‹ Sermons et conférencesChapitre 5 sur 12 · JSU · texte numérisé non relu

JSU

l'enfer. 263

voyions un jour tous les hommes, tous les anges réunis dans le Ciel , comment croirions-nous avoir possédé réellement ici-bas la liberté , puisque nul n'en aurait fait un mauvais usage ? Dès-lors nécessités au bonheur du Ciel, les élus ne sont plus nés de lamour et de leurs œuvres , ils n'ont plus ni mérite ni démérite; ils étaient attirés vers Dieu comme la terre vers le soleil ; ils n'étaient pas libres , ils étaient contraints. Seigneur, diraient alors les anges et les hommes^ vous nous avez fait entendre que nous étions libres; mais votre bonté ne l'a pas permis; vous avez agi avec nous comme cette mère qui eherche à persuader à son enfant qu il marche , tandis qu'elle le soutient de ses mains. Si tous les êtres créés se rencontraient un jour dans le Ciel , il est bien évident qu'il n'y aurait eu de liberté pour aucun. Un seul dans l'enfer , tout change : l'impie est condamné , mais il a pu mériter ou démériter ; il est perdu à jamais, mais il l'a voulu. Dieu veut sauver tous les hommes; et si , malgré la bonté divine, un seul souffre éternellement; il est impossible d'en douter , l'amour de Dieu s'est arrêté devant son décret de la grandeur de l'homme.

Si , libres dans votre choix , vous avez préféré la créature à Dieu, la mort à la vie, le crime à la vertu; si vous vous êtes déclarés pour le souverain mal, au lieu d'opter pour le souverain bien , l'enfer n'est-il pas seul en proportion avec ce choix monstrueux qui renferme implicitement la haine ou le mépris de Dieu ? Dieu ne doit-il pas punir éternellement celui qui l'outragerait durant une éternité s'il lui avait donné Téternité ici-bas? l'enfer prouve

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donc que Thomme est libre ^ et, par conséquent' semblable à Dieu. Lliomme est si grand qu'il faut des peines infinies pour punir le mauvais usage de sa liberté y ce] premier de ses attributs , ce trait de sa ressemblance avec Dieu-, sa liberté, qui , sans Tenfer , le ferait un dieu indépendant de Dieu.

Ceux qui nient Feiistence de l'enfer nient donc l'amour de Dieu pour la créature y et la liberté de rhomme et des anges. Un monde où il n'y aurait ni bien moral ni sacrifice, où aucun être intelligent ne serait appelé à embrasser la vérité et la vertu par le mépris des choses présentes^ un monde où tout serait nécessité et contrainte ne serait digne ni de la sagesse de Dieu , ni du cœur de l'homme. Pour ma part, je le déclare, je n'en voudrais pas : je veux avoir cherché Dieu au milieu des sacrifices; je veux l'avoir trouvé au milieu des ténèbres ; je veux avoir risqué de le perdre , pour être plus heureux de l'obtenir. Je veux l'avoir choisi, aimé volontair^nent, malgré les épreuves, les tentations, les infirmités de ma nature, et pouvoir le lui dire durant l'éternité; je veux savoir que Dieu m'aime et que je l'ai véritablement aimé moi-même; son amour et le mien seront l'entretien étemel de mon àme , la joie ineffable de mon cœur.

Voilà pourquoi Dieu sera la félicité étemelle du juste, le désespoir éternel du pécheur; voilà pourquoi la perfection du monde moral réside tellement dans la liberté de l'homme et dans la justice de Dieu que le pécheur cherchera lui-même l'obscurité éternelle comme un moindre mal que la vue de Dieu et des anges. Le |>écheur serait plus mallieu-

L*fiNFBlt. S66

reux dans la lumière du Ciel , exposé à tous les yeux, que dans les ténèbres de l'enfer, qui le déroberont à tous les regards.

Ainsi , mes chers auditeurs , vous ne pouvez plus en douter, la création, la croix, la grâce, les démons, le mal physique , le mal moral, la liberté, le ciel, la terre, Thomme, Dieu, l'univers, pix>uvent Téter* nitédes peines. Pour cesser d'y croire, il faudrait cesser de croire à notre existence , à la philosophie, à la tradition des peuples.

11 est donc au sortir du temps deux cités éternelles. Dans l'une. Dieu est le soleil des âmes; dans l'autre, il est un feu dévorant. Dans l'uae résident l'allégresse et la joie; dans l'autre, les ténèbres et l'éternelle horreur. Dans l'une , la vie se renouvelle sans cesse; dans l'autre, la mort ne peut mourir. L'une domine toute la création , l'autre est au plus profond de l'abîme ; et nous, voyageurs d'un moment icibas , nous sommes suspendus entre ces deux éternités, tandis que notre âme, qui porte en ellemême ce poids de gloire et de mort, s'avance dans le temps toujours au moment d'en sortir. La vie seule nous sépare de ces deux océans de misère ou de bonheur , de haine ou d^amour , de feu ou de délices ; la vie, cette ombre qui passe, cette vapeur légère qu'un instant va diss^)er.

Et dans quelle ét^nité irons-nous ? Seron»-nous à jamais dans le sein de Dieu , ou repoussés à jaoaais loin de lui ? Irons nous de clartés en clartés, d'amour en amour, ou désirerons-nous sans cesse mounr sans urouver la mort ? Voudrons-nous sans cesse être anéantis sans rencontrer le néant ? Ai^irerons-

2»>6 l'enfer.

nous à une vie toujours nouvelle, à la vie de Dieu même , ou désirerons-nous détruire Dieu y anéantir la sagesse et Tamour, pour nous venger de notre éternel supplice ?

Vous êtes maintenant y mes chers frères y à l'entrée de l'éternité, de l'éternité dont on ne revient plus. Encore un peu de temps, et vous subirez peut-éU'e la seconde mort. Vous pleurez tous les jours sur les restés de vos amis d'où la vie s'est retirée, pleurez plutôt Tàme dont Dieu se sépare; car la séparation de l'àme et du coips est d'un jour; la séparation de Vâme et de Dieu, une fois accomplie, est étemelle. L'arbre reste où il est tombé.

Le temps s'écoule avec une rapidité effrayante. Chaque moment passé dans la rébellion contre Dieu vous approche du feu qui ne s'éteindra pas, du feu qui n'est produit par aucun principe étranger, el dont le foyer est dans Tâme, des ténèbres visibles , de la cité des larmes. Là il n'y a ni fond, ni rive, ni espérance , ni amour; là il n'y a plus de rédemption. In inferno nulla est redempiio.

Ârrétez-vous, je vous en supplie. Réfléchissez un moment. Gomme l'œil de l'homme n'a jamais vu, IV reille de l'homme n'a jamais entendu , le cœur de l'homme n'a jamaiscomprisceque Dieu réserve à ceux qui l'aiment, ainsi l'homme n'a pas compris ce que Dieu réserve à ceux qui l'offensent. Vous pouvez donc vous rendre bons ou mauvais, éternellement heureux ou éternellement malheureux; vous êtes entre la juslice et la miséricorde, le bien et le mal sont devant vous, la grâce de Dieu vous presse , vous êtes libres , votre sort est dans vos mains. Choisissez.

Mais votre choix est déjà fait, vous voulez être à Dieu dans le temps, et, par conséquent, dansfétemité. Que toutes vos œuvres soient la conséquence de votre foi et de votre volonté. Reconnaissez 1 amour de Dieu pour vous , et que cet amour qui chasse la crainte habite à jamais dans vos cœurs, et vous introduise dans les tabernacles éternels.

Ainsi soit-il.

SUR

LE PIIfifiiTOIM.

Non remittetur ei neque in hoc mcuIo neqne in fataro.

Il est an péché qui ne sera remis ni dans ce monde ni dans Tautre.

Saint Matthieu , ch. ui , it 32.

D'après les paroles de notre divin maître que vous venez d'entendre, il est donc hors de cette vie un lieu où Thomme peut encore expier, où il peut encore obtenir le pardon, où ses péchés lui seront remis. Sans doute il n'existe que deux mondes, le monde de l'amour et le monde de la haine, l'enfer et le ciel; mais le purgatoire, où l'homme se purifie, fait partie du monde de l'amour, la prière y pénètre, la prière, le lien entre toutes les créatures unies en Dieu.

Aucun dogme n'est plus consolant pour l'homme, et déjà, dans un pays voisin, l'hérésiedes derniers jours V^i avait abandonnée prière pour les morts se trouve forcée d'y revenir; aucun dogme ne donne une idée plus élevée de l'amour que Dieu exige de nous pour lui et pour nos frères, puisque l'imperfection de cet amour, le péché véniel peut, selon Bossuet, retarder la vision bienheureuse pendant des siècles. Aucune

vérité n'assure mieux, dès ce inonde, la perfection ehrétienne, l'amour pur de Dieu et du prochain : Tamour de Dieu, puisque Dieu punit si sévèrement le péché véniel; l'amour de nos frères, puisque nous leur sommes utiles au-delà du tombeau lorsque nous n'avons plus rien à espérer d'eux. Si l'enfer nous révèle l'horreur de Dieu pour le péché mortel, le purgatoire montre combien Dieu déteste tout mélange qui affaiblirait l'amour, puisqu'une seule réserve, une seule attache suffit pour nous y précipiter. Le Ciel n'est ouvert qu'à l'amour pur, et le purgatoire est destiné à purifier l'amour et à le dégager de tout mélange. Le purgatoire est donc un milieu entre le Ciel et Tenfer, et eomplète toutes les idées de justice et d'amour que nous avons sur la terre. Là se rencontrent la miséricorde et la justice. Le purgatoire est à la fois un lieu de souffrance et un lieu d'espoir. Tel sera le partage de ce discours.

Nous montrerons que l'on souffre dans le purgatoire, et nous dirons la cause de ces souffrances, ce sera la première partie. Nous ferons voir ensuite qu'on espère, et nous dirons le motif sur lequel se fonde l'espérance, ce sera la seconde partie. Nous sommes donc placés ici-bas entre les âmes du Ciel et les âmes du purgatoire; nous triomphons avec les unes, nous gémissons avec les autres , et les tourmens de ce se* jour passager de crainte et d'espérance nous servent à mieux comprendre la voie où le Seigneur veut que nous marchions.

Esprit saint , faites que je persuade tous ceux qui m'écoulent de la grandeur du dogme du purgatoire, et qu'ils trouvent dans ce discours un motif puissant

l'éviter ce séjour terrible, et de prier pour ceux qui >nt le malheur d*y être condamriés. Je vous le denande par Tinteroession de Marie. A^e , Maria.

FmBMiiem fjjk

Le dogme du Purgatoire est du petit nombre des vérités qui n'ont jamais péri sur la terre. Les Juifs savaient qu'il existe un lieu de douleur temporaire , et ils priaient afin que les âmes de leurs frères en fussent retirées.

Cate croyance se trouve aussi chez les anciens philosophes. Ceux, dit Platon 9 dontlavien'aété ni toutà-fait criminelle ni absolument innocente souffrent des peines proportionnées à leurs fautes, jusqu'à ce que, purifiés de leurs souillures , ils soient mis en liberté et reçoivent la récompense de leurs bonnes actions.

Jésus-Christ a donc trouvé l'univers priant pour les morts, et n'a point réformé cette croyance. TertuUien, saint Jean-Chrysostôme , saint Augustin , disent formellement qu'il ne faut point omettre les supplications pour les âmes des morts.

Qu'est-ce donc que le purgatoire? Quelles sont les peines qu'on y souffre?

Le purgatoire est, selon les plus anciennes liturgies, une demeure sombre, un lieu de tribulations, degémissemens, un lac profond, un temps de nuit pendant lequel l'homme ne peut agir. Venieinox quando nemo poiesi operari. La moindre peine dans ce séjour,

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dit saint Thomas , est plus grande que toutes les peines de cette vie. Seigneur , s'écriait saint Augustin , rendez- moi tel que je ne mérite ni le feu qui désespère, ni le feu même qui purifie , feu plus formidable que ne peuvent être tous les tourmens d*ici-bas. L& on est en proie à la tristesse , aux remords, àTincertitude de l'avenir y à la captivité, aux flammes dévorantes, aux ténèbres.

Là il n'y a plus de temps pour ajouter aux mérites, plus de temps pour réparer les fautes; il n'y a plus de temps que pour souffrir. L'ange leva la main , dit saint Jean , et jura par celui qui vit dans les siècles qu^il n'y aurait plus de temps.

L'àme j en état de grâce , a un amour si naturel pour son créateur, son principe et sa dernière fin; elle tend vers lui si nécessairement, comme & son centre ou i son lieu de repos, qu'elle souffre horriblement d'en être a rée.

Tandis que nous sommes dans cette vie , nous ne sentons point toute la violence de l'amour qui nous emporte vers Dieu , parce que notre âme, appesantie vers la terre, est enveloppée dans la chair et dans le sang, distraite par mille soins, occupée des créatures. Mais* au sortir de cette vie , dépouillée de son corps , tout entière aux mouvemens de l'amour ou de la haine, elle est ou repoussée violemment loin de Dieu, ou bien aspirant de toutes ses forces à s'unir â lui , sans pouvoir jamais y atteindre. Elle souffre de la privation de Dieu, elle souffre encore par la privation de tous les objets auxquels elle s'était unie ici-bas. Chaque attache laisse en elle un vide que remplit la douleur. Ici -bas elle se reposait sur quelque chose de terrestre,

elle avait des amis , des parens , des richesses, des honneurs; elle avait au moins le spectacle duOiel et de la terre , toutes les merveilles de la création , les prodiges enfantés par Fart et le génie de Thomme : tous ces soutiens ont disparu. Quand elle souffrait sur la terre . mille objets venaient la distraire de la douleur. Après la mort nulle distraction, c'est à Tàme tout entière que la douleur s'attache.

Comme ceux qui dorment dans un navire sont entraînés sans le savoir vers le port, dit un Père, nous allons d'un mouvement insensible et continu vers le terme de notre course. En dormant, le temps nous échappe; en veillant, le temps ne nous échappe pas moins. Nous passons devant des arbres, des prairies , des fontaines, des rochers, des précipices, des animaux venimeux, et, charmés ou attristés un moment, nous avons bientôt laissé tous ces objets derrière nous. Dans cette vie, ni les plaisirs ni les peines ne sont durables, une souffrance en remplace une autre. Mais, dans le purgatoire, il n'en est pas ainsi : tout est fixé, la douleur comme Tamour.

Ici-bas nous avons comme deux mesures du temps : Tune en dehors de nous , réglée par le mouvement du soleil; Taufre au-dedans de nous, déterminée par le mouvement de notre cœur. La joie abrège la durée , la souffrance l'augmente. Dans le purgatoire, ce n'est plus le soleil , c'est la douleur qui mesure le temps. Les âmes du purgatoire, suspendues entre la terre et le Ciel, aussi incertaines du jour de leur délivrance que nous le sommes du jour de notre mort , sont en proie à des désirs insatiables, à d'inexprimables tourmcns.

L'amour des justes pour Dieu a repris dans le purgatoire une nouvelle énergie , il s'accroit sans cesse , il les dévore et ne peut se satisfaire; ils demandent Dieu à tout ce qui les entoure , 1 entendent pour toute réponse des cris et des gémissemens semblables à ceux que leur arrache Tamour. Leur intelligence s'est agrandie avec leur volonté pour les tourmenter davantage; ils savent que de l'autre côté de ces ténèbres est le Ciel, que par-delà ces feux sont d'ineffables délices. Placés entre le Ciel et l'enfer, ils semblent porter l'un et l'autre en eux-mêmes. Le feu qui les brûle est un feu infatigable , ignis indefessus ^ feu que ne peut lasser la patience de celui qu'il dévore , que ne peut faire cesser la justice de Dieu qui l'exige.

Voilà, mes chers frères, les tourmens deràmedans le purgatoire, tourmens terribles, mais si justes que l'àme s'y condamnerait elle-même si Dieu ne l'y avait condamnée ; tourmens si nécessaires que Dieu aime ces âmes, et qu'il est forcé de les faire passer, pour leur bonheur même, par les purifications inouïes ei inexplicables des morts , comme parle Bossuet.

Vous me demandez ce qu'ont fait lésâmes de ces justes. Elles aimaient Dieu puisqu'elles sont justes, et Dieu les repousse loin de lui; elles l'aimaient , sans doute, mais elles ne l'aimaient pas comme Dieu veut être aimé.

Quiconque nourrit en son cœur un amour pour quelque objet que ce soit plus grand que l'amour de Dieu , est en état de mort. Nous aimons plus que Dieu tout ce que nous ne lui rapportons pas : qui se ménage ou se partage n est pas digne de Dieu. Leur cœur est divise, dit le prophète Osée, en parlant de ceux dont

LUl ' li.-

Tamour est partagé, c'est pourquoi ils périront*, l'état de froideur, d'indifférence même pour le prochain, est un étal de mort : aussi les âmes n'entreront dans le Ciel qu'après avoir satisfait à la justice divine nonseulement pour les fautes graves qui n'auraient pas été suffisamment expiées, mais pour les fautes les plus légères.

C'est ici un grand mystère, c'est le mystère de la justice et de l'amour , de la justice divine qui punit , de Vamour divin qui souflre du châtiment qu'il inflige, de l'âme qui bénit la main qui frappe, de l'àme qui souffre et veut souffrir^ c'est le mystère de- l'union (lu cœur de l'homme avec le cœur de Dieu.

L'âme, séparée de son corps, ne se trouvant pas dans toute la pureté où elle doit être, sent qu'elle ne peut s'approcher de Dieu; et, comme elle a un besoin immense du bien suprême, de la vie heureuse, de la science et de l'amour, de la Trinité tout entière , elle cherche à détruire en elle ces imperfections qui empêchent son union complète de s'opérer; elle voit, dit sainte Catherine de Gênes, que les flammes du purgatoire peuvent seules consumer les taches qui blessent le regard de Dieu , et elle s'y jette avec impétuosité ; car, si elle ne trouvait pas cet ordre établi par la sagesse divine, elle serait non pas dans un purgatoire, mais dans un véritable enfer. L'essence divine est d'une si grande , d'une si incompréhensible pureté , q\ie l'âme qui se reconnaît la moindre imperfection se jetterait plutôt dans mille enfers que de paraître ainsi devant une majesté si sainte.

D'un autre côté, Dieu ne peut pas changer les conditions de sa nature. Pour qu'il se donne à nous, il faut

que nous soyons vides de nous-mêmes. L*extinction dé Taraour de Dieu, c'est l'enfer, a dit un docteur de l'Eglise; l'extinction de l'amour de soi^ c'est le Ciel. Pénétrons autant que la foi le permet dans ce sanctuaire de la miséricorde et de la justice divine.

Après Dieu, dit saint Augustin , il n*y a rien de plus grand que notre âme. Si nous savions, s'écrie Bossuet, ce que notre àme est au cœur de Dieu ! Elle ne peut vivre sans lui , et son amour n'est pas satisfait sans elle. Ne puis-je pas croire que je fais violence au cœur de Dieu , quand mon àme ne suit pas les divines inspirations qui l'attirent à lui pour se reposer dans son sein ?

N'oublions pas que c'est à la vision béatifique, à la possession complète de Dieu, que nous sommes appelés par les sacrifices de Jésus-Christ. Dieu veut que nous jouissions de sa propre félicité ; mais, pour consommer cette union merveilleuse du cœur de l'homme et du cœur de Dieu , il y a des lois immuables qui viennent des deux natures , lois de l'amour , lois de l'union et de l'unité.

Dieu est l'unité souveraine > principalis uniiûs; seul il renferme tous les biens. Pour que l'àme de l'homme soit souverainement heureuse, il faut donc quelle tende tout entière vers lui, qu'elle lui rapporte toutes ses pensées, tous ses mouvemens, toutes ses actions. Dieu ne peut aimer en nous que ce qu'il aime en lui^ sa vérité, son amour, son Verbe, son Esprit. Ses pensées, ses sentimens, ne sont pas les nôtres*, il doit haïr notre esprit propre, notre amour-propre, notre volonté propre, qui l'empêchent de remplir notre cœur. Voulant se donner lui-même, il ne peut aimer en nous

que ce qui vient de lui, le mouvement qu*il nous imprime lui-même. L'amour est le fond de notre nature, le mouvement qui détermine tout en nous , le ressort de toutes nos pensées , de tous nos sentimens , l'amour est toute notre ème. ParTamour, ThommeestàDieu, aux créatures ou à soi , et Dieu veut que nous sortions des créatures et de nous-mêmes, et que nous nous donnions tout entiers à lui afin de pouvoir se donner tout entier à nous.

L'amour est la joie du Ciel , et point d'amour sans complète union , point d'union sans complète unité. L'amour en Dieu est la consommation des trois personnes divines dans l'unité^ et, puisque nous n'avons rien de nous-mêmes, et que Dieu possède tout, l'amour pour les créatures doit être l'anéantissement en Dieu. La paix des saints est comme la paix des anges, de se perdre dans l'unité divine. Paix délicieuse! Mélange de la créature et du créateur, mélange de Dieu et de l'homme , comme parle saint Augustin , mixtura Dei ei hominis^ communion parfaite, étemelle , par vous je comprends le purgatoire comme vous m'avez révélé l'enfer et le Ciel, et vous me faites encore plus appréhender ses tourmens !

