DES PROPHÉTIES
Pour développer ce que nous avons établi , que la raison conduisait infailliblement à la religion les hommes de bonne volonté , nous avons examiné les divers genres de certitudes sur lesquelles repose la croyance des hommes. Nous avons vu que ces certitudes ou évidences sont de trois sortes : l'évidence des sens, révidence du raisonnement, et l'évidence du témoignage. On ne peut pas dire que Tune de ces évidences amène une certitude plus grande que Tautrej car nous sommes aussi assurés des choses que nous savons par le témoignage que nous le sommes de celles que nous connaissons par l'évidence des sens, ou par l'évidence du raisonnement.
Vous avez vu que la religion tout entière reposait sur révidence du témoignage, et qu'il faudrait renoncer à tous les moyens que nous avons de nous assurer de la réalité des faits , pour ne pas reconnaitre les miracles de Jésus- Christ, attestés par des hommes qui n'ont pas pu se tromper, et qui n'ont pas pu vouloir tromper. Enfin nousavons réduit, dans notre dernière instruction , la décision sur le point si important de notre foi à trois questions entre le déiste et l'athée , entre le juif et le clirétien, entre le protestant et le catholique.
406 GOIfFÉRElfCBS.
Nous arrivons maintenant aux prophéties y considérées comme un des plus grands motifs de crédibilité. GVst la question que nous traiterons aujourd'hui.
Quand nous invoquons les prophéties comme uit des plus grands moyens de nous affermir dans notre foi , on nous répond que ces prophéties sont obscures; que nous prenons à notre gré des passages tantôt dans un des livres de rEcriture, tantôt dans un autre; que nous formons ainsi un ensemble qui n'existe pas réellement; que les traits divers dont nous composons le tableau sont plutôt notre ouvrage que celui de Dieu même.
Cette objection^ très-souvent répétée, demande ici une réfutation.
Je ne chercherai pas aujourd'hui , par des textes nombreux , à vous prouver la vérité des prophéties ; je prendrai un fait unique , un fait qui , loin de s'effacer avec les siècles , se développe tous les jours de plus en plus, un fait incontestable dans son origine, incontestable dans son accomplissement , un fait qui seul sert de base à tous les autres et soutient tout l'édifice de notre foi , un fait imprimé dans la chair des peuples, écrit dans l'histoire des nations, enfin un fait, je puis le dire, aussi éclatant que le soleil.
II y a eu un homme dans le monde qui remplît la terre de son nom, dont la postérité est innombrable, dont vous connaissez tous les aïeux, dont vous voyez tous les descendans ; cet homme, qui a un privilège unique parmi les enfans d'Adam, cet homme est Abraham. Voyez autour de vous les nations qui ne sont pas idolâtres; vous en trouverez trois, la na.-
CONFÉnENCES. 407
tion juive, la nation arabe, et les chrétiens, qu'on pourrait appeler la nation chrétienne. Eh bien ! tous ces peuples sont véritablement descendans d'Abra* ham. Les Arabes descendent de lui parismaêl, les Juifs par Isaac, les chrétiens par Jésus- Christ; tous sont fils d'Abraham selon la chair ou selon l'esprit, et, chose merveilleuse, la précaution que Dieu a voulu prendre lorsqu'il demande à Abraham de circoncire Ismaël et Isaac , sert encore à montrer la descendance de ce grand patriarche. Nous voyons tous les Arabes circoncis aujourd'hui à treize ans , les Juifs à huit jours, parce qu'Ismaêl avait treize ans au moment de la circoncision, et Isaac seulement huit jours. Tous les chrétieiis sont baptisés et reçoivent ainsi le gage, le sceau , la^ marque du Christ. Par le baptême, nous devenons donc tous chrétiens et enfans d'Abraham.
Voilà donc un fait extrêmement remarq^uable : c'est qu'il n'y a pas aujourd'hui sur la terre un homme croyant à l'unité de Dieu qui ne soit un fils d'Abraham selon la chair ou selon l'esprit; et tous les temples élevés au Dieu créateur l'ont été par un fils d'Abraham. Ce fait, déjà si étonnant , le devient encore plus quand on considère que tout ce que nous voyons a été prédit il y a deux mille ans.
