‹ Sermons et discours inédits (volume 2)Chapitre 24 sur 51 · A L'OUVERTURE DU CONCILE · texte numérisé non relu

A L'OUVERTURE DU CONCILE

LE 17 juiir 181 1

Vhi erant discipuli congregati propter metum Judœorum, venit Jésus j et steiit in medio eorum^ et diùcît eis: Pax vobis. '

Jésus vint 011 ses disciples étoient assemblés , et se plaçant au milieu d'eux , il leur dit : La paix soit avec vous.

Ev S. Jeait. xx, 19.

JLEL est le grand souhait, qui semble renfermer tous les autres , que le Sauveur du monde adresse à ses disciples assemblés 3 telle est la parole abrégée qu'il se contente de leur faire entendre , comme s'il n'avoit pas de plus grand mystère à leur révéler , de vérité plus utile à leur apprendre , ni de plus bel héritage à leur laisser. C'est qu'en effet Jésus- Christ est l'auteur de la paix , et la paix même. C'est que la paix est le premier des biens , sans lequel il n^ a pas de bien 3 c'est qu'elle est le seul bonheur qui convienne , dans notre condition mortelle , aux nations comme aux particuliers , à l'État

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comme à l'Église : à ITÉtat qui né s'établit que par la paix , qui ne s'aflfermit et ne dure que par la paix y à rÉglise dont les pasteurs sont des anges de paix , destinés à la cimenter sur la terre , comme l'image et l'avant-goût de celle qui règne dans le ciel : Pax vobis.

Et Yoilà aussi , M esseigneurs , cette parole que^ j'ai cru pouvoir vous adresser , à l'exemple du prince des pasteurs , en ouvrant cette auguste assemblée 9 une des plus imposantes et des plus nçiémorables qui aient jamais illustré les fastes de l'église gallicane : assemblée dontle premier but est la paix , ainsi qu'elle en doit être le plus bel ornement, et qui jamais* ne pourra être plus assurée qu'elle est convoquée au nom de l'Esprit saint que quand cet Esprit pacificateur en animera les délibérations et en dirigera les conseils : Pax vobis*

Mais que de sentimens divers s'élèvent à la fois dans mon ame à la vue de ce magnifique concours! et quel spectacle plus propre à réveiller en même temps et la joie et l'étonnement, et la crainte et l'espérance? Si je considère la nature des discussions qui vont s'ouvrir, en fut-il jamais de plus importantes et de plus dignes de fixer les regards de l'univers chrétien ? Que d'inconvéniens à prévenir! que de dangers à éviter! que d'orages à calmer! que d'obstacles à vaincre! et quand fut-il plus nécessaire d'unir les lumières aux lumières , et les conseils aux conseils?

Si je considère sous quels auspices nous sommes convoqués , je vois un prince qui ne fait rien que

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de grand, qui n'entreprend rien que. d'utile; qui a voulu, et la religion a été rétablie, et les autels se sont relevés , et notre église renouvelée est sortie du milieu de ses ruines, qui veuteucore, et à sa voix les pontifes de son empire se rassemblent, pour que d'une main sage ils guérissent les maux et ferment les plaies de la France catholique , ainsi qu'il a^ d'une main puissante, détrôné Tanarchie , et rassis sur ses antiques fondemens la France monarchique, civile et sociale.

Si je jette le; yeux sur cette vénérable église qui a franchi les monts pour s'unir à nos destinées , saintement fière de sa terre natale où ont germé les premiers fruits de la doctrine et de la foi , toute resplendissante des grands noms des Ambroise et des Borromée , quel nouveau sujet de surprise ! et quel événement que celui où l'on voit l'église d'Italie et 1 église des Gaules se donner mutuellement la main pour épouser, si l'on peut parler ainsi, les mêmes libertés , ne faire plus qu'une même famille , et n'avoir plus qu'un même intérêt : de sorte qu'on peut ' dire aujourd'hui qu'il n'y a plus d'Alpes pour l'Église , comme on a dit que pour la France il n'y avoit plus de Pyrénées ; de sorte que désormais unies par les mêmes, opinions, comme elles n'ont jamais cessé de l'être par les mêmes dogmes , par le même lien d'unité et la jnêxae orthodoxie , elles ne rivaliseront plus que pour le bien commun , et porteront de concert , à la religion et à la patrie tout ensemble , l'hommage et le tribut de leur zèle et de leurs efforts ^ de leurs travaux et de leurs lumières.

