DE JÉSUS-CHRIST
Yidebnnt Filium hominis ▼euientem in nubibus cœli cum virtute multâ et majestate.
ns verront le Fils de Tbomme venant sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté.
Saint Matthieu , ch. xxiv , f 30.
Je viens annoncer aujourd'hui à tous les hommes enlrainés par les choses présentes, et qui négligent le soin de leur éternité, le retour de Jésus-Christ sur la terre , non plus dans un état d'obscurité et d'humiliation , mais dans un appareil de gloire et de majesté ; je viens leur annoncer la fin du monde , la résurrection des morts, le jugement dernier, où les bons et les méchans seront séparés, les uns pour aller au supplice éternel , les autres à la joie éternelle. Tune videbimi Filium hominis venientem in nubibus cœli.
Et sur quoi repose la certitude où je suis de ces vérités? Sur une preuve infaillible, sur des prédictions dont Faccomplissement est déjà en partie sous vos yeux.
Si on homme vous avait prédit tous les événemens de votre existence, et qu'une partie de ces événemens fût déjà réalisée, douteriez-vous de la réalisation de l'autre?
L'Esprit saint, qui a prédit, il y a des siècles, le premier avènement de Jésus-Christ et tout| ce qui se passe maintenant dans l'univers, annonce également toutes les vérités que je viens de vous rappeler, ei qu'il vous importe le plus de croire.
Qu'avons-nous vu depuis dix-huit cents ans, et que voyons-nous maintenant ? Le premier avènement de Jésus-Christ, la ruine de Jérusalem, la désolation de tous les lieux où furent autrefois Tyr, Edom, Moab, Babylone et Ninive, la chute des idoles, l'Eglise fondée par Pierre sur les débris de la puissance romaine, les Juifs dispersés, les nations converties. Tous ces faits, que la sagesse de l'homme ne pouvait prévoir, sont écrits dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Dieu, l'auteur de ces événemens miraculeux, pouvait seul les prédire. Mais si les événemens que nous vous annonçons aujourd'hui sont écrits dans ces mêmes livres, il est évident qu'ils doivent également s'accomplir.
Je vous disais dernièrement que la raison conduisait infailliblement les hommes à la foi ; je puis aller plus loin aujourd'hui , et affirmer qu'il ne faut que des yeux pour croire, puisque les prophéties sont un miracle perpétuellement devant nous, un flambeau qui brille dans un lieu obscur, selon la belle expression de saint Pierre. Aussi , quand même je ne viendrais pas aujourd'hui réclamer de vous une foi divine, en mettant sous vos yeux toutes ces prophéties,
LÉ SECOND AVÂNEIIBNT. 233
VOUS seriez oblifl;és de m'accorder une foi humaine; c'est-à-dire que vous seriez forcés de croire à l'avenir par les mêmes motifs qui vous font croire au
Oui , je le répète , pour ne pas croire à Jésus-Christ venu et à Jésus-Christ à venir ^ il faut dire que Ton ne croit pas au soleil ; il faut fermer volontairement les yeux à la lumière; il faut renoncer à l'évidence, à la certitude morale; il faut se retrancher de la société des hommes.
Je montrerai les grands événemens accomplis sous nos yeux, et qui comprennent tout le passé, clairement prédits dans les livres saints ; je ferai voir ensuite le second avènement de Jésus-Christ également annoncé par des prophéties aussi claires et aussi évidentes que les premières.
Vous reconnaîtrez ainsi que tout se lie, tout s*enchaine dans la Bible et dans Thistoire du monde, le passé sera pour vous le garant de l'avenir.
Implorons les lumières de l'Esprit saint par l'intercession de Marie.
Ave y Maria.
FBZMZiaS PARTIS.
L'ordre de l'univers montre que tout est soumis à des lois constantes, immuables, lois du Dieu créateur des choses visibles et invisibles. Les nations ont aussi leurs lois invariables, lois morales auxquelles sont attachés leur gloire ou leur opprobre, leur grandeur ou leur décadence, selon que ces lois sont suivies ou
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violées. Quel homme n'a pas compris k langage des événemens accomplis depuis la création ? En] quels lieux cette voix éclatante n'a-t-elle pas retenti ? En sorte qu'il est vrai de dire que si Dieu a révélé sa puissance et sa sagesse dans le spectacle de Funivers , il a révélé sa justice et son amour dans l'histoire des peuples.
Regardez autour de vous. Parmi toutes les nations, il en est deux qui s'élèvent comme des témoins , les chrétiens et les Juifs ^ elles dominent toutes les autres , et {M'ésentent à elles seules l'histoire du genre humain. Deux villes où ces nations ont régné tour à tour, Romeet Jérusalem, attirent aujourd'hui tous les regards. Jérusalem, autrefois la merveille delà terre, est maintenant déserte et désolée \ Rome , la ville de la guerre, est la ville de la paix; Rome, l'effroi du monde sous les empereurs païens, en est devenu l'anoiour sous les successeurs de Pierre. Rome, véritable cité du Dieu vivant, de celui en qui toutes les nations de la terre devaient être bénies, voit successivanent accourir dans ses murs tous les peuples, et elle s'assujettit par la religion ceux qu'elle ne subjugue plus par les armes.
Jérusalem a renié le Fils de Dieu, elle est assise solitaire au milieu du monde, et les lamentations du prophète peuvent seules égaler ses calamités. Rome a reconnu Jésus-Christ, et elle règne sur le monde. Le temple de Jérusalem , autrefois la splendeur de l'univers, est détruit, et le temple de Pierre , du batelier qui a confessé la divinité de Jésus-€hrist, l'a remplacé dans l'admiration des hommes.
Les deux peuples qui ont régné dans l'une ou dans
LE SBCOND AVÈNBMSNT. 825
Tautre de ces villes ont dans leurs mains un livre conservé d'âge en âge, renfermant leur culte, leur religion, leur morale , et ces deux livres, qui n'en font qu'un, se rapportent au même Emmanuel, le Dieu avec nous, l'un pour l'annoncer, l'autre pour le manifester. L'un de ces peuples est maintenant errant sur la terre où l'autre est roi ; Tun a blasphémé Jésu»- Ghrist, l'autt-e l'adore, et tous deux aujourd'hui sont des témoins miraculeux de l'ordre surnaturel nié par les panthéistes, des signes éclatans de la justice et de l'amour de Dieu, Enivrés des biens de la terre, les Juifs rêvent un Messie guerrier et conquérant Ils attendent encore un rédempteur qui doit leur donner les richesses du monde , un envoyé de la tribu de Ju» da , un fils de David , et il est impossible de distinguer parmi eux la tribu de Juda et la famille de David. Les chrétiens, au contraire, adorent un Dieu caché, un Messie anéanti, humilié, un Messie qui fait régner la justice et la sainteté. Ainsi s'accomplissent tous les oracles. Ainsi les Gentils ont vu la lumière qui s'est levée de l'Orient, et les Juifs sont ensevelis dans 1 es ombres de la mort.
Cependant la religion des Juifs, descendue de la religion des patriarches , contient les trois dogmes de 1 humanité : Dieu, la chute de l'homme, la promesse d'un rédempteur *, et leur livres renferment d*avance toute l'histoire de Jésus-Christ. Aveugles, ils portent le flambeau qui éclaire tout le monde I et s'il n'existait pas dans l'univers des hommes qui, en présence du soleil , doutent de Dieu , on ne comprendrait pas les Juifs, qui lisent la Bible et n'y voient pas Jésus- Christ.