En effet , entrez dans une synagogue , partez aux Juifs, demandez*leur : Qu'est-ce que le livre autour duquel vous êtes réunis? Ils vous diront que ce livre contient l'histoire de leur origine, que leur père est Abraham, que dans ce livre se retrouve la généalogie des ancêtres d'Abraham , et ensuite la promesse faite à ce patriarche, et la manière dont elle a été transmise à travers les siècles..
406 C0NPéRBNGB9.
Ouvrons donc ce livre j qu'y lison$-nous? Nou voyons que Dieu dit à Abraham de sortir de la terre de la Chaldée, parce que Tidolàtrie s'était déjà répandue partout , quelques siècles après le déluge. Abraham est choisi pour préserver le monde de ce nouveau et déplorable naufrage , comme Noé l'avait préservé du déluge. Abraham reçoit plusieurs promesses. Ces promesses , les voici :
« Vous serez le père d'un grand peuple. » Et Dieu change son nom, et au lieu d'Abram, il l'appelle Abraham, ce qui veut dire père d'un grand peuple. Dieu lui dit que le peuple qui sortira de lui possédera la terre de Chanaan, dans laquelle il lui ordonne d'entrer; que ce peuple habitera une terre étrangère, pendant plusieurs années ; qu'il y passera des jours irès-difficiies , et qu'ensuite il sortira emportant les richesses de ce peuple , pour s'établir dans la terre qui lui avait été promise, et la date même de la conquête se trouve écrite dans le même livre. C'est quatre cents ans après la promesse de Dieu que les Juifs devaient entrer dans la terre de €hanaan.
Cette autre promesse brille encore parmi celles que TOUS venez d'entendre : « En un fils de la race d'Abraham toutes les nations de la terre seraient bé^ nies. »
Il faut bien se rappeler ce que signifie ce mol de bénédiction. Pour les Juifs , la première bénédiction avait été la préservation de l'idolâtrie , et le grand et beau privilège d'être le seul parmi les auU^ peuples à connaître l'unité de Dieu.
Reproduisons textuellement ces prédictions :
« Or le Seigneur dit à Abraham : Sors de la terre
et de ta parenté, et de la maison de ton père, et viens dans la terre que je te montrerai; je t'établirai sur une grande nation et je te bénirai , et je glorifierai ton nom , et tu seras béni ; je bénirai eeux qui te béniront et maudirai ceux qui te maudiront, et en toi seront bénies toutes les familles de la terre. »
Et quand Abraham se fut rendu dans la terre de Chanaan et l'eut habitée, Dieu lui parla de nouveau et lui dit :
«^ Lève les yeux et regarde du lieu où tu es maintenant vers rOrient et rOecident , toute la terre que tu vois, je te la donnerai et à ta postérité pour toujours; je multiplierai ta postérité oomme la poussière de la terre. Si quelqu'un enure les hommes peut compter la poussière de la terre, alors il pourra compter ta postérité. Lève-toi et parcours cette terre en sa longueur et en sa largeur, car je te la donnerai.»
