‹ Sermons et discours inédits (volume 2)Chapitre 10 sur 51 · CR LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

CR LA PROVIDENCE

à sauver , s'ils le peuvent , la justice de Die\i de cei^ effroyable chaos où il laisse le monde. Four oous ^ qui l'attendons cet inévitable avenir, nons qui le concluons de lexcès même du mal présent, noua qui savons que notre temps n'est pas le temps de Dieu , qu il ne borne pas ses conseils à la scène d'un jour qu'on appelle la vie, et que, du centre de son éternité, il ne considère que l'importance et la grandeur des choses qui doivent toujours être : pour nosis, dis-je, et ce mélange, et ce chaos, et ce désordre passager, n'ont rien qui nous surprenne. Bien loin d'obscurcir à nos yeux sa justice , ils ne servent qu'à la faire briller avec plus d'évidence : nous la voyons alors indépendante des années et des siècles, attendant tout, ne hâtant rien, mûrissant tout dans le long calme d'une souveraine équité, n'ayant à dispenser que des biens ou des maux ex** trêmes , et , du fond du nuage où elle aime à s'en** velopper , tenant toute la nature en attente de c© grand jour où brillera son éclatant soleil , dont nous ne voyons ici-bas que les premiers rayons et la plus foîble aurore.

C'est sous ce point de vue qu'envisageoit la Providence un sage inspiré par la Sagesse même. !( avoit vu comme nous toutes les abominations qui couvrent la face de la terre , il avoit vu sous le soleil l'injustice à la place du jugement, et l'iniquité dans le lieu que doit tenir la justice 3 il l'a voit vu, maiii que concluoit-il de cet étrange renversement? quoi? que Dieu abandonne la vie humaine aux caprices dttsort^ et qu'il est ou trop indifférent pour sem*

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bàrrasser de ces désordres , ou trop foible pour y apporter du remède? Ainsi conclut le téméraire qui croît que Dieu doit précipiter ses conseils comme riiômme précipite ses jugemens. Mais le Sage dit aussitôt dans son cœur : Dieu -jugera le juste et l'impie, et alors ce sera le temps de toutes choses, et tempus omnis rei tune erit ( eccles. iii , 17. ). Cons^équenôe admirable , et qui explique en un seul miot tout le secret de la Providence. Que l'innocent soit ici-bas persécuté , qu'importe? ce n'est point son séjour ni le lieu de son héritage ; que l'impie s'élève comme le cèdre du Liban, qu'importe encore? je ne fais que passer , et il n'est déjà plus. Encore un ïnoment, et le grand juge va venir la balance à la main ; encore un moment , et nous touchons à ce temps pour dequel passent tous les temps , où ce mélange si confus se démêlera, où toutes les inégalités ^e recti&eront, où Dieu séparera une se« conde fois la lumière d'avec les ténèbres , et où enfini {)ar un dernier arrêt, tout rentrera dans l'ordre et sera mis à sa place étemelle 3 et tempus omnis rei tune erit.

O mon Dieu, que vos œuvres sont grandes et que vos voies sont justes! qui ne vous loueroit , qui ne vous béniroit , ô roi des siècles? Si tous les justes prospéroient et que tous les médians vécussent dans les larmes, alors peut-être je pourrois interroger votre justice, je pourrois ^ous faire l'outrage de penser qu'entièrement épuisée surla terre , elle n'est point immense et éternelle comme vous : mais quand je vois la confusion qu'elle permet ^ et V'mr

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punitë qu'elle souffre, je sens alors évidemment qu'il TOUS faut un plus vaste théâtre pour la manifester , qu'un grand changement se prépare , et que tout se mûrit pour ce jour formidable, centre de tous les jours , où vous mettrez à toutes choses votr« dernière main j et tempus omnis rei tune erit.