Toute la vie du divin Sauveur est en effet écrite d'avance dans TÂncien Testament. Aucun trait , aucune circonstance^ n'y manquent : sa naissance à Bethléem , sa vie cachée, sa mission ^ sa prédication dans le second temple, ses miséricordes, ses opprobres , sa croix, sa mort, la gloire de son règne. Pendant quatre mille ans il a été annoncé par les prophètes, figuré par les patriarches, enfanté par les événemens, en sorte que Ton peut dire, en lisant David, Isaîe et Daniel: Quels sont les historiens ? Sont-ce les prophètes ? Quels sont les prophètes ? Sont-ce les historiens ?
Le premier avènement de Jésus-Christ a été le prélude des grandes révolutions de l'univers. Après sa mort, tous les oracles s'accomplissent; nous voyons une loi nouvelle publiée en tous lieux, la ruine de Jérusalem, la dispersion des Juifs, la chute des idoles, l'Eglise fondée par Pierre, la conversion du monde, et toutes les nations bénies successivement en un fils d'Abraham.
La loi sort de Sion, la parole de Jérusalem, comme l'avait annoncé Isaïe. Les nations sont convoquées à Rome, la Jérusalem nouvelle; l'Eglise remplace la Synagogue. Tous les peuples accourent à la nouvelle montagne du Seigneur, à Rome, la nouvelle Sion; une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes est promulguée. Depuis les lieux où le soleil se lève jusqu'aux lieux où il se couche, l'oblation pure, le sacrifice nouveau promis par le prophète Malachie, étonnent et consolent l'univers.
Les prophètes avaient prédit le jour où l'homme, jetant loin de lui les dieux d'or et d'argent, ouvrages de ses mains, cesserait d'adorer de vils animaux et
LE SEGORD AVÉNBIIENT. 227
tournerait ses regards vers le saint d*Israël. Ecoutez fsaïe : « La montagne de la maison du Seigneur attirera tous les peuples ; ils y accourront en fouie, se disant les uns aux autres : Venez, et montons à la maison du Dieu de Jacob, il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans se$ sentiers. Les iles attendront la loi du Seigneur; cette loi se reposera sur les nations et sera leur lumière. Le juste, le Sauveur n'est pas loin, il va paraître; les peuples des extrémités de la terre mettront toute leur confiance dans le Seigneur. »
La voilà cette monarchie spirituelle, entrevue par Daniel, qui devait s'élever au-dessus de touleales^ monarchies! Cette Jérusalem nouvelle dont parle Isaïe, et qui devait sortir du désert brillante de clartés, c'est TEglîse de Jésus-Christ ! Quand Isaïe s'exprimait ainsi, l'empire de Salomon et de David n'existait plus, les beaux jours de Juda étaient passés, les dix tribus étaient séparées. Aussi les Juifs ont-ils toujours appliqué à la venue du Messie ces oracles qu'aucun de leiu*s rois ne pouvait accomplir. Le prophète entrevoit la grandeur de l'Eglise, la nouvelle Jérusalem I a Lèvetoi Jérusalem, lève-toi, la gloire du Seigneur va briller sur ton enceinte, les nations marcheront à ta lumière , et les rois , à ta splendeur. Lève les yeux, regarde autour de toi, tes fils viendront de loii>, tes filles accourront de tous côtés. Tes portes seront ouvertes nuit et jour, on ne les fermera jamais, afin de laisser entrer les rois et l'élite des nations ; car le peuple et le royaume qui ne te recevront pas périront. Les enfans de ceux qui t'avaient humiliée se prosterneront devant toi, tous tes ennemis adoreront les traces de tes pas, ils l'appelleront la cité du Seigneur. »
Voilà ce qui devait signaler la venue du Messie. Regardez maintenant; la loi universelle n'est-elle pas promulguée dans tout Funivers? Rome, la Jérusalem nouvelle y nVt-elle pas établi son empire sur toute la terre? Les rois n'ont-ils pas marché à la splendeur de sa lumière? Le sacrifice de Jésus-Christ nVt-il pas remplacé tous les sacrifices? L'Eglise nVt-elle pas reçu et ne reçoit-elle pas tous les jours dans son sein Félite des nations ?
Jésus-Christ a paru , et des débris de la synagogue et de la réunion des Gentils s'est formée une Eglise répandue dans l'univers. Ce que les prophètes ont annoncé, les Apôtres l'ont accompli, et les événemens achèvent la prédication des apôtres et, des prophètes.
Où sont les idoles qui couvraient la terre ? Qu'est devenu ce temps où tout était Dieu , excepté Dieu lui-même ? Les temples du monde connu sont maintenant ce qu'était autrefois le temple de Jérusalem , et, pour trouver aujourd'hui dans l'ancien monde romain des idoles adorées, il faut les chercher dans Tabimedes cœurs.
Mais au milieu de ce mouvement de l'univers , de cette conversion des nations qui accourent en foule sous l'étendard de Jésus-Christ, et forment un nouveau peuple, que devient le peuple juif, celui qui seul un moment adora le vrai Dieu ? Les prophètes ont tout raconté d'avance, et l'histoire n'est encore ici que l'accomplissement de la prophétie. Admirable témoignage ! miracle au-dessus de tous les miracles ! merveille aussi éclatante que le soleil ! la prophétie n'at-elle pas ici deux langages, la parole et les événemens ?
Tournez les yeux autour de vous , partout vous verrez des Juifs sans rois, sans sacrifices, sans autel^ sans territoire, poursuivis par la vengeance divine, et seuls dans l'univers ne comprenant pas qu'ils ont fait mourir le Messie , l'objet de leur longue attente! Les temps sont accomplis y et ils ne le voient pas , aussi étrangers par rintelligence aux événemens du monde moral que l'athée au spectacle de la création et de Tordre de l'univers.
Celui, disait saint Augustin ^ qui ne voit pas Jésus- Christ est aveugle; celui qui le voit et ne le bénit pas est ingrat ; celui qui le blasphème est insensé.
En effet ^ les oracles, les figures qui signalent la venue du libérateur^ pouvaient-ils s'accomplir avec plus de clarté et d'évidence que dans Jésus-Christ? Ne voiton pas se réfléchir sur lui tous les traits épars dans les prophètes ? N'est-ce pas lui qu'annonçaient toutes lés figures de la loi, Âbel, Noé, Abraham, Isaac, Joseph, Moïse, Elie? Qui a fait tomber les idoles? Au nom de qui tombent-elles encore ? Les caractères de la loi prédite par l'Ancien Testament ne sont-ils pas les caractères de la loi chrétienne? La révolution prédite à l'époque du Messie n'est-elle pas le grand événement accompli dans l'univers depuis dix-huit cents ans? Abraham n'est-il pas aujourd'hui le père d'un grand peuple? Sa postérité n'est-elle pas multipliée comme la poussière de la terre ? Ne possède-t-elle pas les portes des villes, c'est-à-dire la puissance de la terre? La promesse faite au pasteur de la Chaldée n'estelle pas un miracle toujours subsistant aux yeux de l'univers ? Le soleil des intelligences qui s'est levé à Bethléem n'aura-t-il pas bientôt fait le tour du mon-
de ? Que voudrait dire le peuple sans roi , sans territoire, sans sacrifice y répandu dans tout l'univers, si le sang de Jésus-Christ n'était pas sur lui? Pourquoi Jénisalem est-elle déserte ? Pourquoi ta Judée fumet-elle encore de la foudre qui l'a frappée ? Pourquoi Rome j la maitresse du monde, appartient-elle au successeur du batelier de Génésareth , à qui Jésus-Christ a dit qu'il le ferait pécheur d'hommes? Jérusalem , que te reste-t-il maintenant de ton temple magnifique, de tes superbes édifices , de tes murailles, de tant de monumens, l'admiration du monde? Il te reste un lieu de supplice , le Calvaire, et un tombeau entouré des hommages des peuples; et Rome, sous le règne des successeurs de Pierre, est aujourd'hui la reine des nations. Les pontifes ne sont plus à Jérusalem ; Dieu n'y réside plus comme dans son sanctuaire; Rome institue tous les prêtres qui ofiRrent à Dieu le sacrifice pur et sans tache, le sacrifiée , la rédemption de l'humanité.
