‹ Sermons et discours inédits (volume 2)Chapitre 23 sur 51 · DU DISCOCRS POUR LE CONCILE · texte numérisé non relu

DU DISCOCRS POUR LE CONCILE

de l'Empereur au concile, véritable maDifeste contre le Pape et acte éminemment hostile contre le saint siège. Alors on ne put se dissimuler le projet formé de détruire le Pape par , les évêques , les évêques par les chapitres , et les chapitres , ainsi que les autorités inférieures du clergé , par la puissance civilcé

Alors les plus confians sentirent la nécessité de se tenir en garde , tantôt contre les insinuations cauteleuses , tantôt contre les dispositions menaçantes du nouveau Julien. Nousmême qu'avoit pu d'abord entraîner un premier mouve-^ méat , et qui avons [peut-être à nous reprocher de nous y être livré trop longtemps , nous prîmes dès ce moment la résolution de nous opposer à. des vues trop évidentes de destruction et d'envahissement , et nous eûmes occasion de le faire dans la commission chargée de répondre au message. Cette commission décida, par huit voix contre trois (i), que le concile étoit incompétent pour prononcer, sans le consentement du Pape 9 sur un nouveau mode d'instituer les évêques.' Cet avjs de la commission irrita tellement BuonapartCj qu'il prononça ^ le lo juillet, la dissolution du concile. De là les trois années de captivité ou d'exil auquel nous fumes condamné comme un des provocateurs de la décision de la commission , et comme ayant mis la dernière main à l'exposé des motifs sur lesquels elle étoit fondée.

Ce préambule nous a paru nécessaire pour faire sentir la différence des circonstances, et pour expliquei' comment nous avions pu montrer d'abord tant de confiance , et quelques jours après en venir à une opposition déclarée. Ceux qui ont calomnié les intentions des évêques membres de cette

(i) M. de Boulogne dit dans son manuscrit, par sept voix contre €inq; nous croyons que e*est une erreur.

assemblée ne se reportent pas assez à une époque fâcheuse ,' où tantôt on pouvoit espérer de calmer Buonaparte par quelques formules et par quelques condescendances, tantôt on luttoit contre ses vues , qui d'un jour à l'autre devenoient plus manifestes. Quelques prélats , à k vérité , montrèrent une extrême foiblesse , mais la plupart ne laissèrent pas plus de doutes sur la pureté de leurs intentions que sur celle de leur doctrine.

Il a paru en 1818 un ouvrage intitulé : Des Quatre Con-» cordais y 3 vol. in- 8** ; espèce d'histoire ou de roman , comme on voudra l'appeler, où l'on ne sait ce qui domine le plus de la légèreté, de l'ignorance ou de la mauvaise foi. Cet ouvrage pourroit induire dans de graves erreurs , si heureusement le nom de l'auteur n'engageoit pas à se tenir en garde contre ses assertions. M. de Pradt n'est pas moins excessif dans ses éloges pour le persécuteur de l'Église y que dans ses plaintes et ses déclamations contre la cour de Rome et contre les évêques« Il a daigné ' nous honorer aussi de son improbation , de ses reproches et de 9Rz plaisanteries. En parlant du discours prononcé h Notre-Dame ppur l'an* niversaire du sacre ^ il s'exprime en ces termes : « Après avoir employé des figures de rhétorique semblables en tout à celles dont il use aujourd'hui , Tévêque de Troyes tomba dans des écarts qui irritèrent beaucoup Napoléon, ainsi qu'une partie de son auditoire , et s'abandonna à des remontrances bien hors de saison (i). » Ce langage prouve que M. de Pradt avoit jugé ce discours comme la tourbe des flatteurs. Il n'en est pas moins singulier- qu'un évéque trouve mauvais qu'un autre évéque adresse quelques remontrances à un despote. Est-ce donc un écart , que de faire entendre

(1) Les Quatre Concordats , tome II, page ^u

DU Discouna pour le concile. 335

la vérité aux chefs des nations? et quelle ressource festera-t-îl pour dissiper leurs illusions, si la chaire même . est fermée aux avis des orateurs chrétiens ?

