‹ Sermons et discours inédits (volume 2)Chapitre 21 sur 51 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

, Ce seroit , sans doute , un grand et touchant spectacle , que de suivre Augustin dans les jours de ses erreurs et dans les combats de ses passions | que de raconter ces longs efforts qui le travaillent pour enfanter la vérité et la justice, de découvrir

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ce cœur tel qu'il le peint lui-même , enchaîné noa par des liens étrangers , mais par sa volonté plus dure que le fer; attiré tour à tour par les amorces du vice et par les attraits de la vertu, toujours battu comme les flots d'une mer agitée ; tantôt élevé jusqu'aux cieux par la violence de ses désirs , ,et tantôt précipité jusqu'aux abîmes par la force de sespenchans ; presque en un même instant pro? mettant tout , i^étraetant tout ; ne pouvant ni supporter son crime , ni s*en repentir ; toujours portant au milieu de ce vide immense que lui laisse le monde , le poids d'une grande ame qui se sent déplacée 3 toujours tombant , se relevant, tombant encore , jusqu'à ce que celui qi;ii tient nos cœurs len sa main souveraine daigna enfin se faire enteiîr drè , et d'un seul mot appela la lumière une seconde fois.

Ce ne seroit pas un tableau moins intéressant de le montrer au sortir du bain sacré de la ré-r génération baptismale, de vous faire admirer dans l'esclave de la volupté le martyr de la pénitence-, dans l'homme le plus vain le chrétien le plus sim-r pie , dans le plus ambitieux un miracle d'abnégation ; préférant désormais le port de la retraite et l'obscurité aux brillans écueils de la gloire; plus courageux que le jeune homme de l'Évangile , vendant tous. ses biens, quittant tout pour retrouver tout, et ne s'affranchissant ainsi de l'empire des sens, comme de celui de la fortune, que pour s'é-r }ancer de toute son ame. vers le souverain bien.

^ous ces objets sont grands^ mais de plus adqpijîr

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bles encoïe nous frappent et nous appellent : c'est Augustin place sur le chandelier de l'Église , c est sa vie pastorale dont chaque instant est illustré par un nouveau bienfait, c'est le tableau des vertus immortelles dont il va honorer son épiscopàt.

Vous savez, mes Frères, par quelle sainte violence il fut promu au sacerdoce , et de combien de larmes il arrosa les mains dont il reçut Fonction sacrée. Sa timide piété étoit encore inconsolable, quand tout à coiip il se vit imposer le fardeau de Tépiscopat. Quelle fut sa nouvelle douleur à cette élévation nouvelle I Toute lardeur que met un ambitieux à poursuivre une grande place, Augus-^ tin l'emploie à la fuir. U rappelle les désordres de sa vie passée , il calomnie sa vie présente 3 inutiles efforts ! Le créateur peut bien cacher les astres et les renfermer sous le sceau, ainsi que s'exprime un prophète (tob. ix, 7.) 3 mais l'humilité peutelle cacher la vertu? Sa propre résistance trahit ce prêtre modeste ; la voix publique le proclanie , et conduit par Valère qui l'a désigné à son peuple , il monte , en soupirant , sur le siège d'Hippone , où nous le verrons s'illustrer par Tes prodiges de sa charité, par les succès de ses instructions, parl'ac^ tivité de son zèle.

Ici , mes Frères , comment vous raconter les tendre effusioqs de sa charité pastorale? Représentez-vous d'abord Augustin formé par les mains seules de la nature j peignez-vous ce cœur tout de feu, cette ame aimante, dont la trop vive sensibilité a fait tous les malheurs j dont l'excessive

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bonté a causé toutes les fautes 3 retracez-vous cette ame simple et confiante ^ cette ame noble et élevée qui n'a jamais connu ni les ressentimens de la haine | ni les tourmens de la jalousie , ni les détours de la .duplicité; qui, dans ses amitiés, n'a pu souffrir aucune réserve, dans ses dons aucun intérêt : voyez ce tendre fils de la tendre Monique , ce généreux ami d'Alype et de Romanien j voyez-le inconsolable de la perte dôNébride , au point d'être pbligé de fuir les tristes lieux ou il a perdu , dit-il , la moitié de son ame. Si cet homme sensible,' autant que généreux , s'est dévoué à un état sacré dont le premier devoir est la miséricorde , si cette ame si belle tourne vers Dieu ses affections, si ses verlus morales sont ennoblies par la foi , si ce grand cœur s'épure et se dilate encore au feu sacré de la religion , et que toute l'ardeur de la charité se joigne . alors à toute la sensibilité de la nature, quel grand caractère doit prendre en lui ce vif besoin qu'il a d'aimer ! Combien ses généreux pencha ns , en devenant plus saints , en vont-ils devenir plus forts! combien aimable deviendra sa douceur! combien active sa compassion! combien touchante sa bonté naturelle! avec quelle tendresse celui qui a tant éprouvé l'humaine fragilité traitera - 1- il les pécheurs! avec quelle indulgence accueillera-t-il le repentir et les excuses! avec quel hérx)ïsme il se dévouera au bonheur de ses frères! C'est ce qu'on admira dans levêque d'Hippone. Quand son coeur s'ouvre à tous les besoins, sa main s'ouvre à tous les bienfaits. Faut-il protéger un pupille et accueillir

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un orphelin j c'est Fempressement dWe mérej assister un infirme, il y vole; pleurer avec ceux qui pleurent , c'est sa plus douce occupation; courir après une brebis errante, nulle fatigue ne lui coûte j consoler des pécheurs abattus par le désespoir , le lait et le miel coulent de ses lèvres ; réconcilier des ennemis , c'est le preipier de ses talens j assister tout un peuple dans des temps de calamité , ii se dépouillera , il vendra jusqu'aux vases du sanctuaire; enfin , compatir aux humaines foiblesses, il n'est sévère et dur que pour le seul méchant? Que dis- je? le méchant même a des droits sur son cœur. Un pasteur peut-il trop dilater ses entrailles? que n'a-t-il le pouvoir de pardonner, à tous les criminels , ou du moins d'alléger leurs chaînes ! Ah ! s'il n'a pas le privilège de faire grâce , il a du moins relui de la solliciter, c'est le beau droit de sa mission , et les ministres de la justice seront toujours importunés par ce ministre delà clémence. A Dieu ne plaise , mes Frères , que je vienne ici trop louer un évêque d'une vertu sans laquelle il n'est point d'évêque! mais outre qu'Augustin la fit briller d'une manière si éclatante, on se plaît d'autant plus à le voir rapproché des honimes par la bonté de son cœur, qu'il en paroît plus éloigné par la hauteur de son génie On aime à suivre cet aigle hardi, qui, des célestes régions où l'ont élevé ses pensées , descend avec délices dans les détails obscurs de la miséricorde ; jamais sans doute il ne nous paroîtra plus grand que dans ce magnifique accord de tout ce que le sentiment a de plus doux et rintclligcnce de plus sublime.

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Inépuisable charité d'Augustin; elle se signala surtout envers les hérétiques. Que de ménagemens pour fléchir leur orgueil! que d'artifices innocens pour les ramener au bercail! que de prières au ciel, afin d'aimer, dit-il , leur conversion et leur salut, et non leur confusion et leur ruine î Déjà il détermine trois cents évêques catholiques à partager les honneurs de l'épiscopat avec les pontifes errans qui rentreront sincèrement dans l'unité, ic Quoique » vous ne le vouliez .pas, dit- il à ceux-ci, vous }) êtes mes frères > bons ou mauvais, vous êtes mes )» frères. Avons-nous donc assez plaidé? avons- }» nous assez disputé ? Enfans du même père , soyons » amis par la charité. Et pourquoi ne le serions- » nous pas? il ne s'agit pas de partager lliéritage^ 3» il est à vous comme à nous; mais d'en jouir tous jè en commun , mais de le posséder. y> Quel langage , mes Frères ! et dans quelle circonstance leur fait-il une invitation si touchante et si généreuse? C'est au milieu de ses plus grands succès , dans ces momens si enivrans pour l'homme même le plus humble , où les ennemis hautains qui l'ont si souvent défié sont publiquement confondus; c'est dans un temps où, ami de César, il peut aussi facilement les accabler du poids de son crédit que de celui de son génie. Et qui sont donc ces hommes qui intéressent tant sa charité et sa tendresse? Ce sont ceux mêmes qui tant de fois ont attenté à sa vie , ces féroces Circoncellions qui ont brûlé les temples et massacré les prêtres ; ces fanatiques insensés, qui , contens également de donner la n^ort

et de la recevoir , répondent tour à toiir aux ctâtimens par la fureur, et à la douceur par Taudace. Et dans quel siècle leur montre-t-il tant d'indulgence et de modération? C'est sous l'empire des Théodose et des Honôrius , pour qui Textirpation de l'hérésie paroît autant un devoir de piété qu'une affaire de politique. C'est alors qu'Augustin se place entre les réfractaires et le glaive des lois j c'est alors qu'il plaide pour la conservation de leurs biens et de leur fortune , alors qu'il refuse hautement de profiter de leurs dépouilles , alors qu'il écrit au pro-^^ consul d'Afrique de détester les erreurs , mais de ménager les personnes; alors enfin, qu'il écarte les soldats d'Honorius qui voudroient commander par la violence ce qu'il veut obtenir par la persuasion. Oh! combien la religion est grande , quand elle inspire de pareils sentimens ! combien s'honore le mortel qui en connoît ainsi le véritable esprit! Qu'armé du bouclier de la foi , il en terrasse les ennemis , c'est le triomphe de sa cause , et je bénis le Dieu qui lui a donné de les vaincre ; mais qu'au milieu de leurs emportemens , il n'abuse jamais ni de sa supériorité ni de son zèle , c'est le triomphe de sa vertu , et je tombe aux pieds du héros qui sait ainsi se surmonter lui-même. Quoi donc ! je ne fais que commencer son éloge , et je n'ai presque plus besoin de rien ajouter à sa gloire.

