à la chaleur de ses rayons , son éclat se répand dans toute la

L'mCARRATIOFr. 161

terre , et ce qui s'est passé autrefois parmi les nations païennes avant Jésus-Christ se reproduit aujourd'hui parmi les nations livrées encore à lldolâtrie. Mais le premier rayon de lumière pour les peuples est parti visiblement de la crèche où repose le Verbe incarné.

Nous venons de montrer ce qu'était le monde avant Jésus-Christ, ce qu'il a été depuis^ voyons maintenant, mes frères, ce que devient la raison de ceux qui, au milieu des lumières du christianisme, ne croient pas au Verbe incarné!

Aussitôt que Jésus-Christ cesse d être pour nous la raison de Dieu et la raison de l'homme, la révélation disparait, le monde spirituel s'évanouit. Plus de religion transmise avec la vie et conservée pendant quarante siècles par les patriarches et les grands- prêtres , et depuis dix-huit cents ans par les successeurs de Pierre-, plus de lien entre les générations, plus de traditions, plus de connaissance de Dieu et de Tàme, plus de règle du juste et de l'injuste, plus de Verbe en Dieu ni dans Thomme, plus de raison divine et de raison humaine. Dieu semble indifférent à nos pensées, à notre vie. Les tombeaux ne doivent plus se rouvrir. Plus de passé ni d'avenir, tout finit avec nous. Il faut que je le dise à ceux qui m'écoutent pour qu'ils sondent la profondeur de rabinie où tombent tant d'infortunés. Il faut qu'ils sachent, afin de nous aider, nous ministres de Jésus- Christ, à prévenir ce fléau, comment la mort entre dans les âmes, et le suicide dans la société. Nier Jésus-Christ, le Verbe incarné, c'est dé* U'uire le lien entre Dieu et Thomme, parce qu'il n'y a plus de religion possible si Jésus-Christ n'est pas le Verbe. Si Jésus-Christ n'est pas le Verbe, Dieu n'a ja-

162 l'incarnation.

mais parlé à rhomme , puisque la loi naturelle et la loi mosaïque n'ont servi qu'à lannoncer. Si Dieu n'a pas parlé à l'homme, il ne lui parlera jamais. Si la parole deDicUy la vérité, n'a pas été entendue par l'homme, l'amour de Dieu, le Saint-Esprit, n'est pas descendu sur la terre, la lumière et l'amour n'existent pas , et le monde est cet Enfer sur les portes duquel le poète écrivait : Laissez toute espérance, vous qui entrez. Voilà comment ceux qui se retranchent de la société humaine par le suicide ont déjà cessé de faire partie de la société divine par incrédulité. Nous avons connu de ces hommes livrés au doute parce qu'ils ne savaient pas que Dieu eût parlé à Thomme et que son amour fût descendu parmi nous. Des angoisses inexprimables déchiraient leurs cœurs, ils pleuraient en voyant ceux qu'ils aimaient, et dontiiscroyaient devoir être à jamais séparés par la mort, et vingt fois ils ont voulu mettre fin à leur existence pour échapper au supplice de croire au néant. Mais, dès qu'ils ont connu Jésus-Christ, le monde spirituel s'est recomposé à leurs regards. Ils ont vu que Dieu n'avait cessé de parler depuis la chute intérieurement à tous les hommes, extérieurement aux patriarches , aux grands-prêtres , aux apôtres; que depuis soixante siècles sa parole n'a pas cessé de briller dans le monde, qu'une même lumière parait partout, et que Jésus-Christ nous la montre dans sa plénitude. Ils ont vu que les temps qui ont précédé Jésus-Christ sont destinés à l'annoncer, les temps où il est venu à le recevoir, les temps qui Font suivi à le glorifier.

Oui , mon Dieu , vous avez parlé aux hommes du haut du ciel. Loculus escumeis decœlo, Domine. Vo-

l'incarnation. 163

ire parole s'est faite chair , et votre Verbe incarné est le dénouement de toutes les difficultés. Solutio totius âifficultatis Chrislus.

Tout se tient, tout se lie, grâce à Jésus-Christ. 11 n'y a pas un fait qu'il n'explique. Otez Jésus- Christ de l'univers, et l'histoire n'a plus de centre ni d'unité. S'il disparaissait tout-à-coup, le chaos qui a été dé-* truît par la parole se reverrait de nouveau, les ombres de la mort se répandraient de toutes parts, la nature de Dieu , sa puissance, sa justice, sa bonté, redeviendraient des ténèbres et des énigmes. La raison de Dieu , la raison de Thomme , seraient effacées de la terre , et la nuit se referait sur le monde.

Réjouissez- vous donc, mes chers auditeurs, la vérité est descendue du ciel sur la terre, les voiles répandus sur la destinée humaine sont levés, l'homme sait que la douleur et l'humilité réparent le mal fait par la volupté et Torgueil , que de ces deux passions des sens et de l'esprit sortent les ténèbres, les doutes, les répugnances contre la vérité , qui dominent Fintelligence et l'entraînement loin du Verbe. L'homme sait que son âme est plus grande que l'univers , puisqu'elle est faite pour Dieu. La lumière est descendue des collines éternelles et s'est rendue visible dans les souffrances , dans les humiliations et dans la mort-, elle éclaire toutes les âmes droites , tous les cœurs purs.

Fils d'Adam, relève maintenant tes espérances, reconnais ta nature en Jésus-Christ, et vois le rang qu'elle tient dans les ouvrages de Dieu ! Hommes, ne vous méprisez plus vous-mêmes: le Fils de Dieu s'est fait homme-, femmes, ne méprisez plus votre sort: le Fils de Dieu est né d*une femme.

164 l'incarnation.

Maximes du inonde , disparaissez ; souflh'ances y pauvreté, misère, vous n'êtes plus un mal; gloire, puissance, richesses, vous n'êtes plus un bien; la mort n'est plus la mort, elle est le commencement de la vie. Toutes les notions des choses jusqu'alors incompréhensibles dans la langue du monde sont maintenant rétablies; tout est changé, les idées, les noms même des biens et des maux, par les souffrances et les anéantissemens d'un Dieu. De quoi se plaindraient ceux qui souffrent, ceux qui pleurent, quand Jésus- Christ crée un monde spirituel où ils peuvent être au premier rang, où leurs misères mêmes serventà les introduire? A la vue de tout ce que le Verbe incarné a fait pour relever notre nature et réparer ses ruines, comment ne pas s'écrier avec l'Eglise : Heureuse faute^ çui nous a valu un tel Rédempteur/

Mortels, ne dites plus: Que suis-je aux yeux du Dieu immense, infini? Dieu n'a pas parlé à l'homme, il ne s'occupe pas de moi , la nature divine n'est pas accessible à la nature humaine , la crainte a fait les dieux, et l'homme, jeté au hasard sur la terre, est le misérable jouet du Ciel, qui n'a fait en le créant que donner une âme à la douleur.

Ce langage est un blasphème. La parole de Dieu s'est faite chair, elle a habité parmi nous, et Verbutn caro facturn est, et habitavit in nobis, La nature divine est tellement unie à la nature humaine que nous pouvons dire aujourd'hui : Un Dieu est homme, un homme est Dieu, tout est rétabli comme tout était au commencement. La justice et la vérité que nous ne pouvions contempler de l'œil de l'àme , nous les voyons maintenant de Tœil du corps dans l'humanité déifiée.

l'incarnatiojï. 166

Allons donc porter aux pieds de Jésus-Christ Thommage de notre raison. Le mystère d'un homme-Dieu est toute la religion, toute la philosophie. Jésus- Christ nous a dit : Je suis la voie, la vérité, la vie. La vérité n'est pas seulement une lumière sur les objets créés, une opinion, une doctrine, une œuvre de l'esprit humain } la vérité est une loi vivante, immuable, éternelle; elle est la justice, l'essence même de Dieu, elle est le Verbe divin. Partout où elle nous apparaît nous devons l'aimer et la défendre jusqu'à mourir pour elle, puisqu'elle a voulu mourir pour nous. C'est la vérité qui nous jugera au dernier jour. 11 faut l'aimer ou la haïr, Tindififérence n'est ni permise ni possible; elle est un outrage pour la vérité, puisque la vérité doit régner sur nous malgré les intérêts et les passions. Ceux qui la conserveront fidèlement icibas auront seuls la vie éternelle.

Et comment refuser nos cœurs à tant d'amour?

comment refuser d'entrer dans la voie qui nous est tracée par le Verbe, raison de Dieu, raison de l'homme, le Verbe qui a tout créé , tout réparé, le Verbe , notre sagesse et notre lumière dans le temps, notre gloire et notre bonheur dans l'éternité * ?

Ainsi soit-il.

Voir U la fin du volume les Instructions annoncées dans ce discours.

SUR

Qui manducat meam carnem et bibit meuin sangtiiaein manet in me, et ego ineo.

Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi , et moi en lui.