Ne parlons donc plus des désordres qui régnent sous l'empire de Dieu, ou parlons-en comme des grands moyens qui exercent et sa paissance, et sa sagesse , et sa justice. Et pour finir par un raisonjuement qui réunit toutes nos preuves , pourquoi ce mélange si inégal et si confus des biens et des maux BOUS paroît^il un désordre, s'il ne répugne pas à un ordre primordial et nécessaire? pourquoi est-il îrrégulier, s'il ne contredit pas une perfection souveraine? pourquoi est-il une injustice , s'il n'est pas opposé à une justice originale et primitive? pourquoi enfin est-il un mal , s'il n'existe point une règle inalr térable et éternelle qui le condamne? et cette règle / et cet ordre, et cette perfection , et cette j ustice , que sont-elles autre chose que la divine Providence? Ainsi que les téoèbres supposent la lumière, les «carts mêmes prouvent la règle , et le désordre décèle l'harmonie. Nous soni^mes confondus quand nous voyons, avec le Sage (ecci^es. ix, 2.), que tout arrive également au juste et à l'injuste : n'est-il pas dans l'ordre. Chrétiens, que nous soyons ainsi scandalisés? c'est le cfi souverain d'une Providence qui parle au fond de tous les cœurs , et qui ne per-^ met pas que Ton voie de sang-froid une confusion (â étrange. 5i nul de nous ne réclamoit contre l'insg-r

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lence du vice et n'étoit indigné de la pai^: du pécheaTf c'est bien alors qu'on pourroit demander si Dieu «j occupe de ce monde , et s'il est vrai qu'il sache tout ce qui se passe ici-bas; quomodo scit Deus-, et si est scientia in Excelso ( ps. lxxu , 1 1 * ) ? Mais tant qu'aux yeux de la raison le yice sera hideux et punissable , tant que les succès de l'imposture et de la fraude exciteront l'indignation, tant que l'on ne concevra point que la vertu puisse être si souvent ou décriée ou avilie , la Providence triomphe-» ra 5 et ce soulèvement de toute la nature contre le mal dont nous somiînes témoins sera toujours le plus bel hymne qui ait été jamais chanté en son honneur.

Nous le concevons donc maintenant cet arbitre suprême des événemens du monde, qui, par une secrète loi, ramène tout à lui, qui permet le péché et n'en est pas moins saint, qui souffre le désordre .et n'en est pas moins juste , qui envoie les misères et n'en est pas moins bon, qui, dans le plan de l'univers, laisse des taches et àes imperfections, et n'en est que plus sage, qui permet qu'on lui résiste , et n'en est que plus fort , qui de toutes les volontés ne fait que sa volonté, qui de tous les desseins ne fait qu'un seul dessein, qui, se plaisant à nous surprendre dans les effets particu«* liers, fait néanmoins tout avancer avec ime suite réglée; et qui enfin, cause de toutes les causes, toujours le même sous des scènes si variées, remuant tout le genre humain par un immuable conseil, jippelant d'un coup-dœil ce oui est comme ce ({ui

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n'est pas encore ^ unit par un lien ineffable lé règne de la nature avec le règne de la grâce , les créatures intelligentes avec les êtres matériels , les causes libres avec les causes nécessaires, le présent avec lavenir , le ciel avec la terre , le temps avec réternité.

Providence suprême, dans laquelle nous vivons^ nous sommes et nous agissons, inépuisable source de bienfaits et de grâces , pardonnez ^ mon zèle d'avoir plutôt justifié vos miraculeuses ténèbres, que célébré les bénédictions immortelles dont vous comblez , dit le prophète (ps. cxliv, i6.) , tout être qui respire : mais tel est l'esprit dominant de ce siècle , que vous avez presque toujours besoin d^apologie , et que tous vos secrets sont devenus pour lui, non des titres pour vous adorer, mais des droits pour vous contredire. Qu'ils sont à plaindre cepiendant ces arides censeurs, qui n'ont ici tant de raison que parce qu'ils manquent de reconnoissance et d'amour! Hélas! que font-ils autre chose, que disputer contre leur intérêt et s'armer contre leur bonheur? Eh! que seroit donc l'homme, ô mon Dieu! si, jeté sans dessein et .sans but dans l'abîme de la nature, il n'avoit, parmi tant de malheurs et de vicissitudes, d'autre consolation que la uécessité, et d'autre maître que le hasard? Oui, vous ne m'avez fait ignorant, foible; sujet aux vices et aux misères, que pour m'apprendre à m'appuyer sur votre force , et à m'éclairer de votre sagesse. Ah! je ne parlerai donc plus de })asard^ ou si mon ignorance emploie ce noîu poup