Voilà pourquoi les moindres réserves, le plus léger attachement déréglé aux objets créés, suffisent pour nous précipiter dans le purgatoire. « Les âmes , ditFénélon, qui ne seront pas, en sortant de cette vie, dans le rapport simple et absolu de la créature à son créateur et qui n'auront pas, quoique chargées de vertus , cette pureté intérieure sans laquelle on ne peut voir Dieu , devront être purifiées par ce feu jaloux qui ne laisse dans l'autre vie rien à l'àme de ce

qui rattache à elle. Elles n'entreront en Dieu qu'après être pleinement sorties d'elles-mêmes. Tout ce qui est encore à soi est du domaine du purgatoire. »

Voyez, dans le monde, quand on aime, comme on est tourmenté du besoin de ne faire qu'un avec les objets de son affection : tant que vous n'avez pas amené une personne aimée à être en unité parfaite avec vous, quel tourment n'éprouvez- vous pas! Et cette souffrance est d'autant plus grande qu'on aime davantage. Faites- vous attention aux douleurs que vous causez en vous plaignant de ce que vous regardez comme des manques d'affection ? Le plus léger oubli , la plus légère hésitation dans le dévouement et l'aiïection, vous paraissent de l'indifférence.

vous qui avez aimé , dites ce que vous avez souf< fert pour vous unir à ceux que vous chérissiez , dites ce que vous leur avez fait souffrir pour arriver à cet état où vous espériez que vos âmes n'en feraient plus qu'une. Vous pouvez concevoir la raison du purgatoire , vous pouvez imaginer les tourmens de l'amour divin ! Donnez-moi quelqu'un qui aime , dit saint Augustin, et il entendra ce que je dis. Da atnaniem , et sentit çuoddico. Dieu souffre d'une âme qui ne lui est pas complètement unie^ et il la fait souffrir par le feu jaloux du purgatoire jusqu'à ce qu'il l'ait, pour ainsi dire, identifiée en lui. Lincamation, FËglise, l'Eucharistie , ces mystères où Dieu et l'homme ne sont qu'un , où l'homme devient un seul esprit avec Dieu , où Jésus-Christ ne fait qu'un seul corps avec nous, où les fidèles ne sont qu'un cœur et qu'une âme, prouvent que Dieu veut tout réduire à l'unité.

Dieu souffre donc des imperfections et des réserves

(Fune âme parée qu'il l'aime^ et il se fait une sorte do violence, dit Tabbé Ruppert, pour la faire souffrir. Dieu est un Dieu jaloux, dit rÉcriture, parce que son amour peut seul nous rendre heureux, et que toute af* fectionqui ne se rapporte pas à lui est une source de douleur pour nous. Le purgatoire est donc destiné à former le deniier trait de l'image de Dieu que nous portons en nous, et à finir notre transformation en lui. Deformatio pukhritudinis divinœ ret/uirit purifia cationem. Tel est le principe sublime de la purification, deTépuration des âmes. Voilà pourquoi Dieu est un feu consumant. Ignis conminens. Voilà pourquoi le purgatoire est un second baptême, le baptême de feu ! L'Esprit saint a bien exprimé ce sentiment de Tamour divin dans l'Ecriture. Quelle parole plus vraie et plus touchante que cette plainte de l'Epoux dans le Cantique des Cantiques: « Vous avez blessé mon cœur , ma sœur , mon épouse ; vous avez Messe mon cœur par un seul de vos regards ? » Son épouse Ta blessé par un seul de ses regards, e'esWà-dire par la moindre réserve de son amour.

Le purgatoire, comme l'enfer et le Calvaire , nous aide donc à comprendre la grandeur de notre âme , rimmensité de l'amour de Dieu pour nous , et l'horreur que nous devons avoir pour le péché. Le dogme du purgatoire nous fait voir la haine que Dieu porte à tout ce qui, en nous, affaiblît son amour pour nous, puisque Dieu traite si sévèrement les âmes qu'il aimé et dont il est aimé. tourmens de l'amour ! dit saint Léon, Dieu afflige et il aime. tormenta misericordiœ- crucial Deus eiamaU Chrétiens, vous pouvez sonder maintenant les souffrances d'un séjour où l'on

est aimé de celui que l'on aime, où l'on souffre, où Ton fail souffrir, où l'on est sans cesse attiré et repoussé par deux mouvemens contraires. Dieu attire les âmes du purgatoire parce qu'il est souverainement aimable-, il les repousse parce qu'il est souverainement juste. Un attrait invincible les porte dans le sein de Dieu, une impression secrète les arrête sans cesse. Et Dieu souffre de ne pouvoir se donner, comme un père qui punit sesenfans et qui voudrait leur ouvrir ses bras! Chrétiens, venez donc au secours d'un Dieu qui vous aime; ne vous exposez pas à cette damnation passagère, à cet enfer temporaire, comme parle l'Eglise, et laissez-vous consumer ici-bas par l'amour de Dieu, pour n'être pas consumés plus tard parsa justice. Mais, ne Toubliez pas, un acte d'amour peut unir l'àme si parfaitement à Jésus-Christ qu'elle peut aller au Ciel sans passer par le purgatoire. 11 y a même dans l'exécution des œuvres pénales auxquelles on attache l'indulgence un degré de ferveur qui, selon Bossuet, absorberait toutes les peines de la vie future.

Où sont maintenant tous ceux qui prétendent se contenter du purgatoire, qui regardent comme de l'exagération ce que nous leur annonçons de cette vie chrétienne toute d'amour, de détachement, de sacrifice, qui croient pouvoir garder quelque réserve au fond de leur cœur ? Us savent maintenant que le feu du purgatoire est le feu dont le principe est dans l'àme , et que la privation de Diau est le plus horrible des tourmens.

Entrevoir la patrie, et ne pouvoir y entrer, sentir la main invisible de celui qu'on aime et dont on est aime nous replonger dans les horreurs du plus som-

bre cachot, quel supplice! Une seule chose peut le tempérer et l'adoucir , c'est l'espérancej sans l'espérance ^ le purgatoire serait l'enfer ^ mais sur quoi se fonde cette espérance? Ce sera l'objet de la seconde partie.

DEUXlàm PARTIZ.

La douleur des âmes du purgttoire est^ comme nous venons de le voir, une douleur que rien ne détruit, que rien n'arrête, une douleur de tous les instants. Mais à cette douleur vient se mêler pour elles la pensée que cette souffrance ne subsistera pas toujours, que des amis leur restent pour en abréger la durée. Voilà ce qui tempère leurs tourments; sans cette idée leur douleur serait le désespoir de l'enfer. Les âmes en purgatoire aiment Dieu; en enfer, on ne l'aime pas; elles souffrent, mais elles sentent en même temps que Dieu les aime et qu'on les aime encore sur la terre.

Vous pouvez imaginer facilement ce sentiment mêlé de souffrance et de consolation , de douleur et de joie, de flammes dévorantes et d'ineffables rafraichissemens, cet état où plus on souffre, plus on veut souffrir, plus on remercie le Dieu qui frappe, puisque chaque supplice rapproche Féternité bienheureuse ; car déjà sur la terre chaque malheur accueilli, supporté avec résignation et amour, s'adoucit par l'espérance du bien suprême qu'il promet et qu'il assure. Dans le Purgatoire, il n'y a plus de promesse, le bon-

284 LE PL'RGATOIRE.

heur est certain : lorsque les âmes seront entièrement purifiées, elles entreront aussitôt dans le Ciel.

Ne pourrait-on pas, dit sainte Catherine de Gènes ^ comparer ceux qui habitent le purgatoire à des corps privés du soleil par la présence d'un autre corps ? Le soleil n'est pas la cause des ténèbres , puisqu'il ne cesse de répandre sa lumière de toutes parts. Ce corps étranger en est l'unique cause : c'est lui qu'il faut éloigner pour rendre la présence du soleil à tout ce qui est plongé dans l'ombre. Les taches du péché sont l'ombre qui cache aux âmes du purgatoire la présence de Dieu, leur véritable soleil. Leur joie s'augmente à proportion que ces taches diminuent , et lorsque le soleil paraît tout entierpour elles, le Ciels'ouvre, leur félicité éternelle commence.

Les justes du purgatoire connaissent toutes les grâces qu'ils ont reçues sur la terre, et tous les biens que Dieu leur prépare. Ils sont dans une continuelle union avec Dieu. Soumis à sa volonté, ils veulent tout ce qu'il veut, ils ne peuvent plus pécher. Leur charité est plus forte que la mort, plus dévorante que l'enfer , leurs flammes sont des flammes d'amour. Sans doute ils savent qu'ils ne peuvent plus rien offrir à Dieu^ mais le sacrifice de Jésus-Christ offert par l'Eglise, et l'amour de leurs frères restés sur la terre, abrégeront le temps de leur exil. Cette pensée les console et les fortifie. Les Ames du purgatoire n'ont point d'action sur elles-mêmes ni sur nous, elles sont passives, elles ne sauraient plus mériter; mais les saints de la terre peuvent satisfaire à leur place et leur transporter le prix de leurs œuvres. La mort fixe l'état de ces âmes ; elles n'ont plus de corps pour les mettre on

relation avec le monde extérieur, elles n*ont plus rien à offrir ; elles souffrent , mais elles espèrent que nous« leurs amis y leurs parens, nous serons leurs libérateurs. Chaque adoucissement éprouvé par elles leur vient de ceux qu'elles ont aimés, et elles le savent. Merveilleuse combinaison de Tamour divin , qui fait servir l'amour de nos frères à nous faire entrer en possession du Ciel ! Admirable lien ! Divine communion des morts et des vivans! Insensés ceux qui parlent de leur amour pour lesmorts, etqui, ne voulant pas admettre le Purgatoire 9 se refusent à prier efficacement pour eux I

« Si les pénitens meurent, dit le saint Concile de Florence, dans la charité du Seigneur, avant d'avoir satisfait pour leurs péchés par de dignes fruits de pénitence, leurs âmes sont purifiées après la mort par des peines vives; mais elles peuvent être soulagées dans les peines par les suffrages des fidèles, par les sacrifices, par la prière, par les aumônes que les fidèles ont coutume de faire pour les morts, suivant l'usage de l'Eglise. » Remarquez , mes frères , que le saint Concile de Florence n'a pas voulu dire que les peines du purgatoire fussent un feu physique, parce que telle n'était pas l'opinion des Grecs; mais il a déclaré que ces peines étaient vives. Qu'il est doux de s'entretenir avec ceux qui ne sont plus, et de sentir que nous pouvons alléger ces peines !

Avec quelle ardeur les justes du purgatoire nous conjurent de ne pas les oublier! Et ces justes consacrés par la mort, ces justes qui savent maintenant le secret de l'autre vie, vous demandent du secours par leurs cris et leurs gémissemens; c'est un ami , c'est un

frère , un 61s ^ un père, une épouse; c'est une mère qui est là pour avoir trop aimé son fils ; c'est une épouse que vous n'avez pas aidée dans la voie de la perfection, que vous avez arrêtée peut-être j c'est un ami qui a eu pour vous une affection trop humaine ; c'est un fils pour lequel vous avez trop écouté vott-e tendresse. vous qui saviez si bien compatir à nos peines quand nous étions dans la vie^ nous crient ces justes^ arracbez-nous aux ardeurs qui nous dévorent! vous, nos amis, ayez pitié de nous parce que la main de la justice qui nous toucbe ne peut être détournée que par vous ! Versez des larmes rédemptrices peureux, comme parle saint Âmbroise, ils vous étaient si cbers ici-bas! Ne vous est-il pas arrivé aux pieds du lit d'un ami mourant d'offrir votre vie afin de prolonger la sienne ^ Ces vœux n'ont pu prolonger sa vie passagère, renouvelez*les maintenant , et vous leur donnerez la vie éternelle. « mon ami , disait saint Âmbroise, célébrant les obsèques de son frère, je m'oublierai plutôt moi-même que de vous oublier jamais dans mes prières ! Non , ni la mort ni le temps ne pourront vous arracher de mon cœurt» Sainte Monique, en mourant, recommandait à son fils de ne pas l'oublier à l'autel , et saint Augustin n'a pas cessé de prier pour elle un seul jour. Faisons comme ces grands saints, suivons de nos prières nos amis jusqu'à ce que nous les ayons conduits à la montagne du Seigneur. Les chrétiens doivent aimer par-delà la mort. Souvenons-nous aussi que plus nous sommes avancés dans la vertu, et plus nos prières sont efficaces ; sanctifions-nous donc tous les jours davantage, afin de pouvoir être plus utiles à ceux qui ne sont plus. Mais

LE Pt}R6AT01RE< 287

il est une prière toujours utile aux morts, toujours agréable à Dieu , qui ne tire point sa force du mérite de l'homme; cette prière^ c'est le saint sacrifice , la prière éternelle. Là Jésus-Christ immolé pour nous est un lien entre les deux mondes , le monde visible et le monde invisible. Au moment où l'hostie est con^ sacrée sur nos autels , toutes les Eglises sont en communication^ l'Eglise du CleU l'Eglise de la Terre, l'Eglise du Purgatoire , l'Eglise qui combat , l'Eglise qui souffre, TEglisequi triomphe.

Celte chair divine servant de milieu , occupant ce grand espace qui sépare les choses mortelles des cho^ ses divines, est un lien qui les unit toutes , une communication étroite entre le Ciel et la terre. Au moment du sacrifice, les justes, les anges, sont près de Jésus-Christ, dans le temps et dans l'éternité. Tous , par conséquent , sont rapprochés les uns des antres*

Jésus-Christ , pouf qui tout a été fait dans le Ciel et sur la terre, en qui tout se réunit et se concentre, Jésus-Christ , le Verbe incarné, principe de tout ce qui subsiste, comprend alors l'univers en lui; l'Eglise est consommée avec Dieu dans cette glorieuse unité. Le sang qui se répand sur l'autel devient la source de la vie du monde. Tous les mérites, toutes les satisfactions, décotilent du divin sacrifice^ tous les mérites , (outes les satisfactions, viennent s'y perdre sans cesse pour s'y reproduire sans cesse. C'est le cœur du monde d'où le sang coule et où il revient pour se répandre dans tous les membres et renouveler continuellement la vie du corps. Â ce moment solennel , l'union entre les trois mondes de l'amour est complète. Les saints du

Ciel prient pour nous, et nous prions pour les saints du purgatoire. Voilà Tunité et Tunion ^ la communion des saints. L'enfer seul est en dehors de cette merveilleuse unité.

Entendez les prières de TEglise pour Tàme quittant la terre , et descendue dans le lac profond. Ecoulez les cris de douleur , les cris de joie , lesgémissemens, les prières des fidèles , et vous retrouverez toutcequc je viens de dire. L'âme d'abord fait entendre sa voix du fond du purgatoire : «Les eaux m'ont submergée, Seigneur. J'ai crié du fonddel'abime vers vous. Seigneur, exaucez ma voix, donnez- moi le repos éternel. »

Les fidèles s'écrient à leur tour : « Seigneur , nous implorons votre miséricorde, établissez cette âme dans la région de la paix et de la lumière. »

L*âme éprouve le rafraîchissement des prières de ses frères , elle s'écrie : Quand je marcherais au milieu des ombres de la mort, je ne craindrais pas, parce que vous êtes avec moi , Seigneur. » Mystère ineffable d'amour, le purgatoire est le complément de cette religion sans laquelle Dieu et l'homme seraient entièrement inexplicables pour nous ! Ce dogme sort tout entier de la nature de Dieu et de la nature de l'homme, et du mystère de l'Incarnation , l'union de la Divinité et de l'humanité.

H y a donc trois demeures où lésâmes vont en sortant de leur corps , et l'instant de notre mort nous fixe à jamais dans Tamour ou dans la haine. La mort est la ratification dernière de tout ce qui s'est passé dans la vie. Dieu nous jugera d'après l'état de noire volonté à l'heure de la mort; car la liberté de notre volonté, le principal trait de notre ressemblance avec

LE PL^RGATOIRE. 289

lui y est respectée de Dieu même. Et déjà^ dans cette vie, ne trouvons-nous pas trois états des âmes correspondans à Tenfer , au purgatoire et au Ciel ? Nous voyons des âmes en révolte contre Dieu déjà dans des angoisses inexprimables , dans les ardeurs d'un feu dévorant ; d'autres en proie à la peine , à la contrariété de la souffrance; tandis que d'auti-es, heureuses de faire en tout la volonté de Dieu, sont déjà dans le Ciel ici-bas. Ainsi le cœur de Thomme représente tout Tunivers. Notre cœur est le Ciel , Tenfer ou le purgatoire. L'envie , l'orgueil , la haine y la colère , voilà Tenfer; la tiédeur, le découragement , Its dégoûts , lennui, la langueur, ledoute, la tristesse , voilà le purgatoire. L'union à la volonté de Dieu, la prière , les extases, la contemplation, la lumière, la joie spirituelle , la grâce , c'est déjà le Ciel. La différence de ces trois états dans ce monde et dans l'autre, c*est qu*ils sont passagers ici-bas^ et que, dans l'autre monde, ils seront permanens, excepté le purgatoire, dont on pourra sortir pour entrer dans le Ciel.

Evitez donc le purgatoire ici-bas et dans l'autre vie, et pour cela embrassez la perfection de Tamour. Aimez Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces , et votre prochain comme vousmême. Multipliez les actes d'abandon et d'amour , et vous serez toujours dans la joie; bénissez ceux qui vous maudissent , faites du bien à ceux qui vous haïs^ sent, ne rendez point le mal pour le mal, priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent, montrez que vous préférez le bonheur d*aimer Dieu à tous les plaisirs de ce monde. Aimez en souffrant , et souffrez en aimant ; aimez la croix. Par son union à la croix

290 LE PUnGATOlRE.

rhomme fait servir à son bonheur son malheur même; souffrir ainsi , c'est être déifié y dit saint Bernard. Chose étonnante ! le purgatoire ne sera évité que par ceux qui auront déjà trouvé le Ciel sur la terre. Suavité de la croix, attrait immortel, plaisir céleste et divin , c'est vous qui adoucissez pour nous cette vie , et qui nous faites éviter les peines de l'autre -, tous les actes de pénitence ne sauraient égaler la perfection d'un acte d'amour , et l'amour n'est parfait que dans la souffrance. Vous qui prétendez mettre des bornes à votre ferveur dans le service de Dieu , comme si Dieu en avait mis à son amour pour vous, vous qui vous permettez tant d'infractions à sa loi , sous prétexte qu'elles sont légères, jugez ce qu'elles sont aux yeux de Dieu par les peines dont il les punit dans le purgatoire , ces fautes que vous vous êtes si facilement pardonnées, si facilement permises.

Répétez donc avec un grand évéque :

« Jésus ! quelle victime voulez-vous que je sois? Voulez-vousque je sois devantDieuunholocauste consumé et anéanti par le martyre du saint amour? vou lez-vous que je sois une victime pour le péché, par les saintes austérités de la pénitence, ou une victime pacifique et eucharistique, dont le cœur, touché de vos bienfaits, s'exhale en actions de grftces et en amour? voulez- vous qu'immolé à la charité, je distribue tout ce que je possède pour la nourriture des pauvres, ou que je donne ma vie pour les chrétiens , me consumant en pieux travaux dans l'instruction des ignorans et dans l'assistance des malades? Me voilà prêt à m'offrir, à me dévouer, pourvu que ce soit avec vous , puisou'avec vous je puis tout. »

Ah! VOUS qui m'écoutez, ne Toubliez pas^ c'est par de tels actes d'abandon et d'amour que vous échapperez au purgatoire.

Voyons Dieu partout , unissons- nous à sa volonté, répétons sans cesse : Ce que Dieu voudra , quand il voudra. C'est ainsi que nous éviterons le purgatoire de justice par le purgatoire d'amour. Soyons un véritable holocauste, et non pas ce sacrifice où une partie de la victime est consacrée à Dieu, et l'autre réservée pour nous-mêmes. Aimons Dieu de tout notre cœur j prions sans cesse pour ceux qui nous ont précédés avec le signe de la foi, et qui dorment dans le sommeil de la paix. C'est ainsi que, dépouillés de nous-mêmes et remplis de la vie divine, nous mériterons , au sortir de cette vie , d'être reçus dans les tabernacles étemels.

Ainsi soit-il.

SUR

Prœdicamus Christum crucifixum.

Nous annonçons le Christ crucifié.

S. Paul , I. Ep. aux Cor., ch. I, f . «3.

Dix-huit siècles se sont écoulés depuis que , dans la seule ville où Dieu fût alors adoré, les hommes ont eu sous leurs yeux le spectacle le plus digne de leur méditation , la mort d'un Homme-Dieu. La mort d'un Homme-Dieu ! mystère plus grand que la création , impénétrable comme la nature humaine, incompréhensible comme la nature divine, mystère qui renverse toutes les notions du monde et les rectifie toutes, mystère qui nous donne la preuve complète de la dégradation originelle de Thomme et de la grandeur de sa destinée, de la haine de Dieu pour le péché et de son amour pour les hommes. La mort d'un Homme- Dieu ! Dans quel ordre d'idées sommes-nous tout-àcoup transportés? Quelle terrible nécessité a commandé un pareil sacrifice ! quelle profonde perversité a pu le consommer ! quel amour immense a dû l'accomplir ! La mort d'un Homme-Dieu ! Ne vous étonnez pas qu'autour de nous les autels soient dépouillés ,

les flambeaux éteints , les images sacrées couvertes de voiles funèbres. La retraite , le silence , le jeûne, les ténèbres qui ont précédé ce jour , les chants lugubres, les vètemens de deuil , ce tombeau, cette sainte tristesse , tout annonce que c'est ici le sacrifice de Dieu et de l'homme , le sacrifice du temps et de réternîté.