Après avoir gagné tous les cœurs par sa charité , Augustin les subjugue par son éloquence, et un nouveau degré de gloire va rejaillir sur son épisco* pat , le succès de ses instructions. Oui , mes Frères ,

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3'il 6st sur la tei're un ministère respectable , c'est sans doute celui qui donne à la morale un organe public j où ce qu'il y a de plus puissant parmi les hommes, l'art d'émouvoir et de persuader, est employé à poursuivre le vice et à faire aimer la vertu; où Tora leur sacré , parlant au nom du ciel, discute avec une sainte liberté, non les intérêts d'une famille, non les intérêts d'une nation , mais ceux de l'humanité entière; où rassemblant au pied des saints autels les peuples et les rois ^ il annonce aux uns la vérité que leur dérobent les flatteurs , révèle aux autres ces moyens de bonheur que leur ravissent les passions , et les confond ensuite tous ensemble sous le pouvoir d'un même juge, et la grandeur d'un même Dieu. Mais si ce ministère, déjà si grand et si utile par lui-même , est encore honoré par l'orateur qui le remplit j si cet interprète du ciel , à un talent sublime, joint une éminente dignité ; si , né avec des passions vives , il a su s'en rendre le maître; s'il soutient l'ascendant de son autorité par celui de sa vertu , si ses moeurs impriment encore plus de respect que son caractère , et pour tout dire enfin , s'il réunit le double empire de l'éloquence et de la sainteté , alors , mes Frères , nul mortel n'est plus digne de faire parler Dieu , et la plus' forte domination est exercée sur les esprits et sur les cœurs. Tel est le vrai triomphe de l'apostolat d'Augustin. Déjà il s'y prépare par la prière et la retraite; comme Moïse, il s'enfonce dans la nuée : là il écoute au fond de son ame l'invisible prédicateur qu'il doit représeiv-

Tom. 3. i^

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, ter ; semblable à l'aigle du Liban , dont parle Ézéchiel ( ezech. xvii ? 3* ) ) ^^^ ^^ nourrit de la znoè'Ue du cèdre , il se nourrit du suc et de la substance des livres saints. Il pénètre à la fois les profondeurs du cœur hûnlain et celles de l'É- Vangile, et déyprant , suivant lexpression d'un prophète (apoc. x, 9. ), le volume sacré, il y goûte à loisir ces beautés immortelles comme le Dieu qui les inspira.

Cependant les besoins de l'Église l'appellent j

, Valère le sollicite, et dérogeant pour lui aux lois expresses de l'Église d'Occident, il confie au prêtre Augustin le ministère de la prédication , jusqu'alors réservé aux seuls évêques. Qui leût cru , Messeigneurs? cette honorable exception n'éblouit point Augustin; il ose résister encore , ses propres précautions ne le rassurent pas, il craint de profaner par trop de précipitation l'emploi auguste des prophètes. Mais quoi! n'est-il donc plus celui que ses ennemis mêmes ont appelé le dieu de l'éloquence? n'est-il plus ce maître célèbre qui vient d'enseigner ce grand art à Rome et à Milan, à Madaure, à Garthage? Oui, sans doute ; mais, effrayé de toute la distance qui sépare Thomme de Dieu de l'orateur profane , il craint encore d'avilir dans sa bouche la majesté de la religion. Ainsi le grand Chrysos^ tome^ne parut qu'en tremblant dans la chaire d'Antioche ; ainsi, ministres saints, apprenons - nous par de mémorables exemples , à ne monter qu'avec effroi dans la tribune sacrée, à ne point prendre ici notre témérité pour le talent, pour vocation

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notre confiance , et à craindre toujours que de trop légères épreuves ne nous fassent porter en des mains încertaiDCs le tonnerre de Dieu , et ne changent en un vain son cette parole magnifique qui a con^ quis le monde.

Vous pressentez déjà, mes Frères, les éclata na succès que préparent à Augustin de si rares dispositions. A peine ce nouvel ange du Seigneur a-t-il paru sur la montagne , qu'Israël vient en foule entendre avec respect les paroles de la loi. Frappé d'étonnement , comme si l'Évangile leur étoît an^ nonce pour la première fois , son peuple transporté l'interrompt par des acclamations : mais qu'im- ' portent à Augustin de stériles suffrages? il demande des larmes ; il fait plus , il les obtient. Du haut da la chaire d^Hippone partent ces traits hardis qui déchirent les cœurs et épouvantent les consciences» Tous les abus , il les signale j tous les scandales , il les attaque 3 toutes les superstitions, il les pour^ suit. Chaque année , les habitans de Césarée se di-^ visent en deux partis; le frère s'arme contre son frère, le père contre ses enfans , l'ami contre son ami ; il se livrent des combats meurtriers , pour Tunique plaisir de signaler leur force ou leur adresse : Augustin parle , et la fureur de ces barbares est enchaînée , l'humanité reprend ses droits , et à la gloire de l'orateur , une coutume aussi ancienne que. féroce ne déshonore plus ni la religion ni 1^ nature. Pour plaire à des païens puissans, le peuple dlïippone ne craint point de se mêler à leurs cérémonies sacrilèges, ou. du moia3 d'autoriser par

sa présence le culte des idoles : Augustin parle , et son peuple rougit de cette espèce d'apostasie ^ €t avouant qu'il ne peut y avoir aucune convention entre Jésus-Christ et Bélial, il abjure pour jamais une si basse complaisance. Après qu'il a épuisé ses trésors , les pauvres ont recours à son éloquence} il parle, et déjà il fait pâlir les riches, qui, non contens de revêtir à l'instant les membres de Jésus-Christ , prennent encore le solennel engagement de renouveler chaque année le même acte de miséricorde. Pour célébrer la fête des mar-* tyrs , les fidèles d'Hippone souillent les temples saints par des festins profanes : il parle;... mais que vois-]e? et d'où vient cette résistance inouie? B'est-ce donc plus le même peuple, ou n'est-ce plus le même apôtre? Il parle, et on murmure; Û insiste, on le brave; il redouble de zèle, et on redouble d'obstination. Vains obstacles ! le scandale est trop grand , Augustin ne cédera pas , ou plutôt il cède, mais ce n'est que pour obtenir un triomphe plus sûr. Comme l'apôtre, il'exhorte en toute patience. Au bruit des anathèmes succèdent les douces invitations, il supplie, il conjure, il s'humilie, il pleure : ah! l'homme est tout puissant quand il emploie de telles armes. •* Bientôt le peuple pleure avec lui; c'en est fait, la maison de prières n'est plus un lieu d'intempérance , et les martyrs sont honorés par des hommages dignes d'eux. Quel est donc ce grand homme, dont la parole, comme celle de l'Éternel , ne retourne jamais à lui sans effet ? quel est cet homme encore plus grand, qui, après

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de pareils triomphes , se plaint de ce que sa langue ne peut suffire à son cœur ; qui s'attriste , dit-il , de ne point rendre la vérité telle qu'il la voit et la sent dans son ame? Ah ! qui jamais posséda mieux que lui le grand art de la rendre sensible? combien ses sentimens dévoient être sublimes , s'ils surpassoient ses expressions! Qui peut méditer ses discours ) et ne pas admirer ce prodigieux talent de la persuasion qui se produit sous tant de foi:mes différentes? ici cette méthode , qui, par un. ordre progressif, marche toujours au but ; là cette noble confiance qui attend tout de Dieu , rien de luimême ni de son art , et qui , le transportant du sein de la Divinité au milieu de ses auditeurs , lui fait dire cette belle parole : Voilà, mes Frères, ce que Dieu m'a donné pour vous ; hœc nobis do^ nwit Deus; quelquefois cette profusion deriches- :ses, pour peindre avec magnificence les augustes attraits de la fille du ciel ; plus souvent cette simplicité touchante et cette heureuse négligence qui dédaigne tout prestige de l'art j toujours cette habileté à suivre pas à pas les subterfuges des passions, à négocier, pour ainsi dire, avec elle, ou cette force prédominante qui les atterre et les confond , sans leur laisser ni le moyen de se précaur tionner, ni le temps de se reconnoître.