Saint Jean , Ev. , ch. vi , v. 37.

Il y a dix^huit cent ans qu'un homme, après avoir rnuliiplié des pains au désert, et nourri la multitude, dit à d'autres hommes réunis près de lui autour de la mer de Galilée: «Je suis le pain de vie descendu du Ciel -, si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai pour la vie du monde, c'est ma chair. Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour -, ma chair est vraiment nourriture, et mon sang vraiment breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. » Les disciples de Capharnaûm , qui avaient suivi l'Homme- Dieu à cause de ses miracles, trouvèrent cette parole dure , et s'éloignèrent. Vous aussi, di^manda le Sauveur à Pierre, voulez- vous m'a-

17*2 l'eucharistie.

chute; l'Eucharistie fait plus, elle nous place dans l'état divin de Jésus-Christ. C'est sous ce double rapport que nous allons envisager cet étonnant mystère.

Esprit saint, amour du Père et du Fils, vous qui venez à la suite du Verbe dans les âmes de ceux qui participent dignement au sacrement de l'autel , donnez-moi les lumières nécessaires pour parler de ce grand mystère qui unit l'homme à Dieu, et Dieu à l'homme. Je vous le demande par l'intercession de Marie.

Açfy Maria.

VBXUakBM PARTIS.

La présence réelle du Sauveur dans l'Eucharistie n'est pas moins prouvée que sa divinité. Faut-il dèslors s'étonner de l'adoration et des respects de l'univers pour un sacrement qui fait sa vie et sa gloire ? Le baptême en est la préparation, la confession l'entrée, le célibat des prêtres la conséquence, à cause de la pureté de parole et de pensée que nous devons apporter à l'autel.

La magnificence de nos temples, les splendeurs du culte, la pompe des cérémonies, attestent notre foi en la présence de l'Emmanuel , du Dieu avec nous.

Voyez toutes les Eglises séparées de Rome avant la dernière révolte de l'esprit d'orgueil et d'erreur contre le sacrement d'humilité et d'amour, toutes ont retenu la foi en la présence réelle de Dieu dans l'Eucharistie. Le Grec, séparé depuis le neuvième siècle; le

l'euciiaristïb. 173

Nestorien, depuis le cinquième, offrent le sacrifice qui doit remplacer tous les sacrifices. Parcourez l'Asie, l'Afrique, partout où il reste quelque trace du christianisme , vous trouverez la même foi. Nous pouvons donc répéter avec assurance : Le Verbe incréé, la parole de Dieu, est dans le monde , le Verbe est uni à l'homme dans Jésus-Christ, le Verbe est dans la communion, voilà la foi catholique, la foi de l'univers.

Nous ne nous arrêterons pas à établir la présence réelle de Dieu dans TEucharistie, mais nous montrerons les heureux effets de ce sacrement sur nos âmes et sur nos corps.

Dieu se nourrit éternellement de lui-même, de sa connaissance et de son amour, c'est-à-dire de son Verbe et de son Esprit. Sa vie , disent les théologien^ , consiste dans deux actes , l'un de sa raison , qui contemple la grandeur de sa puissance, l'autre de son amour , qui jouit de soii éternelle bonté. La vérité, le Verbe, est l'aliment des esprits célestes, et l'amour, le Saint-Esprit, naît dans les anges, comme en Dieu, du ravissement que leur cause la contemplation de la vérité. Les anges, dans le Ciel, vivent donc, comme Dieu, de la vérité et de l'amour, du Verbe et du Saint-Esprit. Pour moi , disait l'ange Raphaël à Tobie, je me rassasie d'une nourriture invisible à l'œil du corps. L'homme , fait à l'image de Dieu , vivait dans le paradis terrestre de la vie de Dieu et des anges. Son esprit était uni à la raison , son cœur à l'amour de Dieu même , et son corps immortel obéissait à sa raison et à sa volonté. Tout-à-coup, séduit par l'orgueil et la volupté, il oublie son origine, sa dépcn-

174 l'eltharistie.

dance, il s'approche de l'arbre de mort, et, par un juste châtiment, il est éloigné de l'arbre de vie : dèslors le Verbe divin, la vérité, n'est plus la nourriture de son intelligence, l'amour divin, la vie de son àme -, et c'est dans des alimens grossiers , dans des créatures passagères , qu'il cherche désormais la vie et la félicité.

Tout changea donc par le péché. L'esprit et le cœur de l'homme , plongés dans la chair et dans le sang , cessèrent de vivre de vérité et d'amour , et son corps, n'étant plus soumis à sa raison , fut dégradé par la révolte des sens, par les maladies et par la mort. Quand Adam tomba , nous étions tous en lui eomme les moissons dans le grain de blé d où Dieu les a fait sortir. Adam transmit donc à ses enfans le principe de la corruption, la loi du péché, le péché qui habile en nous, comme parle saint Paul, l'orgueil, la volupté, la mort.

Cette maladie primitive , celte plaie originelle, ne peut être niée par personne. Les philosophes l'ont reconnue. Platon déclare que la nature et les facultés de l'homme ont été changées et corrompues dans son chef dès sa naissance.

Qui n'éprouve en soi d'étonnantes contrariétés? Je veux et ne veux pas, je me sens entraîné où je ne voudrais pas aller. De pareilles contradictions faisaient dire à un ancien : « Est-ce donc un péché de naître ?» Et à un aulre : « Je vois le bien que j'aime, et je fais le mal que je hais. » Nous marchons de désir en désir , de chute en chute *, nous sentons à chaque pas notre misère , notre infirmité *, nous ne persévérons ni dans le

l'eucharistie. 176

bien ni dans le mal, nous disputons notre àme à Dieu comme nous la disputons à Satan , et, selon la belle expression du prophète, tristes enfans d'Adam, nous arrivons au tombeau traînant après nous l'iniquité comme les liens d'un char.

Voilà le mal , quel sera le remède ? La chair et le sang d'Adam nous transmettent l'orgueil, la volupté , la mort. Qui nous donnera l'humilité , la sagesse, l'amour? L'homme a perdu l'œil de l'esprit par lequel il voyait Dieu -, il a été éloigné de l'arbre de vie}; son corps, dégradé, est condamné à rentrer dans la poussière; son cœur, fait pour vivre d'admiration et d'amour, est enveloppé maintenant dans la chair et dans le sang.

Qui donc , mes frères , régénérera notre esprit , notre cœur , notre corps? Qui descendra dans noire corruption pour la guérir ? Qui rétablira en nous l'équilibre détruit par le péché ? Qui nous fera passer de l'amour du monde sensible à l'amour du monde réel? Qui mettra nos pensées, nos paroles , nos actions en harmonie ? Qui fera des hommes ce qu'ils devaient être d^ns l'Eden , une société d'anges terrestres ?

Un homme avait été la cause de notre ruine, un homme va devenir le principe de notre salut., Pour se remettre en communication plus immédiate avec chacun de nous , le Verbe prend un corps semblable au nôtre , mais un corps sans tache , incorruptible , une âme pure et innocente , une chair et un sang étrangers au péché. Le premier Adam s'élait laissé entraîner par Eve et par le serpent , le second Adam naîtra du Saint-Esprit et d'une femme

préservée de la tache originelle. Homme nouveau , il va refaire toute la race humaine, lui donner une nouvelle naissance , une nouvelle vie, le remède sera universel comme le mal.

Suivez Tordre ei le développement de cette mer* veilleuse régénération : Adam , au milieu des lumières et de l'Ëden , avait manqué de soumission à la parole de Dieu ; il avait voulu par lui-même , indépendamment de son Créateur , posséder la science du bien et du mal. Le Verbe, la science de Dieu , se cache sous les apparences du pain et du vîn , et la foi à cet incompréhensible mystère nous est imposée au milieu des plus profondes ténèbres. Adam avait cru pouvoir être indépendant de Dieu par l'intelligence, notre vie devient une vie de soumission continuelle de notre esprit. Nous réparons ainsi par des actes de foi les actes de révolte du paradis terresrestre, et de même qu'à la mort, au milieu des images, quand tout disparait à nos yeux, quand notre vie semble s'éteindre , nous devons croire à la vie éternelle parce que Dieu nous la promise, ainsi dans rEucharistie, malgré les apparences contraires, en présence du pain et du vin que nous voyons , nous devons reconnaître l'humanité et la divinité que nous ne voyons pas, parce que Jésus-Christ nous la dit. Le démon tenta nos premiers parens en leur montrant la beauté du fruit défendu, et en leur disant : Mangez , vous serez comme des dieux. Le Sauveur nous éprouve en nous présentant du pain et du vin, et en nous disant : Mangez , ceci est mon corps et mon sangj mangez, et vous aurez la force d'être humiliés, anéantis comme moi. C'est ainsi que,

l'eucharistie. 177

séparés de Dieu par l'orgueil , nous remontons à lui far rhumilité. Sortis du néant, nous renaissons par ranéanlîssement volontaire de Dieu et de l'homme. Le Verbe se voile et s anéantit pour que l'homrae s'humilie et s'anéantisse. Nous ne jugeons plus par les yeux de la chair , mais par la raison de Dieu. Nous croyons à la parole de Jésus-Chrisl, mal gré les rapports contraires de nos sens. Cet acte de foi , l'héroïsme de l'intelligence , recommence la vie divine en nous , en détruisant le jugement orgueilleux de nos sens et de notre raison. Le fruit de l'arbre delà science du bien et du mal avait fait tomber rhomme de la vie réelle dans la vie sensible, le fruit de l'arbre de la croix fait remonter l'homme de la vie terrestre jusqu'à la vie céleste. Le vin de nos champs nous fait perdre la raison humaine , le vin de l'autel nous rend la raison divine.