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Sî ]e jette les yeux sur leâ pontifes qui composent cette assemblée, j'y vois des hommes non moins recolnmandables par leurs vertus que par leur science ) des hommes qui, pour le plus grand nombre, ont passé par le creuset des tribulations, aguerris aux orages, yieillis encore plus par les malheurs que par les années , et apportant ici toutes les lumières qui naissent de la maturité et de l'expérience , et toutes les vertus que peuvent inspirer les grandes leçons de l'adversité.

Tout devoit donc être en cç siècle hors.de Tordre commun , et les hommes et les choses , et les fastes chrétiens et les fastes politiques , et lès annales de la religion et les annales de la victoire. Ainsi, la Providence , qui se joue dans l'univers , fait servir les événemens humains aux choses qui n'ont rien d'humain , et par une cliaine mystérieuse dont Dieu seul tient le premier anneau , elle unit avec les affaires du ciel les affaires de la terre* Ainsi il est donc des révolutions pour l'Église comme pour l'État, avec cette différence que celles des empires les brisent, les déracinent, et les enlèvent, ditl'Ësprit saint , comme d'un coup de vent (m reg. xiv , i5) , tandis que celles que Dieu permet dans son Église ne font que l'affermir, l'épurent sans la changer , la changent sans la dénaturer, et loin de la vieillir, ne servent qu'à renouveler sa jeunesse immortelle.

Quel lieu et quel moment pour un ministre de la parole! et que faire ici, foible orateur, au milieu de mes juges et de mes maîtres? Viens-je 4onner des leçons de morale aux interprètes de

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la morale , ou des leçons de doctrine aux îoterprèteâ de la doctrine , ou bien viens-je dans ce moment devancer et prévenir leurs sentimens et leurs pensées? A Dieu ne plaise , Messeigneurs! c'est à moi à yous suivre et non à vous diriger: vous écouter , c'est mon devoir 3 et marcher après TOUS , c'est ma gloire.

Mais seroit-ce donc sortir de l'esprit de cette auguste cérémonie, que de célébrer ici l'heureuse influence de la religion dans Tordre social? et à la vue de ce noble accord entre le chef de l'État et les évéques de l'Empire , entre la protection que le prince accorde à TÉglise et le zèle que met l'Église à seconder les généreuses intentions du prince, seroit-ce tromper votre attente, que de mettre sous vOs yeux un rapide aperçu de tout ce que fait la religion pour la stabilité, la gloire et le bonheur des nations et des empires? Tel est le sujet qui nous a paru également utile aux pontifes et aux fidèles , aux princes et aux sujets, aux sages selon Dieu et aux politiques mêmes selon le monde ; sujet non moins digne de lauguste auditoire devant lequel j'^i l'honneur de parler, que de la grande et mémorable circonstance qui nous rassemble*

Pour connoître parfaitement jusqu'à quel point la religion est utile aux États, et fait sentir son influence dans Tordre social, nous n'avons qu'à la suivre dans les maximes qu^elle établit, dans la nature de son culte , dans le ministère de ses

pasteurs : dans les maximes qu'elle établît, d'où naît la durée des États ; dans la nature d^ son culte , d'où naît la gloire des États j dans le mi* nistère de ses pasteurs , d'où naît le bonheur des États.