Qui pourrait refuser de voir uu miracle permanent dans les prophéties, quand il est prouvé que les prophéties sont véritables > et que les événemens prédits si long-temps avant leur accomplissement font partie maintenant de l'histoire des nations? Comment ne pas reconnaître que nos yeux seuls suffiraient pour nous conduire à la foi ?
Comment ne pas répéter avec l'Evangile , en parlant des incrédules : S'ils ne croient pas à Moïse et aux prophètes, ils ne croiraient pas à la résurrection des morts?
Ainsi , mes chers auditeurs , il n'y a pas un événement prédit par le livre des Juifs et par le livre des chrétiens qui ne soit accompli.
Puisque tout ce qui s'est passé dans la conversion u monde s'est opéré d'après les prédictions des livres e TAncien et du Nouveau Testament , Dieu a donc anclionné ces livres aux yeux de toutes les nations-, t comme le temps a développé toutes les paroles des rophètes et de Jésus-Christ; Dieu lui-même autorise es prophètes et atteste la divinité de Jésus-Christ aux feux du monde entier. Ne nous demandez plus une nspiratîon particulière, quelque miracle nouveau ou 'intervention des anges , pour croire à ce que nous fous annonçons. Ceux qui ont vu les anges ont vu ies ministres de Dieu. Et vous , vous avez entendu , vous voyez Dieu lui-même I car les prophéties , devenues les événemenSy sont la voix du Très-Haut. Tout ce qui est sous nos yeux nous dit : Dieu a parlé , il nous parle dans les ruines deBabylone, de Nînive et de Tyr , par la destruction de Jérusalem , par la splendeur de Rome , par la chute de toutes les idoles, P^r les temples élevés à l'unité divine sur toute la terre. Avons-nous besoin de nouveaux miracles ? Une prophétie accomplie n'est-elle pas un miracle toujours subsistant? Au commencement y dit saint Ambroise, les ffiiraeles étaient nécessaires pour affermir les fonde- "îens de la foi , maintenant ils ne le sont plus , parce Rue la foi passe d'un peuple à un autre par la réalisa- ^on des prophéties , populus populum ad fidein fidduciL
Ainsi le monde attiré à Jésus-Christ, quand il a ^^i élevé sur la croix , comme il l'avait lui-même pré- ^iil*, ainsi la loi sortant de Sion, et les apôtres allant Prêcher à toutes les nations au nom du Père, du Fils ^l u Saint-Esprit ; saint Pierre, continunrtau Cnpi-
tole à être pécheur d'hommes^ selon la promesse de Jésu8-€hrist; le temple de Jérusalem renversé , etlesp Juifs errans sur toute la terre ^ l'unité de Dieu établie partout y et les idoles abattues , ce sont là des miracles au-dessus de tous les miracles^ car de pareib faits, impossibles à prévoir quand ils ont été prédits, deviennent la conséquence du plusgrand des miracles: rintervention perpétuelle de Dieu dans les événemens humains. Notre foi, dit saint Augustin, est afiermie des deux côtés. Ni les Apôtres , ni nous, ne pouvons douter: ce qu'ils ont vu dans la source les a assurés de toute la suite; ce que nous voyons dans la suite nous assure de ce qu'ils ont vu et admiré dans la source.
Ainsi nous pouvons dire que depuis dix-huit siècles Dieu est intervenu et intervient miraculeusement sur la terre. Plus nous nous éloignons de l'origine du christianisme y plus la preuve devient forte, plus Taccomplissement est visible et perpétuel, plus les prédictions deviennent des récits, les promesses des ré lités Le merveilleux est historique. Les prophéties sont de l'histoire, et les miracles des faits certains* La conversion de l'univers, résultat des prophéties et des miracles, est aujourd'hui le plus grand des miracles, et suffirait seul pour rendre , comme Ta dit saint Paul , notre foi raisonnable.
Maintenant que faudrait-il pour soumettre les esprits? Quels plus grands prodiges pourrait-on demander ? Quels miracles nouveaux seraient plus puissans pour persuader l'univers? J'ai donc eu raison de dire au commencement que si l'on ne voulait pas croire à la religion d'une foi divine , il serait impossible de lui refuser une croyance humaine.
Dieu a doQC parlé par les événemens d'une manière ussi solennelle que par le spectacle imposant de l'univers. Dieu a fait entendre sa voix à la terre; sa jusce et son amour sont manifestés à tous les yeux. Et ooiment alors pouvoir douter de toutes les prophéties [ui doivent encore s'accomplir, des prophéties duseorid avènement que nous allons développer dans la uite de ce discours ?
BEuxxsans partis.
Ouvrons le livre des chrétiens et le livre des Juifs , ses livres qui contenaient l'histoire de tout ce que nous voyons , interrogeons les nouvelles prophéties qui complètent et dénouent le drame de la destinée humaine.
Tandis que les Juifs sont toujours dans l'attente du premier avènement du Messie y déjà le second se prépare f et les chrétiens attendent le retour de Jésus- Christ.
Quand l'ordre des siècles sera révolu , dit Bossuet, les mystères de Dieu consommés , TEvangileannoiM^é par toute la terre ; quand le nombre de nos frères sera rempli y quand la sainte société des élus sera complète , quand il n'y aura plus de vide dans les ce* lestes légions où la désertion des anges rebelles a laissé tant de places^ alors il sera temps de détruire pour jamais la mort et de la reléguer aux enfers d'où elle est sortie. Aussi tous les oracles attestent la résurrection. L'heure vient où les morts entendront la voix du Fils de Dieu , et ceux qui l'entendront auront la
vie : Esprit, soufflez sur les morts, et qu'ils revivent , et les ossemeiis s'approeheront des ossemens , et les nerfs et les chairs les recouvriront , et la peau 8*étendra, et Tesprit entrera en eux, et l'armée innombrable des morts se lèvera sur ses pieds.
J'assemblerai, dit le Seigneur, toutes les nations dans la vallée de Josaphat, et je me placerai sur un trône pour les juger. Alors, ajoute Daniel , ceux qui dormentdansla poussière se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour un opprobre qui ne finira pas. Le soleil , dit saint Matthieu, s'obscurcira , les étoiles, n'ayant plus de nuits à éclairer, tomberont du ciel ', alors le signe du Fils de l'homme paraîtra dans les cieux , et le Fils de l'homme viendra sur les nuées avec une grande puissance et une grande majesté. Il faut, dit saint Paul, que nous soyons présentés devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive ce qui lui appartient, selon qu'il a fait le bien ou le mal. Dieu découvrira ce qui est caché dans les ténèbres , et manifestera le secret des cœurs. Dans le bruit d'une effroyable tempête , les cieux passeront, dit saint Pierre, les élémens embrasés se dissoudront , la terre, avec tout ce qu'elle contient, sera consumée par le feu.
Enfin le Seigneur lui-même , après un second avènement , dira aux justes : Venez , les bien-aimés de mon Père , dans le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde; allez, maudits, au feu éternel préparé au démon et à ses anges.