Que voyons-nous en effet sur la croix ? Un juste poursuivi par l'envie et par la haine , délaissé par la terre et par le Ciel} un juste qu'une nation entière crucifie après un jugement inique et passionné-, un juste raillé par un tyran, livré par la politique humaine , abandonné par tous , trahi par un de ses disciples, renié par un autre, n'ayant auprès de lui que sa mère , quelques femmes , un ami que rien ne peut effrayer. Voilà l'homme.

Le Ciel se couvre de ténèbres , des morts ressuscitent, des prédictions s'accomplissent, un malfaieur se converlit à son dernier soupir , le monde s'ébranle, Tunité de Dieu est préchée dans tout l'univers, la loi sortdeSion, la parole de Jérusalem, les idoles tombent, les nations se convertissent, l'esclavage est détruit , voilà le Dieu qui , monté sur la croix, attire tout à lui.

Voilà l'homme , a dit Pilate, ecce homo ; celui-là est vraiment le Fils de Dieu, a dit lecentenier, et, depuis dix-huit cents ans, tous les peuples ont répété en parlant de Jésus-Christ : Voilà l'homme , voilà le Dieu!

Dès le commencement de l'Eglise , saint Jean a défendu l'humanité de Jésus-Christ comme il avait établi sa divinité. Le disciple bien-aimé appelle Antéchrist quiconque divise Jésus-Christ et sépare le

Dieu de Thomine , et Thomme de Dieu. Omnis Spiriius qui solvit Jesum ex Deo non istj et hie Aniichristus.

Jésus-Christ, homme et Dieu dans sa Passion, tel est le mystère que je vous annonce, et tel sera le partage de ce discours.

La certitude que Jésus-Christ est Dieu, la certitude qu'il s'est fait homme afin de mourir pour nous, sont la plus grande marque de Tamour de Dieu pour Fhom* nie , le motif le plus puissant de Famour de l'homme pour Dieu.

Nous allons donc considérer Jésus-Christ comme le Dieu de l'univers et comme l'Agneau immolé pour le salut des hommes ; nous allons l'adorer avec tous les peuples , et le pleurer avec sa mère et ses disciples. C'est ainsi que nous entrerons dans les profondeurs de ce mystère.

Esprit saint, amour du Père et du Fils, vous qui êtes descendu sur la terre après que le Verbe divin a été élevé sur la croix, répandez sur moi quelques rayons du feu sacré qui transforma les apôtres. Comment pourrais-je raconter, sans vous, le mystère qui étonne les anges eux-mêmes ?

Et vous, croix, arbre de la science du bien et du mal , mystère de puissance , de sagesse et d'amour , croix qui avez vu s'abaisser devant vous la majesté des faisceaux romains, le génie des philosophes , le glaive des Barbares, l'orgueil de l'humanité, la perversité des esprits du mal ; croix , notre espérance, notre refuge, notre consolation, notre joie, nous répétons à vos pieds avec toute VEglise : cruXy ave^ spes unira.

VBXBKXàHE VAHTIX.

La Passion y dont nous célébrons l'anniversaire, est le témoignage éclatant de la divinité de Jésus- Christ. Jésus-Christ est Dieu ] il a été attaché à une croix parce qu'il s'est dit Dieu^ et le Ciel s*est déclaré pour lui et contre ses ennemis. Du milieu de ses opprobres est sortie la splendeur de sa gloire.

Les anciens oracles qui annonçaient que le Messie devait être mis i mort annonçaient également qu'il serait Dieu. David avait vu le Messie engendré avant l'aurore j il l'avait appelé son Seigneur, le Roi des nations, le grand- prêtre selon l'ordre de Melchisédech, et il avait mis dans sa bouche ces étonnantes paroles : «Je suis l'opprobre des hommes et le rebut du peuple. Tous ceux qui me voient m'insultent. Le mépris sur les lèvres, ils ont secoué la tète en disant : II a mis son espoir en Dieu, que Dieu le sauve, que Dieu le délivre , puisqu'il se plait en lui. Ma force s'est desséchée comme l'argile , ma langue s'est attachée à mon palais, et vous m'avez conduit à la poussière de la mort. Le conseil des méchans m'environne. Ils ont compté tous mes os, ils m'ont regardé , ils m'ont considéré , ils ont partagé mes vétemens, ils ont tiré ma robe au sort, ils ont percé mes mains et mé spieds.)» Isaïe appelle le Messie l'Emmanuel , le Dieu avec nous , le prince de la paix , le père du siècle futur, et en même temps il le voit sans éclat, sans beauté, méprisé, placé entre des scélérats, mort au milieu des angoisses après un juge-

ment. Ravi en esprit , le prophète $'est écrié loutà-coup : Qui racontera sa génération ? Et ce juste des prophètes^ des oracles et des figures était aussi le juste entrevu par la philosophie. Les plus belles corjceplions de la pensée humaine sont ici en harmonie avec ce que les livres saints ont dit du Messie. Méconnu , outragé , persécuté , le juste , dit Platon y persévérera jusqu'à la mort dans la vertu , qui n'auire sur lui que des souffrances. Ce juste sera battu de verges, tourmenté^ chargé de chaînes, et enfin suspendu à un gibet. Ecoutez encore Arrien , dans ses commentaires sur Epictète : Un Iiomme de bien réduit au plus triste état de pauvreté et de misère, d'infamie et de douleur, est le véritable envoyé , Tapôtre , l'ambassadeur de Dieu auprès de rhomme.

Qu'un chrétien peu versé dans l'intelligence du texte sacré entre tout-à-coup parmi nous, n'est-ce pas l'Evangile qu'il croira entendre? n'est-ce pas la Passion du Sauveur décrite sept siècles avant sa naissance?

Michée, en voyant sortir de Bethléem le chef de la race d'Israël, dit que son origine est divine, éternelle. Tous les personnages de l'Ancien Testament, comme les cérémonies de la loi, figuraient la victime pure et sans tache qui devait s'offrir dans tout T univers.

Abel, tué par Caïn votre frère, vous étiez la figure de Jésus- Christ livré à la mort par les Juifs; Isaac, portant le bois de votre sacrifice sur la montagne de Moria par l'ordre de votre père, vous représentiez Jésus-Christ portant sa croix pour obéir à Dieu| Josepii , vendu par vos frèreg et le sauveur de l'Egypte, vous

étiez l'image de Jésus-Cbrisl livré aux genlîls par les Juifs et devenu le Sauveur de l'univers. Agneau pascal, serpent d'airain, vous montriez qu'il y aurait un sacrifice extérieur et visible. Sacerdoce, temple, autel, victime, vous rappeliez que le Messie viendrait sur la terre pour y souffrir la mort. Glorieux symboles! La rédemption se développait ainsi avec le monde; elle remplissait le temps avant de descendre des hauteurs de l'éternité.

Cette croyance en un Dieu sauveur ne s'était pas seulement conservée parmi les Juifs; elle se trouve aussi chez les autres peuples. « Je sais que mon rédempteur ost vivant, disait Job, étranger à la nation juive, et que je le verrai dans ma chair, dans ma propre chair. »

Les anciens attendaient des dieux libérateurs. Les traditions sacrées et mythologiques , a dit un incrédule moderne, avaient répandu dans l'Asie la croyance d'un médiateur qui devait venir, d'un juge suprême, d'un sauveur futur, roi, conquérant. Dieu, législateur, qui ramènerait Tàge d'or sur la terre et délivrerait les hommes de l'empire du mal.

Tout-à-coup un homme parait et se dit Dieu, Flis de Dieu , égal à Dieu. Ce n'est pas un monarque superbe qui fait taire l'univers en sa présence, et qui, dans l'ivresse de ses victoires , se proclame un demi- Dieu, un Dieu semblable aux dieux de l'Olympe. Non, ce conquérant nouveau a passé sa vie dans Tobseurité , et chez une nation préservée miraculeusement de l'idolâtrie, chez un peuple qui avait écrit en tétc de sa loi : Tu n'adoreras qu'un seul Dieu, lu ne transporteras pas sa gloire à un autre. Chez un peuple où

il était défendu , sous peine d*élre lapidé comme blasphémateur j de s'attribuer les honneurs divins ^ Jésus ne craint pas de dire en défiant les Juifs de le convaincre de péché: «Je suis descendu du Ciel et sorti du sein de Dieu. Jetais avant les collines, avant Abraham; je suis la vérité, la résurrection, la vie; mon Père et moi, nous ne sommes qu'un. Croyez- en mes œuvres, afin que vous connaissiez que mon Père est en moi et moi dans le Père. » Quand ces paroles scandalisent, loin de les rétracter, il les confirme. Il veut que Pierre reconnaisse qu'il est le Christ , le Fils du Dieu vivant, et cette confession de sa divinité est l'origine du sacerdoce qu'il lui communique.

En vain on l'accuse devant Hérode d'aspirer à la royauté, devant Pila te de soulever les peuples, comme il s'est dit Dieu, Fils de Dieu, égal à Dieu, tout se décide au tribunal du grand-prélre. Entendez son inlerrogaloire.

Les deux pontifes sont en présence, le pontife de l'ancienne loi, le pontife de la nouvelle alliance, le pontife choisi pour une année, le pontife consacré dès Téterniié. Je vous adjure au nom du Dieu vivant, dit le grand-prêtre, de nous déclarer si vous êtes le Christ, le Fils de Dieu. Jésus répond : Vous l'avez dit : je suis le Christ, et je vous déclare que vous verrez venir sur les nuées du Ciel le Fils de l'homme assis à la droite de Dieu. Â ces mots le grand-prêtre s'écrie que Jésus a blasphémé-, il déchire ses vétemens et prophétise ainsi sans le savoir , selon saint Léon , qu'à Jésus-Christ appartient désormais le souverain sacerdoce.

Ses ennemis l'envoient à Pilale , Pilate Tenvoîe à

légion romaine commence ses attaques contre la ville déicide !

Au temps de Pâques^ époque de sa mort, quand la génération qui avait vu Jésus Christ subsistait encore , en trois jours s'élève cette étonnante muraille, cette circonvallalion prédite par le Sauveur, et qui enferme comme dans un tombeau les Juifs accourus de toutes parts à cette solennité. C'est la remarque de Josèphe, Phistorien des Juifs ; et pour que le crime fût rendu plus évident par la punition , tous ceux qui voulurent franchir cette muraille furent flagellés et crucifiés, et le nombre en fut si grand , ajoute Josèphe , qu'il n'y eut plus d'espace pour planter des croix, et que le bois manqua pour en faire. Spaiium crucibus deerat et corporibus cruces.

Qu'un seul périsse pour le salut de tous, avait dit Caiphe, et tous périssent pour la mort d'un seul : onze cent mille morts expient une seule mort.

Ne pleurez pas sur moi, pleurez sur vous et sur vos enfans , disait Jésus aux filles de Jérusalem qui l'accompagnaient au Calvaire; heureuses les stériles, car en ce jour rafdîclîon sera extrême ! Et nous lisons dans Josèphe : « Je ne crois pas qu'une ville ait jamais souffert une misère semblable & celle de Jérusalem. D

Il n'est pas une circonstance de la Passion qui ne prouve la divinité de Jésus-Christ.

Quand Pilate dit au peuple : Voici votre Roi , le peuple s'écria : Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous, nous n'avons pas d'autre roi que César. Peuple insensé! tu n'auras pas, en effet, d'autre roi que César. César viendra ; mais César, le plus doux des eni-

LA PASSIOPT. 305

pereurs romains , sera pour toi un tyran impitoyable, le vengeur le plus terrible , le ministre le plus implacable de la vengeance divine. Désormais tu n'auras plus de roi de ta nation; étranger dans tout Tuuivers, lu subiras le joug de tous les maîtres, tu seras soumis aux Césars de tous les temps et de tous les lieux, parce que tu as crucifié ton roi au moment où il allait devenir le roi des nations.

Jésus>Christ avait dit que le temple et Jérusalem seraient détruits : le vainqueur ordonne de renverser toutes les murailles, et tout fut tellement aplani, au rapport du même historien, que personne, à la vue du lieu où fut Jérusalem , n'aurait pu soupçonner qu'une ville eût existé là autrefois.

Le vainqueur veut sauver le temple. Dans un conseil , il est arrêté qu'il sera épargné , comme un monument de la grandeur romaine ; mais un soldat, poussé par une force divine, lance la flamme qui dévore cet édifice auguste, et Josèphe ajoute cette réflexion aussi inconcevable que l'action du soldat romain : «Dieu avait condamné ce temple à être consumé par les flammes. »

Mais avant que le seul temple où Dieu était adoré fût déu*uit -, avant que le flambeau qui brillait aux yeux des nations s'éteignit à Jérusalem , il fallait que la lumière de la vérité fût portée dans un autre lieu. Eh bien ! au moment même où les Romains pénétraient dans la Judée pour punir sa révolte , saint Pierre et saint Paul entraient dans Rome-, au moment où les idoles romaines étaient arborées dans la ville sainte, la croix était plantée dans la ville des Césars, et, cimentée avec le sang de Pierre et de Paul, elle n'a cessé d'y subsister jusqu'à ce jour.

Jésus-Christ^ disait autrefois saint Jean-Chrysostème ; a bâti son Eglise sur la pierre, rien ne l'a pu renverser-, il a renversé le temple, rien ne Ta pu relever: nul ne peut abattre ce que Dieu élève, nul ne peut relever ce que Dieu abat.

Que son sang soit sur nous et sur nos enfans^ disaient les Juifs en parlant de Jésus Christ, et le saDg qui nous sauve les perd; la bénédiction est sur nous, la malédiction sur eux : la malédiction , pour parler comme le prophète, leur tient lieu de vêtement et de ceinture, elle entre dans leurs os comme une huile enflammée. Et cependant, si Jésus-Christ n'est pas Dieu, les Juifs ont vengé l'honneur de Dieu , îls ont eu raison contre lui , il est venu séduire le monde, se placer à côté du Très-Haut, plonger l'univers dans une nouvelle idolâtrie. Mais alors pourquoi Dieu a-t-il mis Jésus-Christ dans la gloire et les Juifs dans l'opprobre, et que voudrait dire la plus grande calamité qu'ait jamais soufferte aucun peuple, si elle n'avait été envoyée pour punir le plus grand des crimes?

Le peuple qui demandait que Jésus-Christ descendît de la croix afin de le reconnaître comme Dieu : Si Rex Israël est , descendat de cruce^ et cridemus eij s'il est roi d'Israël , qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui, peut voir aujourd'hui s'il n'en est pas descendu, et s'il n'est pas assis à la droite du Tout- Puissant , ainsi qu'il le disait à Caïphe.

Et vous, mes frères^ vous les enfans substitués aux parricides, vous les héritiers prédestinés de la gloire de Jésus Christ, tournez les yeux autour devons, regardez, et voyez: la croix est plantée dans tous les

lieux où les Juifs sont dispersés sans autels, sans pontife, sans roi, sans territoire, sans oracles. AUezàJérusalem, vous n*y trouverez qu'un tombeau, Tobjetcles adorations et du respect de l'univers^ allez à Rome , vous y verrez la royauté spirituelle du monde , et la croix, après avoir passé du lieu infâme des supplices sur le front des empereurs, surmontant aujourd'hui toute la splendeur romaine. Les apôtres et les pontifes ont remplacé, au Gapitole, les Césars et les faux dieux. Le soleil est-il plus éclatant que ces prodiges ? Le Verbe incamé est-il moins visible que Tastre du Jour ?

Le inonde a été changé par la mort de Jésus-Christ. La mort termine ordinairement Tœuvre des autres honmies. C'est du haut de la croix que Jésus-Christ commence la sienne. Il meurt, et sa mort remue tous les cœurs , elle crée un monde nouveau. Quand il a été sur la croix, le monde est venu, la conversion des hommes s'est opérée, les idoles sont tombées et la superstition a été vaincue, l'unité de Dieu a conquis l'univers, et la croix adorée a produit des martyrs, des saints, des vierges, des solitaires, des docteurs. L'Eglise enfin est sortie du bois du Calvaire comme du bois de l'arbre de la science du bien et du mal étaient sortis tous les pécheurs.

Tout a servi l'œuvre de la rédemption : la rage des esprits du mal, la perversité des Juifs, la brutalité des soldats païens, la lâcheté de Pilate, l'infidélité de Judas ; et tout sert maintenant au triomphe de Jésus- Christ, les attaques de l'impiété comme l'indifférence des chrétiens

La croix de Jésus-Christ a fait le discernement de

tous les hommes dans la Judée comme chez les Grecs elles Romains; elle le fait encore parmi nous, elle est la séparation des bons et des méchans y du bien et du mal. Quiconque n'est pas pour Jésus- Christ renouvelle la Passion. Quiconque n'est pas pour lui est contre lui , et Pilate Findifferent et Hérode le railleur ont autant contribué à la mort de Jésus-Christ que l'avare Judas et Torgueilleux Caîphe. Aussi son sang tombera sur nous pour nous accuser s*il ne descend pas sur nous pour nous sauver. Du haut de sa croix Jésus- Christ mesure l'univers^ et^ comme au Calvaire^ si son sang n'ouvre le Ciel^ il creuse Tabime.

11 fallait que la réparation fut proportionnée à l'offense; Dieu avait été offensé, la victime ne pouvait être qu'un Dieu. L'homme avait besoin de connaître toute l'horreur du péché pour en être détourné; dèslors ne fallait- il pas montrer tout ce que coûtait l'expiation du péché non à un homme , mais à un Dieu ? ne fallait-il pas déjouer toutes les ruses de l'ennemi étemel de l'homme? Ces combinaisons d'une sagesse infinie ont été accomplies par Jésus-Christ dans sa Passion. Il s'agissait, dit le pape saint Léon, de deux choses également difficiles et nécessaires , de satis&ire Dieu offensé par le péché de l'homme et de réformer l'homme perverti, corrompu.

La Passion de Jésus-Christ a satisfait pour le péché des hommes, et la justice divine a été apaisée par la mort d'un Dieu. C'est ici que toutes les morts se terminent. L'homme en s'unissant à la croix de Jésus- Christ répare la faute d'Adam et' les siennes. Jésus- Christ meurt dans chacun de nous, et continue jusqu'à la fin des temps le sacrifice de la croix.

Dites ; mes chers frères, comment tous ces mystères auraient-ils pu être révélés à un homme? Le Dieu Tm''êelate^t-il pas partout dans la Passion, dans la simplicité des moyens comme dans la grandeur des ré s^jiltats?

N'est-il pas, en effet, le Dieu de l'univers celui à qui Tunivers obéit au milieu de son agonie? N'est-il f>as le Dieu qui a formé le soleil celui devant qui le soleil s'obscurcit ? N'est-il pas la résurrection et la vie <^lui qui ressuscite les morts? N'est- il pas la vérité <^lui que le monde entier préparait, que tous les évé- Yiemens annonçaient, qui est la fin des prophéties, de la loi^ des sacrifices? N'est-il pas vraiment Dieu celui qui lit dans les cœurs , qui annonce la trahison de Judas et la faiblesse de Pierre, qui n'attend rien des hommes, qui ne s'émeut d'aucune souffrance, qui d'un seul regard fait rentrer les remords et l'amour dans le cœur de ses disciples? N'est-il pas égal à Dieu celui qui , en mourant , promet le Ciel au repentir ? N'est-il pas le Fils de Dieu celui qui du haut de sa croix appelle l'orient et l'occident à ses pieds?

Aussi les plus grands génies de l'univers se sont agenouillés devant Jésus-Christ et lui ont dit comme saint Thomas : Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu. Et comment en sen^It-il autrement encore aujourd'hui? Ceux qui ont vu les ténèbres couvrir la terre , les pierres se fendre, le soleil s'obscurcir, ceux qui ont vu Jésus-Christ guérir les malades, ressusciter les morts, étaient-ils plus assurés de sa divinité que nous qui, par un miracle continuel, le voyons encore du séjour de sa gloire réaliser toutes ses prédictions? Dieu ne prète-t-ilpas, parles événemens, son infaillibilité

à toutes les paroles de son Fils ? Depuis dix-huit cents ans toutes les promesses de Jésus- Christ se vérifient, en sorte que Jésus-Christ parle plus haut dans son si* lence qu'il ne parlait à Jérusalem.

Il faut donc reconnaître que toute puissance a été donnée à celui qui sur la croix s'est promis la con* quête du monde , qui a vaincu l'univers , non par le glaive, mais par le bois, etqui règne par Tinstrument de son supplice.

Jésus-Christ n'est donc pas un ange, un archange , un monarque, un philosophe, un législateur , un envoyé du Ciel; il est ce qu'il a dit lui-même de luimême, la vérité, la résurrection, la vie, le Fils étemel de Dieu, le Dieu de l'univers.

Celui-là seul a pu changer le monde par sa croix qui l'avait créé par sa parole. Verè hic homo Films Dei.

Jésus-Christ n'est pas seulement le Fils de Dieu, il est encore le fils de Thomme. Les prodiges de sa puissance, l'accomplissement des prophéties, prouvent sa divinité à ceux qui ne veulent voir en lui qu'un sage; il nous suffira , pour établir qu'il est un homme, le fils de l'homme, de retracer toutes les misères humaines, et de montrer qu'il a voulu les subir toutes. Nous venons de voir sa puissance et sa sagesse, nous allons voir éclater son amour.