Enfin , lorsqu'Âbraham entrait dans sa quatre-vingtdix-neuvième année , Dieu lui apparut une quatrième fois, et lui dît : « Je suis le Seigneur tout-puissant , marche devant moi, et sols parfait. J'établirai mon alliance entre moi et toi, et je multiplierai prodigieu* sèment ta race. » Abraham tomba le visage contre terre, et Dieu lui dit : « Moi , je suis, et mon alliance sera avec toi, et tu seras le père d'une multitude de nations. Jeté ferai croître d'une manière prodigieuse , et je t'établirai le chef des peuples, et des rois sortiront de toi ; j'établirai mon alliance entre moi et toi, et en ta postérité après toi dans ses générations par un pacte éternel , afin que je sois ton Dieu et le Dieu de ta postérité aprè3 toi. Je te donnerai et à tes descendans
après toi la terre de ton héritage , toute la terre d Gbanaan pour la posséder, et je serai leur Dieu. »
Quand le Seigneur menace Sodome , il dit : « Puis je cacher à Abrahanoi ce que je vais faire y lorsqu'i doit être établi sur un grand peuple, sur un peuple grand et fort, et qu'en lui serontbénies toutes les mlions de la terre ? »
Au moment même où Dieu commande à Abraham le plus grand des sacrifices pour éprouver sa foi y il lui renouvelle toutes ses promesses en ces termes :
« J'ai juré par moi-même, dit le Seigneur , para' que tu n'as pas épargné ton fils unique à cause de moi y je te bénirai et je multiplierai ta postérité comme les étoiles du ciel, et comme le sable qui est sur le rivage de la mer. Ta postérité possédera les portes de ses ennemis , et toutes les nations de la terre seront bénies en celui qui sortira de toi, parce que tu as obéi à ma parole. »
Est- il une prédiction plus formelle, plus claire, plus solennelle ? Elle existe donc, et nous allons voir s'il y en eut jamais de plus authentique ?
Qui l'a écrite ? Moïse, le grand législateur des Juifs ; elle remonte ainsi à quinze cents ans avant le Christ, car la Genèse, où elle se trouve consignée, fait partie du Pentateuque, conservé par les Samaritains^ séparés des Juifs mille ans avant Jésus-Christ, et par les Ptolémée , qui l'ont fait traduire en grec près de trois cents ans avant Jésus-Christ.
La prédiction a donc une date certaine par rapport à Jésus- Christ, cela est incontestable; et quant à la promesse qui regarde la terre de Chanaan, c'est l'accompUsseraent même de cette promesse qui a donne
Eint de confiance aux Juifs dans le Messie promis égaement à Abraham.
Dieu y qui avait fait une prédiction si formelle , inté- *essant à un si haut degré le genre humain , a pris soin de la mettre à Tabri de toute altération. Elle est lu foi d'un peuple tout entier avant la venue du Christ. Si ce peuple eût voulu y faire le moindre changement^ les Samaritains se seraient élevés contre lui. Plus tard les Gentils ont été mis en possession de cette prédiction qui devait servir à les convertir, et le peuple juif tout entier n'existait que pour conserver ce dépôt des promesses de l'alliance divine. Il n'y a donc pas dans le monde d'acte de naissance , de contrat, d'archives conservés d'une manière plus sûre et plus à l'abri de toute altération. La prédiction existe donc, elle est conservée de la manière la plus certaine, voyons maintenant son accomplissement.
Lorsqu' Abraham reçut cette promesse , qu'était-il ? Un simple pasteur de la Chaldée; aujourd'hui son nom remplit l'Orient et l'Occident > de lui viennent les Arabes par Ismaêl, les Juifs par Isaac, les Madiauites, les Iduméens, tous les lîls de Céthura et d'Esaû -, enfin les chrétiens , par Jésus-Christ.
Les Hébreux ont été mis en possession de la terre de Ghanaan , les fils d'Abraham sont multipliés comme les sables de la mer par celui en qui toutes les nations devaient être bénies, Abraham est le père d'un grand peuple en vertu d'une alliance qui dure toujours.
11 faut remarquer dans cette prophétie ee qui les caractérise toutes, un fait présent garant d'un fait à venir.
Dieu dit à Abraham que sa race posséderait la icrr^î
412 CONFÉBKNGES.
de Chanaan quatre cents ans après sa promesse, Moïse y écrivant dans le désert la prédiction fail Abraham, consignait cette promesse qu*il ne devait] exécuter lui-méme« G*était certainement un gn prodige que la conquête de cette contrée par les i d'Abraham. Isaac et Jacob passèrent comme voyagei dans cette terre que leurs enfans devaient posséA Enfin Josué s'empara de la terre promise , et la disb bua aux fils d'Abraham. Cette première prédictioi accomplie sous les yeux des Juifs ^ leur a fait atteodi le fils d^Abraham, en qui toutes les nations devaiei êtres bénies.
Examinons maintenant cette seconde promesse.