Mais je ne puis ici résister au plaisir de l'entendrej il vient de parler de la paix, son peuple «st attendri, ses larmes coulent. « mes frères! Vécrie-t-il, de quelle joie vous vois-je tous saisis? Jamour de la paix vous transporte j je n'ai encore

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rîen dit, je n'ai encore rien expliqué, et son nom fieul vous fait tressaillir d'allégresse : mais que yous dirai-je maintenant qui égale ce transport? qu'ajouterai-je à yos larmes? elles ont prévenu , elles ont surpassé tous mes raisonnemens , et je me sens trop foible pour achever mon discours. mes fils bien-aimés! si la seule pensée du bonheur de la paix vous communique une si douce ivresse , que sera-ce quand yous Ja goûteres^ dans sa source , quand yous la verrez dans son principe , et qu elle versera sur vous le torrent de aes ineffables délices? » Quel mouvement et quelle onction ! Le grand regret de saint Fulgence étoit de n'ayoir pu entendre Tapô* tre des nations annonçant rÉvangile.. Saint Gbryisostôme désiroit seulement de voir et de toucher la cendre auguste de cette bouche vénérable. Qui de nous H/'éprouye pas ici les mêmes sentimens à l'égard d'Augustin? Ali! si ses expressions, rendues en muets caractères , sont encore aujourd'hui si animées et si vivantes , quelle devoit donc être leur puissance en partant de son cœurl Mais il nous faut encore écouter ce grand homme. « Que désiré-je? pourquoi parlé-je? pourquoi suis- je au inonde ? pourquoi suis-je évcque , sinon pour vivre en Jésus-Christ , mais pour y y ivre avec yous ; sinon pour être sauvé, mais pour l'être avec vous? C'est là ma passion , ma gloire , mon honneur , me^ richesses ; non , je ne veux pas être sauvé san^ yous. » C'est par de pareils mouvemens qu'Augustin entraînoit son peuple , c'est avec cet enthour siasme 4ivip ^u'il prQduisoit ces grands effets 4s

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la parole qu'on ne connoît plus aujourdliaî. O douleur! 6 décadence du premier et du plus sublime des arts! qui a donc affoibli cette ancienne vertu du ministère évangélique ? Gomment s'est donc éteinte cette foudre divine , qui des prophètes fut transmise aux apôtres, et des apôtres aux ministres des premiers siècles? Est-ce le prêtre, est-ce le peuple qu^il faut en accuser? est-ce que l'éloquence sainte doit subir , comme tous les arts , la révolution des temps? est-ce qu'avec sa simplicité elle a perdu toute sa force? est-ce enfin qu'une fausse sagesse auroit communiqué même aux orateurs sacrés sa triste aridité ? Quoi qu'il en soit , mes Frères, pleurons amèrement sur la fatale stérilité dont est ^frappée la chaire sainte. C'est la grande plaie de l'Église, c'est le plus terrible fléau dont Dieu ait pu punir un siècle d'incrédulité. Pontifes du Très-Haut , souffrez que nous ranimions ΀i votre zèle. Non , il ne peut pas être éteint ce feu sacré de l'éloquence chrétienne , il n'est que ralenti ; pour briller, il n'attend que vos soins , et, pour ainsi dire , que le souffle de votre sollicitude ; parlez^ et il se montrera, comme autrefois fût ranimé le feu sacré caché dans les entrailles de la terre. Relevez souvent par vos exemples la première fonction de votre épiscopat j veillez sur les ministres inférieurs qui la tiennent de vous. Retenez l'impatience des uns , encouragez la modestie des autres , honorez les efforts de tous , et vous verrez paroître alors des oracles de Juda et des prophètes

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en Israël , et vous aurez la gloire d'avoir ressuscité cette sainte parole , cette parole magnifique qui a sauvé le monde après l'avoir créé , et qui le sau? vera encore , $i vous joignez à son autorité l'éclat de vos vertus et l'ascendant de vos exemples»

Nous pensons bien sans doute, mes Frères, que ce zèle si véhément , dont l'évêque d'Hippone anima ses discours, ne fut pas moins actif dans les autres fonctions de son ministère. Premier serviteur de son église , ainsi qu'il s'exprime lui-même , toute 3on an^bition fut d'en procurer la sanctification et la gloire. Déjà s'élève auprès de lui une école sacerdotale où se discernent les vocations autant que les talens. A l'ombre d(3ce cèdre majestueux crois-» i^ent ces jeunes plantes qui doivent donner du fruit dans leur temps. Qu'on aime à voir ce grand évéque au milieu de tous ces ministres qpe ses lumières et son rang lui donnent pour disciples , et que sa modestie lui a donnés pour frères ; les honorer par une sainte égalité , les élever au-dessus du vil intérêt , pour que , contens du nécessaire , ils n'aient rien à désirer que la gloire de leur état ; les conduire enfin à la plus haute perfection par l'observance d'une règle uniforme qt d'une vie commune ; et imissant l'eçprit de zèle à l'esprit de retraite , le goût de la contemplation à celui de l'étude , donner ainsi dans l'Occident le premier exemple de la vie 'religieuse. O noble et respec- ^ble origine de l'état mpnastique! ô ferveur pripiitjyg des cloîjrgs ! ?§Ues vé»ér»tWe§ ^ui fute? §i

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long-temps le rempart de la religion , le sanctuaire des plus hautes vertus , Thonneur de la nature humaine!. •• Sainte Église de JésusrChrist , viensr-je ici réveiller ta douleur? viens-je, à l'exemple dei5 profanes, insulter à tes disgrâces? Ah! loin de. nous toute censure jimère; laissons au siècle sa ni^alignité , et trop souvent son injustice^ A nous les larmes, les regrets, les prières, les vœux les plus ardens pour la régénération de la tribu cénobitique. Eh quoi! tout seroit-il désespéré pour elle? la religion n'auroit-elle donc plus que des pertes à faire , çt des malheurs à déplorer ? Ah ! s'il faut retrancher de ce graùdarbre, qui a fleuri si longtemps à l'ombre des autels, quelques branches arides , que ce soit du moins pour que le tronc en soit plus sain et la sève plus vigoureuse, O Israël! puissent tes pavillons réprendre leur beauté pre-r inière! puissions-nous les voir refleurir ces grands corps dont Augustin a été le premier patriarche et le premier législateur; ces tribus sacrées enri-? chies de son esprit, qui, après avoir défriché nos déserts, ont cultivé nos lettres, qui ont fondé nos hôpitaux et créé nos écoles, et qui ont plus formé parmi nous d'établissemens utiles, que les génies les plus féconds n'ont imaginé de projets : elles seules peuvent aujourd'hui remplir ces vides effrayans qu^a laissés dans l'éducation publique le génie de la destruction , et réparer ces ruines fatales dont la nation est alarmée , et qui déjà l'éclaijrejit trfsjteiiiept sur cejtte grande yéritéj <jue, §1

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pour abattre il faut ua jour, pour construire il faut des siècles (i)!

Après s'être appliqué à réformer les ministres sacrés , Augustin porte encore son zèle vers le bien

(i) A celte époque venoit fi être formée la commission des réguliers^ séante à Saint-Denis, composée d'évêques et de conseillers d'État, pour la réforme des ordres religieux, laquelle ne laissoit pas sans inquiétude les amis de 1 état monastique. Déjà plusieurs suppressions avoient été effectuées, et on en méditoit même beaucoup d'autres, quand la révolution vint consommer ees fatales opérations, plus conformes à Tesprit du siëcle qu'à l'esprit de l'Eglise, et qui sembloient nous présager toutes les destructions dont la religion de voit bientôt devenir la victime. Cette commission paroissoit dangereuse à beaucoup de gens sages, et le Parlement fit à iQet égard des remontrances, présentées au Koi le lo février 1784, dans lesquelles il s'élevoit avec force contre la violation des formes. A l'entendre > on ne pouvoit pas toucher à la congrégation de Saint-Maur ni à la moindre partie de ses biens, sans ébranler TÉtat, et sans compromettre toutes les fortunes publiques et particulières. Hélas! que n'avoit-il montré le même zèle et le même attachement aux formes et aux lois, lorsqu'il avoit été question de détruire une congrégration , bien plus importante et plus utile encore , contre toutes les lois divines et humaines, et malgré la réclamation solennelle du Pape, de tout le clergé de France et du Roi lui-même! et comment ce même Parlement, si scrupuleuç «t. si sévère pour les formes, si jaloux des droits des citoyens, lorsqu'il s'agissoit de la Suppression de quelques maisons de Bénédictins, se montrât- il aussi injuste que passionné, aussi ingrat qu'imprévoyant, lorsque, sans forme de procès, il prononça l'arrêt de mort de tout un corps illustre par ses vertus et par ses services, et confisqua indignement ses bien;^ »fxns aucun profit pour personne? {Note de Fauteur»)

<fe l'État. Convaincu qu'il n'est évêque que pour être plus citoyen , il ne travaille pas moins à servir la patrie que la religion, et rien" de ce qui concourt à la félicité de l'empire ne peut lui être iiîdifférent. Voler au secours de la majesté trahie , en ramenant à son devoir un sujet puissantet rebellej solliciter avec une sainte hauteur la diminution des tributs publics, défendre contre les oppresseurs les pauvres habitans des campagnes , être l'arbitre de tous les différents , le pacificateur de toutes les familles , le négociateur même des affaires publiques , toutes les fois que la patrie invoque sa médiation, tels soirt les glorieux travaux parlésquels Augustin croit devoir honorer son ministère. Eh! qui oseroit ici l'accuser d'en avoir franchi les limites? Un évêque n'est-il donc pas, ainsi que parle saint Grégoire , le promoteur par excellence du bien public? n'est-il pais toujours à sa place dès qu'il sollicite le bien , de quelque espèce qu'il puisse être? ne sert-il pas la religion en servant l'humanité? et jamais sa dignité est-elle plus vénérable que lorsqu'elle a pour but d'unir les intérêts de la terre avec les intérêts du ciel? Malheur à moi sans doute , si oubliant cette parole , que le pontife est consacré pour les choses qui sont de Dieu , je changeois en soins profanes ses fonctions augustes et ses saintes sollicitudes! mais j'ase me servir du grand exemple d'Augustin contre l'abus d'une piété peu éclairée , qui , pour trop resserrer l'exercice du sacerdoce , en affoiblit l'autorité , et f^yorfse l'esprit irréligieux^ du siècle (jui se plz^ît