Mais auparavant renouvelons aux pieds de la croix notre piété et notre attention en répétant : O erux, ave.

BXUZiàMS PJUEITIZ.

La vie de l'homme ici-bas est une énigme; sa nais* sance et sa mort sont également incompréhensibles. 1 "Voyez Tenfant, enseveli durant neuf mois dans une prison de chair et de sang, c'est par un cri que ce roi de l'univers annonce son entrée dans le monde. Véritable image de misère et de douleur , il ne peut ni se soutenir ni se mouvoir. Tout l'avertit qu'il est né pour souffrir. Ce n'est qu'au bout de quelque temps que ses yeux s'ouvrent à la lumière , que le sourire paraît sur ses lèvres , que la parole éclaire son intelligence. Le voilà homme ^ et lui qui plus tard s'enivrera des mots d'indépendance et de liberté, il est soumis à tout ce qui l'environne ; lui , si avide de gloire et de domination , il passe la plus grande partie de sa vie dans l'obscurité. S'il en sort , c'est pour être en butte aux contradictions, aux insultes, aux outrages; c'est pour éprouver de lâches abandons de ceux qu'il appelle ses amis ; c'est pour ressentir les dégoûts, l'amertume, la tristesse, l'épouvante; c'est pour être exposé aux tortures, à l'ignominie, à la dérision, à l'agonie à la mort.

Suivez Jésus-Christ, mes chers frères, sur la route de douleur, de patience et d'amour qu*il a parcourue depuis son berceau jusqu'au Calvaire , et vous verrez si , dans sa vie et dans sa Passion , il n'a pas réuni tous les maux de l'humanité en sa personne.

Hommes, dit Bossuet, venez connaître le monde dans la Passion de Jésus-Christ ! Venez voir ce qu'il

faut attendre de Tamitié, delà haine, de Findifférence des hommes ^ de leur prudence , de leur imprudence , de leurs vertus, de leurs vices, de leur appui, de leur abandon ; de leur probité, de leur injustice ! Venez voir comme tout se change en affliction et en croix. Venez contempler le fond du cœur de l'homme dans la Passion du Sauveur. Toutes les misères de l'humanité sont rassemblées en Jésus- Christ ^ et tous les crimes, toutes les faiblesses, ont pris part à son supplice. C'était un conseil de Dieu , ajoute le grand évéque de Meaux , que celui qui devait mourir pour le péché mourût aussi par le péché.

Considérez Jésus-Christ au temps de la dernière fête de Pâques-, il marche vers Jérusalem pour y célébrer le sacrifice de sa mort , et, dans le moment où il annonce à ses disciples qu'il sera raillé, flagellé , crucifié , le peuple accourt à sa rencontre avec des branches d'arbres et des acclamations de joie. De la joie I des palmes I les signes du triomphe! Amère dérision pour celui qui voit déjà la croix qu'il avait acceptée de toute éternité, qui déjà entend les clameurs de la multitude demandant sa mort!

Après avoir laissé à ses disciples le testament de son amour, Jésus-Christ traverse le torrent de Cédron et vient au jardin des Olives. C'est là qu'il est en proie à toutes les anxiétés de l'àme, à toutes les défaillances de l'agonie ; c'est là que le trouble et la langueur s'emparent de lui -, il ne peut se soutenir ; il entre dans une tristesse mortelle.

Mon Père , s'écrîe-t-il , que ce calice s'éloigne de

moi^ mais que votre volonté soit faite! II invoque le secours des anges, il avoue à ses disciples ses craintes et ses angoisses. Le voici, ce terrible et dernier combat entre la vie qui finit et la douleur qui va la vaincre t Vous qui avez vu mourir ceux que vous ai-miez, vous qui avez vu ces existences si chères, si douces, et que vous croyiez si nécessaires, s'éteindre au milieu des regrets qu'elles excitent , des larmes qui coulent de tous les yeux, reconnaissez ces terribles images. Jésus aussi a demandé à son Père d'écarter ce calice amer , et il ne Ta pas obtenu.

Mon âme est troublée, dit-il, mon âme est triste jusqu'à la mort Ses disciples sont endormis, et, trouvant dans leur faiblesse le premier sentiment de son abandon, il s'écrie : Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi I Une sueurdesang coule de ses membres jusqu'à terre. Sa tristesse n'a point de bornes, les douleurs de la mort l'environnent, les torrens de l'iniquité l'ont troublé.

Ce n'est pas pour lui qu'il souffre , c'est pour nous. Celui qui appelait sa mort un calice et un baptême ne pouvait craindre les tourmens ; il avait pleuré sur Lazare enseveli dans la tombe, il pleure sur ces innombrables Lazares enseveli dans le péché comme dans un sépulcre, et qui n'entendent pas la voix qui crie : Lazare, levez-vous! Nos infirmités, nos misères , toutes les iniquités du genre humain , voilà ce qui pèse sur lui. C'est ici le martyre de l'amour ; le calice que Jésus-Christ ne veut pas boire , c'est la mort étemelle de tous ceux qu'il ne sauve pas.

Ah! Seigneur, modèle des pénitens, je vois ce

que signifie le eaUce de votre agonie^ je vois qu'il faut l'avoir épuisé avant la mort. Cette mort qui brise tous les liens de la terre, il faut l'éprouver d'avance > il faut l'aceepter en esprit avant de la subir en réalité. Il n'y a point de Calvaire profitable s'il n'a corn ^ mencé par le jardin des Olives.

A peine Jésus-Christ sort de cette terrible agonie qui a jeté son âme dans une merde Xvislesse^ magna sicut mare contritio tua y que voici Judas, un de ses disciples, à la tête d'une troupe de soldats envoyés par les princes des prêtres pour arrêter le Sauveur. Ce disciple indigne ose donner un baiser a Jésus-Christ, et ce baiser de Judas, qui d'une marque d'amitié fait le signal de la plus noire trahison , ne précédait que d'un moment la fuite des disciples et le reniement de Pierre.

Nuit lamentable ! tu as vu le Sauveur, trainé devant ses ennemis , debout au milieu des soldats , les bras liés, un bandeau sur les yeux, livré à des opprobres dont le souvenir fait horreur; nuit cruelle, tu renfermas dans tes voiles toutes les douleurs de l'humanité. Nuit terrible! le jour que tu précèdes, le dernier de la vie de Jésus , ne sera pas moins affreux. Jésus-Christ avait eu des apôtres, des disciples; il avait guéri une multitude de malades, il avait rempli toute la Judée de son nom et de ses miracles; un grand nombre d'accusateurs se lèvent contre lui, personne ne prend sa défense. Le peuple, trompé par les railleries d'Hérode , par les incertitudes de Piiate, par les calomnies des pontifes, poursuit sa condamnation par des clameurs. Piiate, con* vaincu de son innocence , propose aux Juifs de déli-

vrer Barrabas ou Jésus ^ et ce peuple, au milieu duquel Jésus avait passé en faisant du bien, lui préfère Barrabas y un insigne malfaiteur : Non hune j scd Barrabam. Les soldats, pour insulter à la royauté de Jésus ^ le couvrent d'un manteau d'écarlate, placent un roseau dans ses mains , une couronne d'épines sur sa tête; ils fléchissent le genou devant lui avec des rires moqueurs. Alors Pilate montre Jésus- Christ à la multitude , qu'il croit adoucir par l'aspect de tant de douleurs. Déjà il avait espéré apaiser sa fureur , en faisant attacher Jésus à un poteau pour le livrer à la flagellation. Ecce homoy dit-il, voilà l'homme! Vain calcul de la prudence humaine I Le sang du juste excite la férocité de la populace , et Pilate, dans sa faiblesse^ envoie à la mort celui qu'il a reconnu innocent dans sa justice.

Le voilà , le Juste , conduit au Calvaire entré deux voleurs^ le voilà répandant son sang partout où il passe ! Entendez ces clous qu'on enfonce dans sa chair , voyez ce bois infâme auquel il est suspendu; regardez ses blessures du prétoire qui se rouvrent. Ce n'est pas tout encore : Jésus, rassasié d'opprobres, dépouillé de ses vétemens, devenu l'objet de la haine et de l'exécration publiques , Jésus voit du haut de la croix la douleur de Magdeleine et de Jean , k douleur de sa mère , supplice plus cruel peut-être que la fureur de la multitude et l'abandon de ses amis.

Regardez et voyez, attendiu et videk. En lui, autour de lui , il n'est pas une torture de l'àme qu'il n'ait subie, et il souffre toutes les tortures du corps. Entendez-le demandant à boire, et ne recevant qu'un breuvage de fiel el de myrrhe; il n'est plus soutenu

que par des clous et sur des plaies , il pousse un cri d*abandoD; ses yeux s'éteignent , sa langue se glace, il baisse la tête , il expire ; regardez et voyez , aitendite et videte^ et dites si au jardin des Olives, au prétoire, au Calvaire, il est possible de raéconnaitre toute l'humanité; au jardin des Olives, les frayeurs, la tristesse, l'affliction , l'agonie; au prétoire, la nudité, la dérision, l'outrage; au Calvaire, des plaies, un corps déchiré , la soif, les cris du délaissement , un peuple ingrat , des disciples infidèles , la douleur de ses amis, la douleur de sa mère, la mort, le tombeau.

Après avoir vu du haut de la croix qu'il avait accompli toutes les prophéties , épuisé toutes les douleurs de l'humanité , Jésus-Christ a pu dire : Tout est consommé. Conswnmatum est. Oui, tout est consommé, Seigneur. Vous êtes descendu , par Thumiliation et par la douleur, aussi bas que l'homme était descendu parla volupté et par l'orgueil.

Jésus-Christ a été enfant , pauvre , artisan , prêtre, roi , docteur des peuples ; il a passé par toutes les situations de l'homme, il les a toutes consacrées.

Enfans, ne vous plaignez plus, celui qui est sans péché a été enfant. Vous qui naissez , qui vivez et qui mourez dans la misère, Jésus -Christ a voulu naitre , vivre et mourir comme vous. Vous qui passez sur la terre sans laisser aucun souvenir parmi les hommes , rappelez-vous , pour vous consoler , que Jésus-Christ a été trente ans obscur, inconnu. Prêtres, rois, docteurs des peuples, étudiez la vie de Jésus-Christ, vous y trouverez des consolations et un modèle. Vous qui aimez tendrement une mère, Jésus-

Christ fut un fils tendre jusqu'au dernier jour de sa vie. Vous qui avez des amis que vous chérissez , Jésus-Christ pleura sur Lazare , et Magdeleine ne le quitta pas. Vous qui avez faim , Jésus-Christ passa quarante jours dans le désert sans prendre aucune nourriture. Participant aux joies et aux douleurs de rhomme, il assiste aux noces de Gana, aux funérailles du fils de la veuve de Naïm. Il est reçu en triomphe dans Jérusalem y et bientôt après conduit au supplice. Oui y voilà Thomme y ecce homo.

Quel mortel , en jetant les yeux sur la Passion de Jésus-Christ, peut dire qu'il souffre ce que Jésus- Christ n'a pas souffert ? Vous plaignez-vous de l'injustice des hommes ? Envers qui les hommes ont-ils été plus injustes qu'envers Jésus-Christ? Etes-vous tristes jusqu'à la mort, souvenez-vous du jardin de Gethsémani.

Peut-être avez-vous placé dans l'amitié votre plus douce joie ; peut-être déplorez-vous l'abandon , la lâcheté de vos amis : eh bien ! souvenez-vous de la nuit du prétoire et du baiser de Judas. Mais vous êtes un bienfaiteur de l'humanité, et vous êtes méconnu 5 mais vous êtes un prêtre, un pontife uniquement occupé du salut de ceux qui vous ont été confiés , et l'on vous calomnie. Voyez Jésus-Christ y contemplez- le depuis sa naissance, car sa Passion^ commencée à la crèche , s'est continuée dans les agonies delà mort, dans l'ignominie de la croix, jusque dans la descente aux enfers.

Enfin, vous tous qui êtes arrivés à ce terrible moinent pour lequel toute la vie a été faite, la mort si horrible sans la mort de Jésus-Christ, quelles que

soient vos douleurs y vos angoisses , dites s'il est une douleur semblable à la douleur de Jésus-Christ, une mort comparable à la sienne ! Hommes , dites s'il est une de vos misères que Jésus-Christ ait oublié de porter; dites si Jésus-Christ n'a pas été entièrement semblable à vous, et si ses bras étendus sur la croix n'embrassent pas l'humanité tout entière.

Reconnaissez donc votre modèle , votre chef, dans les misères , dans la faiblesse, dans les souffrances, dans la détressse, dans l'opprobre. Voilà véritablement le roi de l'humanité, puisque l'humanité n'est que misère et que tous les maux de l'humanité se concentrent en lui.

Ah! si Jésus-Christ était né sous la pourpre, s'il eut été entouré d'hommages , s'il était monté au Ciel sans avoir passé par le tombeau, il serait un législateur, il ne serait pas un médiateur. Il ne pourrait pas s'écrier : Venez à moi , vous tous qui êtes chargés , et je vous soulagerai. Les malheureux pourraient-ils dire : Il a vraiment porté nos langueurs et connu notre infirmité ? Reconnaîtrions-nous le fils d'Adam , celui qui a honoré nos douleurs, divinisé nos peines] ? Que comprendrions-nous à la vie et à la mort ? La Passion de Jésus-Christ seule explique la vie , seule elle explique la mort. La montagne des Oliviers et la montagne du Calvaire font entendre, pour la consoler, ces mots , qui pèsent sur la race humaine : souffrance, agonie, sacrifice, mort Oui, voilà l'homme. Jésus-Christ a tout de l'homme, excepté le péché-, et le péché, il le porte sur lui , parce qu'il veut l'expier et boire jusqu'à la lie le calice de son amertume. Oui , divin Jésus, vous êtes bien le nouvel Adam , le

chef de le race humaine -, oui , nous sommes vos membres ; je vous reconnais h notre communauté de douleurs.

Grâce à la Passion de Jésus-Christ, Dieu n'est plus seulement le Dieu puissant, le Dieu terrible , il est le Dieu qui aime. Un Dieu qui se rend victime à ma place et qui meurt pour que je Taime est au-dessus pour moi d*un Dieu qui m'aurait créé et qui depuis, insensible h mes maux, se serait retiré dans le mystère de sa gloire. Un Dieu qui souffre , un Dieu qui pleure, un Dieu attaché à une croix, voilà véritablement le Dieu de l'humanité ; c'est ainsi qu'a voulu mourir celui qui a voulu être aimé. C'est le cœursurtout qui souffre dans l'homme , parce qu'un amour immense nous est nécessaire, et la Passion de Jésus- Christ nous révèle cet amour dont le cœur sent le besoin. C'est un plus grand amour de payer pour des pécheurs que de pardonner à des pécheurs. Comment inspirer à l'homme l'amour de Dieu au milieu des misères de la vie et en face de la mort? Comment aurais je pu aimer Dieu si j'avais cru qu'il pouvait me délivrer des maux que je souffre et qu'il ne l'avait pas voulu? S'il fallait que la croix fut un symbole de puissance et de justice, elle devait être avant tout un symbole d'amour.

Commander à la nature , ce uest rien ; mais commander au cœur de l'homme sans gêner sa liberté, c'est plus que la création , c'est l'œuvre de la Passion, c'est le bienfait de Jésus-Christ,

Vous qui avez aimé véritablement, époux, épouses, amis, enfans, pères, mères surtout , dites-nous s'il n'est pas vrai que les sacrifices offerts et acceptés sont

les véritables liens du cœur ; dites-nous si dans la vie de ceux que vous chérissez vous voudriez retrancher le jour où ils vous ont prouvé par un sacritice qu'ils étaient h vous : ce sacrifice devient la vie de l'âme, Tentretien éternel du cœur. Sans le sacrifice de la croix, comment pourrions-nous nous figurer la tendresse de Dieu pour nous? Sans les sacrifices que nous avons faits nous-mêmes, comment pourrionsnous être sure d'aimer véritablement ?

Celui qui n'a rien sacrifié à Dieu ne sait rien^ il n'y a que ceuxqui ont immolé à Dieu le premier-né deleur cœur qui connaissent les secrets del'amour. Un amour mêlé à la douleur, au sacrifice, c'est la perfection de l'amour, c'est l'amour de Marie, c'est l'amour du Christ, c'est l'amour d'un Dieu , c'est l'amour d'une mère.

Heureux donc ceux qui souffrent pour Dieu! ils croient à l'amour de Dieu pour nous. Voyez ce qu'a produit cet amour. Dieu a parlé, le monde a été créé ; Dieu a souflcrt, le monde a été changé. Dieu , soyez béni ! Jésus Sauveur , vos mystères ne sont pas proportionnés à ma raison, qui ne peut pas plus les contempler que mes yeux ne peuvent supporter l'éclat du soleil; mais ils le sont à mon cœur et à ma misère.

croix , je vous comprends maintenant, je comprends ce langage de l'Eglise: la croix subsistera dans leternité. Où en serions-nous en face de la majesté divine, en présence des merveilles du Ciel, devant l'éclat éblouissant de la grandeur de Dieu , devant le soleil des soleils, anéantis au pied de ce trône d'où sortent la foudre et les éclairs, si nous n'avions sans cesse présent à nos yeux le moment où Dieu , dans son amour, a voulu soufl*rir pour nous ?

Oui, divin Sauveur, j'ai connu par votre Passion que vous êtes mon Dieu : Ecce cognovi quoniam Deus meus es. C'est des blessures de Jésus-Christ et de mes propres blessures que je suis né. Le Calvaire est mon enfantement. Enfant de sang et de douleur, je ne puis renier mon origine. Si Dieu nous ôle ce qui nous est cher, dit un Père, et que nous lui offrions avec soumission un cœur blessé, ensanglanté par la perte de ce que nous aimons justement , c'est du sang qu'à son exemple nous offrons au Sauveur^ le sang de la pénitence qui sort de nos yeux par nos larmes, c'est le sang de nos èmes , dit saint Augustin.

Quand la mort viendra , la mort , celte épreuve que Jésus-Christ a voulu adoucir en mourant comme nous, la mort, la Passion de l'humanité, Jésus-Christ sera pour nous comme Simon le Cyrénéen, il portera notre fardeau. Les infirmités, les langueurs, le délaissement, ne sont plus seulement nos maux : ce sont les maux de Jésus-Christ. Nos yeux se fermeront, mais les yeux de Jésus-Christ se sont fermés; nous souffrirons, nous mourrons, mais Jésus-Christ a souffert, est mort pour nous , et Jésus-Christ est notre Dieu. Les douleurs de l'Homme-Dieu consoleront les nôtres. Pontife selon l'ordre de Melchisédech , vous êtes le prêtre et l'holocauste *, nous sommes coupables, mais vous êtes innocent; nous pouvons être sauvés par votre sacrifice, acceptez donc notre mort unie à la vôtre, donnez-nous les regrets de Pierre , la douleur de Magdeleine^ nous remettons notre àme entre vos mains, nous voulons mourir en regardant votre croix, la croix, le trône de la miséricorde de Dieu , comme parle saint Paul.

Grâce à la Passion de Jésus-Christ , l'union de Dieu

et de rbomme est si intime maintenant que nous pouvons dire avec vérité : Dieu a souffert, Dieu est mort pour nous. Il y a donc un lieu où Thumanité et la Di-vinité s'unissent par la douleuretpar Tamour; ce lieu, c'est la croix. Voilà pourquoi le sacrifice est toute la religion ^ voilà pourquoi la croix est le mystère qui explique tout, et la vie et la mort; elle est le problème sans lequel il est impossible de rien comprendre, la nuée ténébreuse qui illumine notre nuit : Nubes tenebrosa illuminans noctem. C'est du bois de l'arbre de la science, signe de volupté et d'orgueil, que sont sorties toutes les misères de l'homme; c'est du bois de la Croix, signe d'humilité et d'amour, qu'est sortie la Rédemption de l'humanité. La croix est la volonté du Père , la gloire du Fils , le triomphe du Saint-Esprit , la joie des anges , la sécurité de l'Eglise. La croix est le chemin qu'un Homme-Dieu nous a tracé avec son sang et son amour, pour nous conduire jusqu'à lui; la croix seule peut nous introduire dans cette gloire dont le soleil n'égale pas l'éclat et dont il ne mesure pas la durée. C'est cette gloire que je vous souhaite» Ainsi soit-il.

SUR

LA RËSIIMËGTION.

Qui suscitavit Jesum et nos cum Jesu sascitabit.

Celui qui a ressuscité Jésus-Christ nous ressuscitera avec Jésus-Christ.

Saint Paul, IleEp. aux Cor.,c iv,v.l4.

Du lombeau où nous avons conduit le filsde l'homme sort aujourd'hui le cri de l'allégresse : Il n'est pas ici, il est ressuscité. Surrexii , non est aie. La mort n'est plus la mort , elle est absorbée par la vie. mort, où est ton aiguillon]? ô mort, où est ta victoire? Le péché d'Adam avait introduit la mort dans le monde, un fils d'Adam a vaincu la mort, un fils d'Adam est entré corporellement dans Téternité.