Il n'était pas vraisemblable y au temps où Jacob e les soixante-douze personnes qui composaient sa & mille entraient en Egypte, que deux millions dhom mes, conservant Tunité de Dieu, traverseraient l mer Rouge et le désert , et renverseraient les idole des Ghananéens pour élever un temple à l'unité d( Dieu au milieu de Jérusalem.
Mais quoi de plus contraire à toute vraisemblance qu'un homme sorti du milieu de ce peuple renverserait les idoles sur toute la terre, et donnerait à Abraham toutes les nations pour postérité ?
Eh bien! mes chers auditeurs, regardez autour de vous, y a-t-il aujourd'hui une seule nation reconnaissant l'unité de Dieu qui ne descende d'Abraham? Les Arabes viennent de lui par Ismaêl , les Juifs par IsaaC; les chrétiens par Jésus-Christ. Jésus-Christ est le fils de Salomon, de David, de Juda, de Jacob, d'Isaac, d'Abraham. L'alliance spirituelle par la foi a sa marque comme Talliance dans la chair : le baptême , et le
>aptème des chrétiens, prouve la filiation d^Abraham, domine la circoncision prouve la filiation selon la îhair d'Ismaël et d*Isaac.
Abraham est donc le père des nations , comme il le lui a été dit : il a enfanté le peuple juif ^ il a enfanté le peuple arabe , il a enfanté et il enfante chaque jour toutes les nations chrétiennes !
Depuis 1800 ans, les nations qui se font chrétiennes reçoivent le baptême et entrent dans sa famille*, elles portent le sceau du Dieu vivant , signe de l'alliance contractée avec son fils. Chaque conquête du christianisme faite encore aujourd'hui est une réalisation de la promesse , et Tachève , pour ainsi dire. Autour du I tombeau de Jésus-Christ nous voyons les Arabes , les Juifs et les chrétiens se disputer la terre qui a été donnée à leur père.
Notre foi repose donc sur le fait le plus éclatant , comme nous l'avons annoncé. Pour ne pas reconnaître Jésus-Christ , il faut , comme l'athée , fermer les yeux et ne pas voir le soleil. Jésus-Christ brille dans l'histoire des peuples comme le soleil dans les deux. Qu'on ne dise pas que les prophéties ne sont pas claires , qu^on se dispute sur les textes , qull feut être savant pour devenir chrétien -, il faut seulement ouvrir les yeux à la lumière, et interroger ce qui est autour de nous; il suffit de connaître le nom des peuples, d'apprendre ce que sont les Juifs, les Arabes, tes chrétiens, pour savoir qu'il y eut un homme dans l'Orient qui reçut de Dieu la promesse d'un Rédempteur de la race humaine. Il suffit , pour se prosterner aux pieds de Jésus-Christ, de demander pourquoi les nations chrétiennes sont maîtresses du monde et les
Juifs dispersés. Jésus- Christ est sorti des entrailles d'un peuple né d'Abraham. Il a enfanté lui-même le plus grand peuple qui ait jamais existé. Tout est pour lui , tout se rapporte à lui. Il est tout pour l'homme , que l'homme soit donc tout entier à lui par la foi d'Abraham.
Examinons comment la prédiction du Messie a été conservée parmi les hommes , et comment Dieu a visiblement manifesté sa puissance, pour perpétuer parmi les Juifs cette promesse de la rédemption faite à l'homme après sa chute. Vous savez qu'à l'instant même où Adam tomba , Dieu dit au serpent : Une inimitié sera mise entre toi et la femme, et un fils de la femme écrasera la tête du serpent. Telle est cette grande promesse, la consolation de la terre.
Abraham , au moment où l'id olàtrie se répandait sur la terre, reçut de nouveau la promesse de l'alliance de Dieu avec l'homme ; aprte lui, ce fut Isaac, à qui Dieu la renouvela. Viennent ensuite Jacob et Esaû ; Esaû était l'aîné , mais Dieu voulut que la promesse fût faite & Jacob. Ce n'est pas l'ainé qui est l'héritier de la promesse, mais le second des fils d'Isaac, parce que Dieu veut manifester de plus en plus que c'est ici une naissance spéciale , une naissance qui intéressait le genre humain tout entier, et il fallait que Dieu montrât visiblement son intention, afin que nous puissions aujourd'hui nous assurer de la promesse et de son accomplissement.