Mais l'orgueil n'était pas la seule plaie que nous eût laissée le péché d'Adam ; nos sens et notre cœur ont été profondément viciés. 11 y a en nous, depuis la chute, une pente aux plaisirs sensibles, une inclinalion à rapporter toutes choses à nous-mêmes, un désir d'aimer et d'être aimé qui est tout le fond de noire nature. Cet attrait pour les honneurs, la gloire , les richesses, les plaisirs , obscurcit le regard de notre âme. Voyez un homme emporté par la passion , ce qui lui a paru raisonnable cesse de l'être à ses yeux, il est en proie à une fièvre qui le domine ; les désirs, les mouvemens de l'àme et du corps , semblent précéder la lumière de la raison , et l'entraîner vers les créatures.

Adam n'avait aucune de ces révoltes. Il n'était obligé

178 l'eucharistie.

ni de combattre ni de vaincre ; il jouissait d'une paix parfaite dans son corps et dans son àme , au lieu que rhomme paraît mainlenant dans les pièges d'un esprit malfaisant qui le tient captif et Tentraine où il lui plait.

Par le don de son àme , le Verbe incarné nous remet en possession de la nôtre , il nous rétablit dans l'état d'Adam , il devient noire dernière fin, le principe de notre amour, il enchaîne Tesprit de mensonge , il nous rend l'empire sur notre cœur*, par le don de son corps, il est un remède contre la révolte de nos sens, contre les passions nées en nous de la chair et du sang du péché.

L'amour de Dieu mort pour nous y et qui se donne tout entier à nous , remplit notre cœur de reconnaissance, et sa chair vivifiante nous détache de la terre pour nous attacher au ciel; elle nous donne le goût des biens immuables, et nous fait sentir un attrait réel pour la justice et pour la vérité.

En donnant à l'homme cet attrait intellectuel qui balance l'attrait sensible, FEucharistie enlève l'obscurité répandue sur notre raison , et rétablit entre l'àme et le corps l'équilibre détruit par le péché , elle calme le dérèglement de notre imagination et le désordre de nos sens, elle dégage Thomme de Tempire des choses extérieures, elle guérit ce qu'il y a d'affaibli et de vicié dans sa nature , elle lui rend enfin la possession de lui-même. L'esprit de l'homme était devenu charnel, l'Eucharistie refait un homme spirituel. Il se fait une communication étonnante de la nature divine et de la nature humaine. Voyez la chair de Jésus- Christ, ne semble- t-ellepas déjà toute

l'euchahistie. 179

spirituelle? Dans le mystère de la communion, la matière subit toutes les lois de Tesprit , elle se divinise , la parole s'est faite chair , et cette chair , la chair de la parole éternelle, a toutes les propriétés de la parole -, elle se reproduit comme la parole , comme la parole elle éclaire, elle s'étend, elle se multiplie, elle s'incorpore à tous, elle purifie, elle nourrit. La chair en Jésus-Christ et par Jésus-Christ devient l'esprit comme le son de la voix humaine dans la parole devient la pensée, yî/ caro spiritus.

Concevez une pensée , dit un Père , elle viendra bientôt se revêtir en votre bouche d'une parole ; elle est toute en vous , toute en chacun de ceux qui l'entendent , elle est entrée en vous sans me quitter, elle est en chacun de vous sans être partagée. Voyez les rapports étonnans de tous ces mystères: le Verbe est la parole du Père, il est venu dans le sein de la Vierge , il s'est revêtu d'un corps, le voici maintenant qui se voile sous les espèces sacramentelles. Il entre en vous, en moi, il est tout entier en chacun de nous sans altération , sans division, sans diminution.

Les deux mondes , le monde spirituel et le monde matériel , sont rentrés en union , l'esprit domine encore une fois la chair; nous voici de nouveau en communication avec Dieu lui-même. Mais, au lieu des contemplations du paradis terrestre , nous ressemblons à l'enfant qui , dans le sein de sa mère, vit des fruits mûris par le soleil avant d'apercevoir la lumière, nous nous alimentons de Dieu avant de le voir.

Noire àme , grâce à l'Incarnation et à TEucharis-

tie , unie au Verbe et à TEsprit saint , à la liaison et à l'ainour de Dieu mèçie , recommence donc à vivre, cpmme les anges, de lumière et d'amour. La prière esl le mouvement continuel de notre cœur, la respiration de notre àme; le Saint-Esprit devient la vie de notre cœur, comme le Verbe la lumière de noire intelligence.

Ne vous êtes -vous pas demandé quelquefois , mes chers auditeurs , pourquoi cet homme si ardent pour les plaisirs , pour les honneurs et les biens de la terre, était devenu lout-à-coup si indifférent à ce qui était sa vie autrefois? cest qu'il s'est uni à Jésus-Christ avec TEucharistie dans la foi, et son ftme s'est apaisée en recevant son Dieu.

Adorateurs des choses qui passent , wons qui voudriez changer sans cesse d'émotions et de désirs , approchez- vous de nos autels , communiez , et votre àme sera une source d'eaux vives qui rejailliront jusqu'à la vie éternelle. 11 est des ambitieux à qui la terre n'a pas suffi pour rassasier leur àme , et une seule communion les aurait satisfaits à jamais.

Et vous qui communiez souvent, vous qui avez compris tout céque ce saoremept a de grand et d'admirable, dites-nous si vous n'y avez pas trouvé la paix quand vous étiez troublés , si vous n'y avez pas rencontré celle félicité que ne peuvent donner les plaisirs de ce monde ! .

Ainsi l'Eucharistie guérit notre intelligence, vivifie notre cœur, fortifie notre corps; elle remplace donc l'orgueil par la foi, la volupté par l'amour, la mort par la vie.

i^Wbaristié. 181

le priiû devient la chair de Jésus-Chrisl, et la chair de, Jésiis-Ghrist devient la nôtre en vertu d'une parole/ Et cette parole, quelle est-elle? C'est la parole de Jé^us-Christ , la parole qui a multiplié les painé au désert, qui a guéri le paralyttque; ouvert les yeux à Taveugle, donné Touîe au sourd, ressuscité les morts j la parole qui a dit, et tout a été fait , la parole de Dieu, qui a tiré tout cet univers du néant. Dites-la donc cette parole > Seigneur ) et je serai guéri : Sed tantùm die verho , et sanabiiur anima mea.

Vous le voyez , mes chers auditeurs , tout Tordre détruit dans le paradis terrestre est rétabli dans TEglise, FEglise, FEden de la terre, mais TEden voilé dans son passage vers le GieL Jésus-Christ est le nouvel Adam , Thomme céleste substitué i Thomme terrestre , l'arbre de vie au milieu des eaux vivifiantes. La lèpre de Tàme est guérie par un moyen semblable à celui qui Ta transmise , le Verbe il-t lumine Tintelligence de Thonmie , Famour divin est dans son cœur, et Tétemité bienheureuse promise à son corps. Non , il ne périra jamais ce corps auquel un Dieu s'est unij terre, océan , soleil, vous passerez, mais notre chair refleurira , r^fimùt caro mea.

Le corps du Verbe devient le lien entre notre raison et la raison de Dieu , entre notre cœur et le . cœur de Dieu; ce corps divin est le germe de la vie éternelle rétabli dans le mondé, c'est la régénération de rhomme , c'est nous en Dieu. Voilà l'accomplissement des paroles de Jésus-Christ : Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi^

182 l'eccharistif.

manel in me. Ne vous privez donc pas, mes chers frères , de la santé , de la véritable vie -, goûtez , et voyez combien le Seigneur est doux.

Mais l'Eucharistie ne se borne pas à cette régénération de l'homme : en le dépouillant de la nature corrompue, elle le fait vivre de la vie de Jésus-Christ lui-même , elle nous élève jusqu'à lui , et nous divinise, selon ces autres paroles, et ego in eo, et moi je demeure en lui.

C'est ce que nous allons voir dans la seconde partie.

L'Eucharistie, en nous régénérant, nous élève à un état plus sublime que celui dont nous étions déchus. C'est ici l'union de la nature divine avec la nature humaine par rincarnation, et l'union de Dieu avec chacun de nous par rEueharistie.