Au deuil succède la joie, aux concerts lugubres les chants de triomphe; les autels, couverts de voiles funèbres , resplendissent d'ornemens magnifiques. Le Seigneur a consolé Sion -, ceux qui ont été rachetés entrent dans la Jérusalem céleste, une joie éternelle couronne leurs tètes, la douleur, les larmes, lesgémissemens , sont finis. Jésus-Christ ressuscité , dit saint Athanase, change la vie des hommes en une fête continuelle. Ce jour est le grand jour du Seigneur , le jour que le Seigneur a fait, le jour qu'il avait préparé après les jours d'opprobre et d'humiliation. Au-

jourd'hui toutes les obscurités répandues sur notre destinée se dissipent; aujourd'hui toutes les promesses, les prophéties, les figures, s'accomplissent-, aujourd'hui la pierre du sépulcre est renversée, le tombeau s'ouvre, un Homme-Dieu s'élance du sein -de la mort.

C'est ici la fête du passage de la mort à la vie. Dans l'ancienne loi , la Pâque rappelait la délivrance d'un peuple , le passage de l'Egypte à la terre promise j la Pàque des chrétiens rappelle la délivrance de rhumanité.

Au tombeau , où vient se briser la gloire humaine , commence la gloire de Jésus-Christ j la Passion est la fête de la foi , la Résurrection est la fête de l'espérance.

Jésus-Christ est vraiment ressuscité. Surrexit verè. Le Juif, le Gentil , tous accourent pour attester le prodige de la résurrection , et une voix sortie du tombeau nous crie : mort, je serai ta mort ; celui qui a ressuscité Jésus nous ressuscitera avec Jésus. ' Ainsi le nouvel Adam a réparé les ruines de notre nature. Qui peut douter maintenant de l'immortalité? Jésus> Christ est dans le Ciel, assis à la droite de Dieu ; les membres doivent se réunir à leur chef, et Jésus-Christ est le chef de l'humanité. Nous sommes tous morts en Adam , nous ressusciterons tous en Jésus-Christ.

La résurrection de Jésus-Christ est un fait certain , elle est le gage de la nôtre. Celui qui a ressuscité Jésus-Christ nous ressuscitera avec Jésus- Christ, tel sera le partage de ce discours.

Quel fait plus éclatant pouvait manifester à l'univers la résurreciion du genre humain tout entier? Qui

peut douter maintenant que ceux qui nous ont aimés nous reconnaissent dans le Ciel? La chair de Thomme est ressuscitée dans le Christ, la chair de l'homme est immortelle comme son âme.

Cette chair que Dieu forma de ses mains à son image 9 qu'il anima d'un souffle de vie, qu'il établit dans l'univers pour commander à toutes ses œuvres, ne périra pas, dit un Père, elle ressuscitera-, Dieu n'abandonnera pas l'œuvre de ses mains , la reine de la création, la sœur du Christ, la prêtresse de la religion, la chair qui a confessé la foi dans le martyre.

C'est aujourd'hui que l'humanité prend possession du Ciel dans la personne de THomme-Dieu. Par Jésus- Christ l'humanité, chassée du Paradis terrestre, est assise maintenant sur le trône de Dieu.

Vierge sainte, essuyez vos larmes^ vous avez partagé les douleurs de votre Fils , entrez maintenant dans sa gloire. Mère de Dieu et des hommes, obtenez-moi de convaincre ceux qui m'écoutent. La résurrection de FHomme-Dieu , suivie de leur propre résurrection , les remplira de cette joie qui vous inonde aujourd'hui. Regina cœli\ latare.

FRKMftejB 3PARTZZ.

Tous les prophètes avaient représenté le Messie dans l'opprobre et dans la gloire, dans la grandeur et dans la misère , dans la vie et dans la mort, pour marquer qu'il descendrait au tombeau et qu'il en sortirait.

Jésus Christ n'avait pas seulement annoncé à ses disciples qu1l serait crucifié, il leur avait dit plusieurs

fois que, le troisième jour après sa mort, il ressusciterait. Ce n'était pas seulement à ses disciples y mais à ses ennemis mêmes, que Jésus-Christ avait prédit ce grand événement. « Abattez ce temple , leur disait-il, en parlant de son corps, et je le rebâtirai en trois jours. J'ai le pouvoir de quitter la vie, et j'ai le pouvoir de la reprendre. Ce peuple demande un signe , il ne lui en sera point donné d'autre que le signe de Jouas , le Fils de l'homme , après trois jours , sortant du tombeau. » Voilà le signe principal que Jésus-Christ donne de sa mission, signe qui l'élève au-dessus d'Elie et de Moïse , signe de la puissance qui réside en sa persoime , signe auquel tout l'univers doit reconnaître l'Homme-Dieu.

Aussi les princes des prêtres disent à Pilate : «Nous nous souvenons que ce séducteur a répété plusieurs fois pendant sa vie qu'il ressusciterait au troisième jour, donnez-nous des gardes, dans la crainte que ses disciples ne viennent enlever son corps. Si l'on faisait croire au peuple qu'il est ressuscité , cette erreur serait pire que la première. »

Jésus a été condamné comme blasphémateur parce qu'il s'est dit Fils de Dieu, égal à Dieu; il doit montrer dans son sépulcre qu'il est vraiment libre entre les morts : inter mortuos liber.

H est enseveli dans un tombeau , couvert d'un linceul, les pieds et les mains liés, le corps chargé de myrrhe etd'aloès. Une pierre énorme ferme l'entrée du sépulcre, où est apposé le sceau de l'Etat. L'effroi règne parmi les apôti*es. Jérusalem est attentive à ce qui se passe au tombeau du Christ. Le spectacle de la passion du juste est encore présent à tous les esprits. On redit

ses paroles, ses prodiges, sa patience, ses opprobres, son jugement.

Tout-à-coup Pierre, qui avaitreniéJésus-Christàla voix d'une femme , Jean, qui avait fui au jardin des Olives y paraissent devant les princes des prêtres et les docteurs de la loi , et les accusent d'avoir crucifié le Messie, le Fils éternel de Dieu.

A ce témoignage que vont opposer les ennemis de Jésus-Christ , ceux qui Tont crucifié parce qu'il s'est dit le Fils de Dieu ? La synagogue se trouble , le conseil s'assemble , tous hésitent , et font répandre le bruit que les disciples sont venus enlever le corps de Jésus- Christ , ce corps porté publiquement au tombeau, ce corps gardé avec soin et que l'on ne trouve plus.

Que s'est-il donc passé dans Jérusalem ? Les saintes femmes, accourues au tombeau de Jésus-Christ, ont entendu l'ange du Seigneur leur dire : Vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié j il est ressuscité, il n'est plus ici. Surrexit , non est hic. Les gardes ont vu un ange ouvrir le sépulcre et son visage briller comme l'éclair. Tous ces témoins ont rempli Jérusalem du récit de ces grands événemens.

Les apôtres, timides et tremblans après la mort de Jésus-Christ, disent que Jésus-Christ a paru devant eux, non une seule fois, mais à plusieurs reprises, non pas à quelques-uns, mais à tous. Pendant quarante jours ils l'ont vu s'asseyant à table avec eux. Thomas, avant de croire , a voulu toucher le côté et les mains qu'il avait vu percer. Heureuse incrédulité, qui a contribué à la foi de tous les siècles! Le doigt de Thomas, dit saint Jean-Chrysostôme , est le maître et le docteur de l'univers.

Le tombeau est ouvert, la pierre qui était à l'entrée est renversée, le corps de Jésus-Christ n'y est plus ; ce corps, qu'il aurait suffi de présenter au peuple pour confondre les apôtres et soulever l'indignation de la multitude contre une imposture publique , qu'est-il devenu? Les princes des prêtres disent que les disciples l'ont enlevé; mais des soldats veillaient autour du sépulcre , toute la nation avait le plus grand intérêt à ne pas être accusée d'avoir crucifié le Messie , et les soldats sont des Juifs. Si les soldats veillaient, dit saint Augustin , comment l'ont-ils souffert ? s'ils dormaient, comment ont-ils su ce qu'on leur fait dire ?

Si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, son corps est entre les mains des apôtres, ou entre les mains des prêtres de la loi. Les prêtres de la loi l'ont-ils entre leurs mains , ils vont le montrer au peuple et arrêter ainsi le mouvement qui se manifeste dans Jérusalem. Si les apôtres l'ont enlevé , les princes des prêtres , maîtres de toute la force publique, dévoileront l'imposture. 11 est impossible aux criminels de cacher long-temps le corps de leurs victimes : le fleuve le rend à ses rives, la trace du sang ne se perd pas ; en vain on déchire les membres pour les disperser , ils se retrouvent toujours. Le corps a-t-il été brûlé? Une enquête peut jeter le trouble dans le témoignage des disciples en faisant apparaître les gardes comme témoins; mais cette enquête n'a pas été faite. Juifs, répondez : Où donc est le corps de Jésus de Nazareth, que vous avez crucifié? Ce corps est dans les mains des apôtres ou dans le Ciel. Les apôtres ne se sont pas dérobés aux poursuites, car ils ont paru plus forts que jamais , après l'accusation dont ils étaient l'objet.

Les apôtres n'ont donc pas enlevé le corps; ils ne Font pas pu f et ils ne Tont pas voulu , ils auraient par-là même glacé leur courage et leur voix.

Eh quoi ! persuadés que Jésus-Christ n'était pas ressuscité, avec son corps entre les mains, sans aucun intérêt pour cette vie ni pour Fautre, sans aucune vue humaine, car ils ne pouvaient envisager que la mort et la vengeance divine, ils auraient voulu faire regarder comme un Dieu un imposteur crucifié -qui leur avait promis de ressusciter, dont ils ont été obligés de dérober le corps, et ils auraient formé une entreprise aussi insensée, et ils auraient réussi!

Eux si timides quelques jours auparavant, et qui se disputaient les premières places dans le royaume de leur maître, ils brûleraient maintenant d'être pauvres, méprisés, persécutés, flagellés, crucifiés, pour ce Jésus qu'ils ont abandonné au Calvaire!

Avouez-le, si le Calvaire explique leur abattement et leur faiblesse, la résurrection seule peut expliquer leur courage et leur succès. Leur foi et leur intrépidité seraient, sans ce grand miracle, un miracle inexplicable sous Tcmpire des lois qui régissent le cœur humain.

Comment n'auraient-ils pas été abattus au Calvaire? ils ont vu mourir Jésus-Christ. Comment ne seraientils pas les plus intrépides des hommes, comment douteraient-ils maintenant du triomphe, après qu'ils ont vu sortir du tombeau le maître du Ciel et de la terre, après avoir reçu de lui Tordre de se présenter aux princes du peuple et aux chefs de la synagogue?

Ainsi Jésus-Christ a mieux fait que de descendre de la croix, comme le demandaient les Juifs, il est

332 LA RÉSrRRECTION.

sorti du tombeau^ il a communiqué sa puissance à ses apôtres, à des bateliers du lac de Génézareth. 11 parle avec eux dans Jérusalem , il parait, il agit en eux, il guérit avec eux les malades; les miracles de ses apôtres sont ses miracles , et prouvent le miracle de sa résurrection.

Il est donc impossible de comprendre la conduite des apôtres sans la résurrection de Jésus-Christ.

Comment expliquer aussi la conduite des princes des prêtres et des pharisiens, leur timidité , leur tergiversation , leur faiblesse ? Les chefs d'Israël ont condamné Jésus-Christ parce qu'il s'est dit Dieu, Fils de Dieu; ils l'ont crucifié comme blasphémateur, le grand-prêtre a déchiré ses vêtemens, tout le peuple a demandé son supplice. Pourquoi permettre aux apôtres d'annoncer sa divinité? Pourquoi ne pas condamner les soldats qui, selon eux, se sont endormis, et qui ont manqué à leur premier devoir ? pourquoi leur distribuer une somme considérable ? pourquoi leur commander le silence ? Pourquoi se contenter d'abord de renvoyer des hommes qui disent avoir vu Jésus- Christ ressuscité , des hommes qui, selon eux, ont rompu les sceaux publics, violé la sainteté du sépulcre, des hommes qui accusent toute la nation d'avoir crucifié le Messie , le Fils éternel de Dieu ?

Lorsque le grand -prêtre, inquiet des progrès de l'Evangile, fait amener les apôtres devant lui , au milieu des anciens du peuple , les apôtre ; lui disent : « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus- lirist , que vous avez crucifié. » Le pontife, transport '• de colère , demande leur mort ; mais les anciens du f cuple décident comme Gamaliel : « Si cette entreprise vient

des hommes, elle tombera d'elle même; si elle vient de Dieu , on ne saurait Tempécher. » Les apôtres sont mis en liberté.

Les princes de Jérusalem ont donc compris que celui qui a ressuscité Lazare a bien pu se ressusciter lui-même. L'effroi des gardes , Tintrépidité des apôtres, parlent assez haut.

Mais, dira-t-on, si la résurrection leur est prouvée, pourquoi ne proclament-ils pas que Jésus-Christ est le Messie ? Parce que l'orgueil et l'intérêt leur ferment la bouche, parce que la jalousie, l'ambition, le soin de leur réputation , l'amour du pouvoir , les rendent aveugles.

S'ils reconnaissent la vérité de la résurrection, il faut avouer qu'ils ont mis à mort le Fils de Dieu, celui qu'attendent les Juifs. Le peuple criait : Béni soit celui (jui vient au nom du Sei^neurl qunnd Jésus-Christ entrait dans Jérusalem. Le peuple proclamait le Sauveur; mais les prêtres de la loi et les pharisiens ont accusé Jésus-Christ d'imposture et de blasphème, ils l'ont crucifié. Si la résurrection de Jésus- Christ est reconnue, les chefs d'Israël ont obscurci la lumière des prophètes , porté la main sur le Christ : juges et bourreaux du Messie, ils ont tout à craindre du peuple qu'ils ont trompé.

Tous les intérêts humains s'opposent donc à l'aveu des pharisiens, comme ils s'opposaient à la confession des apôtres. Les apôtres avaient à triompher de leurs propres préjugés , de la crainte de la mort. Si Jésus- Christ n'est pas ressuscité, tout est contre eux sur la terre et dans le Ciel. Or ils ont publié la résurrection sur les places publiques, au milieu de la synagogue;

334 LA RÉSURREGTIOIf.

donc Us ont vu Jésus-Christ ressuscité. Les princes des prêtres sont les plus coupables des hommes s'ils laissent les apôtres impunis ; ils doivent poursuivre avec ardeur les apôtres , qui les accusent d'avoir crucifié le Messie, qu'ils attendaient. Mais si les témoignages prouvent que Jésus-Christ est ressuscité , il faut descendre de leurs chaires et faire place aux apôtres ; il faut reconnaître qu'ils ont fait périr le juste , il faut adorer celui qu'ils ont crucifié. Ils hésitent, ils chancellent; donc Jésus-Christ est ressuscité, donc ils sont une preuve de plus que le cœur aveugle l'esprit et que la foi ne peut soumettre une volonté en proie aux passions. Et ne voyons-nous pas les Juifs, encore aujourd'hui , malgré la conversion des Gentils, malgré la destruction de Jérusalem , attendre un Messie conquérant et glorieux , comme si la conquête de l'univers n'était pas un triomphe assez beau , une résurrection une gloire assez éclatante ^ comme si la dispersion d'un peuple tout entier n'était pas une preuve assez manifeste de la divinité de Jésus-Christ ?

Voilà donc, mes chers auditeurs, deux faits inexpli> cables sans la résurrection : la faiblesse des pharisien^ et l'intrépidité des apôtres. C'est ici un changemen qui confond toute la raison humaine. Les prêtres juifs, pleins de hardiesse et de confiance avant la mort de Jésus-Christ , devenus après sa mort faibles et timides ; les apôtres, tremblanset pusillanimes avant sa mort, devenus forts et intrépides après son supplice. S'il ne s'est rien passé d'extraordinaire depuis la mort de Jésus-Christ, voilà deux faits incompréhensibles. L'histoire n'a plus de base. Tout s'explique, au contraire, tout est clair , si Jésus-Christ est ressuscité. La nation

^Wfl^"^!!

juive tout entière, ceux qui affirment comme ceux qui nient, rendent témoignage à ce miracle.

L'histoire est donc ici élevée à son plus haut degré de certitude morale , et pour douter de la résurrection de Jésus-Christ, il faudrait douter de tous les faits de l'univers. Prêtres de l'ancienne loi, apôtres de la noavelle alliance, vous êtes pour nous une (weuve irrécusable. Votre force et votre faiblesse, votre intrépidité et votre hésitation, sont l'effet du même miracle. Ceux qui attestent et ceux qui contredisent forment un témoignage irrésistible. Et toutes les circonstances que nous venons de retracer ont été publiées dans Jérusalem, écrites par les apôtres ou par leurs disciples, rappelées aux auteurs mêmes de la mort de Jésus- Christ, et pas une seule voix ne s'est élevée pour les contredire. « Aucune de ces choses , disait saint Paul au roi Agrippa, ne s'est passée dans un lieu obscur, et vous n'en ignorez aucune. »

Mais nous avons encore un autre témoignage, le témoignage des Gentils, qui vont juger entre les pharisiens et les apôtres, et prononcer un jugement définitif.

Les événemens qui se sont manifestés dans l'univers après la mort de Jésus-Christ ne sont pas moins inexplicables sans le fait de la résurrection que l'intrépidité des apôtres et la faiblesse des pharisiens.

Les Juifs s'étaient séparés en deux parts : ceux qui avaient reconnu le Messie, et ceux qui avaient refusé de se soumettre à lui ; ceux qui proclamaient sa résurrection, et ceux qui la niaient ou ne voulaient pas l'avouer. Dieu donna plusieurs années aux chefs d'Israël pour reconnaître son Fils, et il punit leur

obstination en renversant le temple et la ville, en dispersant les Juifs parmi les autres peuples. Il avait élevé la nation juive au-dessus de toutes les autres tant qu'elle avait porté le Messie dans son sein , il la brisa aux yeux de tous quand elle eut refusé de recon naître le Messie sorti du tombeau. Alors les Juifs viennent devant les Grecs ^ les Romains , les Egyptiens , devant tous les peuples de la terre , sous deux noms , les uns gardant le nom de Juifs ^ du nom de Juda y à qui le Messie avait été promis; les autres ^ qui ont reconnu le Christ, sous le nom de Chrétiens. Pierre, Paul et tous les disciples de Jésus-Christ viennent dire dans Rome, dans Athènes, dans Alexandrie : Jésus-Christ est le Fils de Dieu , le Messie attendu par le peuple juif; voyez nos livres, et croyez en des témoins prêts à mourir pour attester sa résurrection. Les Juifs restés dans l'endurcissement répondent : Il est vrai que nous attendons un Messie, que nos livres nous annoncent sa venue et les principales circonstances de sa vie ; mais Jésus-Christ n'est pas le Messie , il n'est pas ressuscité.

Jamais plus grand débat ne fut jugé par des hommes.

Il s'agissait, pour l'humanité , condamnée à mourir sans savoir les secrets du tombeau, de s'assurer si un Fils de l'homme était mort et ressuscité. Rien n'Intéressait plus le genre humain que ce fait de la résurrection d'un de ses enfans , et cet événement était encore plus important si ce Fils de l'homme était le Fils de Dieu.

Remarquez bien, mes chers frères, que la mort et la résurrection du Christ étaient toute la religion chré-

LA RÉStIRREGTiON. 337

tienne à son origine. Si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, disait saint Paul , notre foi est vaine.

Tous les peuples, toutes les conditions^ intervinrent dans ce grand procès. Les sages examinèrent comme •les ignorans , les esclaves comme les maîtres , les sujets comme les rois, les faibles comme les forts; tous entendirent les chrétiens et les Juifs. Vous savez le jugement qui fut rendu: Rome, Athènes, Alexandrie, les villes savantes, se firent chrétiennes comme les cités barbares , et la fête de la Résurrection devint la fête de l'univers.

La nation que Dieu avait fait sortir du sein d'Abraham, pour enfanter le Rédempteur de l'univers, a donc été le spectacle du monde entier et l'objet de sa controverse. Le fils d'Abraham , Jésus-Christ , est-il mort et ressuscité? Toute la raison humaine a consisté un moment à se décider pour l'une ou l'autre de ces questions. Les témoins étaient les Juifs, les juges étaient les peuples les plus éclairés de l'univers. Et les juges qui ont prononcé pour la résurrection de Jésus-Christ ont été obligés de vaincre tous leurs préjugés et de s'exposer à la mort comme les premiers Juifs convertis. Les païens qui ne se déclaraient pas pour le Christ suivaient le torrent , la coutume ; ils n'avaient aucun effort à faire , tandis que tous ceux qui devenaient chrétiens s'exposaient au martyre. Lesjuges qui ont prononcé que Jésus-Christ était ressuscité ont donc été dans toutes les conditions de la conviction et delà vérité; et de plus, en confessant Jésus-Christ, ils embrassaient une vie héroïque. Aussi le témoignage d'un Juif et le témoignage d'un païen converti prouvent plus en faveur de la résurrec^

tion que robjection tirée de tous ceux qui n'ont pas reconnu le Messie. Pas un Grec , pas un Romain^ pas un Égyptien ne se fit Juif, et nous avons encore les livres des philosophes qui se sont faits chrétiens. Tous les argumens qui confirment notre foi se retrouvent dans ces précieux monumens de Tantiquité chrétienne.

Depuis ce grand jugement ^ le monde a été mis en possession de la foi en Jésus-Christ ressuscité, et lexistence des nations chrétiennes s'élevant sur les ruines des nations idolâtres prouve le débat et le jugement intervenus dans l'univers il y a dix-huit cents ans.