' M, de Pradt revient plusieurs fois dans son ouvrage sur les torts de Tévêque de Troyes : il s'étonne que celui-ci con- ' trariât les vues de Buonaparte, tandis qu'il étoit attaché à sa chapelle , comme si un aumônier , par cela seul qu'ft étoit aumônier , étoit obligé de servir les vues d'une politique astucieuse et perfide ; comme si le devoir d'un évêquc n'étoit pas , avant tout , de voter en conscience , et de songer aux intérêts de l'Eglise et de la religion. M. de Pradt seroit-il persuadé par hasard que la première règle d'un aumônier fât d'être dévoué à son maître , et qu'il n'y a pas pour lui d'obligations plus étroites ni plus sacrées? Son jugement sévère sur M. de Boulogne ne donneroit-îl pas liea de craindre que sa morale pour lui-même n'eût été quelquefois un peu relâchée?

L'ancien archevêque de Malines prétend que l'évoque de Troyes fut toujours à la tête de l'opposition contre l'Empereur. Est-ce tm reproche ? est-ce un éloge ? Mais Tévêque de Troyes ne peut pas en conscience accepter l'ua plus que l'autre. Il ne fut pas toujours à la tête de l'opposition contre l'Empereur , ;'puisque, soit dans ses mandemens, soit dans ses discours , il lui a donné plus d'une fois des louanges , tantôt sur ses victoires , tantôt sur ce qu'il y a voit de louable dans son administration. Il n'a commencé à étx*e de l'opposition que lorsque les intentions du persécuteur lui ont été bien démontrées, et alors même il ne s'est point fait chef de parti , il n'a point cherché à soulever les esprits, il a voté conformément à son opinion : il sa voit assez sans doute quels risques il couroit en suivant cette ligne de conduite et si cette prévoyance ne l'a point empêché d'émettre son

avis en conscience , cette fermeté 9 que d'autres n'ont pas eue , n'a rien qui compromette le caractère d'un honnête homme ni celui d'un évêque. Nous croyons da moins qu'on 6n jugera généralement ainsi , et qu'entve deux évêques ,* dont l'un encourut par son courage la disgrâce d'ua despote, et dont l'autre fut docile aux caprices de ce même despote et servit aveuglément son ambition et son orgueil , on n'hé* sitera pas à prononcer lequel tint une conduite plus honorable et plus épiscopale.

C'est surtout en parlant du discours du concile que M; de Pradi paroit oublier toute retenue. « Le discours d'ouverture , dit-il , fut prononcé par M. de Boulogne , évêque de Troyes. Ce prélat , dont la plume acre blesse comme une épée , qui a parcouru beaucoup de chaires plus en rhéteur qu'en orateur , plus en homme du métier qu'en homme de .l'art , dont la mémoire impartiale fournit au temps actuel ce qu'il adressoit au temps passé , en cousant quelques passages neufs à un discours suranné , d'un fruit des deux saisons en fit un qui n'étoit d'aucun temps (i). » L'impression du discours est le meilleur moyen de répondre à ce verbiage obscur et à cette critique partiale et maladroite* Le lecteur iûgera si ce discours n'étoit pas conforme à l'esprit de la cérémonie , à l'objet de la convocation et à une réunion si imposante. Ne seroit-il pas possible que M. de Pradt, qui avoit des prétentions à l'éloquence , et qui cheixha plus d'une fois les occasions de monter dans les chaires de la capitale , eût été un peu piqué de la préférence donnée à l'évêque de Troyes pour le discours d'ouverture du concile ?

Enfin une note des Quatre Concordats est encore dirigée contre l'évêque de Troyes; c'est au tome III, page i^o. M»

(i) Lês Quatr9 ConcQrdatt , tome II , pag« 4^8.

Dt DISCOURS POUR LE CONCILB. 3^j

de Pradt, parlant de V Instruction pastorale publiée par le prélat eni8i6, et de la critique qu'en fit M"* de Staël, se moque beaucoup de Tévéque, et de ses déclaraations, et de Champenois,.. « Voilà donc, dit-il, M. de Boulogne attaché » au pilori de l'Europe de la main d'une femme^ et il faut « avouerqu'il l'a bien mérité. » Effectivement, c'est une chose bien humiliante pournous, que d'avoir été critiqué par une femme bel-esprit , par une protestante, par une apologiste de la révolution. Si elle nous a mis au pilori j nous avons pu voir de là nos Instructions pastorales répandues en Europe et traduites en pi uisieurs langues. C'est encore de ce m'/or/ que nous avons vu M. de Pradt mis au pilori de V Index et traduit même au pilori de la police correctionnelle , sur les mêmes bancs où figura la lie delà société. Pilori pour pilori , il vaut mieux y être attaché par la main imprudente d'une femme philosophe que par celle du Pape ou de la justice.

Toiu. 3. j22

Page 1