I. Sans se perdre dans ces vaines questions sur l'origine et la formation des sociétés, la religion, rappelle tout le système social à un grand et unique centre , Dieu , principe et origine de toutes choses , source sacrée . d'où découlent également et les droits de l'autorité et les devoirs , de la dépendance. Elle le place à la tét6 de l'État; elle le montre premier législateur , régnant du haut des cieux sur tout ce qui commande comme sur tout ce qui obéit, gouvernant par des prin* cipes immuables ce monde qu'emporte en apparence une étemelle mobilité, faisant rouler tous les arrangemens humains , toutes lés formes variées des gouvernemens , dans le plan éternel de sa sagesse infinie : de sorte que les droits de la société deviennent les droits de Dieu j les intérêts de la société , les intérêts de Dieu 3 les libres conventions de la société, les décrets immuables de Dieu , et qu'on .peut lire aussi facilement le miracle de* sa providence dans le spectacle de Tordre social , que le miracle de sa puissance dans le spectacle de l'ordre naturel.

Or , quoi de plus propre à maintenir cet équilibre heureux , d'où résulte la stabilité et la vigueur durable des États , que cette belle et grande morale , qui des liens même poHtiques fait autant

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d6 liens sacrés ; qui nous apprend que t'est Dieu même qui commande , que c'est pour Dieu qu'on obéit, et qui, fixant d'une manière invariable les droits des maîtres comme ceux des sujets j protège également les peuples contre les abus de l'autorité , et lautorité contre les attentats des peuples? La force peut contraindre, l'intérêt détermine ; la religion seule , en enseignant aux hommes que toute puissance vient de Dieu (rom. 3Lin , I.), les a persuadés qu'il ne peut jamais y avoir d'e raisons contre la soumission , ni de prétextes en faveur de la tyrannie. Elle dit aux rois : Assis sur le trône de Dieu , soyez donc Timage de Dieu ; songez que , comme lui , vous ne voudrez que ce qui' est bon , vous ne pourrez que ce qui est juste, et que tourner contre vos peuples la puissance empruntée que vous tenez de lui seroit toujours le plus grand des crimes , quand ce ne seroit pas le plus grand des malheurs. Elle dit aux sujets : Que toute ame soit soumise aux puissances (ibid.). Vous n'êtes point sans doute les esclaves de l'autorité j gardez-vous cependant de vous en croire les arbitres : marquée au sceau de la Divinité , elle est indépendante et sacrée comme elle. Vous avez pu vous choisir votre maître , vous ne vous l'êtes point donné j vos suflfrages l'indiquent, mais Dieu seul le couronne. Si,' dans l'ivresse du pouvoir , les maîtres des nations s'endormoient dans leur gloire, il est un Dieu qui Juge au milieu des dieux (ps, lxxxi ,

I,), et^ui^w^ç hsjy^stm^ mêmes (ps, w*iv, 3r){

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représentans du Roi par qui règaent les rois , lui seul peut les absoudre , lui seul peut les punir.

Maximes simples et lumineuses , que TÉglise catholique n'a jamais cessé d'enseigner , et qu'elle a constamment opposées aux factieux et aux impies de tous les siècles. Combien elles parlent à î'ame ! Quelle plus forte digne pour enchaîner la licence des peuples, que cette grande majesté d'où émanent toutes les majestés ? Quel frein plus imposapt pour amortir l'ivresse du pouvoir, que ce tribunal redoutable où une justice sans miséricorde cite les potentats (sap. vi, 7.)^ Quel lien plus fort et plus intime pour unir les princes aux sujets , et les sujets aux princes , que ce contrat sacré , non passé par les hommes , mais éc)*it de la main de Dieu même, qui, en garantissant aux uns leur grande et unique puissance , celle de faire sans obstable toute espèce de bien, conserve aux autres toute leur liberté , celle de ne dépendra que des lois et de leur devoir ; économie admirable qu'on ne doit qu'à la religion , et dont elle seule nous a donné l'exemple ; ce qui fait dire à un grand homme que le christianisme a tout fait pour les peuples, en les prémunissant, par ce contrat irrévocable dont Dieu seul est l'arbitre, contre les dangers de leur inconstance et les mal* heurs de leur indocililé 3 et tout fait pour les rois, en plaçant leur trône dans le lieu Iq plus inaccessible et le plus sûr, dans la conscience , où Dieu même a le sien ?