Nous allons voir maintenant tous les traits épars des prophètes et des Evangiles réunis dans un seul tableau. Et qui va nous l'offrir.'^ Celui qui avait puisé tous les
seerets de l'avenir dans le sein du Verbe lui-même^ le prophète de la nouvelle loi^ Tami du Seigneur, qui Tut apôtre y prophète , évangéliste, le Verbe du Verbe , Verbuai Verbi.
a Je vis un grand trône éclatant de blancheur, dit saint Jean , et quelqu'un assis , devant la face duquel la terre et le ciel s'enfuirent , et leur place même ne se trouva plus. El je vis les morts, grands et petits , debout devant le trône ; les livres furent ouverts j et un autre livre , le livre de la vie, fut encore ouvert, et les morts furent jugés selon leurs œuvres sur ce qui était écrit dans ces livres. La mer rendit ceux qui étaient morts dans les eaux ; la mort et l'enfer rendirent aussi leurs morts, et chacun fut jugé selon ses œuvres. L'enfer et la mort furent précipités dans l'étang de feu , la seconde mort. Et quiconque ne se trouva pas inscrit dans le livre dévie fut jeté dans l'étang de feu. Et je vis un ciel nouveau , une terre nouvelle , car le premier ciel et la première terre avaient disparu , et la mer n'était plus. Et moi , Jean , je vis descendre du ciel la.sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui venait comme une épouse parée pour son époux. Et j'entendis une grande voix sortie du trône, qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes , et il demeu rera avec eux ; ils seront son peuple , et Dieu , au milieu d'eux, sera leur Dieu; et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux , et la mort ne sera plus, ni le deuil , ni les cris, ni la douleur. » Et quand doivent s'accomplir tous ces événemens ? Après que les Juifs auront reconnu Jésus-Christ et qu'ils auront travaillé à la conversion de l'univers, après que l'Antéchrist aura paru sur la terre.
336 Ls 9BComi AVÉNmiEirr.
Ces prophéties que vous venez d'entendre sont aussi daires, aussi formelles que les prophéties qui regar dent le premier avèneitient. Ne remarquez-vous pas ici la fin du monde , la résurrection, le jugement, la séparation des bons et des méchans, les splendeurs descieux et les horreurs de Tabirae? Les livres dans lesquels elles sont contenues sont les mêmes livres oà nous trouvons prédits et la conversion du monde, et le royaume spirituel des successeurs de Pierre , et la ruine de Jérusalem, et la dispersion des Juifs. La fin du m<mde, la résurrection des morts, le jugement dernier , le ciel et Tenfer sont donc des événemens qui arriveront d'une manière aussi infaillible que tous les événemens prédits avant Jésus-Christ.
Puisque vous ne pouvez pas douter des premières prédictions dont vous voyez l'accomplissement sous vos yeux, comment douteriez- vous des secondes? C'est sur la foi des premiers oracles qui manifestaient la venue du Christ que les apologistes des premiers siècles annonçaient le second avènement Saint Justin disait, il y a seize cents ans, aux empereurs romains : ff Nous avons vu que tout ce qui est arrivé avait été prédit avant l'avènement , nous devons croire à l'accomplissement futur de tout ce qui n'est pas encore réalisé. Qu'avaient annoncé les prophètes ? Un double avènement du Christ. Dans le premier , déjà accompli, il devait paraître tel qu'on l'a vu, humilié et soufi*rant ; dans le second,', qui se prépare , on le verra descendre du ciel environné de gloire et entouré de ses anges; alors il doit ressusciter les hommes qui auront passé sur la terre, revêtir les saints de gloire et d'immortalité , envoyer les méchans dans un feu
L£ ^COIfD AVÈNEMENT. 237
ernel pour y souffirir à jamais avee Tanffe des tébbres. »
Mes chers frères, quand David, Isaïe, Daniel^ an- ^nçaient^ au milieu des nations guerrières et maiesses du monde, la venue d'un Juif, d'un fils des pasurs de la Chaldée qui devait changer Tunivers , cet ^ënement af^araisaait dans le lointain, enveloppé une grande obscurité. Que pensaient les Assyriens, is Perses, les Grecs, les Romains, maitres et vainueurs des Juifs, de cette monarchie sfùrituelle s'étenant sur le monde entier, et de la conversion du londe attendue par les Juifs ? Ils pensaient ce que eaïusoup d'entre vous pensait aujourd'hui lorsqu'on inr parle de la conversion des Juifs, de la venue de Antéchrist, de la fin du monde, de la résurrection ies au>rts, de l'enfer et du ciel. Quand les prophètes nnonçaient la chute des idoles , la connaissance du rai Dieu se répandant sur toute la terre; quand Jeus-Christ disait à Pierre qu'il deviendrait pédieur rhommes et que l'Eglise reposerait sur lui, ces prélietions avaient besoin d'être accomplies pour être sooiprises. Aujourd'hui elles sont très-claires pour nous; mais ces prophéties étaient-elles plus claires que les prophéties des derniers jours ? Non , sans doute. Servez-vous donc de ce que vous voyez pour comprendre ce que vous ne voyez pas. Lisez l'avenir dans les livres saints comme vous y lisez le passé. Oui , vous ressuscitiez et vous serez jugés, vous irez dans le ciel ou dans l'enfer. Les premiers événemens annoncés par les propiiètes , et qui frappent aujourd'hui nos regards, étaient moins faciles à croire que les derniers.
La foi est donc obligatoire pour tous les hommes, et TEcriture a raison de dire que celui qui ne croira pas périra. Qui pourrait , après tant de preuves si éclatantes^ ne pas croire en Jésus-Christ et être absous au jour du jugement? Quel est Thomme qui n'a pas entendu parler maintenant de Jésus-Christ ? La chaîne des prophéties de quarante siècles se termine à Jésus- Christ, et vingt siècles bientôt depuis le miracle de Taccomplissement de ces prophéties n'attestent*ils pas sa divinité ? Jésus-Christ, ainsi que le dit le Psalmiste, a donc placé son tabernacle dans le soleil? Pour qui Rome et Jénisalem ne sont-elles pas des témoignages vivans de la justice et de la miséricorde divines ?
Choisissez donc entre ces deux croyances , car Tune ou l'autre doit être nécessairement la vôtre. L'homme est tombé, et Dieu nous a tant aimés quil nous a donné son propre Fils pour rédempteur; le Verbe s'est fait homme pour élever les hommes jusqu'à lui, il a changé le monde pour prouver sa venue, ou Dieu a permis qu'un simple artisan fût annoncé pendant quatre mille ans comme un Dieu^ agit comme un Dieu par ses miracles et par ses prédictions, se fit adorer de toute la terre comme un Dieu, et cependant ne fût qu'un homme.
Vous voilà placés entre une croyance sublime conforme à la nature de Dieu, à la nature de l'homme, et une idée monstrueuse aussi déshonorante pour Dieu que pour l'homme , car Dieu lui-même , si Jésus- Christ n'était pas Dieu, aurait créé une nouvelle idolâtrie !
Qui parmi vous pourrait hésiter, qui ne proelame-
LE SECOND ATÉNEMENT. 239
lit pas Jésus-Christ Y fils d'Abraham et de David ^ le essie, le Rédempteur promis, le Dieu du ciel et de terre, le juge des vivans et des morts, puisque luiléme il s'est dit Dieu ? Si Jésus-Christ n'était pas ieu , Dieu aurait divinisé l'imposture et trompé Tuivers.
Mes chers frères, vous ne sauriez douter de la fin u monde , de la résurrection de vos corps , du jugelent dernier y du ciel et de l'enfer; ne vous attachez onc pas à cette terre qui va passer, et que vous senez manquer sous vos pieds ; écoutez , ne croyez-vous >as déjà, comme saint Jérôme, entendre les trompetes du jugement dernier ?
