‹ Sermons et discours inédits (volume 2)Chapitre 20 sur 51 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

^ii IDH (GE]EI&ÏKIÎI£^9&

JT i^R^ dans ses lumières , sublime dans ses motifs, efficace dans sa parole , et simple dans sa perfection , tels sont , mes Frères , les caractères principaux sous lesquels la loi chrétienne s'est présentée à mon admiration : puisse- je ici vous les développer avec ce degré de force et de conviction qui réponde à leur excellence , et qui imprime bien avant dans votre ame l'amour et le respect de votre vocation ! Pure dans ses lumières. Et ici qui nous racontera les ignorances et les erreurs qui régnoient avant

{*) Nous avons trouvé, dans les manuscrits de M. de Boulogne , deux sermons sur f excellence de la Loi chrétienne. Notre projet étoit de n'imprimer qae celui qui avoit été composé le dernier , et qui étoit par là même plus achevé. Nous avons pensé néanmoins qu'on nous sauroit gré de donner au public la i'* partie du premier discours , qui renferme des passages frappans et de^ différences assez sensibles pour qu'on la lise avec plaisir , après le sermon qui précède?

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elle ; qui nous dira les éternelles contradictions où se jetpit l'esprit humain ? Sans principe et sans règle , îlalloit s'enfonçant dans Tabîme de l'opinion. D'oii venons-nous, que sommes-nous, que faisons-nous sur la terre ? qui nous y a placés ? qu'est-ce que Dieu , et que demande- t^il de nous? qu'est-ce que notre amCi et que faut-il donc espérer, l'éternité ou le néant? A ces grandes questions , d'où dépend notre tout , restoient muets les plus fameux oracles delà Grèce et de Rome. Profonds génies dans les découvertes de la nature, enfans dans leS' premiers principes des choses , ils ne surent jamais ni le but où ils dévoient tendre , ni de quelle origine ils étoient descendus» Chose étrange ! c'étoit sur ce grand doute que s'élevoit l'édifice de leur doctrine , et ils se vantoient de conduire les hommes indépendamment de ces premières vérités, d'où dérivent toutes les vérités. Insensés ! qui , sans savoir où étoit lefondement , travailloient à orner le comble. Jésus-Christ parle , et tout à coup disparoissent ces vastes ombres qui couvroient toute la morale , et la lumière se répand sur toutes cesquestiohs où la raison chancelle , et l'énigme du monde entier trouve son dénouement. Il parle , et il m'apprend^non à mesurer les cieux, sonder les abîmes , à parcourir des mers nouvelles qu'aucun siècle n'avoit connues, mais à connoître ce que Dieu est , et à savoir ce que je suis.

' QuQ de merveilles sa céleste doctrine fait passer sous mes yeu:^ ! Elle me transporte aux premiers jours du monde ,^ elle me fait assister au conseil de la création , elle me montre l'homme , sortant des

St6a SUR LA LOI CHRÉTIENNE,

mains de Dieu, courronné d'honneur et de gloire , et tout à coup déchu de ce sublime état par )e crime de son orgueil. Partant du seul principe de cette chute originelle , elle m'explic[ue le pa« radoxe de mes pencha ns si opposés , et me déve<* loppe tous les mystères de mon être; elle me révèle lé secret de ma grandeur et de ma foiblesr se; et m'expliquant cette corruption qui vit en moi et ces nobles élans qui me portent à la vertu, elle accorde parfaitement et la bpqt^ de Dieu et le spectacle de mes misères 3 elle relève mes espérances par la réparation de l'homme, et par le don d'ua Rédempteur elle me garantit mon immortalité ; elle me découvre l'économie de ce inonde nouveau qui suit le temps ; elle me raconte déjà toutes les délices que je dois goûter dans cette nouvelle Sion, et par la beauté de tout ce que j'aperçois, je pressens la beauté plus grande encore et plus parfaite de tout ce qu'elle oie cache. Elle me développe cet ineffable accord de la miséricorde et de la justice de Dieu, ces deux éternelles et augustes colonnes qui soutiennent la majesté de son trône; elle me met en main la clef de ses plus beaux ouvrages , elle me fait entrer dans les sublimes profondeurs de tous ses attributs ; elle n^'associe aux secrets de sa providence; elle me le montre partout, dans les événemens qu'il dirige , dans les empires qu'il fait pu qu'il détruit , dans les destinées humaines qu'il tient dans sa puissante m^in^ Tout ce qu'il est par rapport à moi, et tout c^ que jesi^is par rapporta hi I les titre» de s» ppwygrsweté ^t çen^ de m»