Voilà un ordre d'idées qui réclame de nouveau toute votre attention , et qui va vous montrer comment tout Thomme est divinisé par la communion. Un homme est Dieu , un Dieu est homme en Jésus-Christ ^ c'est à l'alliance des deux natures, la nature divine .et la natuire humains,rque nous sommes tous appelés, associés par UEucharistie. Jésus- Christ a institué ce sacremçni^ pour étendre et consommer en nous le mystère de l'Incarnation , afin que la Divinité étant unie à son corps , et son corps > uni au nôtre , notre corps soit uni à la Divinité

l'eucharistie. 183

même, dès cette vie, par rentremise de la chair. Les Pères enseignent que notre chair, par son union avec la chair de Jésus-Christ , reçoit une propriété admi^ rable en vertu de laquelle elle est divinisée. Saint Cyrille de Jérusalem dit que , par ce sacrement , rhomme est un même corps et un même sang avec Jésus-Christ : Concorporeus et consanguinfus ; saint Gyprien, que le mélange de Teau avec le vin dans le calice signifie notre union admirable avec Dieu parce sacrement-, saint Basile, que Jésus- Christ est mêlé, par le moyen de sa chair, au corps des fidèles, aGa que Thomme soit fait participant de la Divinité , particeps Divinitaiis,^ Qu'avions-nous perdu, dit le grand pape saint Léon , par le péché? Le droit d'être semblables aux anges. Nous sommes quelque chose de plus par la grâce de notre Sauveur. Incorporés à Jésus-Christ , devenus une même chair avec lui par TEucharistie , nous avons droit d'être élevés au-dessus des anges et placés à la droite du Tout- Puissant. » Nous serons admis un jour à la participation de la gloire même du Verbe par l'effet de l'Eucharistie.

Ainsi , pour parler le langage de la tradition , la divinité du Père réside dans la personne du Fils par la génération éternelle -, le Fils réside substantiellement et personnellement dans le corps de Jésus-Christ par l'Incarnation ; le corps déifié de Jésus-Christ réside dans notre corps par l'Eucharistie. Admirable chaîne d'or qui lie la terre au ciel ! Ainsi toute l'humanité est unie à la Divinité ! Je suis uni à Jésus-Christ par l'Eucharistie , Jésus-Christ est uni à mon frère-, le corps de mon frère et le mien

184 l'eucharistie.

sont donc unis corporellement par la communion* Nés tous d'Adam, nous renaissons tous en Jésus-Christ, et la fraternité humaine se trouve dans notre réhabi^ lilation comme dans notre chute.

Voilà pourquoi TEglise vous demanded'ëtre exempts, avant de communier , dç froideur , d'indifférence pour le prochain , de la plus légère inimitié -, voilà pourquoi vous ne pouvez être admis à TEucharistie qu'après vous être purifiés par la pénitence et par le repentir.

Aussi saint Paul , après avoir dit que Thomme el la femme ne sont qu'une même chair par le mariage , ajoute que cela est un sacrement, un signe sacré , un symbole , une figure de l'union de Jésus-Christ avec l'Eglise.

Vous savez, mes frères, que tous les liens des hommes , l'amour maternel , la paternité , l'amitié entre les frères, le sacerdoce, la royauté, sont des figures de nos rapports avec Dieu ; que toutes nos affections sont des degrés pour nous élever à Dieu, comme les idées et les images, des moyens pour le retracer sans cesse à nos esprits et à nos regards, parce que tout dans le monde visible est fait pour le monde invisible; parce que tout se rapporte à la connaissance et à l'amour de Dieu , la vie du ciel et de la terre. Comprenez donc pourquoi Dieu se sert de Tunion conjugale pour exprimer son amour. Toutes les conditions d'une véritable alliance sont remplies dansl'Eucharistie; Tobjel aimé est digne de toute notre admiration , nous avons en nous un cœur capable d'en jouir, il s'unit à nous, il se fond en nous. Rien ne manque donc à l'amour le plus intime.

l'eucharistie. 185

Ainsi s'accomplit cette incaruation spéciale , personnelle, cette alliance du Fils de Dieu avec l'Eglise célébrée dès les premiers jours , et dont le mariage d'Adam et d'Eve n'était qu'une image. Ainsi se consomme pour nous, en la personne de Jésus-Christ , l'union de la Divinité et de l'humanité , union qui a pacifié le Ciel et la terre , union qui nous donne le Ciel pour patrie } alliance céleste, véritables noces spirituelles, où Thomme revêt la robe nuptiale; union miraculeuse, union de natures et de personnes; unité ineffable , saintes magnificences de l'amour de Dieu , divines fiançailles qui rapprochez les ténèbres et la lumière, le fini et l'infini, la créature et le créateur !

Ce n'est donc pas en vain , mes frères , que vous avez en vous un cœur qui a un besoin insatiable d'aimer, un cœur qui ne veut pas seulement l'union , mais lunité , un cœur qui veut être une même chose avec ce qu'il aime; votre cœur est fait pour aimer Dieu lui-même et pour en être aimé, et il ne peut trouver de calme et de paix que lorsqu'il se repose en lui. Mais pourquoi sur nos autels ces images de sacrifice et de mort ? Ici , chrétiens , ne vous étonnez pas. Que tous les Caphamaïtes de la loi d'amour s'é*loignent. Il y a quelque chose peut-être de plus dur pour eux dans ce que je vais dire que dans le sens littéral de l'institution de l'Eucharistie. Ecoutez et croyez cependant , car ce sont encore ici les paroles de la vie éternelle. Le sacrifice, la mort , sont les conditions de cet amour réciproque, de cette union de Thomme à Dieu et de Dieu avec chacun de nous. Tous les biens de ce monde ne peuvent nous suffire, ni

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rassasier notre cœur ; nous conservons leurs images en nous , mais nous ne pouvons posséder leur substance. II n'en est pas ainsi de Dieu, que nous pouvons vraiment posséder, parce qu'il entre dans le plus intime de notre cœur par sa propre substance ; mais ce sanctuaire de notre ôme , où Dieu seul peut habiter, ne s'ouvre que par le repentir , par le sacrifice et par la douleur.

Lorsque la sainte Vierge reçut dans son seîn le corps de Jésus-Christ , il fallut auparavant que son cœur eût été percé par un glaive. Le Verbe s'est offert à Dieu en holocauste avant son incarnation , il s'offre encore à Dieu dans l'Eucharistie, immolé, anéanti. Le corps et le sang de Jésus-Christ sur l'autel sont séparés parle glaive de la parole; nous aussi nous devons nous immoler comme des victimes spirituelles , qui remplacent les victimes des anciennes lois, et celte immolation doit s'accomplir sur l'autel de notre cœur; c'est ici le martyre d'amour et non le martyre de sang.

L'Eucharistie est la consommation de l'alliance de la nature divine et de la nature humaine, parce qu'elle est le sacrifice de Dieu et le sacrifice de l'homme : ce sacrifice , Jésus-Christ le consomme tous les jours avant de s'unir à nous ; ce sacrifice est l'image de celui que nous devons à Dieu; mais quefaut-îl pour le consommer en nous-mêmes ? Ecoutez tout ce que le Verbe veut de nous. Le Verbe nous parle extérieurement et intérieurement La communion nous donne la force de suivre cette parole, de vouloir tout ce qu'elle veut , de ne jamais la déguiser à nos yeux ni aux yeux des autres ; de ne jamais élever de nuage

l'elgharistie. 187

autour du soleil qui éclaire nos ténèbres. Nous de^ voDS aller aussi loin que eette parole intime yeut nous conduire: frappons ce qui lui déplait, séparons- nous de nous-mêmes-, que la parole soit en nous un glaive spirituel qui détruise ce qui s'oppose à notre salut, un feu qui consume ce que nous voudrions réserver et que Dieu réprouve. Il faut mourir à tout ce qui n'est pas Dieu , pour que Dieu soit réellement la vie de notre âme. Nous trouverons Dieu quand nous ne nous chercherons plus.

Lorsque nous faisons en nous tout ce que veut le Verbe , la parole de Dieu , alors nous avons consommé le sacrifice, l'immolation est parfaite, le Verbe atout séparé, les désirs , les pensées, la chair , le sang , les passions de la volonté; l'homme a véritablement imité le sacrifice de Jésus-Christ , il a reçu TEucharistie en mémoire de celui qui s'est immolé pour lui sur la croix; l'amour divin, le Saint-Esprit, est descendu dans son âme , l'épouse perd son nom , sa volonté, tout ce qui lui appartient en propre; l'àme est cette épouse qui s'unit à Jésus Christ par le mariage eucharistique, par les noces spirituelles.