Jacob, à son tour , rassemble ses fils au moment de sa mort autour de son lit, et là il désigne l'héritier de la promesse. Va-t-il prendre les fils de Joseph , Ephraim ou Manassé ? Sera-ce Benjamin le bien-aimé
à qui il difû qu'il lui est réservé de donner naissance au Fils de Dieu ? Non : c'est à Juda qui'il s*adresse , ce Juda qui n'est pas même l'ainé ; c'est Juda qui reçoit la promesse y c'est de lui que sortira V envoyé y et le sceptre ne sera enlevé de Juda qu'au moment de la venue du Messie.
Vous voyez donc que cette promesse se transmet à travers les siècles^ en sorte que nous ne pouvons pas douter que Dieu ne soit intervenu pour enfanter ce^^ lui en qui toutes les nations de la terre doivent être bénies.
Les Juifs s'établissent dans la terre de Ghanaan. Là Juda reçoit la part la plus grande ; c'est lui qui possède la ville de Jérusalem ; c'est lui qui donne |Son nom à la Terre-Sainte; elle s'appelle Judée à cause de lui. La promesse repose dans sa tribu ; enfin elle est renouvelée à David , après David à Salomon , fils de Bethzabée , parce que Dieu veut montrer ainsi que son Fils est né pour tous les pécheurs. Cette prédiction se conserve jusqu'à Marie, jusqu'au moment où le sceptre sort de la maison de Juda ; car ^ à l'époque où Jésus-Christ apparut sur la terre , ce n'était plus la famille de Juda qui régnait, mais un prince iduméen : Hérode était maître de la Judée.
Ainsi nous pouvons suivre à travers les siècles la main de Dieu , et cette intervention manifeste nous prouve qu'en effet nous touchons à l'événement le plus merveilleux 9 celui qui intéresse le plus l'humanité tout entière.
Maintenant il vous est facile de comprendre combien un fait maintenu avec tant de soin est pour vous le gage le plus assuré de toutes les promesses divines.
416 CONFÉRBHCES.
N'oublies pas que ces livres que nous venons d'i voquer ont été écrits avant la naissance de no Seigneur, et qu'il est impossible d'en douter. En effi nous l'avons déjà remarqué , trois cents ans avant naissance de Jésus-Christ, les livres hébreux fure traduits en grec , la langue la plus répandue de l'oii vers : cette version grecque est connue sous le nom( version des Septante. Nous trouvons encore un peupi séparé des Juifs, les Samaritains, qui ont consen avec soin le texte du Pentateuque, où se trouve h prédiction faite à Abraham , les Samaritains , séparc à peu près mille ans avant Jésus-Christ. Il est impossible que les Samaritains eussent reçu avec tant à respect le Pentateuque s'ib n'avaient pas les même motifs que les Juifs de respecter l'autorité de Moïse C'est donc bien réellement Moïse qui a écrit ces prédictions admirables, quinze cents ans avant la naissance de notre Seigneur.
Afin que la tradition fût mise dans un jour plus éclatant, Pieu a voulu que , trois siècles avant la Dais sance de son Fils, il y eût dans le pays le plus remarquable de l'univers» à Athènes, un homme qui s'efforça d'établir l'unité de Dieu. Cet homme fut mis à mort Il avait pour disciples les personnages les plus distingués delà Grèce : Platon, Âristote, Xénophon; Platoo, le plus grand des écrivains; Âristote, le plus graod des philosophes; Xénophon, ce général si connu par la retraite des Dix-Mille, et par les écrits immortels qu'il a laissés après lui.