Un homme qui veut aujourd'hui examiner le christianisme doit reprendre les pièces du procès. Il n'a qu'une chose à demander : les faits sont-ils réels? et, la réalité des faits prouvée, il ne lui reste qu'à se jeter aux pieds du Christ et à lui dire comme Thomas : Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu.

Et d'ailleurs la résurrection de l'univers, c'est-à-dire les hommes retrouvant l'unité de Dieu y la raison , la vertu, la liberté , les hommes sortant du tombeau de l'orgueil et des voluptés, est-ce un fait moins surprenant que la résurrection de Jésus-Christ ? La résurrection de l'humanité , le monde brisant les liens de l'erreur et du mensonge, est-ce un fait moins étonnant que la résurrection d'un homme? Etait-il plus difficile de faire trembler la terre , d'effrayer des gardes, de renverser une pierre placée à l'entrée d'un sépulcre, de se ressusciter soi-même, que de détruire Jérusalem , de disperser les Juifs, de convertir Tunivers, de changer les temples des idoles en temples du vrai Dieu, et d'opérer tous ces prodiges par

des hommes tremblans, ignorans, pusillanimes, devenus des saints, des docteurs et des héros?

Les païens qui ont cru à la résurrection de Jésus- Christ ont été juges entre les chrétiens et les Juifs ; mais ils sont aussi des témoins , car ils sont morts pour attester le don des miracles que Jésus-Christ avait fait à ses disciples ; et que ses disciples se sont transmis.

Et ici remarquez encore , mes chers auditeurs y le trait principal qui distingue la religion de Jésus- Christ de toutes les religions de la terre, Jésus-Christ n'a pas dit à ses apôtres : Allez , enseignez que je suis un grand homme, un grand philosophe, allez prêcher mes systèmes , mes opinions ; mais il a dit : Allez confesser à l'univers ce que vous avez vu, et ses apôtres sont venus déclarer qu'ils avaient vu Jésus- Christ mort et ressuscité. C'est pour attester ce fait qu'ils sont morts. C'est le fait de la résurrection qui a donné autorité à Jésus Christ sur eux ; sans la résurrection y ils n'auraient rien appris à l'univers.

Je ne sais qu'une chose , disait saint Paul , le Christ ressuscité. Vous avez mis à mort l'auteur de la vie, dit saint Pierre aux Juifs, Dieu Ta ressuscité, nous en sommes les témoins. Tous les apôtres^ selon les Actes, rendaient témoignage de la résurrection de Jésus- Christ. Ce ne sont pas ici des hommes qui meurent pour une opinion , pour fonder l'autorité d'un chef d'école qui les a trompés ou séduits par l'ascendant de son génie, ce spnt des hommes simples et vrais qui meurent pour attester le fait le plus étonnant sans doute, mais le plus simple à constater, la résurrection d'un homme mort sur la croix et enseveli dans un

tombeau; ce sont des témoins , c'est-à-dire des martyrs y qui meurent pour certifier ce qu'ils ont vu ^ et qui scellent de leur sang leur témoignage. Ils ont vu des miracles , et ils en font , et ils créent ainsi d'au* très témoins de la résurrection qui meurent comme eux.

Disons-le donc hautement h la face de l'univers : le Christ est ressuscité, tout est fini : Resurrexit Christus , absoluta res esL Tout est fini; les apôtres n'ont pu être trompés et n'ont pas voulu tromper , les chefs d'Israël n'ont pas osé poursuivre les gardes ni les apôtres, les huit mille Juifs qui se sont convertis à la première prédication des apôtres ont examiné le fait de la résurrection quand Jérusalem était encore remplie des récits de tous les témoins; aucun Juif, aucun païen ne les a contredits, personne ne s'est fait chrétien sans les croire. Tout est fini parce que le monde est changé , et l'accomplissement des prophéties est un miracle qui, continué jusqu'à nous, dispense maintenant de tous les autres.

Jésus-Christ est vraiment ressuscité, sarrexii verè. Le témoignage des apôtres , l'hésitation des prêtres de la loi , la voix de Dieu parlant par les événemens et par les miracles, le jugement des peuples^ tout nous dit : Il est ressuscité. La -religion chrétienne est établie sur un fait aussi éclatant que le soleil. Le jour du sabbat changé par des Juifs , et remplacé par le dimanche en mémoire de la résurrection, et le jour de Pâques, célébré par des Juifs convertis, et ensuite par les Gentils , depuis dix-huit cents ans , est encore une preuve de ce grand miracle. Voilà sur quels fondemens est établi ce fait de la résurrection qui explî-

que tout , fait sans lequel tout serait inexplicable. Depuis dix-huit cents ans, la vésurveciion, la foi par excellence des chrétiens , comme parle saint Augustin , n'a cessé d'être invoquée, et aucune objection n'a pu l'ébranler. On s'est agité en vain autour de cette pierre, base de l'édifice ; tous les efforts contraires n'ont servi qu'à mieux l'affermir. L'univers raconte la gloire de Dieu , et l'histoire des nations, la gloire du Christ ; et si , au milieu des splendeurs du soleil, parmi les merveilles de la création , il n'y avait pas des athées, pourrions-nous, après tant de prodiges et de témoignages , comprendre qu'il y ait encore des Juifs ?

Comment s'étonner que , suivant la prédiction d'Isaie, le tombeau de Jésus-Christ soit le seul tombeau glorieux de l'univers ? Admirable destinée de Jésus- Christ! le livre qui annonce sa venue est conservé par les Juifs, qui le nient; son tombeau est protégé par les Mahométans, qui l'ont combattu; sa parole est transmise par tous les Chrétiens, qui reconnaissent l'Ecriture ; sa parole, son corps adorable et son divin esprit sont gardés par les Catholiques , les dépositaires de la foi, et tous les peuples sont les enfans d'Abraham, leur père selon la chair ou selon l'esprit.

Jésus-Christ est donc vraiment Dieu, puisqu'il s'est ressuscité lui-même ; il est vraiment homme , puisqu'il a été ressuscité. Voyons maintenant comment, chef de l'humanité, il nous ressuscitera tous au dernier jour.

DSUZIEBnB PARTIE.

Ne craignez pas, disait l'ange aux saintes femmes : Nolite expavescere\ enfans de la résurrection, ne craignez plus la mort, la mort est le commencement de la vie éternelle. La mort est le réveil; il sort aujourd'hui du sépulcre une voix qui rassure toute l'humanité.

L'homme est immortel dans son àme et dans son corps. La résurrection de Jésus-Christ nous révèle notre destinée future. Ce n'est pas seulennent notie âme qui est immortelle, mais notre corps aussi reparaîtra au dernier jour devant le Dieu qui Ta créé. Nous pouvons répéter maintenant la parole de l'ange à tous ceux qui pleurent sur un tombeau : Pourquoi cherchez- vous dans la mort ce qui est dans la vie ? Quid quœriiis viventem cum mortuis ?

Ce grand fait de la résurrection a été la bonne nouvelle pour l'univers.

Chez les païens, les philosophes disputaient sur l'immortalité de Tàme. Epicure disait : Rien après la mort, Sénèque répétait : Tout finit avec la mort, la mort elle-même. Les disciples de Pyihagore proclamaient l'immortalité de l'àme ; mais ils ajoutaient qu'elle passait, aussitôt après la mort, dans des corps qui n'étaient pas même des corps humains. Aristote admettait la dissolution de la substance de l'àme. Chez les Juifs , une secte entière, les Saddueéens, niait la résurrection des corps.

Sans -doute les prophètes juifs disaient quele$}us-

tes se réveilleraient pour la gloire et les méchans pour l'opprobre y et les livres saints annonçaient cet avenir. Les poètes disaient que la eendre et les ossemens des morts reprendraient la vie ; mais qu'il y avait loin de ces promesses et de ces menaces à ce que nous entendons répéter tout-à-coup par des milliers de voix au milieu d'une des plus grandes villes de l'univers : Un homme est ressuscité, il a été mis dans le sépulcre, il en est sorti ! Un fils d'Adam est passé, par sa propre vertu, du tombeau à la vie , de la mort à la gloire. Â Jésus-Christ, dit TertuUien, était réservé de lever les voiles, de fixer les incertitudes, d'achever les connaissances imparfaites, de réaliser les figures, enfin de prouver la résurrection des morts non-seulement par lui-même, mais en lui-même.

Parmi les peuples les plus civilisés de la terre, chez les Grecs, les Egyptiens, les Romains, la résurrection des corps était si peu admise que , lorsque saint Paul , dans Athènes , au milieu de l'Aréopage , parla de ce dogme, on lui dit : Nous vous entendrons une autre fois. Et les sages de la Grèce disparurent de l'assemblée les uns après les autres.

Imaginez l'étonnement du monde incertain sur Timmortalité des âmes et la résurrection des corps, quand il entendit des hommes faibles et timides dire et mourir pour l'attester : « Un homme est mort dans la Judée, il est ressuscité, et nous l'avons vu après sa résurrection ; nous l'avons vu de nos yeux , nous avons entendu sa voix , nous l'avons touché de nos mains , et, pendant quarante Jours, il n'a cessé de paraître devant nous »

Quelle nouvelle pour les Juifs, qui avaient crucifié

THomine-Dieu y pour les Grecs et les Romains, ennemis des Juifs et si peu préparés à croire à la résurrection des corps! Aussi depuis ce jour TEglise répète ces mots du Symbole : Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle.

Sans doute, avant la résurrection de Jésus-Christ, on établissait, par la philosophie, par les lumières naturelles, que Tâme, étant un être simple, ne subit pas la décomposition du corps et lui survit nécessairement. L'àme pense, l'àme reçoit d'elle-même le mouvement; elle est indivisible , disaient les philosophes, et le corps, substance divisible, étendue, reçoit le mouvement de tout ce qui l'environne. L'àme et le corps sont donc parfaitement distincts, etTàmene suit pas nécessairement la destinée du corps. L'homme désire vivre toujours. Comment donc Dieu pourrait-il ne pas vouloir satisfaire un sentiment qu'il inspire , et pourquoi chercherait-il à tourmenter Thomme par une pensée stérile d'immortalité ? Si tout est matière , pourquoi le désir du bonheur qui est en nous? Dieu aurait fait un sentiment qui ne s'applique à rien , un repos inquiet, une espérance vide de bonheur. Pourquoi le remords, pourquoi la conscience, si l'àme n'est pas immortelle , s'il n'existe pas un Dieu vengeur ? pourquoi une distinction entre le vice et la vertu? pourquoi la vénération pour les tombeaux? Pourquoi dans tous les temps cet effroi des apparitions , si les hommes ne croyaient pas que ceux qui ne sont plus peuvent nous révéler le terrible secret de l'avenir? Voilà sans doute des raisonnemens difficiles à combattre, car il faudrait montrer un décret de Dieu portant que les âmes seront anéanties, pour ne pas

croire à leur immortalité! Mais qu'il y a loin de ces froids argumens au fait éclatant de la résurrection de Jésus-Christ! Celui que nous avons vu mort et ressuscité^ disent les apôtres, nous a envoyé chez les nations et nous a donné le pouvoir d'enseigner l'univers. Voilà un appui bien autrement solide pour notre foi que les argumens philosophiques balbutiés dans les écoles avant Jésus-Christ et que je rappelais tout à l'heure.

Rien de plus facile sans doute que de répondre à cette objection tant répétée : Comment Dieu pourrat-il réunir les atomes des corps réduits en poudre depuis tant de siècles , et dispersés dans toutes les parties de Tunivers? TertuUien disait déjà , il y a seize siècles: Homme , explique-moi comment tues, et je te dirai comment tu seras. Celui qui a fait toutes les parcelles du corps humain saura bien les rassembler ; celui qui a créé le corps de l'homme saura bien le ressusciter. Il y a plus de puissance à produire qu'à réparer, à donner l'être qu'à le rendre. Le rétablissement de la chair est plus facile que sa création. Rien dans la nature ne peut être anéanti. Il n'est pas une partie de matière qui périsse -, notre corps ne peut avoir été créé pour disparaître à jamais; l'âme et le corps , unis dans le travail , ne seront séparés ni dans le châtiment ni dans la récompense. 11 faut croire, dit encore TertuHien, à un jugement plein et absolu. Or la plénitude et la perfection de Dieu ne peuvent se réaliser à moins que l'homme ne se représente tout entier, et l'homme tout entier se composant de l'union des deux substances, il faut que l'homme comparaisse dans l'une et dans l'autre, pour être jugé

tout entier, parce qu'il n'a pu vivre que tout entier. Tel il a vécu, tel il doit être jugé^ il doit être jugé sur la manière dont il a vécu. La vie est la cause du jugement. Elle doit être examinée dans autant de substances qu'il y en a eu pour concourir à là vie, ou bien brisez dans le gouvernement de la vie le lien qui unit Tâme à la chair , pour oser le briser ensuite dans la rémunération de la vie. D'ailleurs les pensées ne peuvent pas se séparer de la communauté delà chair. La faculté qui préside aux sens a son siège dans le cerveau. La chair est le siège des pensées de l'àme. Sil'àme médite quelque dessein, il se reflète sur le visage. N'estce pas par le ministère de la chair que l'àme jouit des dons de la nature , des richesses de l'univers ? C'est parla chair qu'elle est pourvue de l'appareil des sens, la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher; c'est par elle qu'elle est armée d'une puissance divine, capable de tout opérer par la parole et même par le langage muet du geste et du regard. La chair est le véhicule des arts. La parole assurément est un des organes de ia chair. Toute la vie de l'àme est si bien la vie de la chair que ne plus vivre n'est pas autre chose pour l'àme que sa séparation d'avec la chair. Si tout est soumis à l'àme par l'entremise de la chair , tout est soumis également à la chair. L'instrument doit donc être associé à la jouissance. La chair, par le ministère qu'elle prête à l'àme, est donc sa compagne et sa cohéritière. Cohéritière des biens temporels , pourquoi donc pas des biens éternels ?

Tout cela sans doute s'établit par le raisonnement , tout cela peut se prouver. Mais quil y a loin de ces argumens à cette parole des apôtres : Nous avons vu

LA RÉSURUECTION. 347

Jésus-Christ attaché h une croix, et nous Tavons vu ressuscité, et il nous a dit: Celui qui croit en moi vivra après sa mort ! Il faut donc le reconnaître , la mort a trouvé dans le Christ le principe même de la vie , le Verbe divin , et la mort a été vaincue.

On pouiTait répéter encore avec uu Père de l'Eglise : Voyez le langage de la nature. Le jour fait place à la nuit, les rayons des étoiles disparaissent^ la nuit revient, la lune répare son disque. L'hiver, le printemps, l'été, Tautomne, se succèdent continuellement. Les arbres reprennent leur parure après avoir été dépouillés, les fleurs reparaissent avec leurs couleurs, les champs se couvrent une seconde fois de verdure, les semences consumées dans le sein de la terre se relèvent , et ne se relèvent qu'après avoir été consumées. Ainsi la sagesse divine nous dérobe nos biens pour nous les rendre ; elle les détruit pour les renouveler. Rien de ce que nous perdons qui ne revienne un jour. Tout recommence après avoir cessé, tout ne finit que pour renaître. Qu'est-ce donc que cette perpétuelle révolution de la nature ? Un témoignage de la résurrection des morts. Voilà sans doute des images ravissantes , des raisonnemens pleins de justesse. Mais qu'est-ce que tout cela, en comparaison de la résurrection du Verbe incarné?

Jésus-Christ est ressuscité. L'homme déchu est régénéré , le lien entre Dieu et l'homme est rétabli. La base de la religion^ c'est un tombeau , mais un tombeau ouvert, un tombeau vide , le tombeau de THommo-Dieu.

Hommes, réjouissez- vous en toute assurance, il vous est né d'Adam et de Dieu un frère qui est mort

et ressuscité. L'Evangile , c'est la nouvelle de la résurrection. Mères, vous retrouverez le fils que vous avez perdu; amis, vous reverrez les amis que vous regreltez j justes, vous recevrez la récompense qui vous appartient. Vous tous exilés dans cette vie, vous êtes immortels. Le présent n est donc pas notre unique bien^ notre âme n'est pas un feu qui s'évapore, nos vertus et nos vices n'iront pas se perdre dans le néant. Saints transports de l'amour divin, vous n'êtes pas une illusion ! Immortalité, instinct céleste, source de lumière et de nobles sentimens, voix du cœur, horreur du néant, vous ne serez pas trompés! Espérance, fille de la foi, mère de l'amour, vous serez couronnée dans le Ciel. Nous ne mourrons pas tout entiers , nous vivrons, nous ne mourrons pas à jamais. Le Seigneur est vraiment ressuscité, et nous, nous ressusciterons tous. Dominas surrexit verèy et nos omnes resargemus. Ces paroles si touchantes , qui , depuis dix-huit cents ans, ont consolé tous ceux qui ont gémi sur la terre , qui ont essuyé toutes les larmes de Thiimanité , qui ont guéri toutes les blessures de l'âme , sont garanties par le fait le plus éclatant , la résurrection de Jésus-Christ.

Mais comment ressusciterons- nous 'i Quelles seront les prérogatives de notre corps ressuscité ? Les prérogatives mêmes du corps de Jésus-Christ sorti du tombeau. Oui , nous ressusciterons comme le Christ est ressuscité, c'est-à-dire que nos âmes seront unies à un corps spirituel et glorieux. Voyez Tâme du Sauveur ranimant son corps ^ elle le vivifie. Ce corps a ce que les théologiens appellent les qualités d'un corps spirituel et^ glorieux : la subtilité ,. Tagilité, l'impas-

sibilité, la clarté ; il passe à travers le sépulcre , il entre au milieu des apôtres^ les portes fermées , il va tantôt vers les saintes femmes , tantôt sur le lac de Génézareth , il se transporte d*un lieu à un autre avec une rapidité étonnante. Vous le voyez s'élever jusqu'au Ciel devant les apôtres; ce corps revêtu de gloire a la condition et la nature des esprits. Chrétiens^ toutes les qualités surnaturelles du corps de Jésus-Christ seront les vôtres.

L'âme de notre^Seigneur est unie, ainsi que son corps, à la Divinité. « Mon Père, disait Jésus-Christ , au moment de la Cène, dans ce sublime entretien le Testament de son amour, mon Père, donnez-moi la gloire , donnez à mon humanité la gloire que j'ai eue éternellement dans votre sein, v Clarifica me^ iu Pater y apud temetipsumy clarltate quam habuiy priusqûàm mundus essety apud le. Qu'avons, nous entendu , mes frères? quoi! Jésus-Christ, le Verbe de Dieu, demande à son Père de donner à son corps et à son àme la gloire dont il jouissait lui-même comme Dieu dans le sein de la nature divine! Il prie par son humanité, car il n'avait rien à demander par sa divinité, dit saint Cyrille. Il demande pour son corps la gloire qu'il avait comme Dieu avant tous les siècles. Gloriam ergb suam quam sewperhabultut DeuSy ut homo petit. Le Fils de Dieu fait chair , dit saint Hilaire, priait pour que sa chair fut ce qu'était le Verbe. Filius Dei carojactus orahat ut ei caro inclperet esse quod Verbum. Ainsi l'humanité déifiée , voilà l'état de Jésus-Christ dans le Ciel, et, comme nous sommes ses membres, voilà la gloire qui nous est réservée. Nous aurons un corps spirituel et une àme unie à la divinité. Que dis-je ! un

corps , une àme divinisés ? Jésus-Christ est dans la gloire de son Pèrej nous ses cohéritiers, ses frères, nous serons donc associés , dans notre àme et dans notre corpS; à la gloire incréée, à la gloire incompréhensible de la Trinité. Nous serons les membres du Christ, c'est-à-dire les membres de l'humanité devenue Dieu*

Nous avons maintenant le corps de mort qu'Adam nous a transmis, ce corps tel que le péché Ta fait, sujet aux maladies , aux infirmités, à la corruption, à la mort. Jésus-Christ , en prenant notre nature, l'a changée j il crée ses fils pour la gloire, Adam les a engendrés pour la mort. Le corps, dit saint Paul , est semé dans la corruption, il ressuscitera incorruptible; il est semé dans Fignominie , il ressuscitera dans la gloire-, il est semé dans la faiblesse, il ressuscitera dans la force. Le corps, dit TertuUien, ressuscitera comme le grain de blé ressuscite; ce qui s'élève sur le corps du grain y est ajouté. On sème le grain sans son épi, sans la beauté de sa tige. Semée aussi, la chair germera de nouveau -y la même , quoique plus parfaite , semblable , quoique sous une autre forme , elle recevra de Dieu la beauté dont il voudra la revêtir suivant ses mérites. Nous serons changés , mais non détruits : la destruction perd, le changement transforme. Et voyez comme ici-bas l'homme, restant toujours substantiellement le même, change cependant, à plusieurs reprises, d'extérieur, de formes, de situation, de mérite, d'âge, de goût, d'affaires, d'industrie, de biens ^ de lois, de mœurs ^ et cela , sans rien perdre de l'homme, sans devenir tellement un autre qu il ne soit plus le même. La transfiguration et le

changement ne sont donc pas la destruction de la substance. Les organes qui ont servi aux fonctions passagères seront-ils conservés dans la transformation ? Mais tous ont deux fonctions y l'une passagère , l'autre éternelle. Sans doute la bouche sert pour manger, mais elle sert pour parler. Les dents ne servent pas seulement à broyer les alimens , mais à articuler les mots.