Vous le savez , mes chers frères , dans toutes les afleetions réelles et durables, il faut savoir qu'on est aimé et savoir aussi qu'on aime ; c'est là le secret de toutes ces souffrances et de toutes, ces douleurs volontaires. Grâce à la croix et à TEucharistie , à Timmolation et à l'anéantissement d'un Dieu pour rooi , je sais que Dieu m'aime. Grâce aux souffrances que j'ai volontairement acceptées, je sais aussi que j'aime. La mère sait qu'elle aime son fils parce qu'elle a souffert, parce qu'elle s'est dévouée

186 l'eucharistie.

pour lui; Tenfanl connail vraiment son amour pour sa mère , lorsqu'il a pu le manifester en saci^ee. Nous sommes assurés d'aimer notre patrie lorsque aous avons offert de verser notre sang pour elle. Au milieu des délices du Ciel^ comment saurions-nous , sans la souffrance et Timmolation acceptée, accomplie volontairement sur la terre, que nous aimons Dieu et non pas ses dons? Dans la jouissance. Dieu se donne à nous, il nous donne ; dans la souffrance, nous nous donnons et nous donnons à Dieu. Les bienheureux aiment Dieu, qui les enivre de délices; mais s'ils n'avaient pas, sur la terre, souffert pour lui avec joie, comment pourraient-ils savoir qu'ils l'aiment pour lui et non pour le bonheur dont ils sont inondés ? Parce qu'ils auront cru au milieu des ténèbres, espéré au milieu des angoisses, aimé au milieu des souffrances, les saints jouiront complètement de l'amour de Dieu. Cet amour, ils l'avaient senti dans la vallée des larmes avant d'habiter les collines étemelles, ils auront compris , malgré tous les maux de la vie , que Dieu les a toujours aimés, et que, dans leurs souffrances, il leur cachait une raison d'amour. Qu'il est doux pour eux de répéter au milieu de leurs transports d'allégresse : Seigneur, je ne vous ai jamais méconnu dans mes épreuves, j'ai découvert votre tendresse dans mes misères , l'Eucharistie m'avait tout révélé ! De là naît cette sainte ivresse dont l'autre n'est qu'une image ; car si l'ivresse des sens nous fait vivre de la vie terrestre, les transports de l'amour divin nous enlèvent à nous-mêmes pour nous faire vivre de la vie céleste. Alors l'épouse mystique peut dire au divin ^ux : Dilecius meus mihi esi^ et ego Hli. J'ai trouvé

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celui que mon cœur aime, et je suis à lui. Vous m'aimez plus que voire propre vie, Seigneur, et je suis prête à mourir pour vous.

Dieu est encore ici le Dieu caché de l'Ecriture. Si , tandis que la substance divine se mêle à notre substance dans TEucharistie, Dieu, dit Bossuet, transformait dans la même proportion notre intelligence en son intelligence et notre volonté en son amour , nous le verrions face à face. Les paroles de Jésus-Christ reçoivent leur entier accomplissement, Dieu est en nous, nous sommes en lui : Manet in me^ et e^o in eo. Voilà, disait un saint , la religion qu'il faut à mon cœur; toute autre ne pourrait le satisfaire. Il faut que l'amour de Dieu pour moi excède mes pensées, accable ma faiblesse, surpasse mon intelligence-, dans les merveilles de l'Eucharistie je reconnais mon Dieu. Gage sensible et permanent de l'amour de Jésus- Christ, pain céleste, vin mystique, paix du ciel, calme, rafraîchissement, aliment sacré de nos âmes, plus je médite sur vous, et plus j'admire , plus je sens que le Ciel tout entier n'est séparé de moi que par des apparences.

vous qui n'approchez pas de Jésus-Christ parce que vous craignez de profaner le sacrement de l'autel, il y a sans doute quelque générosité dans vos appréhensions; mais ne craignez pas, vous trouverez dans rEucliaristie la force nécessaire pour vous soutenir. Rappelez* vous les Jérôme, les Augustin, quittant les délices de Rome et devenant , par la communion , de véritables anges terrestres.

Voyez ces millions de martyrs nourris de l'agneau ei jsombattant comme des lions l'impiété et les idoles.

190 l'eucharistie.

Vous qui connaissez les entrainemens de la nature et du monde; vous seriez tentés de croire à l'impossibilité de la pureté angélique que l'Eglise demande à ses ministres ; mais vous ne considérez que la nature humaine livrée à elle-même , et vous ne savez pas la force qu'elle tire de son union à la nature divine. Pourquoi les catholiques ont- ils vu les prodiges de ces femmes héroïques'tra versant pures, comme les rayons du soleil , la corruption du siècle ? Parce qu'ils ont conservé la confession et la communion Le protestantisme, qui a rejeté ces deux sacremens, ne fera jamais un missionnaire véritable ni une sœur de charité. Cherchez sur la terre les hommes qui connaissent et qui aimentDieu , dont la conversation est dans le Ciel, ceux qui ne vivent plus selon la chair et le sang, mais selon la vérité et l'amour ; vous ne les trouverez que dans l'Eglise de Jésus-Christ , parmi ceux qui s'unissent à Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel. La vie des anges c'est de connaître et d'aimer Dieu j la communion, qui fait connaître et aimer Dieu, qui seule peut mettre les hommes complets en mettant dans le plus parfait accord leurs 'pensées , leurs paroles, leurs actions, nous révèle donc la vie du ciel sur la terre.

Nous appartenons tous au corps mystique de Jésus- Christ, que les événemensont ordre de former, et, comme ses membres, nous entrerons dans sa puissance et dans sa gloire. Quelle gloire au-dessus de toutes les gloires du monde ! Que deviennent devant un semblable avenir les occupations de la terre , les illusions des sens, les enivremens du siècle?

Aimons celui qui est et qui vil éternellement , n*ai-

l'clcharistie. 191

mon» ni le monde ni rien de ce qui est dans le monde. Tout ce qui appartient à la vie présente passera comme un songe; rien ici-bas n'a une vie permanente. Que toutes nos pensées soient au-dessus de la terre; que ceux qui vous voient se disent : Voilà les hommes qui accomplissent leur régénération , voilà les hommes qui s'unissent à Dieu, et que Dieu divinise , voilà les hommes qui, sur la terre^ participent à la nature di> vine , voilà les hommes qui se font dieux.

Ainsi soit-il.

un Saint-Esprit. » Combien de chrétiens ont entendu parler du Saint-Esprit et ne savent pas ce qu'il est en Dieu et dans Thomme t Et cependant la création nous élève à la contemplation de la gloire du Père ; la rédemption nous fait connaître le Verbe , le Fils de Dieu; l'Eglise , société des intelligences et des cœurs réunis par le lien d'amour , nous rév^e l'Esprit saint.

La nécessité de croire au Saint-Esprit comme aux deux autres personnes divines est prouvée par l'histoire des nations. Les peuples anciens qui n*ont pas reconnu le Dieu créateur, malgré le spectacle de l'univers, et se sont prosternés devant les idoles, ont été retranchés de la terre, et des ruines seules attestent leur passage ici-bas. La nation qui a refusé de reconnaître le Verbe divin, malgré les miracles et les prophéties, et qui a conservé l'unité de Dieu, existe encore ; mais, dispersée en tous lieux, elle est sans roi, sans temple, sans oracles. Le peuple qui a nié le Saint- Esprit, malgré le Cénacle, a été livré à la domination des Barbares ; et si le temple magnifique de Constantinople n'a pas été renversé comme le t^nple de Jérusalem, il est changé aujourd'hui en mosquée. Tandis que les nations catholiques ont en elles un principe de vie que rien ne peut détruire , l'Eglise grecque semble frappée de mort parce qu'elle a nié le Saint-Esprit procédant du Père et du Fils.

Le Saint-Esprit est maitre et Seigneur vivifiant ^ comme dit le Symbole, procédant du Père et du Fils ^ il doit être adoré avec le Père et le Fils; il est la viede l'univers, il est le lien entre Dieu et l'homme , entre l'homme et Dieu, entre l'homme et l'homme. Lo-

Saint-Esprit; en Dieu, desceodant dans Vhomme; le Saint-Esprit, dans les âmes, les unissant entre elles elles élevant vers Dieu, tel sera le partage de ce discours.

Esprit de grâce et de paix , enseignez-nous la science du salut, ehtèvèE^nous aux préoccupations des choses qui passent, pour ilou& attacher aux biens immuables, aux biens étemels ; donnez-nous un coêûr nouveau > nous vous le demandons par l'intercession de la mère du monde surnaturel, de la mère du monde de la grâce.

Ahj Maria.

FRSBKZXBE PA&TZX.

Nous avons montré, dans un de nos précédons discours, ce que le Verbe est en Dieu; nous allons voir aujourd'hui ce que le Saint-Esprit est dans la Trinité. Dieu se connaît par sa pensée, se vivifie par son amour; Têtre en lui n'est pas l'intelligence, l'intelligence n'est pas l'amour; mais ces trois personnes divines, dans leur union et leur séparation , composent son étemelle essence. Chacune des personnes en Dieu possède la nature divine tout entière. La puissance, l'intelligence, l'amour, appartiennent également au Pire, au Fils, au Saint-Esprit, puisque le Père est Dieu, le Fils est Dieu , le Saint-Esprit est Dieu ; mais, en tant que personnes , dit saint Augustin , la puissance est le Père, l'intelligence le Fils, l'amour le Saint-Esprit.