3qO FANÉGTRIQCE

à lui contester son heureuse influence. Cet abus ne tend à rien nioins qu'à rendre étrangère à la félicité publique la plus belle domiuation qui soit 4ans l'univers , celle qui prend sa source dans la toute-puissance de la vertu et de la vérité , comme tous ses moyens dan^ l'ascendant de la douceur et des exemples*

Mais ce n'est encore ici que le prélude de's travaux d'Augustin 3 il a jeté un regard sur le monde , et il a vu que , pour son zèle , le monde entier n'est pas trop grand j sietit, et mens us est terram (habâc, Wj 6p)f Fortifié par la pensée d'un grand evéque des premiers siècles , que l'épiscopat est un, et que tous les pasteurs en sont chargés indivisiblement I son zèle n'a plus d'autres bornes que celles du monde chrétien , et trouvant trop (étroit le cercle où le renferme son troupeau , il se rend comme personnels les soins et les travaux de toutes les églises j stetitj et mensus est terram. Profitant de l'ascendant que lui donne sa renommée , et des honneurs hiérarchiques que lui a mérités 3a vertu , il paît en quelque sorte les premiers pasteurs , il veille sur leur élection , il dirige le choix des peuples, il anime la piété des Césars , il éclaire leur zèle , il est l'ame de ces fameux conciles , qui , sans être œcuméniques , auront la gloire de changer la face de la religion et de fixer sa discipline. Du fond de ce nouveau cénacle qu'il a formé auprès de lui, sort une foule d'ouvriers, qui, remplis de son esprit, vont porter sur les di0éren3 sièges la vigueur de l'apostolat. Hippow

DE SAINT AtGUSTlK. 3oi

n'est plus petite parmi les villes de Juda , et ce foible hameau devient, l'oserai-je dire? une seconde Rome qui a fixé les yeux de l'univers : ses règles sont , pour ainsi dire , le modèle et le code des autres églises} son pontife est consulté des extrémités de la terre , et ses oracles révérés vont porter la lumîeVe jusqu'au foyer de la lumière ; ce siège obscur de l'Afrique devient comme le guide et l'appui du siège de Pierre : de sorte , mes Frères , que ce n'est rien exagérer quand nous dirons que ce que saint Athanase avoit été en Egypte, saint Basile dans la Cappadoce, saint Hilaire dans les Gaules , saint Ambroise à Milan , Augustin sem* bloit l'être alors dans la catholicité , veillant sur tout, dirigeant tout, instruisant tout, et apprenant ainsi à la postérité t;out ce que peut uîi seul évêque animé de l'amour de la religion et de l'esprit de son minisière istetit, et mensus estterram. Quel pasteur^ pourra se plaindre désormais du poids de ses fonctions, quand il verra l'immortel évêque d'Hippone dévoué tout entier au salut des autres églises , comme si son diocèse lui étoit étranger, et tout entier à son diocèse, comme si les autres églises n'existoient pas pour lui j gouvernant les monastères avec autant de soin qui si ses fonctions pastorales ne l'appeloient pas au dehors j livré à ses fonctions pastorales , comme s'il n'eût point veillé à l'intérieur des monastères ; absorbé dans l'étude, et toujours en action? Il ranime ce zélé divin , même sous les glaces de la vieillesse et sous les ruines de son corps j du lit de sa douleur, il

3o» PANÉGYRIQUE

instruit, s'il ne peut agir; il pleure sur la triste îavasion qui désole l'Afrique , il console ceux qui souffrent persécution , il encourage ceux cfui sont ébranlés , il ramène ceux qui ont succombé , et il croit encore n'avoir rien fait, s'il ne se choisit un successeur fidèlje qui perpétuera tout le bien qu'il a entrepris , et perfectionnera celui qu'il n'a pu achever. Je ne sais, mes Frères, si un excès d'admiration ne me séduit point, mais il me semble que le siècle ne produit plus de telles âmes. On ne les connoît plus ces grands efforts pour surmonter de grands obstacles, ces grands moyens pour fournir à de grands besoins, ces immenses ressources pour opérer des biens immenses. Ou sont ces temps où un seul apôtre convertissoit des royaumes ? où sont ces hommes intrépides qui savoient tout entreprendre et qui osoient tout espérer ? où sont ces vastes génies qui ne pouvoient se remuer sans agiter le monde? Qui nous rendra ces âmes héroïques qui , à l'exemple d'Augustin , après avoir foulé aux pieds leurs penchans pervers , changeoient leurs passions en vertus ? Tout est frivole et vain dans ce siècle des petitesses. Hélas! qu'avons-nous fait? nous avons cru gagner beaucoup en proscriv^ant le zèle , en le rendant suspect en le calomniant sans cesse , en flétrissant ses saints transports sous le nom d'enthousiasme. Qu'ont donc produit ces étranges maximes? Le zèle s'est éteint, et avec lui la vraie vigueur de l'ame; les grands caractères se sont effacés , tous les cœurs se sont rétrécis, tous ont été frappés d'une langueur secrète,

DE SAINT AUCUSTm. 3o3

omne caput languidum (isAi. i , 5.). Au lieu de se livrer au noble sentiment qui inspire le bien , on s'est; traîné péniblement dans les tristes calculs d'une raison qui le discute , et notre orgueil s'est encore applaudi en nous donnant cette langueur pour la modération , cette impuissance pour la sagesse. Ainsi, mon Dieu, vous l'avez arrêté ^ que sans le zèle , c'est-à-dire sans votre esprit , l'homme n'aura jamais que des vertus vulgaires; que votre souffle seul peut lui communiquer l'activité du bien, l'amour des grandes choses j et que jamais il ne prendra un noble essor , s'il n'est animé de ce céleste feu qui embrasa l'a me sublime d'Augustin. Ici seroit finie la carrière d'un grand évêque , la sienne est à peine commencée ; préparez vos esprits à un nouvel ordre de merveilles , et après avoir admiré dans l'évêque d'Hippone l'ornement de répiscopat, hâtons-nous de contempler en lui l'athlète de la religion : c'est ma seconde partie.

SECONDE PARTIE

Qu'Augustin ait été séduit par l'attrait Aes plaisirs, que son coeur trop sensible soit devenu coupable , qu'une imagination ardente ait entraîné ses sens, et qu'enfin tout ait servi à le corrompre, jusqu'à ses avantages naturels, jusqu'à son heureux caractère, c'est ce que l'on conçoit aisément, pour peu qu'on réfléchisse sur Thumaine fragilité et sur l'expérience journalière. Mais que , nourri dans le«

3o4 ^PANÉGYRIQUE

principes de la foi , il les ait si tôt oubliés ; qu'un même homme ait pu réunir tant de droiture dans le cœur et tant d'égarement dans l'esprit, tant d'amour pour la vérité et tant d'attrait pour le mensonge , de si vives lumières et des ténèbres si profondes : voilà le grand problême que nous offre d'abord l'histoire d'Augustin. Quoi donc? ne peuton se sauver de Terreur que par l'ignorance? ou bien faut-il toujours un contre-poids à la grandeur de l'esprit humain? Enfans des hommes, élevez plus haut vos pensées , un grand ouvrage se prépare. Il faut qu'Augustin soit mûri pour le triomphe de la grâce. Il faut en faire un grand témoin de sa toute-puissance , une preuve éclatante de sa nécessitée II faut que la religion soit honorée par un martyr d'un nouveau genre, qui lui sacrifiant toutes ses opinions, docile malgré ses préjugés, et humble malgré son orgueil, apprenne à l'univers que , comme désormais tout est possible dans la vertu, puîsqu'Augustin Ta pratiquée, tout est croyable dans la foi , puisqu'Augustin s'y est soumis. Il faut enfin que le plus grand génie de la terre, éclairé par ses fautes, instruit par ses malheurs , et devenu d'autant plus fort qu'il a été plus foible , donne à la vérité un intrépide défenseur que l'impiété ne puisse ni suspecter, ni récuser , ni surprendre , ni vaincre.

Jamais la cause de TÉglise n'eut plus besoin d'un illustre soutien que dans le siècle où parut Augustin , jamais la religion ne courut plus de grands dangers : elle respiroit, il est vrai; assise sur le

DE SAINT ALGUSTIN. 3o5

trône , elle ne craignoît plus le glaive des tyrans , mais du sein même de la paîxétoient nés de nouveaux orages. Et d'abord j'aperçois une fermentation générale , toutes les bornes qui se déplacent, Rome ébranlée de toutes parts, les Goths et les Vandales fondant comme un torrent sur ce colosse de puissance , précipitant une ruine que le luxe avoit commencée, et à travers cette grande lutte des nations qui se mêlent, qui se confondent, qui se disputent l'univers, des esprits vains et remuans , plus fiers encore de dominer par Fopinion que ces conquérans par les armes j une curiosité inquiète, tous les mystères profanés par un œil téméraire , tous les novateurs s'agitant, subtilisant, dogmatisant , opposant systèmes à systèmes , erreurs à erreurs, et toujours prêts, ce semble, à ne faire plus qu'un cbaos de l'Église , ainsi que les Barbares n'alloient faire bientôt qu^un débris de TEmpiré. Laissons tomber cette nouvelle Babylone, meurtrière des martyrs, comme Tancienne fut la meurtrière des saints d'Israël. Mais votre Église , ô Dieu , sera-t-elle entraînée par ces débordemens de mensonges et d'erreurs? Rassurons-nous, Dieu a sus- ,jcité Augustin j c'est lui que la Providence a formé pour arracher et pour planter, pour réparer les pertes de TÉglise et pour étendre ses conquêtes , pour abaisser toute hauteur qui s'élève contre la science divine , et , comme le chantoit l'illustre Prosper , pour instruire les humbles et pour 1er- • rasser les superbes.