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dépendance , tout ce que je puis attendre de ses grâces, ou tout ce que je puis craindre de ses ven* geancesj enfin, mon origine et ma destination, ma fin et mes devoirs, la yertu que je dois suivre, le ierme où je dois aspirer : tout est par elle décidé ayec clarté et certitude ; et s'il est encore des ques^ lions que je m'efforce en vain d'éclaircir , c'est qu'elles me sont inutiles , et que ni la vérité ni la vertu n'y gagnent rien*

Ce n'est pas sans doute que cette loi si lumineuse ; ainsi que parle le prophète , n'ait aussi ses ténèbres et ses saintes obscurités^ Et pourquoi ne les auroit-^ elle pas? pourquoi le livre de la loi n'offriroit-il pas ses mystères comme le livre de la nature? pourquoi Dieu seroit-il moins incompréhensible dans sa parole que dans ses opérations , dans ses lois que dans la création de l'univers? Mais^ d'une part , si ces difficultés déconcertent ma raison , de l'autre elles l'éclairent : ces mystères qui m'étonnent n'en sont pas nioins des règles qui me dirigent , et leur obscurité même n'est pour moi qu'un bienfait de plus. Quand ils ne formeroient pas dans leur ensemble un tout frappant, quapd ils ne por« teroient pas une empreinte de vérité et de grandeur, devant laquelle je suis forcé de me prosterner} quand ils ne m'apprendroient qu'à me méfier de ma propre sagesse , et à me faire aimer cette docte ignorance que produit la docilité; quand ils ne feroient que répandre sur la loi sainte je ne sais quel voile auguste qui la mette à l'abri de notre lorgueil et de notre inconstance , et une majesté

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Vénérable qui )a distingue évidemment de tous les ouvrages des hommes, je ne pourroîs que bénir la souveraine autorité qui me commande de les croire. Combien doivent-ils donc m'être plus précieux , quand ils m'offrent partout des modèles de sainteté , qu'ils tendent à ma perfection , et qu'en les méditant je nd puis que devenir meilleur! Et «en effet, ]é mystère de Iqi Trinité, qu'est-il pour moi, qu'un plus grand sujet d'adoration et de respect? le mystère de l'Eucharistie , qu'uq plus grai^d sujet de pureté et d'innocence? le mystère de 1^. grâce , qu'un plus grand suj^t de crainte et de salutaire frayeur? le mystère de l'Incarnation , qu'un plus grand sujet d'amour et de reconnoisr sapce ? }e mystère de la croix , qu'un plus grand motif de fuir le péché et de sentir le prix de mon ame ? Qu'il est donc beau ce code de la Iqi chrér tienne , où rien n'est oisif, où rien n'est écrit pour le stérile ornement de la pensée , et où tout fructifie pour la vertu ! Il nous délivre également , et des tourinens de Jia curiosité qui ne produit que des doutes , et des écueils de la présomption qui . n'enfante que des erreurs ; il soumet l'homme tout entier ^u souverain législateur qui l'a créé tout entier; il assujettit la volonté par les préceptes et la raison par les mystères } U est clair dans les préceptes parce qu'il faut les pratiquer, et obscur dans les mystères parce qu'il faut les adorer j et faisant enfin de ses ténèbres comme de ses lu^mières une double source de mérites et de vertus ,

il n'est pas moins admirable daas ce qu'il nop^

découvre que dans ce qu'il nous cache j sicut te-nebrœ ejus^ ita et lumen ejus.