Cet amour, Dieu immense, infini, est un même

La Trinité, comme le soleil, répand continuellement sa lumière et sa chaleur; sa lumière se manifeste à tous les regards, et sa chaleur vivifie tout Tunivers. La lumière, c'est le Verbe; la chaleur, c'est l'Esprit saint : c'est l'Esprit saint qui, dans la création, a tout fécondé; il était porté sur les eaux pour les vivifier; c'est lui qui donne aux plantes celle vie que rien ne peut détruire,, à la terre cette fertilité que rien ne peut épuiser. C'est lui qut a formé le corps du Verbe incarné dans le sein de la vierge Marie, c'est lui qui a parié par les prophètes, qui a paru au baptême de Jésus-Christ, et le jour de la Pentecôte il a inspiré une vie nouvelle au genre humain. Mais l'œuvre qui le révèle à tous les hommes, l'œuvre qui le rend toujours visible , c'est la création d'un monde nouveau, du monde de l'amour manifesté au Cénacle par les langues de feu; c'est l'union des hommes arrachés à eux-mêmes et à l'attrait des choses sensibles, pour se perdre à jamais en Dieu.

Voyez en effet, mes frères, comme l'action du Saint- Esprit s'est révélée à l'univers après la mort du Rédempteur.

Le Verbe divin , la vérité , Jésus-Christ , avait une seconde fois séparé la lumière des ténèbres, et fait sortir la vérité du chaos de vices et d'erreurs dans lequel les hommes étaient plongés. D'un bout de la Judée à l'autre, il avait semé la parole. La loi de grâce était promulguée; elle comprenait ce qu'il y avait de beau dans la loi naturelle, dans la loi mosaïque, dans les prophètes, tout ce qui avait été entrevu par les philosophes, tout ce qui était resté vrai dans l'esprit de$ hommes.

Prédictions accomplies , miracles opérés à la vue les peuples ; tout attestait la mission de Jésus-Christ \ la sublimité de sa doctrine. Cependant ceux qui mutaient le Sauveur admiraient , dit saint Jean; mais Is n'étaient pas changés y dit saint Augustin. De cette nultitude qui avait suivi Jésus-Christ au désert^ et ]ui voulait le faire roi -, de cette foule qui allait à sa reDcoQtre quand il descendait de la montagne des Oliviers, que lui reste-t-il au Calvaire? Quelques femmes, sa mère 9 un apôtre. Que lui reste-t-il au Cénacle le jour de la descente du Saint-Esprit ? Cent vingt disciples.

Et cependant le Verbe, la parole de Dieu, était dans le monde, et le Verbe s'était fait chair; il ayait guéri les malades, ressuscité les morts; il s'était transfiguré sur la montagne, les apôtres l'avaient vu de leurs yeux , touché de leurs mains. L'œuvre de Dieu n'était donc pas complète.

Mais voici un changement prodigieux. Les apôtres deviennent des hommes nouveaux, et ils renouvellent ïunivers. La parole qu'ils ont reçue du Verbe est fécondée en eux et propagée par l'amour. Admirons ce double prodige.

Comment les apôtres ont-ils été tout-à-coup transformés en d'autres hommes ? Pendant qu'ils étaient Jansle Cénacle, un grand bruit s'est fait entendre, te langues de feu ont été vues se partageant et se reposant sur leurs tètes. « Tous, dit l'Écriture, remplis ^c l'Esprit saint, commencèrent, à parler diverses langues. La multitude, accourue à ce bruit ,, disait : • 'Is sont Galiléens , et chacun de nous les entend. Que veut dire ce prodige ? » Ce prodige c'est la nou-

202 LE SAiNT-ESPBit*

velle alliance de Dieu avee les hommes, la descente du Sainl-Esprit, de l'amour du Père et du Fils, le miracle de l'amour fécondant la parole.

Quand Jésus-Christ, durant sa vie mortelle^ expliquait les mystères à ses apôtres, les apôtres ne Tentendaient pas. Ils se disputaient la première place dans son royaume ; ils voulaient faire descendre le feu du ciel sur les villes qui refusaient de le recevoir. Ils se servaient du glaive pour repousser les attaques. Ils étaient tremblans à la vue du danger, ils s'enfuyaient du jardin des Olives. Pierre reniait Jésus-Christ au Prétoire. Après la résurrection , tous lui demandaient encore s'il allait rétablir le royaume d'Israël ; ils se réfugiaient dans le Cénacle après l'avoir vu monter au ciel 5 ils ne comprenaient ni ses souffrances ni ses humiliations.

Tout-à-coup, au milieu d'un peuple qui, cinquante jours auparavant, avait crucifié Jésus-Christ parce qu'il s'était dit le Fils de Dieu, ils viennent hautement annoncer sa divinité-, ils ne s'étonnent plus des frémissemens des bourreaux , ils se réjouissent quand on les emprisonne, ibant gaudenles\ et quand on leur ordonne de ne pas annoncer ce qu'ils ont vu, ils répondent : Nous ne pouvons pas, non possumus. Ils peuvent souffrir et mourir , mais ils ne peuvent se taire sur les miracles de Jésus-Christ.

Ils ne sont plus, dit saint Jean-Chrysostôme, cet or grossier, informe, tel que la terre le produit, mai» un or éprouvé, purifié par le feu. Tous ceux qui les écoutent sont confondus d'étonnement et s'écrient : « Comment ceux-là peuvent-ils savoir puisqu'ils n'ont rien appris ? >» Des pécheurs du lac de Nazareth sur-

passent lout-à-coup la sagesse des philosophes et des docteurs. Des hommes faibles ^ ignorans, deviennent les précepteurs et les maîtres des nations-, l'esprit de force et de douceur, le Saint-Esprit, l'esprit d*amour est descendu sur eux ; l'intelligence en eux féconde le cœur, et le cœur, à son tour, féconde l'esprit.

Voyez le prodige du Cénacle s'étendant à tout l'uni-^ vers. Le monde était plongé dans l'amour des chose» sensibles; l'orgueil et la volupté ne permettaient pas à la vérité de se faire jour dans tous les esprits. Partout l'abime naoral , partout le chaos. Douze hommes sans crédit, sans richesses, sans pouvoir, sans éloquence , sans armes, vont entraîner après eux les maîtres, les grands, les savans aussi bien que les faibles, les savans et les ignorants. L'Eglise, à sa naissance , est déjà plus étendue que la domination des Césars. « Tous les chrétiens, dit un incrédule, couraient au martyre, tous les peuples couraient au baptême ^ l'histoire de ces premiers temps est un prodige continuel. Et ce n'est ni au cri de la liberté , ni par l'appât des plaisirs et des Wens de la terre , ni par l'éclat du talent et du savoir que les apôtres ont opéré ce mouvement extraordinaire qui a changé le monde. Quel nom donnerons-nous à ces hommes? Sont- ce des philosophes ? Ils n'ont rien appris des sciences de la Grèce et de Rome. Des orateurs ? Ils n'ont jamais paru dans aucune école. Des législateurs? Ils ne connaissent ni les besoins ni l'histoire des peuples. Des conquérans ? Ils n'ont pas de glaive et ne savent que mourir. Que sont-ils donc ? 11 faut un nom nouveau pour désigner la puissance dans la faiblesse, le courage dans la pusillanimité, la science la plus sublime dans la plus

204 tfi SAINT-ESPRIT.

grande ignorance. Que sont-ils donc ? Les apôtres de j Jésus-Christ, et c'est au nom de Jésus-Christ crucifié qu'ils ont renversé toutes les religions pour établir la religion unique de l'amour et de la vérité. La sagesse humaine a été confondue , toutes les idées des hommes bouleversées. Les apôtres ont vaincu l'orgueil, la volupté, la superstition , en prescrivant à leurs disciples de mourir cc»mme Jésus-Christ est mort, comme ils meurent euxrmémes. On a fait aux chrétiens une guerre de trois cents ans, et les païens les appelaient des hommes de roues , des hommes de bûchers. Pendant trois siècles , quiconque se déclarait pour la foi de Jésus-Christ devait renoncer à ses biens, à ses emplois, à son honneur, à sa liberté, à sa vie« Il faut^ j disait Tertullien, acheter au prix de son sang la liberté de professer le christianisme. On a vu se lasser la j cruauté des bourreaux , jamais la patience des vie- ! times. '

Nous allons montrer maintenant coinment le Saint- Esprit, passant de Dieu dans nos âmes et se répandant de nos âmes sur nos frères, enfante cette société étonnante, ce monde nouveau, où l'humanité et la divinité sont unies par Tamour. Le Saint-Esprit amour dans l'homme comme en Dieu , tel sera le sujet de la seconde partie.