Non , mes Frères , l'histoire ecclésiastiques n'offre

Tom. 3. :2o

3o6 Ï»ANÉGTB1QUÈ.

tien de plus imposant que le spectacle d'Augustin aux prises avec tous les impies et les sectaires de son temps, les entraînant par la conviction, ou les gagnant par la confiance 3 assez pénétrant pour les deviner, assez insinuant pour les réunir; ja-* mais découragé par leur nombre , jamais séduit par leurs artifices. O qui me donnera de suivre Augustin dans la rapidité de ses victoires? il a eu le temps de les remporter, qurai-je celui de les décrire ? pourrai-je le montrer semblable à ces Taillants Israélites, qui sa voient employer à la fois des armes différentes , et se servir des deux mains avec un égale dextérité , combattant tour à tour et le superbe Pélagién qui exagère les droits du libre arbitre, et le Manichéen qui ne clierclie qu'à l'avilir, et Taudacieux Donatiste qui méprise Tau* torité^, et l'insidieux Ârien qui ne cherche qu'à la surprendre, et le philosophe orgueilleux dont il faut humilier la raison, et l'idolâtre stupide qu'il faut forcer à s'en servir , et au milieu de ses lé* gions de novateurs , si différens de prétentions , d'intérêts et de systèmes, Augustin portant toujours un front invulnérable sur lequel sont gravés, comme autrefois sur celui du grand prêtre, ces deux noms imposans : doctrine et Térité , doctrina et veritas.

Us souilloient encore l'univers ces vils restes du paganisme échappés au zèle des apôtres et à la force des martyrs. Encore accrédité par les passions , par l'intérêt , par l'habitude , il se débattoit contre les lumières et- lea vertus du chris*

DE SAINT AUGUSTIN. 3o'1

tianisme ; Augustin entreprend de lui porter le dernier coup par la raison. A peine initié dans les principes de la foi et mis au rang des simples fi« dèles , il se liâte d'entrer en lice avec les sceptiques j il combat ce doute fameux par lequel la philoso*. pliie sut raasquersi long-temps sa superbe ignorance. Déjà paroissent ces grands traité de la vraie religion et de la morale chrétienne , où le paganisme, éclairé par ses propres excès, est forcé de se demander comment il a pu résister si long-temps au cri puissant de toute la liature. De nouveaux écrits répandent successivement la lumière j il voit se dissiper peu à peu ce honteux encbantement , qui, pendant trente siècles, a fasciné le monde. Les païens de Madaure le lisent et Tadmirent, ils ne peuvent plus résister à la sagesse et à l'esprit qui parlent en luij leur conversion est comme le signal qui annonce aux prétendus immortels la fin de leur règne. L'oracle d'isaïe s'accomplit à la lettre , le Dieu unique est exalté, et Augustin a le bonheur, avant sa mort, de voir tomber la dernière idole J et idola penitus conterentur (isai. ii , i8. ). En triomphant ainsi du paganisme, Augustiti frappoit du même coup la secte des Manichéens, qui , à tant de nouvelles erreurs, joignoit tant de rêveries anciennes. Qui eût pu le penser, mes Frères, et qui d'un si grand homme eût attendu une si grande chute? Il avoit adopté leur doctrine insensée; il avoit pu se persuader que l'auguste vertu peut être esclave du destin , que l'empire de Dieu peut être partagé. Mais si jamais il n'abusa plas

3o8 PANÉGYniQLE.

de sa raison qu'en la prostituant à ces absurdités, jamais aussi s'en servit-il avec plus de succès que lorsqu'enfin désabusé , il les voua à un opprobre ineflFaçable? Quelle gloire pour Augustin, ou plutôt pour la vérité, quand on le voit démasquer hardiment ses premiers corrupteurs, les dénoncer à la pudeur publique , les obliger de fuir partout où il se montre , les attaquer par ses discours s'ils échappent à ses ouvrages , d'un souflBie renverser les plus fermes colonnes de ce redoutable parti, défier Fortunat après avoir vaincu l'indomptable Félix, réduire Fauste à un silence honteux après avoir accablé Fortunat, et profiter de la défaite de tous ces chefs fameux, pour entraîner leurs sectateurs , dont mille tombent à sa gauche et dix mille à sa droite !

Mais de nouveaux combats se préparent , c està-dire , de nouveaux triomphes. Elle est donc enfin obtenue cette fameuse conférence que tant de prétextes éloignoient, que tant d'artifices éludoientj Toîlà donc Augustin aux prises avec trois cents évéques donatistes: sa main est contre tous, la main de tous contre lui. Le voilà presque seul attaquant, se défendant, sans autres armes que la vérité etson génie, à chaque instant forçant l'iniquité à se mentir à elle-même, poursuivant lennemi de retraite en retraite j sans cesse le désespérant par cette question foudroyante: D'où venez- vous? où étiez-vous hier? toujours armé de l'autorité de l'Église, toujours appuyé sur cette pierre ferme, et de ce poste inattaquable , lançant et repoussant

DE SAÎNT ACGtISTm. Sog

les traits , jusqu'à ce qu'à force de raisons il ait dé* cidë la victoire. Que ne puis-je ici, mes Frères, développer le magnifique résultat de sa doctrine! Avec quel art il sépare la cause de l'Eglise de celle de quelques-uns de ces membres rebelles ! avec quelle force il démontre qu'il ne peut jamais y avoir de raisons pour rompre l'unité , que ce n'est point à, la partie à disputer contre le tout j ni à la branche séparée à combattre contre le tronc! avec quelle vigueur il dépeint le schisme , ses variations éternelles , sa honte aussi ineffaçable que la marque de sa rupture ; le malheur de ses partisans , nuées san» eau et arbres desséchés , misérable jouet des vents et des orages! Avec quelle éloquence il montre ensuite la grande Église dont aucune secte ne peut ni usurper l'autorité , ni imiter la majesté , ni troubler la possession antique ; à laquelle il n'est pas possible d'assigner un autre auteur que Jésus-Christ même; aussi belle que forte de son unité j toujours vierge parmi les vices , toujours ferme malgré les scandales; sortant, comme le soleil, plus brillante et plus pure du sein des nuages qui voudroient l'obscurcir ; visible à tous les yeux , embrassant tous les lieux comme tous les temps, et tellement reconnue pour rÉglise catholique, que quand un étranger demande où cette Église existe , aucun novateur n'ose montrer ni sa maison ni sa basilique!

L'orgueil , la honte et l'obstination résistèrent long-temps, mais la puissance de la vérité fit tomber peu à peu ces différens obstacles. La nouvelle Samarie rougit enfin de sa désertion; l'église adul-

tère abjura Donat pour retourner à Jésus-Qu'îst ; l'Afrique n'eut plus qu'un autel et qu'un temple j et cette heureuse réunion , que les Césars n'avoient pu même commencer par le glaive des* lois , Augustin la coqsopima par l'ascendant de sa persuasion et la force de son génie.

Vaincrà-t-il aussi aisément ce superbe ennemi de la grâce de Jésus-Christ? Armé de toutes les ressources d'trn génie facile , soutenu du cortège imposant de ses apparentes vertus, Pelage a créé* tous les ar'lifices et rassemblé tous les genres de Réduction} il présente un systènie d'autant plus attrayant qu'il encourage la vertu, d'autant moins fait pour alarmer la foi qu'il en emprun te le langage ; 3ystème qui doit plaire à l'orgueil dont il flatte les prétentions, à la nature dont il exagère les forces, ^ la raison dont il étend le domaine. Par lui que de difficultés s'éloignent , que de mystères s'éclaîrcissent! l'homme y paroît plus grand, Dieuyparoît plus saint. Où fuir , pour échapper à tant de pièges? Terreur vaine , mes Frères î Pelage a pu tromper les prêtres de Marseille, éblouir un concile , ébranler rOrient , et en imposer à Zozimej il a séduit jusqu'au^^ élus , il ne séduira point Augustin. Tous ses détours, Augustin les percera; ses équivoques, il les démêlera j son hypocrisie , il'la démasquera ; plein de la conviction que la grâce a tout fait pour lui, il ya tout faire pour la grâce; et comme elle n'a jamais eu de plus noble conquête , il veut aussi qu'elle n'ait point de plus intrépide vengeur.