Celte vie céleste que nous posséderons un jour , nous en avons le germe ici-bas. Dieu a déposé dans ses sacremens la vertu par laquelle il a ressuscité Jésus-Christ. Le corps de Jésus-Christ, dans la communion , est le germe de la vie éternelle. Voilà pourquoi l'Eglise a établi une loi qui ordonne à tout chrétien de se nourrir de l'aliment céleste au moins une fois l'année , parce que la chair de Jésus-Christ opère la résurrection glorieuse de la nôtre. C'est ainsi que nous sommes devenus les membres du Christ ; c'est ainsi que nous sommes véritablement régénérés y c'est ainsi que nous pouvons dire comme saint Paul : Ce n'est plus moi qui vis , c'est Jésus- Christ qui vit en moi.

Oui , mes frères , nous en sommes assurés , nous en avons pour gage le corps de Jésus-Christ dans la communion , nous ressusciterons avec notre corps et notre àme. Angoisses de la mort , nuit du sépulcre y ténèbres épaisses , pourriture, vers, solitude du tombeau , osscmens épars , adieux déchirans , craintes , alarmes , vous êtes les images du péché qui «ous sépare de Dieu ; vous disparaîtrez à jamais quand le péché sera détruit sur la terre. L'ange du jugement criera : Morts , levez-vous ! Les sépulcres s'ouvriront ,

362 LA RÉSl}RRECTIOI<(.

le genre humain sortira du tombeau comme Jésus- Christ en est sorti. La mort sera absorbée par la vie; mais n'oublions pas ces paroles de saint Paul : Nous ressusciterons tous , mais nous ne serons pas tous changés.

Hélas ! que signifie cette parole ? Que ceux qui n'auront pas reçu le corps de Jésus-Christ, la grefie d'immortalité y conserveront le corps transmis par Adam *, et ce corps , comme le sauvageon , qui ne porte que des fruits amers, sera coupé et jeté au feu. Ceux-là resteront dans leur corruption originelle , ils garderont le corps de péché, et les justes, resplendissans de la beauté de Dieu même, iront s'asseoir à côté de lui.

Nos âmes meurent par le péché , elles ressuscitent par la grâce. Le corps meurt quand il perd son àme, l'esprit meurt quand il perd son Dieu. Jésus-Christ détruit d'abord le péché qui a produit la mort-, plus tard il détruira la mort. Novissima mors destruetur. Celui-là ressuscitera véritablement dans son corps qui ressuscite maintenant dans son esprit. Avant de faire entendre la parole qui réveillera les morts, Jésus- Christ adresse aux pécheurs la parole qui les appelle à la pénitence. La résurrection de nos âmes ici-bas peut seule rendre un jour la résurrection de nos corps glorieuse. Voilà le dogme qui a sauvé le monde.

Il s'est fait, au milieu de la corruption et des ténèbres du paganisme , une résurrection étonnante des hommes: L'univers a pu contempler des esprits immortels devenus par vertu purs comme les anges, des cœurs où le Ciel habite, des anges terrestres ou plutôt des hommes célestes , comme parle saint Bernard , des

LA RÉSUfuRECTIOX. 3/î3

hommes qui ont vaincu le péché , le monde et l'enfer !

Vous à qui j'annonce aujourd'hui la résurrection du Sauveur , si la mort vous sépare d'une mère , d'un père, d'un frère, d'un époux, d'une épouse, d'un enfant , d'un ami> ne pleurez pas comme ceux qui n'ont pas d'espérance : il suffisait à Jacob de savoir que Joseph vivait encore. Jésus-Christ, par sa passion, a montré tout ce que nous devons souffrir sûr la terre-, par la résurrection , tout ce que nous devons espérer dans le Ciel. Laissons s'écouler devant nous le torrent des générations et la iSgure du monde s'évanouir ; notre attente, c'estle Seigneur ressuscité. Dépouillons-nous de Tamour des choses qui passent, vivonsde laviedivine, vivons de Jésus-Christ dans la communion ; prions ce Roi vainqueur de la mort de nous faire miséricorde. Comment douter maintenant que celui qui s'est ressuscité lui-même puisse multiplier son corps comme il a multiplié les pains au désert ? La foi en la résurrection a établi la foi en la présence réelle. Revêtonsnous du corps du Christ, dépouillons-nous du vieux levain , afin que nous soyons une pâte nouvelle. Célébrons la Pàque avec les azymes de la sincérité et de la vérité. Embrassons les vertus dont Jésus-Christ nous a donné le modèle. Jésus-Christ ne retournera plus dans le tombeau , ne retournons plus dans la mort du péché. C'est ainsi que nous accomplirons notre résurrection spirituelle; c'est ainsi que, morts à la volupté et à l'orgueil, les deux grandes plaies du corps et de l'esprit, nous ressusciterons à la grâce dans le temps, à la gloire dans l'éternité.

Ainsi soit- il.

SUR

Pas vobis.Sicut misitme Pater, et ego mitto vos : accipite Spiritum sanctum.

La paix soit avec voas. Comme mon Père m'a envoyé , ainsi je tous envoie : recevez le Saint-Esprit.

En saint Jean, ch. 20, v. 21.

Jésus-Christ donne à ses apôtres la mission qu'il tient de son Père, et il les envoie dans Tunivers pour étendre le culte en esprit et en vérité qu'il vient de fonder au prix de son sang ; il leur donne la paix^ et bientôt après il leur confère le droit de remettre les péchés, comme il leur avait donné le pouvoir de consacrer le pain et le vin au moment où il institua TEucharistie. Ainsi TEglise est fondée et reçoit de son divin maître la mission, la paix et le Saint-Esprit.

Mais cette paix que Jésus-Christ promet à ses apôtres doit-elle les préserver de tout combat, de toute épreuve, de toute affliction? Non, sans doute. Un ancien avait dit qu'il n'y avait pas de plus beau spectacle que celui d'un homme de bien luttant contre l'infortune. L'Eglise, société des intelligences et des cœurs unis à Dieu et gouvernés par lui, foulée aux pieds de

368 l'église.

ses persécuteurs, empruntant sa grandeur de ses opprobres mêmes, sans tache et sans ride^ comme parle l'Apôtre, battue par les orages, plus forte au milieu des tempêtes ; régénérant l'univers, abolissant l'esclavage, réformant les lois païennes, détruisant toutes les erreurs, l'Eglise, toujours sortant de l'abîme où ses ennemis croient l'avoir engloutie, l'Eglise est le spectacle de Dieu , des hommes et des anges.

Et pourquoi cette société s'est-elle établie et se propage-t-elle tous les jours dans le monde ? Parce qu'elle a en elle les principes de vie et de durée , la vérité et l'amour. Aussi a-t-elle été invincible contre les Juifs et les empereurs , contre les barbares, les hérétiques et les philosophes-, aussi triomphera-t-elle de ses nouveaux ennemis, et traversera-t-elle tous les siècles pour aller achever dans le Ciel la glorieuse carrière commencée par elle ici-bas,

Nous allons la voir aujourd'hui pure, comme son divin maître, au milieu de tous les désordres, maintenant la vérité, malgré toutes les erreurs , et près de conquérir le monde en dépit de tous les efforts de l'enfer et par ces efforts mêmes.

Au milieu de tant de prodiges de la puissance divine, comment ne pas répéter^ comme Balaam dans le désert à l'aspect des tentes de Jacob et des pavillons d'Israël : Quàmpukhratabemaculatuay Jacob iqiùun putchra tentoria tua, 6 Israël l « Que vos pavillons sont beaux, ô Jacob! que vos tentes sont belles, ô Israël » Israël est sorti de la terre de servitude; il a traversé la mer Rouge , dressé ses tentes aumilieu des peuples ennemis; il a reçu la loi de Dieu, recueilli la manne du iel; il a été abreuvé d'une eau miraculeuse, parce

l'égmse. 369

qu*il est la iBgure de l'Eglise, qui a rompu aussi les chaînes de l'esclavage, et qui, régénérée dans le sang de l'Agneau ; nourrie d'alimens célestes, se désaltère aux sources pures delà vérité et marchC; dans un ordre admirable, vers la céleste patrie avec l'arche d'alliance au milieu d'elle.

L'établissement etla propagation de l'Eglise jusqu'à nos jours,* ses destinées passées, ses destinées futures, voilà le sujet dont vous venons vous entretenir et le partage de ce discours.

Esprit saint , qui êtes descendu du Ciel après le Verbe incarné, apportant aux hommes la paix et l'amour, afin de transporter dans le Ciel toute l'humanité nnie à Jésus-Christ, répandez sur moi vos clartés célestes ', je vous le demande par l'intercession de Marie.

Avff Maria.

VREMIXBX PAATIS.

L'existence de l'Eglise n'est pas seulement nécessaire à la conservation de la vérité. Considérée comme l'assemblée perpétuelle des fidèles, elle résout tous ces problèmes de solidarité complète et de perfectibilité indéfinie dont quelques philosophes modernes ont fait le système humanitaire.

Ces philosophes nous disent : « Tous les hommes placés successivement sur la terre forment ce que Ton appelle l'humanité , et chaque homme est une partie de cet ensemble qui comprend tous les temps et tous les lieux. Nous sommes plus instruits que ceux qui

360 / L*ÉGtlSE.

nous ont précédés, nous léguerons notre expérience à ceux qui doivent nous suivre , et nos descendans transmettront à leur tour ce qu'ils auront appris à leur postérité. Notre vie, notre intelligence , viennent de Ihumanité et vont se perdre dans rhumanité. » Mais, si nous allons tous nous perdre dans ce néant humanitaire, quimporte à ceux qui sont morts le perfectionnement de notre intelligence? que nous importe le progrès de ceux qui nous succéderont quand nous ne serons plus ? Il y a dans ce système une véritable déception , et rhomme n'y trouve aucun motif pour le dévouement et pour le sacrifice. L'humanité des philosophes modernes est donc un mot vague et vide de sens, puisque dans leur système l'humanité n'a pas de lien commun.

Mais où est-il véritablement ce lien de l'humanité ?

Ce lien qui unit , qui rapproche tout, qui ne forme de tous les peuples qu'un seul peuple , de toutes les familles qu'une seule famille , de tous les hommes qu'un seul homme, c'est l'Eglise; l'Eglise, le lien de l'humanité régénérée en Dieu.

Les hommes ont, grâce à l'Eglise, une unité , une solidarité réelles j l'Eglise leur offre un trésor dans lequel ils mettent en commun leurs mérites , leurs prières, leur dévouement, leurs sacrifices. Ainsi rien n'est perdu pour chacun de nous; tout le bien qui s'opère, dans la suite des âges , en vertu de nos bons exemples ou de nos œuvres , cous sera compté au jour de la récompense. Tout ce qui constitue l'homme subsiste donc, grâce à l'Eglise, tandis que dans les vaines idées de la philosophie moderne l'homme ne rencontre que Tégoïsme d'abord et le néant ens i(e.

l'église. 361

Si J6 ne me souviens pas , disait Tertullien^ que c^est moi qui ai mérité^ comment célèbrerai-je la gloire de Dieu? Comment chanterai-je le cantique nouveau si j'ignore que c'est à moi de luirendre grâces? Où était dans ceux qui m'ont précédé le sentiment de ce qu'ils ont fait pour moi? Où est en moi la conscience de ce quef aurai fait pour ceux qui me suivront? Les véritables humanitaires ^ pour parler le langage moderne y ce sont donc les chrétiens qui montrent tous les hommes pouvant s'aider et s'unir , et tous les événemens concourant à Tenfantement de l'Eglise; FEglise, le salut de l'humanité^ le lien d'unité du genre humain en Dieu, qui seul juge tous les hommes, qui seul les punit et les récompense. Ainsi 4ous les philosophes qui ^pos^it des systèmes au christianisme cherchent ee que nous possédons , et rêvent nos réali tés. Voyons, en effet, comme l'Eglise est le centre où tous les événemens de Tunivers viennent aboutir.

L'Eglise, la société desenfens de Dieu, a commencé avec les premiers Jours du monde , et son établissement sur la terre a été le but de toutes les pensées divines. Avant comme après la croix tout se rapporte à cette société dépositaire du culte de Dieu et du salut des hommes. Rien n'était plus digne de Dieu , dit le grand évêque de Meaux, que d'avoir choisi un peuple qui fût un exemple palpable de sa providence.

Le déluge punit les hommes de l'abandon de la loi iiaturelle. Noé, préservé des eaux , répare le genre humain et rétablit le culte de Dieu. Dieu appelle Abraham dans la terre de Ghanaan pour sauver la religioa patriarcale, qui se perdait au milieu de l'idolâlrie. Les Egyptiens sont frappes de mille plaies, les Clrani»-

362 l'église.

nccns exterminés, afin que le peuple qui croit aux trois grands dogmes du genre humain , Texistence de Dieu, la chute et la rédemption, soit établi , aux yeux lie l'univers, sur la montagne de Sion. Les rois voisins -d'Israël ne triomphent des Juifs, les rois d'Assyrie ne Jes arrachent à la terre promise et ne les emmènent en tîaptivité, que pour les punir de leur oubli de Dieu. Ainsi la politique des Etats est toujours subordonnée à l'empire que Dieu doit exercer sur les âmes, Cyrus est nommé par Isaïe deux cents ans avant sa naissance parce qu'il délivrera le peuple Juif de sa captivité, et rétablira le seul temple où Dieu fut adoré, le templeoù le Messie devait entrer. Et toi, jeune conquéram, qui, sopti plus lard de la Macédoine, as pénétré jusque dans l'Inde , toi qui touches a peine la terre et devant qui la terre garde le silence , que préparent ton orgueil et tes conquêtes? Pour toi un tombeau , et pour l'Eglise la monarchie spirituelle du monde. Où vont encore une fois les tribus exilées ? Elles se répandent dans toutes les contrées de l'aurore ^ elles vont, leurs livres à la main, présenter aux nations les titres du grand pontife promis à l'univers ; elles vont propager les prédictions annonçant que l'Eglise remplacera la synagogue. Aussi , quand les Romains entrèrent dans la Judée, lesJuif&étaient partout les témoins de la promesse, les prophètes de l'Eglise qui devait renverser les idoles et répandre partout le culte du vrai Dieu. Pourquoi laigle romaine promènel-jclle en Orient ei en Occident son vol victorieux ? Afia de soumettre plus tard à l'Eglise les nations que Rome s\ domplées. Fiers Romains, vous avez vaincu pour ^juc l'Eglise étendit au loin les bornes de l'empire du i

l'église. 363

Cbrisi , oe royaume spirituel prédit par le prophète , royaume qui devait remplacer l'empire des Assyriens^ des Perses, des Grecs, des Romains, et ne jamais finir !

Tout préparait donc cette société destinée à rassembler les membres de l'humanité régénérée par Jésus- Christ, celte société , qui est aussi le peuple de Dieu gouvernée visiblement par lui , toujours conduite d'en haut comme autrefois Israël au désert.

Suivez-moi, mes chers auditeurs, et vous verrez les Juifs, les Romains, les hérétiques, les barbares, servant tous à l'établissement et à la propagation de l'Eglise, et, par leur destruction, assurant successivement son triomphe.

Née sur la croix , l'Eglise est persécutée dès sa naissance. Les Juifs qui ont conduit le Sauveur à la mort ne cessent de poursuivre ses disciples, et, même après la ruine de Jérusalem, leurs mains, qui ont dressé la croix sur le Calvaire, élèvent ce cirque immense où les chrétiens sont livrés aux lions Mais jamais l'Eglise ne brilla d'un éclat plus pur. Le récit de ce qui se passait parmi les premiers Juifs convertis semble l'histoire d'une apparition d'anges sur la terre. Bientôt après, la lumière méconnue à Jérusalem est transportée à Rome. Cette société , qui avait révélé aux Juifs toutes les vertus du Ciel, va s'établir sur les collines de la ville éternelle et manifester aux païens le même spectacle. Aussitôt ridolàtrie s'effraie comme la synagogue j la volupté païenne tremble comme l'orgueil pharisaïque. La persécution commence. Un empereur, dont le nom est devenu le symbole du crime , fait enduire les corps des chrétiens de matières inflamma-

366 l'église.

L*Egli8e n*cu( pas seulement & triompher des Juifs , des empereurs y des philosophes; une foule d'ennemis s'élevèrent dans son sein contre sa doctrine ^ et elle ne fut pas moins étonnante dans ses combats de l'intelligence que dans ses luttes héroïques contre les princes idolâtres; elle brillait par ses doctrines autant que par ses martyrs , et elle a vaincu les sophistes et les bourreaux.

Unie d^esprit et de cœur, elle a donné au monde le spectacle merveilleux d'une société vivant de vérité et d^amour. Dans les luttes qu'elle a livrées contre les hérétiques , elle a manifesté sa raison divine comme elle avait révélé sa force céleste dans les combats contre les empereurs; elle n'a pas cessé de présenter à ses enfans un corps de doctrines où les croyances et les pratiques; les mystères etlesenseignemens sont si inséparablement unis les uns aux autres qu'il est impossible à une raison éclairée d'admettre un seul dogme sans les admettre tous , ou d'en rejeter un seul sans les rejeter tous. Elle n'a pas laissé s'introduire dans son sein une seule erreur. Depuis dix-huit siècles, elle ^ frappé tout ce qui attaquait le dépôt précieux qu'elle est chargée de transmettre à tous les siècles comme la règle des esprits et des cœurs. Elle a frappé ceux qui , pour échapper à la difficulté de comprendre un Dieu uni à l'homme , niaient la consubstantialité du Verbe^ et ceux qui établissaient deux personnes en Jésus- Christ ^ et ceux qui ne voulaient reconnaître en lui qu'une nature.

Il faut qu'elle porte son glorieux symbole, l'union de Dieu et de l'homme , jusqu'à la (in des temps ; c'est là sa mission divine. Aussi jamais elle n'hésite

I quand il s'agit de la vérité. Elle^ si charitable et sr I douce, elle ne se trouble pasquand^ par suite de ses I jugemens et de ses décisions, des nations entières Ta- I bandonnent. La vérité doit être transmise par elle I jusqu'aux derniers siècles 5 aussi elle foudroie Téglisc I grecque, qui nie deux de ses dogmes, comme elle { anathématise les protestans, qui gardent TEeri turc,

mais qui répudient la tradition.

I La foi de TEglise catholique , dit saint Athanase ,.

, est la foi que Jésus-Christ a donnée, que les Pères ont j conservée; l'Eglise est fondée sur cette foi , et quiconque s'en éloigne n*est pas chrétien : 1 Eglise de Jésus- Christ , gardienne sévère du dépôt des dogmes qui lui sont confiés, dit Vincent de Lérins, n'y change rien , n'en retranche rien , n'y ajoute rien -, et saint Thomas ajoute : Tout ce que nous croyons aujourd'hui acte cru* de nos pères implicitement.

Chacune des erreurs que l'Eglise a condamnées était spécieuse au commencement , mais il n'y en a pas une qui n'eût détruit toute la révélation si elle avait été adoptée. C'était une légère ouverture au vaisseau , mais une ouverture par laquelle l'Océan aurait pénétré. Il faut, disait Luther, interpréter l'Ecriture dans un sens que comprenne la raison , et cependant Luther voulait conserver la Trinité , l'Incarnation , la présence réelle , mystères aussi incompréhensibles que rinfallibilité de l'Eglise, qu'il rejetait. Ce principe d'orgueil enfanta Calvin, Calvin nia la présence réelle, et Calvin enfanta Socin , qui nia la Trinité et l'Incarnation. Pourquoi s'arrêter? dirent alors les déistes. Une révélation divine répugne à la raison -, nous ne pouvons pas plus nous expliquer Jésus-Christ envoyé

S68 L^kcLISÊ.

àe Dieu que Jésus-Christ égal à Dieu ; il n'y a d*auCre religion que la religion naturelle. Alors sont venus les matérialistes, les athées, qui n'ont pas voulu de la religion naturelle, qui ont nié Dieu , et enfin les sceptiques) qui ont douté de tout, deTexfstenee de Jésu»- Christ, de l'homme et de Tunivers.

Ainsi f lorsqu'un esprit orgueilleux, il y a trois cents ans, rejetait la primauté du pape^ il ne s'imaginait pas que des esprits conséquens, adoptant son erreur , nieraient Dieu, la réalité de rame et même l'existence des eorps. La puissance visible de Jésus-Christ dans la papauté une fois retranchée, la Trinité et rincarnation ont disparu, la religion s^est écroulée, Dieu lui-même s'est retiré des sociétés, et il s'est rencontré des hommes qui nous disent, au milieu des lumières du christianisme , que les esprits et les corps sont une même substance ; que tout est Dieu , la pierre , la plante ^ Fanimal^ que toutes les créatures sont Dieu comme Dieu lui-même.