A la pureté des lumières , la loi chrétienne ajoute la sublimité des motifs. M'agir jamais ni pour le monde ni pour soi-même , ne chercher autre chose que Dieu , n'avoir que lui pour fin dernière , n'at* tendre que de lui notre bonheur et notre récom-? pense , notre sagesse et notre force , s'appliquer à lui plaire plutôt qu'aux hommes ; ne compter pour rien , ni leurs suffrages parce qu'ils sont faux , ni l'opinion parce qu'elle est trompeuse , ni leurs applaudissemeos parce qu'ils sont dangereux , ni la gloire parce qu'elle est vaine ; chercher dans la vertu, non lis plaisir mais le devoir, non l'iurtérêt mais la justice ; enfin être saint parce que Dieu est saint : tel est le sublime ressort qui fait agir le vrai chrétien dans tout le plan de sa conduite , telle est la divine, philosophie que nous enseigne la loi chrétienne. Grande et sublime morale! la seule qui jamais ait jugé les intentions et interrogé les pensées, la seule qui ait pris l'homme dans ce qu'il est, et non dans ce qu'il doit pa* roitre , où la gloire des actions est encore plus réelle dans le cœur que dans les actions mêmes , où Tame est encore plus noble et plus étendue que les oeuvres 3 la seule où tout est grand parce que tout y est vrai j la seule enfin qui , n'appréciant l'homme que par ses mérites , ses mérites par ses actions, ses actions par ses motifs, et ^^^ motifs par la sainteté de leur principe , ait doané à I4 vertu une base immortelle»

^66 S€R LA LOI CHRÉTIEMNEV

C'est pour avoir ignoré cette ëlëyatioa de priiv cipes, que les sages du paganisme n'embrassèrent jamais qu'un simulacre de sagesse ; c'est pour n'avoir pas su que les actions n'ont rien de grand ni de louable que par rapport à Dieu , (Qu'ils dégradèrent la vertu en la rendant le vil esclave des préjugés publics 9 en la mettant au rang de ces biens frivoles que la seule opinion fait valoir | et en ne cherchant d^ns leur sagesse qu'à être grands plutôt qu'à être justes. Malheureuses victimes de la gloire humaine, ils ne* comprirent point que la vertu étant ce qu'il y a de plus grand et de plus auguste sur la terre, elle ne peut venir que de Dieu, et pe doit retourner qu'à Dieu j que , détaché de ce centre de tout , elle devient le jouet de nos foiblesses , et qu'uniquen^ent concentrée dans les créa^ tures , tôt ou tard elle doit disparoître avec un si fragile appui. Et c'est aussi ce qu'éprouva le plus sage et le plus célèbre d'entre eux, lorsque, lassé d'avoir été si long-temps le martyr de la vanité , et honteux d'avoir fait tant de sacrifices à une fausse gloire qui le pâyoit si mal , il finit par ne plus croire à la vertu , et s'écria , dans son indigna^ tion , qu'elle n'étoit qu'un vain fantôme.

Mot sacrilège, mais conséquent, puisqu'il parloit de sa propre vertu; parole mémorable! elle déshonore à jamais la sagesse humaine , et célèbre magnifiquement la loi de Jésus-Christ, qui seule a rendu à la vertu son prix et sa réalité , en l'appuyant sur la base éternelle de la conformité à l'ordre et à la volonté divine^