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désigner le cours inaperçu de vos opérations, toUr jours elle sera gravée dans mon cœur, cette vérité consolante, quoù la sagesse est infinie et la puissance sans bornes, il n'y a plus de place pour le hasard, ni d'empire pour la fortune. O joie! ô repos de mon ame! il est tlonc vrai que le monde n'est pas orphelin: je sais à qui je crois, je sais en qui j'espère. Avec quel abandon je me jette, ô moa Dieu, dans le sein de votre providence! qu'il m'est doux de penser que ma sûreté ne dépend que de vous 3 que tout mon être vous appartient} que c^est un père juste et bon qui a fixé mon sort, et qu'enfin ce qu'on appelle la nature n'est que l'art de votre sagesse, et le destin que les décisions souveraines de votre volonté! Apprenez-moi à la connoître cette volonté sainte, à m'y conformer, à m'y résigner; qu'elle soit désormais ma règle et ma science : environnez-m'en comme d'un bouclier, ainsi que parle le prophète {ps* v j i3.), afin qu'après avoir ^ été pendant la vie Tunique objet de ma soumission, elle devienne en mon dernier moment le garant ;issuré de ma béatitude. Aiasi soit-il*

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Nolite timere' eos qui occiduni corpus y animant autchte non possunt occidere; sed potiàs timete eum qui potest et animant et corpus perdere in gehennam*

Ne craignez point ceux qui peuvent tuer le corps, et. ne peuvent rien sur Tame; mais craignez plutôt celui qui peut tout à la fois perdre Famé et le corps. Matth. x, 28.

JJiST-îl donc vrai, Chrétiens , que Dîeu ne soit pas craint sur la terre? que celui qui secoue l'impie, dit rÉcriture , comme la poussière des vêtemens , qui fait marcher devant sa face le feu et la tempête ; qui regarde , et la terre est ébranlée dans ses fondemens; qui touche les montagnes, et elles sont réduites en fumée; que ce Dîeu, dis- je, qui peut tout à la fois perdre l'ame et le corps, ne puisse cependant ni nous retenir par ses menaces, ni nous effrayer par ses châtimens, et que du trône de sa puissance et de sa justice , il n'aperçoive sur la terre que des indifférens qui Toublient, ou des audacieux qui le bravent?

46 son LA JUSTICE DE DIEU.

Hélas! toute la vie humaine n'est qu^une longue et pénible crainte : crainte du monde et de ses jugemens , des hommes et de leurs injustices; crainte de la nature et de ses fléaux , de la fortune et de ses caprices, de la mort et de ses horreurs; crainte de perdre ses protecteurs et ses amis , crainte de souffrir, crainte de mourir..,. O malheur! ô crînfe de l'homme! et Dieu, et le péché, et l'éternité, et les foudres d'une justice que nul ne peut corrompre , d'une puissance que nul ne peut fuir, tous ces grands et terribles objets ne laissent dans notre esprit que la vaine trace d'un songe. Dieu tonne , et on ne Tentend point ; il tonne plus fortement, et on n'y fait nulle attention. Ici ce sont des sacrilèges qui disent ouvertement, comme ces impies de TÉcriture (ps. xciu , 7 ; soph. 1 , 12.): liC Seigneur ne nous voit pas , il ne nous fera ni bien ni mal; là des présomptueux qui osent penser qu'on obtient de Dieu le pardon aussi facilement qu'on Toffense; partout des hommes indolens ou distraits qui nous demandent froidement s'il est bien vrai que Dieu soit aussi redoutable qu'on le dit, et qui, éloignant deux toute triste pensée et tout sérieux retour , abandonennt comme au hasard leur éternelle destinée. En vain répétons-nous sans cesse que les jugemens de Dieu sont des abîmes, qu'il est terrible dans ses conseils sur leâ enfans des hommes; quels que soient nos efforts, rien ne peut les toucher, ni la vue du mal présent qu'ils se font à eux-mêmes , ni la vue épouvantable d'un jugement à venir. Le malheur présent ne les toucha