Les disciples de ceux qui ont refusé cte crwre l'Eglise ont été frappés d'aveuglement jusqu'à ne plus croire leur propre existence et à s'anéantir dans ce qu'ils appellent l'humanité. Terrible punition de l'orgueil , conséquence rigoureuse de la logique inflexible de l'esprit de l'homme ! manifestation sublime du ipuvernement de Dieu sur l'Eglise! Vous le voyez , mes chers frères , Dieu , Jésus-Christ , Thomme , l'univers, l'Eglise, sont des vérités tellement inséparables qu'il est impossible de nier l'une sans être forcé un peu plus tôt ou un peu plus tard d'abandonner toutes les autres. Et qui a obtenu tous ces triomphes? Est-ce le gé-

L'éiiLiSÉ. 369

me des pontifes ou la science y la richesse^ Téloquence y le glaive ? Non , tous les dons de l'esprit et du savoir y ce qu'il y a de plus grand parmi les hommes n'avait servi qu'à les plonger dans un abime de désordre et de corruption. «Il a fallu , dit Fauteur de l'^^saisur t indifférence ^^^ l'homme fût tout ensemble aidé et instruit surnaturellement pour sortir d'une dé^ pravation sans exemple ^ et afin qu'il ne pût, en aucun sens, s'attribuer son propre salut, Dieu voulait que ses apôtres, les instrumens de sa miséricorde ^ dénués de tout ce qui contribue au succès des desseins de Fhom* me, fussent par-là même les ministres d'une puis* sance au-dessus de l'homme. »

Malgré tant de prodiges, les âmes faibles sont encore consternées par la chute de certains personnages. Comment, disent-elles , ces hommes si sages , si éprouvés , ont-ils pu tomber dans l'erreur ? Voici la réponse de Terlullien , il y a seize siècles, à la même objection j et il semble que Dieu voulait ainsi qu'il prévint le mal que plus tard pouvait causer sa propre chute. « Ces personnes n'étaient pas ce que l'on suppose, puisque l'hérésie les a perverties. Mais, d'ailleurs, jugeons-nous des personnes par la foi, ou de la foi par les personnes ? Point de sage que le fidèle , point de grand homme que le chrétien, point de chrétien que celui qui aura persévéré jusqu'à la fin. Comme vous ne connaissez d'un autre homme que l'extérieur, vous croyez ce que vous voyez , et vous ne voyez que jusqu'où porte votre vue. L'œil de Dieu est perçant; il lit au fond des cœurs, tandis que Thomme s'arrête au visage. Dieu connait tous ceux qui sont a lui. N'estce pas un de ses apôtres qui a livré le Seigneur ? Us

370 L'éOLlSE.

sont sortis d'entre nous \ dit le disciple bien-aimé en parlant de ceux qui n*ont pas persévéré, mais ils n'étaient pas des nôtres; s'ils en avaient été, ils seraient demeurés avec nous. »

L'Eglise condamne les hommes de génie qui l'ont servie et qui l'abandonnent; elle frappe de ses anathémes les empereurs qui font trembler le monde, et elle attend. C'est toujours la victoire des faibles sur les forts. Allez à Rome, et vous aurez une image fidèle des conquêtes du christianisme. Dans cette ville étonnante , toute la gloire repose sur des tombeaux et sur des chaînes. Tout est donné à ceux qui ont pleuré et qui ont souflert. Les descendans des sénateurs sont dans les conseils des successeurs du batelier de Génésareth; un temple à Marie s'élève à la place du temple de Jupiter ; le chemin de la victoire est rempli par des pénitens; le Vatican est au-dessus du Capitole. C'est l'abaissement de l'orgueil ancien , c'est le premier qui est devenu le dernier ; ce sont les petits élevés audessus des grands , les faibles au-dessus des forts.

Lorsqu'on entre à Rome, l'imagination est remplie du souvenir des aigles de la république et de l'empire. A saint Pierre, on voit un transparent sur l'autel ; au milieu est une colombe aux ailes étendues, image du Saint-Esprit. La colombe a remplacé l'aigle romaine, elle a dépassé les limites où l'aigle s'est arrêtée, et ses ailes , étendues depuis dix-huit siècles , ne se reploieront qu'à la fin des temps. Pierre est entré à Rome avec la croix rinstrumenl du supplice des esclaves, et cette croix à laquelle fut attaché son inaitre surmonte tout maintenant à Rome-, elle est placée entre les bras de la statue de la Fortune , au sommel

du Capitule. L'Eglise a vaincu par la croix ceux qui ont triomphé de funivers par les armes , par l'éloquence, par la politique, par une perâévérance infatigable. Rome autrefois formait au champ de Mars ses soldats pour conquérir les royaumes , elle prépare maintenant à la Propagande des ma'*tyrs pour soumettre les intelligences et les cœurs.

Il fut donné au philosophisme , triomphant parmf nous, de prévaloir contre Rome, et de s'emparer du souverain pontife^ qu'il conduisit captif dans une de nos cités. Maître de l'Italie , il rétablit la république romaine ^ et se promettait d'empêcher l'élection d'un nouveau pape ; mais voilà qu'une armée arrive du fond du Nord. L'Italie est délivrée un moment, le moment nécessaire pour qu'un nouveau pape soit proclamé, et la république romame a cessé d'exister.

Plus tard , le conquérant qui gouverna la France envahit Rom& et voulut y établir la royauté de son (ils. Il enleva le pape. Mais le nouveau Sennachérib est frappé d'aveuglement ^ il va se briser contre les glaces du Nord. Le souverain pontife, délivré par l'Europe entière , retourne à Rome , trois papes sont élus depuis, et les promesses failes à l'Eglise continuent de s'accompUr.

Vous qui nous dttes que le christianisme a fait son temps , qu'il est mort, nous vous répokndôns avec plus de raison qu'il n'y a que lui de vivant aujourd'hui, parce que seul il a les priiieipes de vie , la vérité et l'amour. Par lui^ se reconstitue la fômille, par lui la vie rentre dans les intelligwices et dans les cœurs,, voués sans lui aux ténèbres , au désespoir et au suicide. Où sont donc les combats qui peuvent lui être en-

372 l'église.

core livrés et qu^il n'ait pas déjà soutenus? QueUeâ^ sont les erreurs qu'il n'ait pas réfutées ? Quelle roo- Fale peut remplacer la sienne? La nature divine et la nature humaine seraient changées si les dogmes chrétiens cessaient d'expliquer leur union et d'éclairer leurs mystères.

Remontez de Grégoire XVI , qui règne aujourd'hui è Rome y jusqu^à Moïse ; el de Moïse jusqu'aux patriarches et jusqu*à l'origine du monde, vous trouvez une société toujours visible ^ et qui porte, selon la belle expression de Bossuet , le caractère de la main de Dieu dans son éternelle durée.

Le monde s^ébranle, des empires tombent, mais s«r les débris des royaumes qui s'é3roulent la croix monte toujours, et, à chaque nouvelle ruine, elle apparaît plus haute et plus resplendissante, stal crux , diun vohiiur orhis.

L'Eglise aujourd'hui n*a plus qu'à remplir la dernière période de son existence, et à finir la conquête de l'univers ; c'est ce que tous les événemens préparent , et ce que nous verrons dans la suite de ce dise:ours.

tgsaxûsxa fahiu.

Ce qui se passe en ce moment dans le monde a pour ébjet le triomphe de l'Eglise. Tout l'annonce. Les faits glorieux de la Rédemption vont être connus de l'univers par le mouvement qui rapproche l'humanité. C'est ce mouvement, réalisation de toutes les promesses^ qiiî frappe nos philosophes humanllaires \ ils le

l'élise. â73

I remarquent sans le rapporter à sa véritable cause; ils i ne Texpliquent pas, mais ils servent à le constater , el I ils y travaillent à leur insu.

Un grand écrivain y resté fidèle au christianisme, , a dit : « L'espèce humaine suit une ligne progressive dans la civilisation, alors même qu'elle semble rétro- I grader. L homme est encore loin d'être remonté aux . sublimes hauteurs d'où les traditions primitives et re- , ligieuses nous apprennent qu'il est descendu, mais il I ne cesse de gravir la pente escarpée de ce Sinaï inconnu, au sommet duquel il reverra Dieu. La société, en avançant, accomplit certaines ti'ansformations générales , et nous sommes arrivés à l'un de ces grands changemens de l'humanité. »

Etudions à la lumière des prophètes les desseins de Dieu Sûr le genre humain et sur l'Eglise. Sondons les profondeurs des conseils de Dieu dans le livre du disciple bien-aimé. Comme la religion et le gouvernement politique, dit le dernier Père de l'Eglise, sont les deux points sur lesquels roulent les choses humaines, en découvrir l'ordre et la suite, c'est comprendre dans sa pensée ce qu'il y a de plus grand parmi les hommes, et tenir, pour ainsi dire, le fil de toutes les affaires de l'univers.

Lorsqu'on voit tout ce qui s^est fait depuis Jésus- Christ, il n'est pas permis^ de douter de la conversion prochaine de l'univers. Le catholicisme régnera ou aura régné, avant la fin des temps, sur tous les lieux habités par la race humaine.

Un dernier combat se livre au sein de l'Europe. Les peuples rentreront-ils dans le sein de l'Eglise ou se prccipiteront-ils dans l'athéisme ou le panthéisme?

376 t'ÉAim.

Portugal, en Italie. Ces perséeutioiisont pour effet d'épurer ces grandes nations catholiques qui doivent être le flambeau de l'univers, au momoitoù des signes de retour se manifestent au sein de toutes les seetes chrétiennes. Ne voyons-nous pas déjà dans les chaires de la capitale des Juifs, des philosophes convertis, défendre TEglise contre les novateurs?

Admirez par quelles voies la Providence fait servir ce qui nous parait un mal à raocoroplissement de son œuvre divine.

Le grand mouvement qui a jeté, il y a près d'un demi-siècle, les peuples les uns sur les autres, a produit d'étonnans résultats. La pensée , se comoiuniquant à travers les airs, a rapproché les nations. L'eau dilatée par le feu a triomphé des temps et des distances, et multiplié la pensée elle-même. Lesévénemens, autrefois bornés à quelques lieux , sont devenus presque universels. Le monde est aujourd'hui en communication perpétuelle avec toutes ses parties, et bientôt ne formant qu'un seul corps , il n'aura qu'une même vie , une même pensée. 11 redevient encore d'une seule lèvre, comme il était avant les jours de Babel.

Un grand peuple, exclusivement livré aux intérêts du commerce, semblait, en donnant plus d'essor aux intérêts matériels , devoir arrêter le progrès des esprits; mais Tindustrie a préparé les ailes sur lesquelles le catholicisme est porlé d'un bout du monde à l'autre.

Pendant que Jésus-Christ naissait, tandis qu'il instmisait ses apôtres et qu'il donnait sa vie mortelle pour racheter le genre humain , Rome étendait jusqu'aus^

l'éolise. 377

extrémités d6 la terre la puissance de ses armes. Les triomphes des empereurs semblaient devoir assurer partout le règne des dieux du Gapilole. Mais les aigle» des Césars traçaient les routes par lesquelles de simples artisans allaient changer la face du monde et fouler à leurs pieds les idoles des faux dieux.

Ces révolutions , que nous voyons y sont les voies par lesquelles TEglise se propage sur h terre, et ce qui nous semble un désordre est un des moyens de ce progrès. Les mille vaisseaux de l'Angleterre préparent le chemin de nos missionnaires , comme les conquêtes des Romains ouvraient la voie des apàtres.

Voyez maintenant les peuples chrétiens du Nord attaquant la Perse , là nouvelle Tyr pénétrant dans rinde et faisant la guerre à cet empire immobile depuis des milli^s d'années au milieu de la civilisation; notre nation dle-méme en lutte avec la barbarie de l'Afrique , et toutes les puissances européennes arbitres, dans Byzance, des destinées des deux empires restés au croissant

Les enfans de Mahomet, sortis de leur immobilité et deleurs préventions barbares, marchent, à leur insu, vers le catholicisme. Les enfans de Jacob sont dans nos camps , dans nos écoles , et la barrière la plus élevée qui les séparait du christianisme s^abaîsse devant eux. Quand ils seront las d'attendre le Messie venu , ils se convertiront, et lorsqu'ils reconnaîtront Jésus-Christ, ils entreront dans l'Eglise. Tout semble préparer leur conversion, et la conversion des Juifs amènera les plus grand événemens.

Qui sait si, au milieu de tout ce qui se passe en Orient, Jérusalem ne va pas être délivrée, et si oe

n'est pas là qu'un jour un pape juif ^ successeur de Pierre, plus près des royaumes qui restent à conquérir à la foi , sera en communication avec l'univers chrétien ?

Tout ira plus vite maintenant^ parce que les <*x>m* municadons entre les hommes sont plus rapides. Il y a trois siècles à peine une moitié de la terre était entièrement inconnue à l'autre moitié. L'imprimerie a onvert la marche des découvertes; et, comme si ce moyen de communication les contenait tous, bientôt après la boussole se révèle au navigateur : TAmérique est connue; de nouvelles terres, de nouveaux mondes, entrent en rapport avec TEurope chrétienne , et, par conséquent, avec l'Eglise catholique^

Quatre mille ans ont préparé la venue de Jésus Christ; tout ce qui s'est passé dans le monde depuis la croix du Calvaire et la croix du Janicule n'a servi qu'à propager l'Eglise dans l'univers.

Qui sont ceux qui s'avancent aux extrémités de l'Amérique, espérant établir en face de cette contrée où Xavier voulait mourir une puissance qui doit la soumettre au Christ ? Des missionnaires de Rome , des envoyés de l'Eglise catholique; et la croix dans leurs mains annonce qu'ils vont conquérir des mondes nouveaux.

Quelques pauvres missionnaires font plus pour la civilisation du monde que les puissances de l'Europe. Si les rois chrétiens se réunissaient en ce moment, ils pourraient changer l'univers en un siècle. Mais Dieu semble jaloux de la gloire de son Fib, le progrès sera plus lent, il viendra du zèle de nouveaux apôtres, des sacrifices héroïques de quelques prêtres du Christ,

l'église. 379

le miracle ira se continuant jusqu'à la fin des siècles ^ après quoi tout sera dit pour les puissances du monde.

L'Eglise n'a pas cessé, depuis le Calvaire, de se fortifier et de grandir. Le point lumineux parti de la crèche et de la croix inonde aujourd'hui la terre de ses rayons; encore un peu de temps, et la Chine convertie, et l'intérieur de l'Afrique découvert, toutes les promesses seront accomplies, et la foi aura vaincu le monde. La croix réunira tous les peuples , et sur cette croix seront écrits ces mots , que nous avons lus au pied de la colonne de Saint-Pierre à Rome : a Le Christ triomphe, il règne, il est vainqueur.» Le sacrifice du Calvaire remplacera tous les sacrifices.

Si les Juifs ^ au lieu d'un roi conquérant, avaient attendu l'agneau dominateur, le chef de l'Eglise, le pontife-roi *, si , au lieu d'un royaume temporel , ils avaient vu dans les prophètes une monarchie spirituelle, ils auraient reconnu Jésus-Christ. Le pontife Q réalisé ce que les Juifs espéraient du conquérant. Le roseau du pontife s'est étendu sur tout l'univers , le manteau de douleur et de dérision est le véritable manteau royal ; l'homme de douleur est l'Homme-Dieu, et la couronne d'épines, le signe de la plus grande puissance qui ait jamais dominé la terre. Et pour de si vastes conquêtes , les conquérans seuls ont versé leur sang, les soldats ont été des martyrs 1

Nous marchons donc à ces temps prédits où les événemens qui arriveront au milieu d'un peuple seront des événemens pour le genre humain. L'Eglise doit

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avoir régné sur le monde avant que TÂntechrist poussé par Fesprîl des ténèbres, vienne parodier 1 monarchie du Sauveur. Ce n'est que plus tard que 1 puissance matérielle , dans son unité, essaiera de lut ter contre Tunîté de la puissance spirituelle.

Tout ce qui est sous nos yeux est raccomplissemenl de la prophétie de saint Jean, comme ce qui se passait il y a plus de dix-huit cents ans était la réalisation de la prophétie de Daniel. Le monde entrera bientôt dans le septième millénaire , et les commentaires des Pères de l'Eglise sur les prophètes semblent nous porter à croire que cette époque sera grande entre toutes les époques. Soutenons donc en ce moment les attentes du Seigneur. L'Eglise de Jésus-Christ doit briller d'une splendeur nouvelle , et déjà nous apercevons un mouvement religieux qui étonne tous les esprits. Cette grande cité , l'âme , le cœur de l'Europe , qui est en possession de remuer le monde , et qui autrefois lui imprima un mouvement si funeste, voit des prodiges de charité éclater dans son sein. La philosophie s'est détruite par ses propres mains, elle a fait le vide partout, et les peuples lui redemandent des croyances qu'elle ne peut leur donner. Elle est obligée elle-même de renvoyer le peuple à la foi, comme les créatures nous renvoient à Dieu, quand nous leur demandons le bonheur. La foi sera d'autant plus vive et plus forte que nous y serons revenus après avoir épuisé toutes les erreurs.

Nous sommes donc les enfans privilégiés, les disciples de la vérité et de l'amour , nous avons encore une fois été retirés de l'abîme. A la vue de tout ce qui se passe autour de nmis, chantons^ m(^ frères, le (mnh

L*ÉGUSE. 381

tique par lequel le psalmiste exaltait les merveilles du Seigneur.

a Rendons grâces à Dieu parce qu*il est bon, parce que sa miséricorde est éternelle. Qu'ils racontent les œuvres du Seigneur ceux que le Seigneur a rachetés de la mort. Ils ont erré dans la solitude , dans une terre sans eau , et ils n'ont trouvé aucune voie vers une cité habitable , et ils ont crié vers le Seigneur dans leur détresse, et le Seigneur les a délivrés de leur misère. 11 les a retirés des ténèbres et des ombres de la mort, il a rompu leurs liens. Que les miséricordes du Seigneur, que ses merveilles annoncent sa gloire aux enfans des hommes. »

Réjouissons-nous , car nous n'avons pas seulement la vie comme les animaux et les plantes, nous possédons la vérité , et par elle nous sommes associés à tous les secrets de Dieu. Dieu a conflé la vie à Thumanité-, qui la transmettra jusqu'au jour du second avènement de son Fils; il a confié la vérité à l'Eglise, et rien ne prévaudra contre elle. Celte vérité, c'est la bonne nouvelle, c'est l'union de l'humanité et de la Divinité. Commentées deux bienfaits ne nous rempliraient-ils pas d'amour? Et la vie, la vérité, l'amour, sont la joie de la terre et la félicité du ciel !

Voilà, mes chers auditeurs, les espérances que je vous laisse en descendant pour la dernière fois de cette chaire, avant de finir ce cours d'instruction religieuse , commencé par un panégyrique de Marie et que je termine en vous parlant de l'Eglise , l'Église, notre seconde mère, par qui nous méritons, et qui mérite pour nous; l'Eglise, en qui l'humanité trouve «ne solidarité réelle de vertus et de gloire 5 l'Eglise,

382 l'église.

qui seule peut nous donner eetle poix que le monde ne saurait nous ravir , paix inestimable, paix précieuse achetée par le sang d*un Dieu, paix qui est déjà le ciel sur la terre.

Gomment pourrions-nous craindre pour TEglise ? Elle est établie sur le roc, et les portes de Tenfer ne prévaudront pas contre elle.

Sainte Eglise catholique, véritable arche d'alliance, vaisseau porté au-dessus des eaux pour recueillir le naufrage de Thumanité , comment ne pas revenir à vous quand on a parcouru toutes les vicissitudes de l'esprit humain , et qu'on vous voit portant à travers les siècles une doctrine à laquelle les hommes ne peuvent ni rien ajouter ni rien retrancher? Votre doctrine est bien celle que vous avez reçue des apôtres, et que les apôtres avaient reçue de Jésus -Christ; elle n'a jamais subi aucun changement, elle ne vient pas de l'esprit variable des hommes, mais de l'esprit de Dieu qui ne change jamais. Vous êtes gouvernée, comme au premier jour, par la même hiérarchie. Immuable, invincible, vous êtes, comme votre maître, toujours reine, même du haut de la croix. Empereurs, hérétiques, barbares, indifférens, qu'avezvous fait par vos persécutions contre l'Eglise ou par votre abandon ? Vous avez préparé ses triomphes ; vous l'avez insultée en passant^ vous n'êtes plus, elle subsiste toujours.

Ne vous inquiétez donc jamais , mes chers fràres , vous le voyez , il n'y a ni hasard ni fortune dans le monde, tout arrive par la volonté de Dieu. Tout ce que Dieu fait pour son Eglise, il le fait pour chacun de nous. Quand vous voyez le navire sur lequ«*l vous

l'église. 383

êtes agité près d'être englouti , ne vous troublez pas- La conduite de Dieu sur son Eglise vous répond de ce qu'il fera pour vous. 11 règne sur les peuples comme sur les cœurs. Sa conduite sur son Eglise est, en quelque sorte le sacrement visible de sa providence. Vous êtes donc sûrs ^es nouvelles promesses comme des anciennes. Le ciel est ouvert comme l'enfer, et le changement du monde vous répond de sa fin ; l'Eglise vous révèle le ciel. Il y a deux cités ici-bas^ la cité de Babylone et la cité de Jérusalem j il y en aura deux dans l'autre vie. Si vous mourez dans la Babylone terrestre, vous mourrez de la seconde mort; si vous habitez dès ce monde la Jérusalem terrestre, vous serez introduits un jour dans la Jérusalem céleste.

Vous savez maintenant quelle est la véritable grandeur et où vous devez mettre vos espérances. Priez, méditez le divin symbole que je vous ai développé. En cessant de vous parler , je ne cesserai pas de parler à Dieu pour vous , et je vous demande également de me seconder de vos prières^ afin que nous vivions tous delà foi, le principe de la vie divine, et que nous entrions dans ce sanctuaire où , les voiles étant levés , nous vivrons éternellement de vérité et d'amour.

Ainsi soit-il.

OU

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