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Et ici , mes Frères , ce seroit le lieu de répondre h tant de mondains , qui , plus philosophes que chrétiens; croient que toute vertu est assez glorieuse pour Dieu, dès qu'elle est utile aux hpmmes, et qui 9 dédaignant le mérite de l'intention, nous deinandent sans cesse ce que fait le motif, pourvu que l'action s'en suive. Ce que fait lé motif! ah! il f^it tout , puisque sans lui on ne sait plus ce que c'est que la vertu , ou que sans lui elle n^a que le triste honneur de n'être pas le vice. Qu'elle seroit donc pauvre et misérable cette vertu ! et où seroient donc son excellence et sa beauté , si , séparée du principe .de toute justice, elle ne s'élevoit qu'à I9 hauteur de l'homme? quel respect mériteroit-elle , si jamais on pouvoit la confondre avec la vanité ou l'intérêt , et que Ion eût tout fait pour elle dès que l'on a tout fait pour soi? Et vous-mêmes, Chrétiens, quelle vertu admirez-vous le plus? p'est-ce pas la vertu noble et généreuse qui ne prétend à rien , cette vertu pure, libre et dégagée de toute vue humaine , telle enfin que l'Évangile la commande? Ne décriez-vous pas tous les jours les plus belles lactions, quand vous en pénétrez le motif, orgueilleux ou mercenaire? ne méprisez-vous pas l'égoïste rampant qui trafique de ses vertus ? ne vous croyez-voqs pas dispensé3 de la reconnoissance envers un bienfaiteur qui s'est cherché lui-même? êtes- vous bien flattés des assiduités d'un ami, quand vous les soupçonnez de quelque vue particulière? Et pourquoi Dieu ne pourroit-il pas exiger ce que les hommes exigent? Que jsi yous-mêoaes êtes portées k rendre d'^ulapt mpio^

aG8 SUR LA LOI CHRETIENNE.

dlionneur que l'on montre plus d'empressement à le poursuivre j si le monde refuse d'autant plus les louanges qu'on les recherche avec plus d'ardeur , de quel œil Dieu doit-il regarder ces idolâtres de la gloire et de l'opinion? Pourquoi seroit-il donc en quelque sorte moins délicat et moins difficile que le monde? pourquoi voudriez-vous donc qu'il se contentât de ces mêmes vertus , dont les hommes ne veulent pas? et quelle idée avez- vous donc de Dieu, si vous pensez qu'à ses yeux tout le mérite est dans l'action ; qu'il ne regarde pas le cœur , et qu'indifférent sur le ressort qui nous fait agir, il s'associera des héros de théâtre en couronnant dans nos vertus l'ouvrage de l'opinion, c'est-à-dire, l'enfant de notre vanité et le bizarre résultat de nos caprices et de nos goûts?

Ce n'est donc véritablement qu'avec la loi chré-^ tienne que la vertu a commencé : elle seule peut se glorifier de l'avoir divinisée par la sublimité de ses motifs; d'avoir imprimé sur elle un caractère de sainteté qui la distingue de toutes les actions profanes ; d'avoir flétri tous ces motifs grossiers qui n'en faisoient qu'un vain spectacle pour amuser les hommes; d'avoir brisé ce masque imposteur de l'hon^ neur humain^ pour élever sur ses ruines cette fille du ciel qui ne tient en rien à la terre ; de lui avoir donné sa juste mesure, l'éternité et l'infini, et de l'avoir enfin arrachée des mains de l'homme , où elle ne portoit que des fruits corrompus , pour la porter dans le sein de Dieu , où puisant son mérite | elle trouvé sa couronne.

D6 là j mes Frères , Feificacité et la |)tiissaDce de sa parole, troisième caractère de son excellence. C'est celui que chantoit le prophète dans le plus beau de ses cantiques; c'est ce grand témoignage qu'il rend à cette loi immaculée , pleine de forde et de yertu , qui convertit les âmes. Grande et sublime destinée de TÉvangile! il laisse aux politiques le soin d'arranger la forme extérieure de la société ; il se réserve un plus bel ouvrage , celui qu'aucun sage de Tunivers n'a jamais pu entreprendre et n a même jamais tenté , c'est-à-dire , la force d'enchaîner les passions, dé conquérir les volontés , et de placer au milieu de nous son trône et son royaume; regnum Dei intrà vos est (lcc. xvii) 21. )• C'est ce glaive victorieux qui pénètre, comme parle l'apôtre (heb. it, i2.), jusqu'aux moelles et aux jointures ; c'est cette loi vivifiante qui fait aimer ce qu'elle ordonne, qui inspire ce qu'elle enseigne , qui opère ce qu'elle apprend ; c'est le règne de l'ame , c'est la faim et la soif de la justice; c'est Dieu sensible au cœur; c'est le vif sentiment du souverain bien; c'est le témoignage reîidu au fond de nous-mêmes, que nous sommes enfans de Dieu; c'est l'assurance intime des célestes promesses ; c'est cette vie qui n'est qu'amour, louange , bénédiction , action de grâces ; c'est cette force d'en haut dont le fidèle s'investit; c'est cette impression de l'esprit de Dieu qui habite en nous ; c'est cette heureuse transformation de la nouvelle créature , qui réfléchit en elle toutes les perfections de Dieu , dont nous portons i em-

preinte ; enfin , c'est cette chaste dilatation de'l^ame , dont tous les mouvemens , les affections et les dé-* sirs ne sont qu'esprit et vie j spiritus et vita.