Qui sait si nous sommes bien éloignés des jours de 'liomme du péché, de celui dont l'entrée dans le monde sera suivie de prodiges et de mensonges, celui qui doit être le signe précurseur des 'derniers temps? Comme la mer et la terre doivent lui obéir, selon les Pères, que toute l'Eglise doit être persécutée par lui, et que son règne doit être fort court, une ^nnée, deux années et une demi-anuée, il faut que les peuples soient dans une communication presque aussi rapide que la pensée, pour que les événemens qui regardent l'Antéchrist soient universels*, et n'est- ^^ pas là ce que nous voyons s'accomplir sous nos yeux par ces progrès des lumières et des sciences qui feront bientôt de toutes les nations un seul peuple î ^ anciens Pères disaient que les démons de l'air et des eaux obéiraient à l'Antéchrist. Ne voyez-vous pas ^ourd'hui ces ailes données aux vaisseaux, Teau acquérant une si grande puissance par l'action du feu, toutes les pensées de l'homme portées à travers les airs.
d'un pôle à Tautre^ la vie des peuples mise en communication pour rendre possible le règne si court de rÂniechrist sur Funivers ? Ne semble-t-il pas que nous approchons de ces jours où les ossemens desséchés des cnfans d'Israël se relèveront et se réuniront pour recevoir une nouvelle vie ? Les rois de TÂquilon ne sont*ils pas à la veille de chasser Ismaêl , le fils de Timposteur, des pays conquis sur IsaaC; pour y réintégrer les fils d'Abraham selon la chair? Ne pourrait-on pas penser que tous les eSbrls de l'Europe afin de conquérir le tombeau du Christ n'ont été impuissans que pour rendre plus sensible le dessein de Dieu sur les JuifSy destinés peut-être à reconquérir le tombeau de Jésus^hrist le jour où ils reconnaîtront celui qu'ils ont percé?
Les événemens se pressent, les peuples se donnent la main de nouveau. On dirait, à voir ce mouvement, ce progrès autour de nous, que les nations commencent à se réunir pour paraître ensemble devant le Juge des vivanset des morts, tout parait se précipiter à la fin; mais n'oubliez pas que pour chacun de nous le second avènement peut arriver aujourd'hui même. En sortant de notre corps, nous trouverons non Jésus humilié, mais Jésus dans la gloire. Hàtez-vous de vous convertir. La trompette sonne pour chacun de nous, parce que la mort nous menace à chaque instant. Qu'avons-nous besoin des signes des derniers temps pour croire au grand dénouement de la vie humaine , dénouement sans lequel rien ne peut s'expliquer? En ce jour, Dieu veut être jugé, il veut être reconnu juste et bon par toutes les créatures.
Hàtez-vous donc de vivre comme devant mourir.
Souvenez-vous que tant que vous êtes sur cette terre vous êtes sous l'empire de la miséricorde , mais que, d'un moment à l'autre , vous pouvez en sortir. Voyez toujours à côté de vous l'Eglise annoncée par les prophètes; elle a tous les secours qui vous sont nécessaires: d'une main elle vous soutient sur la terre, de l'autre elle vous montre le ciel.
Hàtons-nous de nous réfugier dans cette arche d'alliance, arche élevée pour le salut du monde au-dessus des grandes eaux , arche éternelle qui traverse tous les âges y chargée de recueillir les hommes et de les porter dans le sein de Dieu.
Hors de FEglise, nous lutterions en vain contre les vagues, les tempêtes et la longueur de la traversée. Sans appui, sans secours, nous serions le jouet des vents et brisés contre tous les écueils. Entrez donc, mes chers frères , dans l'arche du salut , toujours prête à vous recevoir, et vous êtes sûrs d'arriver au port : le temps est court, la raison comme la foi vous le crie : Scitote esse judicium , sachez qu'il y aura un jugeaient, souvenez-vous qu'il y aura un second avènement où Jésus-Christ paraîtra plein de gloire et de majesté. Dans le premier, il était humilié, il était le Sauveur des hommes; dans le second, il sera revêtu de majesté. Profitons du temps de miséricorde pour recevoir Jésus-Christ dans nos cœurs. Tant que le monde subsiste, Jésus-Christ est sauveur; plus tard il ne sera plus que juge. Les Hébreux, pour sauver leurs premiers-nés, marquaient le seuil de leur porte du sang ^6 VAgneau pascal ; soyons teints aussi du sang du Sauveur, c'est ainsi que nous échapperons à la justice ^n nous associant à la miséricorde. Ainsi soit-il.
SUR
L'EMER.
Nolite timere eos qai ocddunt corpus , animam aatem non possunt ooddere ; sed potiiis timete eum qui potest animam et corpus perderein gehennam.
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, ik ne peuvent tuer Tâme; craignez pluiftt celai qui peut perdre dans Tenfer le corps et Tàme.
Saint Matthieu , ch. x , f 28.
Lorsque Jésus-Christ fit entendre ces paroles à ses Disciples y il voulait les mettre au-dessus de toutes les adversités de cette vie, et leur faire entrevoir comme le plus grand des maux la mort de Tàme, la mort éternelle. L'Église conserva fidèlement les enseignemens du Sauveur. Vous pouvez nous tuer, écrivait saint Justin aux empereurs ^ mais vous ne pouvez pas nous nuire. En effet, les persécuteurs des premiers chrétiens donnaient la mort au corps , mais ils délivraient Fâme. La patience des victimes suffisait pour vaincre la cruauté des bourreaux. Ne craignons donc ni le monde ni rien de ce qui est dans le monde, craignons Dieu seul, parce que, si les hommes tuent le corps , Dieu seul peut tuer Tâme , et la mort de l'âme , ce n'est pas le néant , c'est l'enfer .
246 l'enfer.
Le dogme de Téternité des peines est admis par toutes les nations; tous les peuples ont cru à Tenfer. L'anéantissement des âmes est la supposition d'une philosophie moderne qui a mis ses rêves à la place de la tradition et de la vérité. Aussi TEglise répète-t-elle avec saint Âthanase : Ceux qui ont fait le bien iront à la vie éternelle, ceux qui ont fait le mal, au feu éternel. Telle est la foi catholique, et quiconque ne la gardera pas avec fidélité ne peut être sauvé.
Otez l'enfer, l'édifice de la religion s'écroule, et tout ce qui existe est une dérision dont personne ne peut avoir le mot. Otez l'enfer, le poète de l'incrédulité a eu raison de dire que Dieu a jeté les hommes sur la terre pour s'en servir comme de jouets. Otez l'enfer, la haine, la mort, le péché, sont des inconséquences monstrueuses; ôtez l'enfer, vous bannissez Dieu du Ciel, vous le détruisez dans la raison et dans le cœur de l'homme. Sans les peines éternelles , vous ne pourriez comprendre le Dieu créateur, le Dieu rédempteur, le Dieu sanctificateur, la création, la croix, la grâce, les esprits de ténèbres, l'origine du mal, la liberté* L'enfer, sans doute, est un mystère de justice; mais ce mystère peut seul expliquer Dieu et l'univers, devenus inexplicables sans lui.
Voilà ce que je me propose de développer devant vous. Jamais sujet ne fut plus digne d'attention. 11 n'en est pas qui relève autant la nature humaine. Vous verrez dans ce discours que, pour éclairer l'esprit de l'homme sur sa destinée, il faut à la fois toutes les splendeurs du ciel et toutes les lueurs de Tabime. Vous ne trouverez point ici la peinture terrible des supplices éternels, non que je veuille prétendre que
l'enfer. 247
les ténèbres visibles, le ver rongeur, le feu qui ne s*éteint pas , sont une simple image du remords des réprouvés. A Dieu ne plaise que je vienne affaiblir votre foi ! Je crois, avec tous les Pères , à la réalité de ces tourmens. Si je vous fais trembler, disait autrefois saint Augustin en rappelant les peines de l'enfer, j'en ai tremblé le premier; je tâcherais de vous rassurer si je pouvais me rassurer moi-même-, je crains l'enfer; je crains un feu éternel , Ignem alernum terreo. Ainsi parlait le docteur incomparable; mais, comme tous ces supplices sont le résultat des crimes de l'esprit et du cœur de l'homme , c'est dans l'esprit et dans le cœur de l'homme que nous chercherons le principe de Venfer.