Jj'attendez pas, mes Frères, que j'entre ici àst^^

DE SAINT ÀUbtlSTllBr. 3ll

àes profondeurs dogmatiques j que je vous montre par quelle suite de raisonnemens Augustin défendit ce don céleste d'où provient toute notre justice, cette mystérieuse vocation qui prévient l'homme' «ans le contraindre , cette opération ineffable qui agit efficacement sur une volonté qui agit librement , et cet adnlirable concours qui laisse tout à la fois riionneur de la vertu , et à Dieu qui excite , et à rhomme qui coopère. Contentons -nous de remarquer comment il sut ici marcher à travers tant d'écueils et les éviter tous, combattre tous les systèmes sans adopter de système , défendre les droits de Dieu sans altérer les droits de l'homme y et dans cet assemblage de mystères qui semblent mutuellement se détruire , poser d^une main sûre les bornes de la raison et celles de la foi, et combattre Terreur dans ses détours si variés et ses formes toujours nouvelles , çans quitter d'un seul pas la ligne unique de la vérité. Disons comment son zèle égala sa sagacité, comment il poursuivit Pelage, comment il le cita au tribunal du souverain pontife, comment il déclara qu'il alloit abdiquer l'évêché d'Hippone , si ce sectaire étoit absous; comment enfin il ne lui laissa aucun relâche jusqu'à ce qu'il eût vu et TOrient et l'Occident se réunir . pour le percer du même trait , et le flétrir du même anathème.

Ainsi , par les travaux immenses d'Augustin , Tempire de la grâce reste à jamais inébranlable. Sa nécessité, sa force, sa douceur, sa gratuité, pnt pris l'empreinte d'une sanction sacrée. On sait

-, ^ FiNEGTRIQCE

cfi^ Tkai j^rêvoit tout, et que riiomme n'en est P^ iiv^.as ^i*?tv ; ou sait que riiomiiie peut résister, <^ ^ac Vieu uVn est pas moins puissant; on sait s^uc '«.'i^îu ^t maître de ses dons , et l'iiomme maîtt^r vtV :$<}«$ actions. Mais si tous ces points fondameutaav lurent décidés, ils ne furen t point éclaircis: I tj^Use parla; mais en admirant , comme l'apôtre , la profondeur des trésors de la grâce , comme lui , elle craignit de la sonder; la vérité fut vengée , mais la raison ne fut pas satisfaite. Comment , après cette conduite si sage de l'Église , l'esprit humain a-t«il voulu en savoir davantage? comment a-t-il été se briser si souvent contre ce grand écueil de la curiosité humaine? Quel nom donnerons-nous à ces tentatives hardies autant qu'infructueuses pour arracher le voile auguste dobt s'enveloppe le mystère de la grâce? Qui nous rendra raison de cesdisputes éternelles qui ont enfaxité autant de partis qu'elles ont produit de systèmes? Ignorons -nous que rien n'est plus incompatible que les systèmes et la foi? ignorons-nous que le catholique qui veut tout expliquer n'est guère moins éloigné de la vraie soumission que l'incrédule qui veut tout comprendre ? Hélas ! pourquoi faut-il que notre orgueil égale ici notre ignorance? ne plaindrons-nous jamais un temps précieux que ces subtilités ont enlevé à la morale ? Chrétiens , nous ne saurons jamais comment la liberté s'accorde .avec la grâce; mais ce que nous savons bien clairement, c'est que l'esprit humain doit porter son activité vers des objets plus faits pour lui. Eh quoi ! TÉgliso

DE SAINT AUGUSTIN. 3l3

est ébranlée jusqu'en ses fondemens , la cognée est à la racine de l'arbre, l'ennemi est à la porte ; et tandis que nous avons l'incendie au dehors, ainsi que s^exprime un prophète , nous aurions encore le glaive au dedans ; et tandis que Jérusalem est investie de toutes parts , ses propres soldats tourneroient leurs armes les uns contre les autres j ils languiroient , comme parle saint Paul (i TiM. VI , 4*) j autour de ces vaines questions, dont le moindre danger est l'inutilité! Ah! puisque les jcombats de l'esprit paroissent presque aussi inévitables que les guerres politique , armons-nous donc, mais que ce soit pour diriger nos coups contre ces prétendus sages, contre ces sophistes insensés qui ne disputent point sur la grâce de Dieu , mais qui nient son existence j qui ne discutent pas les dogmes de la foi, mais qui rendent problématiques tous les premiers devoirs , et qui se sont trop long-temps prévalus de nos rivalités , pour nous précipiter dans la mort de l'irréligion , et pour préparer cette grande hérésie de notre siècle, cette fatale indifférence qui ne met fin à toutes les controverses que pour mettre le comble à toutes les erreurs.

Ainsi de l'amour des systèmes sont nées les subtilités, des subtilités les disputes, des disputes les doutes , des doutes le mépris : tel est le cercle inévitable que doit parcourir la raison, toutes les fois que son activité Tentraine plus loin que l'Église j c'est le terme eflFrayant où l'on arrive tôt ou tard , quand , par d'oîseusses discussions, on altère in- ^nsiblen^ent U majesté de la foi. Grande et terrible

3lJ^ PAîNÉGYRIQCE

leçon ! il est temps de la mettre à profit. Laissons Apollon et Gépbas , pour être à Dieu et à l'Église : cttbrçons-nous de mériter la grâce, et non de l'expliquer; et au lieu de fatiguer par de vaines questions l'Être éternel qui la dispense , aimons à n'adorer en lui que l'arbitre absolu des destinées humaines , qui se plaît à répandre sur toute créature la terreur de ce grand secret.

Maintenant y mes Frères, revenons aux travaux et aux victoires de Tévêque d'Hippone. Sans parler ici des Ariens , des Nestoriens, des Priscillianistes, des Semi-Pélagiens , des Tertullianistes et des Sa* belliens, qui tous se sont éclipsés devant lui , comme des ombres devant le soleil, quelle idée doit-on se former de l'bomme prodigieux qui combat tant de partis sans esprit de parti, tant d'excès sans donner dans aucun excès, et qui, aussi inflexible dans ses principes qu'infatigable dans son zèle, marche toujours d'un pas égal et sûr entre la terre qui Tadmire et le cîei qui Je contemple ?

Mais si tous ces triomphes sont si glorieux à Augustin par les lumières presque divines qu'ils supposent, ils ne le sont pas, moins par la nature même des erreurs qui en furent l'objet. Les pre-r piiers Pères ne combattirent que les Montan, les Valentin, les Marcion , lesBasihdep ces sectaires obsurs qui n'eurent qu'une ^courte et foible postérité ; Augustin a la gloire de s'être armé contre ces grandes hérésies d'où dévoient naître toutes les hérésies des siècles suivans. Depuis Arius jusqu'à Luther^ depuis Luther jusqu'à Socin, depuis Soci^

DE SAINT AtGCSTirC. 3l5

jusqu^aux faux sages de nos jours , toute profane nouveauté doit succomber sous la vigueur de son génie. Non, ce n'est plus Donat , ce n'est plus Manès, ce n'est plus Pelage qu'il a vaincu, c'est en leurs personnes les impies de tous, les temps et les hérétiques de tous les âges; c'est dans les Pélagiens tous les disciples prétendus de la nature j dans les Manichéens, tous les apôtres du fatalisme, dans les Donatistes , tous les partisans de la rébellion ; dans les philosophes anciens , tous les philosophes nouveaux. Non , le schisme n'inven* fera pas plus de prétextes qu'Augustiq n'en a confondu , ni l'hérésie plus de sophismes qu'Augustia n'en a réfuté., ni Tinquiète raison plus de difficultés qu'Augustin n'en a éclairci. Il a triomphé des anciennes, il a prévenu les nouvelles; et c'est ainsi qu'en embrassant dans la chaîne de ses victoires et le passé et le présent et Tavenir, et ajoutant à la grandeur de ses talens la grandeur de ses services , il a su réunir à lui seul la gloire de tous les saints docteurs, et la reconnoissance de tous les siècles.

Il faudroit ici s'arrêter , mes Frères , et laisser reposer nos yeux fatigués par l'éclat de tant de merveilles; mais la grandeur de mon sujet m'entraîne. Nous ne connoîtrions qu'imparfaitement l'évêque d'Hippone , s'il n'étoit peint ici que comme içontroversisle ; un nouveau champ de gloire s'ouvre devant lui. Philosophe profond , savant interprète , critique consommé , moraliste sublirae , peintre g)o^uei»t 4e la yertu, tel est le fonds inépuisable

3l6 PANÉGYRIQUE

de ses richesses et de ses lumières, qu'il n'est pas moins puissant, pour édifier que pour abattre, et qu'il n'a pas moins établi de vérités que confondu d'erreurs. Et quelle^ vérités , mes Frères ! ce ne sont point ici quelques points de morale, quelques mystères détachés , quelques traits épars de lumière, c'est l'admirable enchaînement de tous les points de la doctrine , c'est le rapport de toutes les vérités qui ne font qu'une vérité, c'est le magnifique développement de tout le plan de la révélation , dont il n'a trouvé nulle part le modèle. Ce n'est pas que déjà la religion n'eût eu dès écrivains dignes de l'honorer. Avant lui , j'aperçois ce Lactance que saint Jérôme apelle le Cicéron chrétien, ce Cyprien sublime dans sa vertu comme dans ses écrits, cet Origène qu'on admire toujours, lors même qu'il ne convainc pas ; ce Tertullien qui sait si bien faire servir la dureté de ses expressions à la hardiesse de ses pensées j et cet Hilaire qui eût été le plus grand homme de son siècle , si saint Athanase n'eût alors existé. Mais tous ces Pères n'a voient presque traité que des vérités isolées, ou saisi la religion que sous des traits particuliers. Augustin seul Ta embrassée dans son ensemble , seul il en a généralisé les rapports, seul il a pré-* sente dans un seul corps la majesté de tout son enseignement : semblable à un habile architecte , qui , embrassant d'un coup-d'œil un vaste édifice , en distribue toutes les parties, et les étayant les unes par les autres , des fondemens le conduit au faîte. Aussi que peuvent désirer et l'esprit et lô