BttUXZEMS PARTIEé

îl y a dans Vhomme, indépendamment de son èirc et de son intelligence, un sentiment invincible qui le

LE SAINT-ESPRIT. 20ft

prend dans les bras de sa roère^ qui le suit dans tous les âges et qui fait le charme de sa vie; ce sentiment c'est Tamour, l'amour qui, selon Denys l'aréopagile, est une extase, un transport de Vàme qui va chercher hors d'elle la satisfaction qu'elle ne trouve pas en elle^ même. Nos yeux, dit saint Thomas, ont du plaisir à voir la beauté des couleurs et de la lumière, nos oreilles trouvent du charme dans la douceur des sons et de l'harmonie *, mais , ajoute ce grand docteur , rien n'est semblable au plaisir que le cœur trouve à aimer ce qui est aimable.

Où donc est la source de l'amour ? Nous ne pouvons aimer si nous n'avons devant nous un objet qui éveille ce sentiment. L'amour du père, l'amour de la mère, l'amour du fils, n'existeraient pas sans les rapports qui font naitre ces affections. Si Dieu nous avait tous créés en même temps comme il a créé les anges, il n'y aurait plus ni père, ni mère, ni par conséquent aucun des sentimens qui se rattachent à ces noms. Nous avons donc la faculté d'aimer comme la faculté de voir 5 maïs, sans le soleil, nous ne verrions pas les objets extérieurs -, sans les rapports que Dieu a établis entre nous et les autres êtres , nous ne connaîtrions pas l'amour.

De même que le Verbe, la lumière incréée, la raison éternelle, source de nos idées et de notre intelligence, est hors de nous un Dieu immuable, indépendant, universel, de même il existe hors de nous un amour incréé, éternel, principe de nos affections et de tous les mouvemens de nos cœur. L'amour qui se perd dans les créatures est un amour détourné de sa source, comme la parole, la pensée, la force, qui ne

Ciel suivant le degré d'amour qu'il aura eu sur la terre. Cette merveilleuse variété des dons de l'Esprit jsaint, enveloppée aujourd'hui dans la nuit de la foi , sera la révélation des derniers jours , la contemplation des bienheureux, la manifestation de la grandeur de Dieu , la splendeur de la gloire céleste.

L'Esprit saint, lorsqu'il descend 4lans nos cœurs, est le lien d'amour entre nous, le prochain et Dieu, et il établit ainsi cette trinité de rapports, le bonheur du ciel et de la terre. Voilà pourquoi le Saint-Esprit fait naître et réalise en nous le besoin de l'unité et de Tunion qui existe entre le Père elle Fils. mon Père, disait Jésus-Christ en parlant de ses disciples, qu'ils soient un en nous comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous.

L'unité des esprits est l'œuvre du Verbe; Funion des cœurs, indépendamment de l'intérêt et des passions , de la chair et du sang , est le miracle du Saint- Esprit. Avec quelle tendresse ils s'aiment t disaient les païens des premiers iSdèles; ils ne font qu'un cœur et qu'une àme, ils n'ont rien en 'propre, ce que l'un possède appartient à tous. Leur vie même n'est pas à eux ; ils sont prêts à la sacrifier les uns pour les autres. La loi de l'union est aussi impérieuse que la loi de Tupiié, et la vérité et la charité doivent régner sur les esprits et les cœurs des hommes pour que les hommes soient heureuse. Saint-Augustin dit en parlant de la mort de sa mère : « Je sentis déchirer cette double vie composée de la sienne et de la mienne ». 11 y a donc entre le prochain et moi une seule vie, la vie divine, l'amour, le Saint-Esprit. Commencez sur la terre une alFection, entrez çn com-

munication intime avec une âme, puis essayez d'avoir des réserves pour elle, vous ne le pourrez pas j il faut être tourmenté jusqu'à ce qu*on soit dans Tunité parfaite , ou se séparer pour jamais. Mais pour aimer son prochain comme soi-même, il faut être auparavant sorti de soi-même, et aimer Dieu de tout son cœur , de toute son àme et de toutes ses forces. Voilà pourquoi les âmes ici-bas ne peuvent entrer dans Tunité et l'union parfaites que par l'amour divin, et cependant elles ont besoin , pour être heureuses, de cette unité et de cette union. Il faut que nos esprits s'unissent dans le Verbe , et nos cœurs dans l'amour divin , pour que nous soyons vides de nous et pleins de Dieu et de nos frères. Voyez ces assemblées où les hommes cherchent à s'entendre , ils ne le peuvent pas. S'ils aimaient la vérité pour elle même, ils s'accorderaient; mais les intérêts, les passions, les divisent: le Saint-Esprit seul peut réunir les hommes.

Ces anxiétés inexprimables qu'on éprouve lorsque l'amitié chrétienne s'affaiblit ou se brise, c'est la douleur de se sentir séparé de l'Esprit saint , c'est le corps mystique de Jésus- Christ qui se déchire, c'est un membre qu'on perd , c'est une violence faite à l'amour divin et qui se retire à regret. Nous devons nous aimer les uns les autres, dit un Père, comme feraient les membres de notre corps , si chacun avait sa vie particulière. Alors seulement nous sommes assurés que l'Esprit saint habite en nous. Mais il ne faut point d'exception à notre amour. Pour que nous aimions réellement par l'amour de Dieu même, il faut que notre charité soîl universelle , il

faut aimer tous les hommes parce que Dieu aime tous les hommes.

Vous comprenez maintenant , mes chers frères , pourquoi l'âme n'est en paix , l'âme n'a la joie que lorsque le Saint-Esprit habite en elle, parce qu'elle ne peut vivre sans un amour complet , immense , infini , et que cet amour est lamour de Dieu même. Aimer Dieu par le Saint-Esprit, c'est aimer Dieu avec l'amour par lequel il s'aime lui-même. Le Père et le Fils nous aiment avec le même amour par lequel ils s'aiment réciproquement. Il faut donc aimer le prochain par l'amour de Dieu même. Tanl que l'amour divin est en nous , il y a dans notre cœur une aspiration vers une vie meilleure-, si cet amour s'éteint, notre cœur est en proie à une angoisse inexprimable. Le remords c'est la douleur de l'ème privée du Saint-Esprit.

Voyez les hommes qui ont la foi sans l'amour, qui connaissent la vérité et ne la pratiquent pas, ils parleront des vices et des vertus, ils diront que la vie est peu de chose , que la gloire humaine est une ombre, que les biens de ce monde sont périssables ; mais ils agiront pour éblouir les autres , pour étendre leur vie, agrandir leur fortune. Leurs paroles, leurs pensées, leurs actes, seront en contradiction. Ils seront menteurs, hypocrites ou înconséquens. Les vérités entrevues par leur esprit ne sont pas descendues dans leur cœur. Mais si la grâce touche leur âme, si l'Esprit saint descend sur eux, alors l'amour, les dégageant des passions, fait pénétrer en eux la lumière du Verbe , et, dans ce sens , l'Eglise dit que le Saint-Esprit est la lumière des

cœurs ; lumen cordium. Alors ils méprisent les honneurs j les richesses , les plaisirs du inonde. C'est du cœur que viennent les grandes pensées, c'est le cœur qui croit véritablement , il faut que l'intelligence descende dans le cœur pour qu'elle soit parfaite, le cœur seul fait les saints et les héros.

La descente du Saint-Esprit s'accomplit à la lettre dans ceux qui passent de la foi spéculative à la pratique de la vérité. Ce qui s'est passé dans le Cénacle se répète chaque jour sous nos yeux.

Alors les hommes deviennent complets, alors leurs paroles, leurs actions, leurs pensées, ne se démentent jamais. N'oubliez pas, mes chers auditeurs, que, depuis la chute d'Adam , la volonté dans l'homme est encore plus malade que la raison. C'est la volonté dans Adam qui a été coupable , l'ignorance a été une punition de sa faute.

Le Verbe sans l'Esprit ne suffit pas à la sanctification des èmes , parce que l'amour est nécessaire à la fécondation de la parole. 11 ne suffit pas , pour être heureux ou saint, de voir et de comprendre , il faut aimer. Les démons croient , mais ils tremblent. C'est dans son cœur que l'impie a dit : « Il n'y a point de Dieu , » afin de pouvoir briser le joug de la conscience. C'est dans la volonté que s'achève l'œuvre de la Rédemption. La religion sub juguerait facilement les esprits si Dieu ne nous demandait que de reconnaîlre sa vériléj mais il veut que nous lui soumettions les penchans de notre cœur- Voilà la dîfficul le combat. Il est grand , di

sait un philosophe , le combat qui décide si nous serons bons ou méchans, heureux ou malheureux, s'

nous appartiendrons à Tamour ou à la haine, à ia vie ou à la mort , à la joie ou à ta douleur , à la gloire ou à Topprobre. Dieu est un feu qui dévore tout ce qui nVst pas à lui , qui vivifie tout ce qui lui appartient. MaisTEsprit divin nous aide et nous inspire dans ce travail ; c'est lui qui gémit dans nos cœurs , c'est lui qui nous baptise avec le feu , qui parle, qui prie dans nos âmes, qui nous donne un cœur nouveau et nous unit à Dieu.