Différence essentielle, qui distingue éminem^ ment la parole de Dieu de la parole de lliommé , celle-ci peu bien enseigner la vertu , mais ne la persuade point } elle peut bien condamner nos injustes penchans, elle ne les affoiblit pas. Mora^ listes sublimes 9 comme vous savez peindre les dangers des passions ! avec quelle énergie vous nous tracez ITiorreur du vice! j'admire votre éloquence, mais puissiez-vous nous corriger! Les mœurs et la vertu ne se raisonnent pas , elles s'inspirent : irezvous donc , avec vos argumens subtils et vos magnifiques sentences , sommer les passions de fléchir, et la cupidité de se rendre? Que nous importent tous ces beaux traités de morale? avons-nous donc besoin de- tant de discussions , pour nous apprendre que la vertu seule est aimable , et que les passions sont honteuses? Il ne s'agit point de convaincre Tesprit , mais de parler au cœur , de condamner nos désordres, mais de les guérir j de censurer nps vices , mais de nous apprendre à les vaincre ; de proscrire le luxe , mais de nous le faire mépriser ; de nous conseiller de ne pas suivre le torrent , mais de nous en donner la force ; de nous appren* dre à fuir les plaisirs, mais de nous affranchir de la triste nécessité de les aimer ; de me prêcher la patience , mais de m'élever au-dessus de mes maux ; de vanter la modération , mais de remplir ce vide immense qui tourmente mon cœur. Pauvre sagesse

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humaine , tu ne fais rien de tout cela : tu me dis; qu'il faut me suffire à moi-même ; mais tu me laisses tout mon néant et toute ma foiblesse; tu me montres les sacrifices , mais où sont les dédommagemens j tu me découvres tout au plus mes devoirs, mais que me sert de les connoitre , si je ne puis les pratiquer? Ah ! je me tourne donc vers la loi de mon divin maître : là je trouve , non la stérile censure de mes vices, mais le prorapt remède à med maux; non une doctrine qui m'invite, mais une grâce toute-puissante qui me porte et qiiî me soutient, qui m'aplanit la route du devoir, qui pénètre jusqu'à la source de ma corruption , qui sait en même temps condamner mes passions et les affoiblir, qui fixe mon inconstance dans le bien, qui me met en main le glaive à deux trancha os qui doit servir à me combattre , qui me détache de la terre en m'élevant au-dessus de tout ce qui .passe , qui m'apprend à soufiVir en donnant un prix à mes peines , qui porte dans mon cœur le sentiment de l'infini , qui élève mon ame à la mesure de l'éternité , qui me fait mépriser les faux biens en portant mes désirs vers la région des biens futurs , qui me déprend efficacement des faux charmes des créatures en imprimant bien avant dans mou ame cette grande parole, qu'elles ne sont pas mon Dieu ; et changeant ainsi par une onction secrète les préceptes en sentimens, les sentimens en goût et en attrait , elle me fait, pour ainsi dire, pratiquer par passion cette même vertu que la froide raison conseille tout au plus par discussion et par maximesf