L'enfer fait comprendre Dieu, Tenfer fait comprendre l'univers, voilà ce que j'essaierai de montrer aujourd'hui. Invoquons auparavant la Vierge Marie, qui nous a donné le Rédempteur, et dont l'intercession est un gage de salut.
Ah^ Maria.
VHSBCIZaS PAATZS.
Il est un Dieu créateur, les cieux racontent sa gloire, Tunivers, sa puissance, sa sagesse, son amour. Le jour persévère par son ordre , et la vie se répand continuellement de son sein. Toutes les créatures attendent de lui leur nourriture au jour marqué ; il donne, elles recueillent; il ouvre sa main, elles sont rassasiées de ses dons; il voile son visage, elles se troublent; il retire son souffle, elles expirent et ren-
trent dans leur poussière ; il envoie son esprit y elles renaissent, et la faeedu monde est renouvelée. Dieu nous a créés, il nous conserve^ il nous empêche de retomber dans le néant d'où il nous a tirés, il peut donc dire à chacun de nous : Je suis le Seigneur votre Dieu ; Ego suun Dominas Deus iuus.
Dieu nous a donné la vie et la liberté, il ne nous a pas donné Tindépendance. Notre liberté doit donc s'exercer dans les limites de ses lois immuables pour ne pas détruire Tordre , la loi inviolable des intelligencesy Tordre qui veut que la créature dépende éternellement de son créateur.
Cet ordre n'existe plus sMl n'y a pas un enfer. Dieu n'exerce plus un souverain domaine sur toute la création, c'est-à dire que Dieu n'est plus Dieu, car l'idée de Dieu et de toute-puissance, Tidée de Dieu et de Providence infinie, ne se peuvent séparer.
L'hmme, dit saint Thomas, peut bien s'éloigner de sa fin particulière , de son salut , de la jouissance do souverain bien , mais il ne saurait s'écarter de la fia dernière et universelle de la création, Tordre de Tunivers, car Dieu a tout fait pour cet ordre, et l'homme qui ne voudra pas y contribuer par son bonheur doit y concourir par le châtiment de sa volonté rebelle.
Ouvrez les deux grands livres de la création , la nature et la Bible , vous y verrez partout la jusdce divine; et si Dieu n'eut en effet manifesté sa justice par des traits éclatans, la mort, le déluge, la guerre, Tincendie deSodome et de Gomorrhe, Text^mtnatîon des populations de Ghanaan , les hommes n'auraient jamais cru à la justice infinie-, ils se seraient dit ce qu'on entendméme aujourd'hui au milieu d'un monde
l'enfer. 249
sillonné par la foudre : Dieu ne saurait punir d'un supplice éternel l'offense d'un moment^ comme s'il y avait rien en Dieu qui ne fût Dieu^ sa puissance comme sa justice; sa justice comme son amour.
Dieu juge l'homme non d'après la durée de la faute, mais par la disposition de son cœur. Le pécheur a une volonté étemelle dans le plaisir de pécher. Dieu lui aurait donné des milliers d'années de plus^ il ne serait pas sorti de son péché y fl aurait souhaité vivre éternellement pour demeurer éternellement dans son crime , d'où saint Grégoire conclut : Il est de la justice de Dieu que celui qui n'a jamais voulu mettre fin à son péehé ne trouve jamais de fin à son supplice. Et déjà sur cette terre, la main commet en un instant le crime , et le crime est éternel dans la mémoire. Si Dieu livrait le Ciel à Tambitieux , W voudrait y dominer. Le$ réprouvés ne finissent leurs crimes que parée qu'ils finissent leur vie. Voilà pourquoi, dans Feafer, ils mourront sanseesse pour toujours revivre, et vivront pour toujours mourir. La première mort chasse l'homme de son corps malgré lui, la seconde mort l'y retiendra malgré lui , et il n'est pas de pire Mon que la mort^ qui ne peut mourir.
La justice de Dieu est une conséquence de sa bonté. I^uisque Dieu a produit des êtres libres , capables de Wen et de mal , lil a dû leur donner des lois et leur proposer des récompenses et des chàtimens ; Tordre moral ne subsiste que par des lois morales , et Dieu se ^oit à lui-même de maintenir ces lois pour manifester ses propres perfections et la perfection de
Mais sans l'enfer ces lois morales et les perfec-
250 l'enfer.
tions de Dieu n'existent plus. Dieu n'est plus l'Eternel y le Dieu juste » le Tout- Puissant. 11 n'est plus l'Eternel , il ne punit que dans le temps ; il n'est plus le Dieu juste, le erime échappe à sa vengeance-, il n'est plus le Tout-Puissant si une seule créature peut se soustraire à son souverain domaine: sa puissance est bornée > elle s'arrête devant cette créature. Qu'importent des années , des siècles de souffranee ? Il y a des volontés qui braveront les supplices temporaires plutôt que de fléchir. Dieu sera vaincu par rbomine. Il en est de ces néans rebelles, selon l'expression de saint Ambroise, qui diront à leur Créateur : Je n'obéirai pas y et qifi répéteront avec Pharaon : Qui est Dieu pour que j'écoute sa voix ?
Ne dites pas : Tout pécheur n'ira pas jusque-là. Dans le choix du pécheur pour un autre objet que Dieu , il n'y a pas seulement faiblesse de cœur y orgueil , volupté y mais un désir secret de vivre éternellement sans Dieu et d'être Tidole des créatures.
Songez-y bien, mes frères, il faudrait que l'homme rebelle à Dieu fût définitivement heiu*eux ou anéanti. Or ni l'un ni l'autre n'est admissible. Si l'homme est heureux, sa volonté triomphe, Dieu est vaincu; si l'homme est anéanti. Dieu a pu manifester sa puissance, mais non pas sa justice j sa justice devient un problème. Après avoir laissé triompher le pécheur ici-bas , Dieu lui accorderait ce qu'il désire > l'anéantissement plutôt que les peines éternelles; dès-lors Dieu encourage le crime au lieu de l'arrêter. L'homme trouve son existence et son bonheur hors de Dieu , il y a des êtres indépendans du Créateur, par conséquent plusieurs volontés souve-
L^EPîfER. 261
raines dans l'univers , plusieurs dieux. Mais si Dieu r/eslpas un il n'est plus Dieu , a dit Terlullien.
L'idée du Dieu créateur suffirait donc pour prouver l'enfer; que dirai-je maintenant du Dieu rédempteur?
La seule pensée de la Rédemption suppose des peines étemelles. En effet, Jésus-Christ n*est pas venu sur la terre pour nous délivrer des peines temporelles; puisqu'il ne nous en préserve pas. S'il a guéri les boiteux, les sourds, les aveugles, les paralytiques; s^il a ressuscité les morts, c'est pour manifester son pouvoir, pour nous apprendre qu'il peut remettre le péché, source des maladies et de la mort, seule cause de la mort éternelle. Jésus-Christ nous arrache à l'enfer, mais il ne nous exempte pas de la mort. Or, puisque Jésus-Christ ne nous préserve ni des peines temporelles ni de la mort , il faut qu'il nous préserve dos peines éternelles; car s'il n'y avait pas de peines éternelles , la mort d'un être éternel ne s'expliquerait f as.