DE SAINT AUGUSTIN, 3 in

Cœur , qui ne soit renfermé dans le trésor de ses écrits? Demandez- vous à être pénétrés de la grandeur des livres saints ; lisez ses livres sur la Genèse et sur la Doctrine chrétienne. Il vous y montrera ces traits frappans de supériorité qui les distinguent de tous les livres, cette lointaine antiquité qui en est le garant , cette noble simplicité qui en l'ait le charme , cet admirable tempérament d'obscurités et de lumières, qui d'un côté soutient la foi, et de l'autrie l'éprouve ; cette onction qui pénètre , cette majesté qui étonne, cette éloquence qui suit toujours sans jamais être appelée , et qui , mêlant heureusement de grands objets à des images familières , satisfait à la fois l'esprit le plus vulgaire comme l'ame la plus sublime. Voulez-voUs pénétrer bien avant dans les routes de la vie intérieure ? lisez ses Soliloques et ses explications sur les Psaumes, Là, chaque pensée est un sentiment, chaque expression un trait de flamme. Jamais l'amour divin n'eut de plus tendres eflfusions, jamais la piété rie parla un plus doux langage. Avec quels pathétiques accens il rend les gémissemens du prophète ! avec quel feu il peint ses sublimes extases! Comme il nous communique ensuite les diverses iiiipressions , les divers sentimens qu'il éprouve lui-même! On pleure, on est saisi de joie , on craint, on aime, on espère avec lui j et, ne pouvant plus distinguer ce qui est de Dieu de ce qui çst de l'homme , on est souvent tenté de demander qui des deux est le plus inspiré, ou de Tauteur ou du commentateur de ces divins cantiques.

3l8 PANÉGYRIQUE

^"Voulez-vous admirer le christianisme dans la beauté de sa niorale , dans la grandeur de ses bienfaits? lisez ses livres de Vuiilité de la foi et de la morale chrétienne. Il vous montrera la religion égalementsiïblime par les sentimèns qu'elle produit et par les objets "qu'elle contemple, substituant à 1 éclat mensonger des vertus humaines la perfection d'une justice dont la racine est dans le cœur^ et dont la base est éternelle, et de son sein faisant éclore un prodige nouveau , l'homme enchaîné et toujours libre , Tliorame abaissé et toujours grand, rhomme exalté et toujours humble. Voulez-vous remonter jusqu'aux premiers principes des choses, assister au conseil de la création, approfondir les élémens de la morale , et parcourir Thisloire de la religion roulant d'un même cours avec celle des siècles? lisez son livre de la Cité de Dieu. Voyez-le s'élever audessus de lui-même développer en traits rapides toute la suite des desseins de Dieu , ou plutôt de ce grand et unique dessein qui les renferme tous: il parcourt la chaîne immense de la religion, dont le premier anneau, ainsi que le .dernier, touche à l'éternilé : il nous peint tous les événemens concourant à sa gloire , les empires jouets du temps, et jamais du hasard ; du milieu de leurs débris, la foi s'élevant triomphante ; à travers un désordre apparent , un ordre invisible et caché ; et parmi ces longs ébranlemens, il ne cesse de nous montrer Timmutabilité de 1 Éternel, sa sagesse toujours active, sa puissance toujours féconde, les peuples sous ses yeu2i, les tyrans sous sa main j et c'est ainsi qu'il

DE «aînt AUGusTiir. Sig

nous instruit par de grandes leçons, après nous avoir étonnés par de grande spectacles.

Voulez-vous bien comprendre toute l'économie du salut des hommes? lisez ses livres du don de la Persévérance et de la Prédestination des Saints. Là il vous m.ontrera l'homme marchant entre ces deux abîmes d'une justice qui peut tout, d'une bonté qui ne doit rien; tantôt il Fabat parla crainte, tantôt il le relève par l'espérance; il lui apprend à chanter, comme le prophète, la miséricorde et la justice; la miséricorde, afin qu'on ne soit pas ingrat quand elle sauve; la justice, afin qu'on ne puisse se plaindre quand elle perd. Quelle profondeur lumineuse! Si quelquefois il s'environne de ténèbres, sa doctrine n'en devient que plus au» guste. Je crois être introduit dans un sanctuaire redoutable, sur lequel repose un nuage' qui semble renfermer tous les secrets du ciel , et où Augustin va puiser sa science sublime. Une émotion sacré me pénètre, la majesté de Dieu m'accable, et, dans mon admiratian, je doute s'il n'est pas aussi grand par les pensées qu'il me fait naître, que par celles qu'il me présente.

Ainsi , si l'on dénia nde qui a vu la religion plus en grand, qui a parlé de Dieu avec plus de hauteur, des mystères avec plus de précision , de la vertu avec plus de charmes , je dirai , C'est Augustin. Quel est celui de tous les Pères qui a le plus influé sur son siècle , celui qui a le plus ajouté à la dignité de l'esprit humain , celui qui n'a emprunté des autres I et de^ui presque tous les autres ont emprunté?

je dirai encore, C'est Augustin. Qui a réuni plus de talens , accumulé plus de connoissances? quel liomme enfin a parcouru une plus vaste carrière? je dirai toujours, Augustin. Et pour la mesurer, s'il est possible, cette carrière immense , réunissez dans un seul point de vue tous les genres de ses travaux, rappelez en vos esprits tous les fidèles qu'il.a dirigés, tous les ignoraris qu'il a instruits, tous les pécheurs qu'il a. convertis, tous les hérétiques qu'il a vaincus j remettez sous vos yeux toutes les courses qu'il entreprend , soit pour apaiser des troubles, soit pour arrêter des scandales, soit pour répondre à l'empressement des peuples ; suivez cette correspondance avec les éyêques, avec les conciles , avec les souverains pontifes , avec les empereurs , avec tous les grands saints , avec tous les grands hommes de son temps, avec TOrlent, avec l'Occident, avec l'Eglise universelle dont il est Toracle, et dont seul il semble être le représentant ; et quand vous aurez adnliré tous ces monumens de son zèle , et quand vous aurez pesé tous les obstacles que son siècle lui opposa par la rareté des livres et la difficulté des cummunications , et quand vous aurez songé qu'une partie de sa vie , perdue dans la dissipation et dans les plaisirs, le fut aussi pour le travail} que depuis son épiscopat , sans cesse forcé de quitter une occupation pour une autre , il ne fut jamais maître ni de son temps ni de sa plume : comptez alors cette foule d'our Vrages dont la seule énumération formeroit presque un livre } rassemblez tous ces volumes dont Isidore

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dît qu'il faudroît plus de temps pour les transcrire , qu^Augustin n'en a mis pour les composer ; ajoutez-y tous ceux qui n'ont pu échapper aux ravages du temps , et tous ceux qu'Augustin n'a pas voulu transmettre à la postérité; et si votre surprise vous laisse alors quelque expression , demandez-vous comment un homme seul a pu suffire à tant d'écrits , et cortiment il a pu tirer du trésor de son cœur, tant de choses anciennes , tant de choses nou- Telles? Quoi donc? faudra-t-il croire qu'il créa tout ce qu'il n'eut pas le temps d'apprendre, ou qu^il étudia bien moins toutes les sciences, que toutes les sciences ne lui furent inspirées ? Dironsnous qu'il connut le moyen de se multiplier, ou celui de fixer la rapidité du temps , ou celui d^agrandir les facultés humaines? car ce n'est pas un seul homme qu'il nous faut admirer en lui , mais autant d'hommes et autant de génies qu'il a traité de matières diverses. En lisant ses ouvrages ascétiques , on diroit qu'il se livra tout entier à la méditation; en parcourant ses ouvrages polémiques , qu'il ne fit jamais que combattre ; en étudiant ses discours oratoires , qu'il ne fit jamais qu'annoncer la parole sainte.