Mais voici un autre avantage qui met le der^* nier sceau à l'excellence de la loi chrétienne , c'est d être simple dans sa plus haute perfection. Toutes les autres morales accabloient leurs sectateurs 8OUS la multitude des préceptes et la pénible complication des raisonnemens ; elles ne parloient qu'aux savans, et ne pouvoient être entendues qîie d'un petit nombre de sages, La loi de Jésus-Christ parle à l'humanité entière 3 elle embrasse dans la simplicité de ses préceptesf tous les âges comme tous les états. Ici le peuple le plus borné trouve sans effort la sagesse , l'enfant y est aussi instruit que le plus grand génie , et tous deviennent savans dès le premier jour. Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur , de tout votre esprit et de toutes vos forces; vous aimerez votre prochain comme vous-même : voilà , Chrétiens , cette parole simple et lumineuse , qui d'un seul trait développe toute la morale ; voilà ce mot admirable , qui nous instruit lui seul plus que tous les livres ensemble ; voilà cette maxime sensible et populaire, que toute l'enflure de la raison ne sauroit remplacer. Le Sageavoit déjà dit (eccles. xh, i3.) : Garignez Dieu , car c'est là tout l'homme 3 et par ce seul principe il avpit plus appris au monde , qqe n'avoient jamais fait tous les maîtres de la morale. Avec non moins de simplicité , Jésus-Christ va plus loin : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, et votre prochain comme vousmême , car voilà toute la loi 3 et par cette seule maxime il montre à l'homme eh un moment tout

SÇR LA toi CHRÉTIENNE. l^-^S

ce qu'il peut concevoir de plus grand , et pratiquer de plus sublime , Vous aimerez , diliges.

Quelle est donc cette grande et magnifique loi qui eflFace toutes les lois? celte morale qui ne res-: semble en rien à aucune morale j qui n'a rien emprunté des autres, et de laquelle toutes les autres^ ont emprunté j qui a dit tout ce qu'on n'avoit jaxnais dit, qui a mieux dit tout ce qu'on ayoit dit avant elle ; qui met autant de vertus dans l'ame que de lumières dans l'esprit? cette morale si douce , que lame la plus foible n'en peut jamais être dé* couragée , et si mortifiante , qu'elle peut exercer Tame la plus parfaite j à portée des moindres enfans par sa simplicité , supérieure aux plus grands génies par sa sublimité 3 si populaire, qu'on ne peut ne pas la comprendre; si baute, qu'on ne peut trop la méditer? et serons-nous surpris qu'en l'entendant, les Juifs aient demandé, dans leur admiration , Quelle est donc cette doctrine si étonnante et si nouvelle ; quœnam doctrina hœc nova ( act, XVII,' 19.) ?

Disons-le donc ici , mes Frères, mais d'une ma^. nière plus noble et plus étendue que les Juifs: Quœnam doctrina hœc nova ? Quelle est cette morale touchante , où tout est pour le pauvre et pour les malheureux? Donnez à un homme affligé votre Platon , votre Épictète et votre Marc-Aurèle , de quel secours pourront-ils lui être? qu'y vèrra-t-il, qu'une sagesse désespérante , qui se croit forte parce qu'elle est dure , et héroïque parce qu^elle est enflée? Mettez entre les mains de cet infortuné le code de

Tom. 3. 18

ijj4 ^^ ^^ ^^^ CHRÉTIENNE.

la loi dire tienne , où les prospérités sont offertes^ comme des revers , et les malheurs comme de^ grâces ; faites-lui entendre ces douces paroles t Bienheureux ceux qui pleurent; bienheureux ceux qui souflFrent persécution : venez à moi, ô vous qui êtes afBtigés , et je vous soulagerai 3 et à l'instant la paix et la consolation descendront dans son ame. Quœnam doctrina hœc nova? Quelle est cette morale évidente et palpable, dont les préceptes sont toujours soutenus par les exemples du légis* lateur? Dans l'ancienne sagesse , je ne vois que des docteurs orgueilleux qui me prêchent la modestie , des voluptueux qui me prêchent l'austérité , des amateurs dû faste et des richesses qui tiennent école de pauvreté* Dans la morale de Jésus-Christ , ses saints enseignemens ne sont qu'un tableau de sa vie. Lui seul a dit à ses disciples : Suivez-moi , sequere me} lui seul a fait ce qu'il a dit , et bien plus dignement , bien plus parfaitement qu'il ne l'a dit; et s'il y avoit quelque ambiguité dans ses maximes , à l'instant elle seroit dissipée par Tévi* dence de ses œuvres^