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point, parce qu'il ne tombe pas sous leurs sens; et l'attente des vengeances futures ne fait sur eux qu'une foible impression , parce qu'elle est trop éloignée. Ainsi , dit Bossuet , rien n'est capable de les émouvoir , parce que le mal da péclié , qui est si présent, n'est pas sensible, et qu'au contraire le mal de l'enfer, qui est si sensible , n'est pas présent. Efforçons-nous cependant de dissiper aujourd'hui ces illusions de l'esprit , et de faire plier celle obstination du <:œur : faisons briller le glaive étincelant de la colère divine levé sur vos têtes; montrons celui que vous devez craindre. L'impie sourira peutêtre ; le sage prétendu ne verra dans nos discours qu'une pieuse exagération qui ne sauroit en imposer qu'à la crédulité du simple : mais que nou^ importent son superbe dédain et s^ vaine délicatesse? Sommes-nous donc venus ici pour vous plaire , ou pour vous sauver j pour vous flatter, ou pour abaisser toute hauteur qui s élève contre Dieu; pour parler le langage de vos passions, ou pour vous atterrer aux pieds de la Majesté sainte ; enfin pour nous accommoder à la corruption d'un siècle philosophe, ou pour vous annoncer sans ménagement et sans crainte tous les conseils de Dieu sur vous? Et quel jour plus propice'pour vous faire trembler sous la terreur des jugemens de Dieu , que celui où l'Église nous rappelle au spectacle du grand jour des vengeances (i)? Qui de nous pourra donc encore tenir ferme pai^mi tant de ruines? quel cœur ne se brisera pas , quand les rochers se fondent comme .

• (4) I*"^ Dimanche de rAvfiût.

48 SUR LA JUSTICE DE DlEU;

la cire devant la colère du Tout-Puissant? De quel léthargique sommeil n'êtes-vous donc pas endormis, si vous ne vous réveillez point à ce fracas épouvantable des élémens bouleversés? et quel est l'aveuglement fatal dont vous êtes frappés, si vous n'apprenez point , à la lueur mourante d'un monde qui s'éteint 5 que tout l'homma, comme toute la religion, c'est de craindre Dieu et sa justice?

Oui) mes Frères, craindre Dieu et sa justice; <:ar tout ici est sujet d'alarmes, et rien ne peut nous rassurer. Tout est sujet d'alarmes, si nous discutons les preuves sur lesquelles est fondée la redoutable justice de Dieu; et rien ne peut nous rassurer, si nous pesons les vaines illusions sur lesquelles le pécheur ose appuyer son espérance. Voici donc tout mon dessein. Quels sont les fondemens de la justice redoutable de Dieu? première considération : vanité des prétextes qu'apporte le pécheur pour se rassurer contre la justice de Dieu, seconde considération. Puissions-nous les développer l'une et l'autre avec autant de simplicité que de force! Puisse ma vois, semblable à la trompette formidable qui doit un jour se faire entendre aux morts, porter dans l'ame de mes auditeurs une épouvante salutaire , et nous faire reconnoître , en tremblant, le crime d'une fausse paix et le malheur de l'impénitence! ^i^e. Maria. -

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