L'homme ne savait plus le danger de sa situation , il n'avait plus Thorreur du péché ; le Verbe divin , la Sagesse incréée , voyant l'homme s'avancer de plus en plus dans le mal, s'incarna pour lui révéler la voie, la vérité et la vie. Tous les anges unis à tous les hommes n'auraient pu offrir à Dieu une réparation proportionnée à l'offense d'Adam. L'offense contre Dieu était infinie, et les créatures sont finies. Ad salutern generls humani deficiebat oinnis creaiura. Mais celui qui n'a jamais péché voulut souffrir comme criminel ^ afin de réparer le péché. Il voulut être attaché à une croix, afin de nous apprendre, par ce spectacle toujours présent à nos yeux , l'horreur de Dieu pour le
2&2 L'£NF£li.
péchéetson amour pour les hommes. La mort subsiste dans le temps], et Fenfer dans rélemité , parce que Dieu veut que nous ne séparions jamais Tidée du crime de l'idée du malheur.
Et comment affronter le péché aujourd'hui qu'il a coûté la mort à un Dieu 7 Si je me dois tout entier à celui qui m'a créé y que dois-je à celui qui in*a rétabli, et rétabli d'une telle manière? Seigneur, disait saint Bonaventure, vous nous avez aimés avec un tel excès que vous paraissez vous être haï vousmême.
Voilà pourquoi celui qui a porté la croix a dans ses mains les clefs de Tenfer. Lui-même il Ta dit à saint Jean : Habeo claves mortis et inférai , j'ai les defsde la mort et de Tenfer. En effet , pourquoi la croix sans la mort et sans les peines éternelles? pourquoi le sang dont un Dieu l'arrose? Pourquoi lamortâeTHomme- Dieuy s*il ne vient pas soustraire l'homme à un malheur infini ? Sans l'enfer, il n'y a plus de raison aux souffrances d'un Dieu^ aucune proportion n'est gardée entre la faute et l'expiation , on ne voit plus de motifs à la Passion de Jésus-Christ , rien qui la rende nécessaire; c'est ici un effet sans cause y la croix est renversée . la croix y la gloire des gloires, Giçriaiio gloriaiionum , Crux Chrisli.
Si la punition de l'homme ici-baS; dit saint Bernard, n'était pas suivie de la mort, et de la mort étemelle, jamais, pour nous guérir , le Fils de Dieu ne serait mort. C'est ce qui faisait dire à saint Thomas de Villeneuve : La Rédemption m'effraie plus que la ebute des anges.
Vous allez voir aussi que Fenfer seul explique le
l'enfer. 253
Saint-Esprit, le Dieu sanctificateur. En effets quel supplice temporaire serait en proportion avec le dédain y avec le mépris de tous les secours que Dieu nous envoie par son divin Esprit : tant de sacremens^ source abondante de grâces instituées au milieu de nous, tant d'exhortations^ de saintes pensées , tant de généreux désirs y de bons mouvemens, tant d'inspirations , de circonstances particulières y de moyens ménagés par la miséricorde infinie pour la conversion de notre cœur ? Le Saint-Esprit gémit sans cesse en nous pour nous amener à lui. Il nous parle , il nous presse , il nous prie de revenir à Dieu. L'homme, dit le Seigneur dans Isaïe, est plus précieux pour moi que l'or le plus pur; à cause de lui j'ébranlerai les cieux, je déplacerai la terre ^ je remuerai tous les peuples et le ciel même pour sauver uneàme. Movebo cœlunret omnes génies pariter Otez l'enfer , Dieu ferait-il tant d'efforts? Aurait-il envoyé son Fils pour nous sauver et son divin Esprit pour nous sanctifier, c'est à-dire pour incliner vers lui le mouvement de notre cœur sans gêner notre liberté ?
Vous le savez , mes frères , la grâce sanctifiante n'est pas seulement le don de l'amour de Dieu, c'est une personne divine , le Dieu sanctificateur qui habile en nous. Le mépris persévérant de la grâce , la résistance à l'Esprit saint est donc le plus grand des crimes , le crime contre l'amour. Voyez comment les hommes agissent par rapport au dédain de leurs affections, comment ils se vengent du mépris, et Dieu aura été méprisé et son affection dédaignée, son sang répandu pour nous foulé aux pieds, et Dieu est le Dieu jaloux, et la vengeance est 6 lui !
256 l'enfer.
Tamour de Dieu pour rhomme. La mesure de la haine de Dieu pour le péché est la mesure de l'amour que Dieu a pour lui et pour ses élus. Je comprends maintenant pourquoi le Verbe, après avoir dit: Ceux-ci iront au supplice éternel , ajoute aussitôt : Ceux-là iront à la joie étemelle. Dieu nous souhaite le même bien qu'à lui-même ; il faut donc, pour notre bonheur , que nous l'aimions , que nous ladmirions comme il s'admire et s'aime lui-même ; voilà notre grand<;ur , notre destinée. Mais puisque, pour arriver au Ciel , nous devons vaincre notre volonté, nous devons à Dieu un acte libre de notre cœur : la menace de l'enfer est une miséricorde ; cette menace a peut-être servi à sauver tous les saints.
Nous venons d'établir que l'enfer seul peut faire comprendre le Dieu créateur, le Dieu rédempteur, le Dieu sanctificateur , le Père , le Fils et le Saint- Esprit, la puissance, l'intelligence et l'amour; nous allons montrer que, sans l'enfer, l'univers, tel qu'il est, serait inexplicable, et que les démons, la liberté de l'homme et les maux temporaires supposent des supplices éternels. Ce sera le sujet de la seconde partie.
BSUZlàm PARTIS*
Tous les peuples ont cru à l'existence d'espriis malfaisans occupés de nuire à l'homme , de renverser le règne de Dieu , la vérité et la vertu. Les disciples de Pythagore et de Platon ont reconnu,
l'enfer. 257
après leurs maîtres, qu'il y avait des esprits méchans parleur nature , et ils ordonnaient des sacrifices pour les apaiser.
S'il n'existait pas des génies du mal et un roi de ces enfans d'orgueil cherchant à détruire la domination de Dieu pour régner seul , comment comprendre le monde livré pendant des milliers de siècles à l'idolâtrie , et des ténèbres aussi épaisses répandues sur l'intelligence des hommes ? Voilà ce que disent la raison et la philosophie. Interrogeons l'Ecriture : Il y eut; selon saint Jean, un grand combat dans le Ciel, Michel et ses anges combattaient contre le dragon , le dragon et ses anges combattaient contre lui , et la force leur manqua -, ils tombèrent du Ciel, et leur place ne s'y trouva plus. Nous n'avons pas seulement à lutter, dit saint Paul , contre la chair et le sang , mais contre les puissances de l'air.
La raison, la philosophie, la révélation, tout nous prouve qu'il existe des créatures semblables à Dieu , pures intelligences comme lui , et qui se sont éloignées de lui par orgueil; des créatures sujettes à pécher, parce qu'elles n'ont pas l'indépendance souveraine. Ces natures spirituelles, en se séparant de Dieu , ont gardé toutes leurs facultés et tout leur pouvoir. La haine, l'envie et l'orgueil , voilà leur abime éternel , cet univers de mort où toute vie meurt , où toute mort vit , où l'espérance n'entre jamais , elle qui entre partout. C'est là que Satan règne, c'est là qu'il médita de perdre l'homme qui avait pris sa place dans l'amour de Dieu. Satan poussa Thomme à la désobéissance ; il fut le prince du monde , le
258 l'ekfer.
dieu du siècle; il eut des autels. Qui peut avoir oublié les paroles de ce grand criminel dénoncé dans le sénat de Rome : J'éteindrai mon incendie à force de ruines? Incendium meum ruina restinguam.
Voilà comment Satan est sorti du Ciel. Aussi avonsnous maintenant en lui un ennemi perpétuel qui ne nous donne point de trêve. Par-là s*expliquent ces suggestions soudaines , ces pensées de suicide moral , ces tentations mystérieuses qui , n'étant ni du monde ni de notre nature ^ ne peuvent venir que de l'enfer.
Satan croit se venger de Dieu en le faisant haïr. Il cherche partout des complices et des malheureux ; il est sans cesse occupé à détruire Thomme ^ son envie le brûle plus que ses flammes.