■ Quœnam doctrina hœc nos^a? Quelle est donc cette divine loi , aussi pure dans ses lumières que sublime dans ses motifs, aussi puissante dans sa parole que simple dans sa perfection ? Mais que fais^je , Mes Frères? où est donc cette loi , et dans quel cœur liabite-t-elle? Nous avons souvent rapproché la morale du paganisme de la morale évangélique, et nous avons vu qu'elles diiFèrent autant l'une de l'autre , que la terre est séparée du ciel j

Sur xa loi chrétiehsè* 2^5

et les tënèbres de la lumière : mais si nous com« parons disciples à disciples , et vertus à vertus , ô mon Dieu! quel contraste! et quel opprobre pour votre loi! Qui a donc opéré cette révolution fatale? comment s est préparéecette chute rapide de toutes les vertus chrétiennes ? comment s'est donc éteinte cette flamme céleste qui embrasoit le peuple saint? Hélas! pourquoi le demander? C'est que l'on s'est enfin persuadé qu'on pouvoit être heureux sans Jésus-Christ , et que chacun peut se suffire par sa propre sagesse. Voilà , Chrétiens ^ la grande erreur qui a tout perverti , et qui con* sommera bientôt notre dégradation. Hâtons-nous donc de la combattre. Vous avez vu l'excellence et la perfection de la loi chrétienne j voyons main« tenant ce qu'il faut penser de cette loi naturelle que les sages du siècle s'efforcent de lui opposer: c'est mon second point»

iV^ilSrS^lPlDIPDS,

mf

Ce Panégyrique se prononçoit tous les dix ans , de? vaut rassemblée générale du clergé de France , qui se tenolt au couvent des Grands-Âugustins de PàrlSf Le clergé regardolt avec raison le saint docteur comme son principal patron, et en faisoit par conséquent célébrer la fête avec la plus grande solennité. C'étolt }a seule occasion où un ecclésiastique du second ordre eût rhonneur de parler devant le corps des premiers pasteurs. Cétolt un motif d'émulation pour les talens qui se consacrolent à la chaire ; et l'on voit que ce corp^ illustre ne négligeolt rien pour les encourager et les met? tre sur la vole des récompenses. Hélas ! qui nous eût dit ^lors que c'étolt pour la dernière fols que devolt se cér )ébrer cette grande solennité ; que la chaire où nous prononcions ce Panégyrique auroit 4îsparu dans dix ans ; que de ce temple où nous parlions , il ne resterolt pa; pierre sur pierre, qu'il serolt transformé en un marché immonde ; et que de cette belle et magnifique église de France qui nous honorolt d'une si bienveillante allentio^. , il ne resterolt plus qu^u^e piqbr^ illust)*e , ty\slp témoin 4e ses débri^.

Super populum meum constitui te.%*». sapieruia et seien* tia data sunt tibi, ,..• er gloriam daho tihi, .

Je vous ai établi sur mon peuple ; la sagesse et la scûsnce vous ont été (jloDQçes, «t je vous donnerai la gloire.

JI Pabal. I, II, I2«

. Messeignedrs,

Quoique la science et la vertu paraissent à la première vue indépendantes Tune de l'autre , il n'est pas moins vrai qu'il existe entre elles des rapports très-réels et une liaison très-intime. Distinguées par leurs objets , leur fin et leurs moyens , elles n en ont pas moins , dans Tordre de la religion , une influence réciproque. C'est des vives lumières que naissent presque toujours les grands sentimens 3 c'est des grands sentimens que viennent ordinairement les vives lumières. Guidée par la vertu , que da tristes écueils n'évite pas la science ! enrichie par la science ^ que de nouveaux moyens d'ennoblir soo.

i8a -PANÉGYRIQUE

hommage n'acquiert pas la vertu ! Alors l^une s'élève sans orgueil, Tautre s' abaisse sans fqlblesse 3 et voilà la vraie explication de ces paroles dç mon texte : La sagesse et la science vous ont été données , et je vous donnerai la gloire.