Eh bien I qu'est-il arrivé de cette prédication de Tunité de Dieu ? Socrate est mort en buvant de lacigué; Platon a écrit à Dion, après la mort de son maiU'e,
L]i*n était dangereux de faire connaître ces grandes vêtes, qu'il était plus prudent de se taîre; et il n'y a as eu une seule bourgade de TÂttique convertie par ïs soins de Socrate et de ses disciples» Il n'en fut pas insi quand Jésus-Christ parut dans le monde; il rasembla autour de lui les hommes les plus grossiers , Les artisans y des pécheurs du lac de Nazareth; mais l était le fils d'Abraham^ Théritier de la promesse; Test en lui que toutes les nations de la terre devaient btre bénies ! Aussi voyez ce qui s'est passé : à Tinstant m Jésus-Christ a paru dans l'univers, le monde s'est bbranlé. Cent ans après sa mort , nous lisons dans »aint Justin que le monde romain tout entier connaissait déjà l'unité de Dieu ; que les apôtres s'étaient répandus partout-, que les bénédictions divines, la bénédiction spirituelle, s'étaient étendues dans l'univers ; que l'unité de Dieu, la providence de Dieu, tous ses attributs, se répandaient, comme l'Océan, dans le monde entier.
Voilà un fait aussi éclatant que le soleil , et, nous pouvons lé dire, si le soleil prouve l'existence de Dieu , l'histoire des nations prouve que Jésus-Christ est véritablement Dieu.
C'est donc dans cette prédiction faite à Abraham que nous trouvons la garantie la plus complète de noire foi. Oui, mes chers frères, pour que, quinze cents ans avant le Christ, la révolution merveilleuse qui s'est accomplie dans l'univers ait pu être prédite, il fallait que Dieu même eût annoncé tous les événemensqui devaient suivre; car Dieu seul peut faire concourir la liberté de l'homme à ses desseins. Nous apprenons ainsi que cette providence divine gouverne
Voilà pourquoi il est devenu le modèle d'obéissance le plus parfait pour nous. Voilà comment Isaac. son fils y s'est associé à cet esprit de foi, et comment tous deux ont mérité d'être les pères de toute la race des croyans. Et ce grand sacrifice, le sacrifice de la montagne de Moria, figure de Timmolation du Calvaire, nous apprend ce que nous devons être par rapport à Dieu,
Croyons à ce qui a été accompli dans Abraham; car vous ne pouvez pas dire : Si j'avais vu Dieu comme Abraham, je ferais tout ce qu'il a fait. Dieu est aussi visible pour vous qu1l l'était pour ce patriarche dans la terre de Chaldée*, car il est visible pour Funivers entier par l'accomplissement de ses promesses.
Prenez donc pour modèle cet homme dont le nom est répandu sur toute la terre, cet homme honoré dans l'Orient comme dans l'Occident. Vous avez vu aussi la mère de Dieu ne pas hésiter dans le sacrifice qui lui a été demandé, et c'était à une mère que Dieu demandait le sacrifice d'un fils. Elle aurait pu , elle aussi, opposer bien des raisonnemens aux ordres de Dieu-, elle ne Ta pas fait, elle a cru, sa foi lui a été imputée à justice, et elle est devenue la mère des vivans.
Quelle foi fut jamais plus généreuse, plus docile, plus entière , plus obéissante que celle d'Abraham ? Obéissance prompte, il quitte tout^ obéissance de jugement, il ne raisonne pas; obéissance de volonté, c*est sans murmure qu'il est prêt à immoler Isaac, son premier né.
C'est ainsi qu'il était la figure de ce fils à venir, le
id
modèle de robéissance, de Tobéissanoe jusqu^à la croix. Et nous, enfans d'Abraham et de Jésus-Ghrist> pourrions-nous refuser rien à Dieu? Si nous sommes les enfans d'Abraham , faisons les œuvres d'Abraham*
Tout ce que nous venons de dire est une garantie pour nous de toutes les promesses'du Christ. Si toutes les promesses faites à Abraham se sont accomplies visiblement , toutes les promesses de Jésus-Christ le seront un jour. Oui , nous entrerons aussi dans la terre promise , et celte terre c'est le ciel. Là nous verrons tous ceux que nous aurons perdus; là nous jouirons de la présence même de Dieu.