La sagesse éternelle a-t-elle donc accu mule j assez de dons et de faveurs sur ce mortel privilégié , et que pouvons-nous offrir de plus étonnant à votre admiration ? Quelque chose de plus étonnant encore, c'est le grand caractère de cet esprit sublime ; c'est, au milieu de ses combats , cette noble assurance d'un esprit qui sait tout, jointe à la modestie d'un

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homme qui croit ne rien savoir ; c'est Taimable docilité qui le porte toujours à préférer l'avis de ses collègues , et à sacrifier aux lumières d'autrui celles d'une raison qui étoit née pour être souveraine; c'est ce courage d'un génie qui ne trouve jamais aucun travail au-dessus de ses forces, quand le bien le commande , ni au-dessous de ses talens , dès qu'il peut être utile ; c'est cette hauteur de raison qui ne cherche jamais à exercer inutilement sa subtilité , et ne désire de briller que pour le besoin de sa cause ; c'est cet empire sur lui-même qui le tient sans cesse dans les bornes de la modération comme dans celles du vrai , et qui apprend à tous ceux qu'il combat qu'ils ne peuvent pas plus fatiguer sa patience qu'égarer sa sagacité ; c'est cette rare condescendance qui le porte à descendre souvent de la hauteur de son génie pour se proportionner à la foiblesse du vulgaire , plus jaloux d^étre entendu par les esprits les plus communs qu'admiré par les esprits les plus sublimes; c'est cet oubli généreux de sa gloire personnelle , qui , parmi ses plus grands succès , lui fait rapporter tout à Dieu, jamais rien à lui-même , ne désirant, dit-il , dans son propre triomphe que celui de la vérité , et dans le triomphe de la vérité que celui de la charité^ c'est cette piété tendre et cette onction si pénétrante, que n'ont jamais pu dessécher les plus arides discussions ; c'est enfin cette héroïque droiture, qui, dans le livre de ses Concessions, lui fait censurer ses fautes avec plus de sévérité que n'eussent fait ses propres ennemis,

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et expier en quelque sorte sa célébrité , en rendant ses erreurs aussi publiques que 8e& victoires. Divine religion , tels sont les hommes que vous formez ! aussi simples que grands , ils donnent à leur génie toute la popularité de leur vertu , ainsi qu'à leur v^rtu toute' Félévation de leur génie; toujours convaincus que les lumières ne sont rien , si le Dieu qui en est la source n'en est pas la dernière fin.

Hélas! ils meurent donc, comme le reste des hommes , ces oracles du monde , et ni la gloird qu'ils répandent sur la nature humaine, ni cette étincelle plus vive de la Divinité qui brille dans leur ame , ne peuvent donc les aflfranchir du triste arrêt qui nous dévoue tous à la même poussière* O quelle loi inconcevable a donc uni ces organes abjects à des pensées divines , et une flamme céleste à cette argile périssable ? Mais que dis- je ? non , Augustin ne meurt point véritablement , il se survit dans ses écrits > sa renommée et ses Ira-» vaux , :ses victoires et ses bienfaits ne sont point descendus avec lui dans la tombe j sa gloire est un dépôt que les siècles se transmettront , et que la religion prend sous sa sauve-garde. Il vivra éternellement, et dans les conciles où ses propres décisions deviendront celles de TÉglisq , et dans les chaires de vérité où il sera toujours cité comme son plus digne interprète} dans les écrits de tous les saints docteurs , qui prendront tous une portion de son esprit ; dans les écrits des sectaires mêmes , qui ne se produiront jamais qu'en se

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parant de son autorité , et qui ne parviendront à séduire les simples qu'à la fayenr de son grand nom. Éternellement nous l'appellerons en témoignage : tant que les schismes dureront , nous les confondrons par la catholicité d'Augustin; tant qu'il y aura de superbes esprîts qui rougiront de se soumettre , nous leur opposerons la docilité d'Augustin j tant que l'irréligion se prévaudra de ses grands hommes prétendus, nous la tourmen^ terons par l'accablante autorité d'Augustin, Après treize cents ans , son génie respire encore ; il vit aux quatre coins de Tunivers chrétien , il veille sur les remparts de la cité sainte ; de là il épouvante encoure Tennemi. Partout il laisse son empreinte , et communique son influence. Je vois surtout les plus grands hommes de l'église gallicane féconder leur talent au feu de ses écrits. C'est lui qui , dans Bourdaloue, nous subjugue par la raison lui qui , dans Massillon , nous intéresse par le sentiment; lui qui découvre à Pascal de vastes profondeurs. C'est avec lui que Bossuet s'élève , avec lui qu'il combat , avec lui qu'il flétrit l'hérésie , et grave ses Variations sur des tables d'airain. Ainsi que ces grands astres, qui, dans leur mouvement , entraînent tous les autres astres , Augustin donne l'impulsion à tous les esprits, vivifie toutes les pensées, guide toutes les plumes qui se con- Siacrent chaque jour à la défense de la foi; et si jamais ses ouvrages se perdoient, il la protègcroit . encore de son nom seul , et la couvriroit de son ombre.

DE SAINT ÀtTGUSTIX. 3aS

Voilà donc les grands hommes dont l'Église s'honore et que forme la religion j voilà ces Pères de l'Église , c'est-à-dire , ces flambeaux du monde , ces bienfaiteurs du genre humain , Thonneur des lettres , la gloire de leur siècle , que le nôtre n'est pas digne d'admirer. Avec quelle audace il les attaque ! avec quelle foreur l'impiété les calomnie! Et quel est donc ce délire , inconnu jusqu'ici , de décrier ainsi tout ce que le génie a de plus sublime , et la vertu de plus divin ? Elles s'impriment donc à la face du ciel ces œuvres de ténèbres , déplorables abus du talent 9 et dépôts infects de blas*»phèmes et de mensonges, où l'art de tronquer le dispute à l'art de corrompre. Sera-t-il donc vrai que rien n'arrêtera ce débordement inoui de doctrines antichrétiennes et antisociales , dignes tout à la fois et des anathèmes de la religion et de ' la vengeance des lois ? Quelle reconnoîs-^ sance ne vous devons-nous pas, Messeîgneurs , et quel surcroît de gloire ne vous a pas acquis votre éloquente réclamation contre ces productions sacrilèges, honte éternelle de; leur auteur! Avec quelle vigueur, digne des premiers temps, n'avez-vous pas dépeint au plus religieux des monarques tout le danger de leur déplorable cirpu-r lation , et dénoncé à son amour pour la vertu et pour le bonheur de son empire , les excès oii s'emporte une philosophie destructive , qui , bravant à la fois la pudeur et l'autorité , trafique honteurr sèment de la corruptfon publique^ et se joue , pour }e seul plaisir de briller , de la destinée d'un grand peuple! Grâce à votre zèle , ils ont donc été pro&crit«

3^ PUaÉ>GTB3^IX

ccsi éoriU linrjwifx m AiMiar iMift k ^oée de Tcafer^ ott ^ poor peuler arec rapùtrc, toofces Ici pppfcadfrg de Sibui; et s« aulgre Totre soDidtode ^ la gédflioa at propage , â k ponoo , devcnii plus lare^ B*eoc6tqiie|dBireciicrdbe, â fimpiété est eocore plus habile à tiomper la loi, que la loi o est pqjwanle pour réprimer Imi^élé , sî les principes et les mœafs sen Tout dqierisint, si la loi antique tt perd , et qœ FÊtat lombe arec elle, pontifies du Seignenr, Tons êtes ahsons de nos calamités, et la perte de la Batîoa ne tous sera point imputée (i).

&|inft pontife! ô toos le Téritable enfant de la Inmîère , tous qui sûtes nons la communiquer ayec la même profusion que le ciel tous iaroit donnée; 6 M la passion de cette beauté toiqonrs ancienne et toujours nouTclle, que tous regrettiez d a voir aimée si tard j si les ravissemens on vous êtes perdu tous laissent encore le souvenir de ce triste séjour

( f ) L'assemblée gàiérale du clergé venoit de &ire au Hoi de vives et pressantes réclamations au sujet de la publication de rédiiion des Œuvres de Voltaire, donnée par Beaumarchais, et imprimée à Kehl. Le Roi parut Êiire droit à ces remontrances , qui, pour la forme comme pour le fond, étoient dignes d'un si illustre corps. Un arrêt du conseil , en date du 3 juin 17859 supprima l'édition, qui du reste entra librement dans le royaume, et y circula publiquement. Ce fut un triomphe pour l'impiété; mais du moins le clergé n'eut aucun reproche à se faire. Qqi nous eut dit alors que, dans trente-huit ans, nous répéterions aux évêques de France ce que nous disions en 1^85 devant l'assemblée du clergé, et que la triste prophétie dont sous parlons ici aui*(Ht un si effrayant accomplissement? [Noie de l' auteur.)

des ombres et des énigmes : grand saint, jetez un regard favorable sur le monde chrétien. En mourant vous le laissâtes en proie à des barbares ; hélas ! un plus grand fléau le menace. Des débris de toutes les sectes que vous avec vaincnes est sorti un monstre nouveau , le monstre de l'irréligion , qui ne fait pas couler le sang , qui ne dévaste pas les villeâ et les campagnes (i) , mais qui, plus perfide dans sa marche , plus désastreux dans ses excès , mine insensiblement les fondemens de l'ordre social , dévore à petit bruit les générations , et creuse sourdement le tombeau des peuples. C'est au fort de l'orage , et , pour ainsi dire , au sein de la fermentation, qu'est placée cette église gallicane dont vous ne vîtes que la brillante aurore 5 cette église si renommée , et dont la gloire s'est tellement accrue de siècle en siècle , que de son sort semble •dépendre encore celui de toutes les autres. Grand saint 5 veillez sur elle ; soyez son protecteur , comme vous fûtes son oracle 3 que vos prières soient son plus ferme appui, comme votrç doctrine est sa plus sûre règle) que, dirigée par vos écrits, sa foi soit toujours aussi pure que le sang des martyrs qui la lui ont transmise , afin que, toujours modèle de ses enfans, toujours unie entre ses membres, toujours soumise à son chef comme elle lest à son roi , elle puisse un jour se présenter sans tache à son divin époux. Ainsi soit- il.

(i) Lorsque ce discours fut prononcé en 1785, personne ne pouvoit prévoir les dévastations et les cruautés inouies qui dévoient être commises , quelques années après ^ au nom de Timpiété {Note de V éditeur,)

PEOHONCE

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