Qui jamais posséda plus éminemment cette gloire suprême cjue Timmortel évêque d'Hippone , dont la solennité rassemble ici cet auguste auditoire ? Quel est donc cet homme extraordinaire qui, s'é-< lançant comme un géant pour remplir sa carrière, parut réunir tous les célestes dons que l'Esprit saint partage entre les autres; cet homme devant lequel les bornes de l'esprit humain semblent s'être reculées; qui , après avoir tout su , tout creusé , tout expliqué , né pour répandre ses pensées , comme le soleil sa lumière , fut encore moins grand par son génie que par son ame , par ses lumières que par ses sentimens; qui sut faire servir à son propre triomphe les erreurs de ses premiers jours ; qui aima d^autant plus la vertu qu'il avoit plus connu le vice , et ne sembla d^abord donner dans les derniers excès de la crédulité que pour embrasser , en quelque 3orte, les deux extrémités de Vesprit humain.

C'est à ce grand homme , c'est à ce grand évêque , que l'église Gallicane rend aujourd'hui un hommage si solennel. Je vois autour de son autel . tous les voy ans en Israël s'honorer d'être ses disciples , tous les vieillards du sanctuaire abaisser devant lui leurs cbaires sacrées , et s'efforcer de rendre à sa mémoire tout l'éclat que l'épiscopat tient de lui ; ^ j^ le§ yqU suspendre en ce jour leurs utiles tr^-»

DE SllNT A€GCSTm. . :28l

vaux , pour remercier le ciel du plus superbe doa <[u'il ait fait à l'Église. Ah! sans doute , il ne man* que à ce magnifique concours qu'un orateur digne de célébrer le plus illustre des pontifes devant le plus illustre des clergés de TEurope. Mais la gloire de l'évêque d'Hippone n'a pas besoin des prestiges de Tart : si mes expressions ne répondent pas à la grandeur de mon sujet , les choses parleront assez d'elles-mêmes. Votre présence le louera bien plus éloquemment que mes foibles discours, et vos exemples m aideront à persuader tous les prodiges que je vais vous raconter.

Par queb honneurs la religion pourra- t-elle donc s'acquitter de ce qu'elle doit à Augustin ; et quels tributs de reconnoissance pourront jamais égaler ses services? Ne peut-on pas dire que la noble église des Gaules acquiert plus' de gloire elle-même par le culte éclatant qu'elle lui décerne en ce jour , qu'elle ne peut en procurer à ce pontife immortel dont les écrits éclairent tous les lieux , dont le nom. est dans toutes les bouches?

, Pour entrer dans l'esprit de cette sainte cérémonie , nous offrirons dans Augustin un grand modèle aux princes des prêtres j nous le présenterons tantôt apôtre par son zèle , tantôt prophète par son éloquence , toujours vainqueur dans la tribune et^dans l'arène 3 ici nouvel Esdras , pour déployer avec magnificence les merveilles de la loi j là nouveau Machabée , pour réparer les ruines du sanctuaire ; partout nouveau Jérémie , mur d^airain ^t çolppne de fer; npuveau Paul . puissant à exhorter

a82 PANÉGYRIQUE

dans la saine doctrine et à reprendre les contra* dicteurs; semblable enfin à l'Éternel , qui extermine rimpie du soufQe de sa bouche : et franchissant tous les intervalles qui pourroienf retarder le but moral de ce discours , nous nous hâterons de le iplacer sur le chandelier d'où ses talens et ses vertus vont éclairer le monde.

En séparant , dans l'éloge d'Augustin , l'éclat de jSa piété d'ayec celui de son génie , nous serons souvent forcés de les confondre l'un et l'autre j souvent il nous faudr» montrer la sainteté dans les talens , et les lumières du docteur dans les travaux du saint évéqué. Nous ne pourrons point tel^ Cernent nous occuper de sa vertu, que nous oubliions sa science , ni célébrer sa science que nous n'ayons à peindre en même temps quelques traits de sa vertu ; et , par une exception aussi rare que mou sujet est grand, tout parlera pour Augustin jusqu'au désordre même où m'entraînera son éloge. Voici donc le double objet de votre admiration-: Augustin honorant l'épiscopat par ses vertus , Augustin défendant la religion par sou génie, j^ye^ Mariât

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