Tout est donc fait pour Tamour , tout revient à Dieu par l'amour. L'amour parfait chasse la crainte y dit saint Jean , et la perfection de l'amour consiste à ne pas craindre les jugemens de Dieu. Pour ceux, dit Bossuet, qui accomplissent ici -bas Tacle d'abandon ou d'amour avec toute la perfection qiie Dieu demande, il n'y a ni péchés passés, ni supplices, ni punition, il n'est point d'enfer, point de purgatoire , il n'y a que le Ciel, parce que l'union de Dieu et de l'homme est ainsi consommée , et que Tamour est la fin de l'homme comme il est le complément de la Trinité.

Nous ne sommes ici-bas , mes chers frères , que pour arriver à produire un acte parfait d'amour, un acte d'adhésion entier, complet, indépendant à la volonté de Dieu. Dieu, dit Fénélon, veut être aimé comme il le mérite , avant de se faire voir comme il est. La vue lumineuse de son essence nous détermi* nerait invinciblement à l'aimer-, mais il veut être aimé d'un amour libre. L'univers, le temps, les créatures , les événemens heureux ou malheureux , les tentations , les épreuves , la mort , tout a été préparé afin que nous donnions à Dieu une préférence com-

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piète sur tous les objets sensibles et sur nous-mêmes. Notre cœur doit choisir l'amour divin parmi les affections terrestres, comme notre intelligence discerne la vérité parmi les erreurs.

C'est la merveille de la puissance divine, d'avoir si bien ménagé, dans la religion et dans l'univers, les ombres et les lumières, les pencbansde la nature et les attraits de la grâce , que l'homme puisse être suspendu uij moment entre le Créateur et la créature. Si Dieu se montrait à nous da€s toute sa beauté , où se. rait le mérite de l'aimer ? si nous voyions clairement l'enfer et le Ciel , comment pourrions -nous balancer entre la vie et la mort ? Dieu a répandu sa beauté, sa grâce, son harmonie, sa lumière, sa sagesse , son intelligence dans lunivers, afin que nous nous servions des objets créés pour lui prouver notre amour. Vouloir ce qu'il veut, aimer ce qu'il aime, haïr ce qu'il hait, lui rapporter nos souffrances et DOS joies , voilà l'amour qu'il veut de nous, et cet amour est fort comme la mort. C'est cet amour qui brûlait le cœur des solitaires , des vierges , des confesseurs , des martyrs et des saints. Aai amandum , out ardendum. Dieu est dans la lumière du soleil , dans la douceur de l'air, dans la fertilité de ta terre, dans tout ce qui nous environne ; il est , grâce à la Rédemption, notre nourriture, notre breuvage ; il est notre père , notre frère , notre ami ; il nous console, il nous fortifie *, tout vient de lui, tout doit revenir à lui.

L'univers créé est la pnéparation de cette union de rârae avec Dieu. Dieu est grand , magnifique , terrible dans sa puissance. Comment aurions-nous

pu imaginer sa tendresse et son amour s'il ne s'était pas révélé sous les images d'époux et d*époiise dans le Cantique des Cantiques , dans rincarnalion et TEucharistie : dans le Cantique de Salomon , par l'union conjugale-, dans rincarnation ^ par TunioD de la nature divine et de la nature humaine ; dans l'Eucharistie, par l'union du corps d'un Dieu avec nous?

Si le Cantique des Cantiques , appelé le poème de l'Esprit saint , n'avait pas été placé par l'Eglise dans le canon des Ecritures, qui aurait jamais osé croire que les expressions de tendresse d'un époux pour son épouse : « Mon bien-aîmé i*st à moi et moi à lui , » fussent les paroles dont Dieu veut que nous nous servions pour lui marquer notre amour?

merveille de l'Esprit saint ! Dieu nous a donné la faculté d'aimer, le mouvement de l'amour, loxis les objets de l'amour; il nous a enseigné jusqu'aux paroles qui l'expriment.

Le monde, divisé comme il étaitavant Jésus-Chrîst, s'explique par la confusion des langues à Babel, con fusion envoyée pour punir l'orgueil ; la conversion du monde s'explique par le miracle de l'amour. L'amour a réuni les hommes que l'orgueil avait dispersés. L'amour est descendu substantiellement sur les apôtres. L'Esprit saint échauffant la parole du Verbe ei la propageant dans le cœur, c'est le soleil mettant en mouvement la lumière répandue dans l'espace. Le Saint- Esprit parut sous l'image du feu, au Cénacle , comme Jésus-Christ fut environné de lumière au Thabor. Le feu est à la lumière dans le monde visible ce que l'Esprit saint est au Verbe dans le monde invisible. Il

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faut à TEglise, pour la vivifier, dit saint Grégoire de Nazianze, une léte et un cœur. Jésus-Christ est la tète par laquelle nous connaissons Dieu; le Saint-Esprit, le cœur par lequel nous l'aimons.

Le miracle du Verbe et du Saint-Esprit manifesté dans le monde visible , le miracle de la parole fécondée et propagée par Tamour , est toujours subsistant dans rÉglise. La prédication de la vérité, c'est le flambeau du Verbe transmis par les ministres de Jésus- Christ, les sacremens sont les langues de feu qui parurent au Cénacle. Par la prédication de la parole se transmet la vérité, par les sacremens se perpétue l'amour.

Il y a donc, mes chers auditeurs, une triple loi dans l'univers, loi de vie, loi d'intelligence, loi d'amour, Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit. Hors de la Trinité existe une loi de haine, de ténèbres et de mort. L'action qui fait croître les semences confiées à la terre est l'œuvre du Saint-Esprit, la même action se répand dans le monde moral pour faire germer la vérité. Le Saint-Esprit nous révèle tout le plan de Dieu dans l'œuvre de l'univers. La puissance a tout créé , la sagesse tout coordonné, l'amour complète tout. Voilà pourquoi le cœur de l'homme est le terme de la création; le cœur doit posséder Dieu; c'est dans le cœur que s'accomplit le grand mystère de l'amour: l'union de l'humanité et de la Divinité.

Le Saint-Esprit est donc réellement Dieu , Seigneur et vivifiant, comme le Verbe, le Fils de Dieu. Ceuxqui, au quatrième siècle, ont osé attaquer sa divinité auraient détruit l'accord qui existe entre les deux autres personnes de la Trinité. Qui voudrait se-

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parer le Saint-Esprit des personnes divines, dit un Père, les séparerait entre elles et diviserait leur règne éternel! L'accord entre la nature divine et la nature humaine serait anéanti. Si l'amour qui procède de la puissance et de l'intelligence n'est pas Dieu comme la puissance et l'intelligence, il est en nous une facullé qui y procédant aussi de notre être et de notre intelligence, n'a pas^ au-dehors d'elle une personne divine pour la nourrir et Talimenter. Notre cœur éprouverait un vide immense et, par conséquent, unedouleur sans fin, un supplice éternel. Ce vide affreux serait Fenfer commencé dès cette vie, car l'enfer, comme Fa dit une grande sainte, est le lieu où l'on n'aime pas. L'amour est aussi essentiel à l'homme que l'intelligence.

Vous savez tout maintenant. Vous êtes associés au secret de Dieu : Faction des trois personnes divines sur Funivers et sur votre àme. Je puis donc vous dire, comme saint Paul aux Gala tes, si vous vivez par l'Esprit, conduisez-vous par FEsprit, aimez Dieu, aimez vos frères, voilà toute la loi. Dieu ne vous demande pas vos biens, mais votre cœur.

Entrez dans ce sanctuaire que Dieu seul doit habiter. Sondez vos intentions les plus secrètes. Voyez si c'est pour Dieu ou pour vous que vous agissez, si c'est votre salut ou votre gloire que vous cherchez. Epurez, retranchez, vous n'entrerez au Ciel qu'avec un amour parfait. C'est à la vérité immuable , à la beauté éternelle que vous êtes appelés. La vérité, c'est Dieu connu; le bonheur, c'est Dieu possédé. Le beau, c'est la splendeur du vrai , et l'amour le sentiment du beau. L'illumination de nos esprits, c'est le Verbe ^ le mou-

vement de notre âme vers le ciel , Taspiration vers Dieu, c'est le Saint-Esprit. Le Verbe et l'Esprit saint, la vérité et Tamour, peuvent seuls vous introduire dans Tessence divine , dans la félicité et dans la gloire.

Ainsi soit-il.

LE SECOND AYÈNEMEAT.

SUR

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