Comment comprendre ^ sans les peines infinies , cette lutte des démons contre Dieu et Thomme ? SI ces esprits de ténèbres étaient livrés à des peines temporaires ^ ils auraient conservé l'espérance, et avec l'espérance ils auraient le regret du bien ^ au lieu d'en avoir la haine; leur passion du mal s'explique par le désespoir , par la certitude d'un malheur sans retour.
Les anges rebelles avaient cherché en eux-mêmes leur gloire et leur félicité; ils ont trouvé le désespoir et la haine. Les insensés , en se révoltant contre Dieu^ n'avaient pas plus imagiué, au milieu des joies du Ciel, la possibilité de l'enfer que l'homme, en désobéissant à Dieu auprès de l'arbre de vie, n'avait imaginé la possibilité de la mort. Mais leur punition leur a révélé toute la puissance divine. Ils
se 'Sont mis hors de la loi de miséricorde , ils sont tombés sous la colère.
Si l'existence des démons suppose des peines éternelles ^ les maux répandus dans le monde prouvent la même vérité.
Ceux qui nient les peines éternelles ne peuvent expliquer le monde tel qu'il est. Dieu, disent- ils ^ a créé l'homme pour le rendre heureux. Mais alors pourquoi la douleur? pourquoi la mort? pourquoi leerime? pourquoi l'homme n'est- il que maladie? Les enfans enlevés au berceau y la guerre , la lèpre 9 la peste , les meurtres, tous ces fléaux sont, dans cette supposition , impossibles à comprendre. Si les idées de bonté divine ne peuvent s'accorder avee les peines infimes y ces idées répugnent également aux peines temporaires ; car sll n'est pas digne de Dieu de punir l'homme dans l'éternité , il n'est pas plus digne de lui de le punir dans le temps. A quelque point qu'on les réduise, les peines y dit un philosophe , choquent toujours la bonté essentielle de Dieu« Tout mélange de mal , selon lui y ne pourrait s'allier avec la bonté infinie qu'aux dépens de la puissance. Il faudrait , pour être conséquent à cette idée de bonté exagérée , diviser , comme les anciens hérétiques, le Dieu bon du Dieu juste; système absurde que personne aujourd'hui n'oserait reproduire.
Les maux passagers s'expliquent , avec l'idée d'un Dieu juste et bon, comme des épreuves, des expialions ou des avertissemens destinés à sauver Thomme du supplice éternel. L'homme a par-delà ce monde des peines sans fin à redouter. Les maux de cette
360 l'enfer.
vie sont les reflets des maux de Téternel abîme , une lumière placée au bord du précipice pour nous empêcher d*y tomber. Ces maux naissent de la miséricorde y afin de prévenir ceux qui viendraient plus tard de la justice. Ils servent à^nous donner une idée de ce qui nous attend au-delà du tombeau. Ce sont des étincelles sorties de l'enfer pour nous révéler le feu éternel.
Tout s'explique alors y les biens et les maux du temps et de l'éternité. Les biens et les maux sont mêlés ici-bas pendant les jours d'épreuve; plus tard nous arriverons dans le lieu où ils seront à jamais séparés. La séparation du bien et du mal, c'est l'enfer et le Ciel. Dans l'enfer , le crime est uni pour toujours à roppr(d)re et à la douleur ; dans le Ciel ^ la vertu à la joie et à la gloire.
Rien ne périt dans les œuvres de EKeu. 11 ne se perd pas un grain de sable , une goutte d'eau y un atome y de tout ce qui existe dans l'univers.
Eh bien! rassemblez tout ce que vous eonnaissez d'affreux , d'infect, d'horrible, le feu qui consume, l'acier qui déehire, l'air qui porte la peste; augmentez , multipliez tous les maux de ce monde , vous aurez une idée de l'enfer. Réunisssez tout co que vous connaissez de beau , de graeieux , ee qui ^rme , ee qui transporte ; augmentez , multipliez tous les biens de ce monde , vous aurez une idée du Ciel.
Le Ciel et l'enfer sont donc en germe ici-bas. Multipliez le feu, la douleur^ la mort, vous aurez les abimes d'horreur , les ténèbres éternelles , l'affreux désespoir , la soif que rien ne désaltère > la
l'enfer. 261
faim que rien ne rassasie. Multipliez la grâce , la beauté, l'harmonie, la joie, Tamour, vous aurez le Ciel avec ses extases, ses ravissemens, son éternelle félicité.
L*enfer et le Ciel expliquent tout ce que nous voyons iel-bas , le bien, le mal, la vie, la mort. Rien de ce que nous connaissons n'est inutile. Dieu a mis dans l'exposition ce qui paraîtra au dénouement; de sorte qu'un esprit plus étendu que l'esprit de l'hoimné verrait, dès ce monde, tout ce qu'il verra dans l'autre. La vie, c'est le Ciel; la mort , c'est Tenfer. Nous avons les noms ici-bas; ailleurs, ce sont les réalités. Les «mots de vie et de mort sont incomplets sur la terre; pour les trouver achevés, il faut croire à l'enfer et au Ciel. Toutes les jouissances de la vie terrestre ont un point où elles s'arrêtent, ainsi que les douleurs. Rien ne s'arrêtera dans l'enfer ni dans le Ciel ; l'extase et le remords sont des états passagers ici-bas, ils seront dans l'autre vie des états permanens.
Les biens et les maux , le Ciel et l'enfer, sont l'ouvrage du même Dieu. Sous les zones dévorantes se trouvent les sables sans eaux , les animaux cruels ; sous les zones tempérées naissent des plantes délicieuses et les animaux les plus doux , et ces étonnans conirastes proviennent de la situation de ces climats par rapport au même soleil.
C'est aussi le même Dieu qui vivifie dans le Ciel et qui brûle dans l'enfer. Dans le Ciel , Dieu est un Dieu de bonté ; dans l'enfer , il est un Dieu de justice. Dans le Ciel , Dieu est un Dieu de bonheur, de délices et de joie ; dans l'enfer , il est un
262 l'ënfëa.
Dieu de terreur^ de vengeance et de colère. Id il est une splendeur de vie*, là, une lueur de mort Le Oléine Dieu est tout ensemble le souverain bien des élus qui en jouissent , le souverain mal des damnés qui Pont perdu j mais c'est le même feu , la haine ou l'amour. La haine , le feu de Tenfer , pénétrera les corps et les âmes des réprouvés, comme l'amour, la joie du Ciel, pénétrera les corps et les âmes des élus.
Approfondissez maintenant la liberté de Thomme , creusez ce nouvel abîme, vous trouverez Fenfen
Dieu , être souverain, seul principe de lui-même , a voulu créer l'homme à son image et à sa ressemblance; mais l'homme est une créature, et Dieu est incréé , comment donc l'homme peut-il être à l'image de Dieu? L'homme n'avait ni l'indépendance ni Texistence par soi-même. Dieu voulait cependant lui communiquer un trait de ressemblance avec lui , il lui donna la liberté. Par une merveille de la puissance divine , l'homme est dépendant et libre. Il a un empire suprême sur sa volonté. Rien ne le détermine invinciblement. Il est , comme Dieu , maître de son opération intime; il se crée lui-même^ en quelque sorte, bon ou mauvais, éternellement heu* reux ou éternellement malheureux , malgré sa qualité de créature. Nous avons ainsi deux naissances, l'une pour le temps , l'autre pour l'éternité. Dieu fait la première , nous faisons la seconde avec l'aide de la grâce. Dieu a mis dans nos mains le choix de notre éternité. Salus seqtûtur voluntaiem. Mais sans Tenfer où seraient pour l'homme les preuves de sa liberté , et, par conséquent, de sa grandeur ^ Si nous