Aus$t eist^ce depuis rétablissement du chris-

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tianisme que les peuples ont essuyé moins d'orages y et les empires moins de révolutions. Tandis que, sous le règne du paganisme, la terre ne sortoit des horreurs de la rébellion que pour tomber dans la mort de la servitude , sous le règne de rÉvangile, des maîtres plus humains trouvèrent des sujets plus fidèles , une autorité plus douce • produisit nécessairement une soumission plus entière. D'après la grande règle , que toute puissance venant de Dieu doit retourner à Dieu , tous les devoirs publics allèrent d'eux-mêmes; on songea bien moins à discuter sur la forme du gouvernement qu'à bien user de celle qu'on trouva établie, A l'ombre de la religion , on vit les trônes s'affermir , les Etats prendre une vigueur nouvelle , et l'univers se rapprocher enfin de cet état heureux qu'avoit annoncé le prophète , où les peuples seroient soumis à l'empire des princes , et les princes soumis à l'empire de Dieu j in cons^eniendo populos in unum^ et règles j ut serviant Domino (ps. ci, a3).

Ainsi la religion est essentiellement conservatrice des empires , comme l'impiété amène essentiellement leur destruction ; et de même que l'une consolide et aflFermit le pouvoir qu'elle garantit , l'autre afFoiblit et ruine le pouvoir qu'elle juge et qu'elle discute : d'où il résulte que la religion est le premier besoin des États , puisqu'elle contribue le plus à leur tranquillité , et à leur durée , et que le plus grandi bonheur qui puisse arriver à un empire , c'est de durer

Et voilà pourquoi il importe de le remarquer

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à une époque mémorable , où l'héritier de la plus belle des couronues yient d'être fait enfant de la religion la plus pure , et a reçu l'onction sacrée du chrétien (i) : voilà pourquoi les races royales qui ont duré Je plus long-temps sont les dynasties catholiques. C'est un fait attesté par l'histoire , et surtout par nos annales, où l'on voit les maisons régnantes appuyées sur l'autel , traverser majestueusement les siècles , non moins fortes de notre amour que de nos sermens. Voilà pourquoi , lorsqu'on a voulu ébranler l'Etat, on a toujours commencé par ébranler la religion ; et ils sont tombés tous deux d'une chute commune. Voilà pourquoi, lorsque des mains réparatrices ont voulu relever le trône , elles ont relevé les autels , comme le plus sûr moyen de le consolider , tant ces deux choses marchent invariablement ensemble , Dieu et le Roi ; tant le sacerdoce et lempîre sont si intimement unis, que chaque coup qu'on porte à l'autel répond aux fondemens de la société. Puisse la maison qui s'élëye sur la France comme un nouveau soleil , devenir la maison favorite de Dieu , comme étoit celle de David ! puisse-t-elle faire passer de génération en génération son nom avec sa gloire , et se perpétuer d'âge en âge , sous Fégide de la religion , toujours heureuse , toujours triomphante, et toujours couronnée par la vertu et par la victoire j et in perpetuum coronata triumphaU (sAP, IV, 2.)

(i) Le baptême du fils de Buonaparte avoit eu lieu ie jour de la Trinité , 9 juin précédent. (Note de f éditeur.)

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II. Après avoir assuré la conservation des Étate par l'esprit qui ranime et par les maximes qu'elle enseigne , la religion ne travaille pas moins à leur gloire par la nature même de soïi culte.

Et ici , nos très-chers Frères, nous ne vous répéterons pas ce qu'ont dit avant nous, et beaucoup plus éloquemment que nous, tant d'illustres apologistes du culte catholique , de ce culte qui a partout répandu les vertus avec la lumière , quia partout adouci et épuré les mœurs , en donnant Pamour le plus pur des hommes pour base à la société j que la philosophie voudroit fonder sur l'intérêt j de ce culte d'autant plus réprimant pour les crimes publics , qu'il attaque les vices secrets ; de ce culte , qui , fortifiant la morale par les dogmes , et dirigeant les dogmes vers la morale, ajoute encore de nouveaux motifs à la conscience du genre humain, et devient le plus fort ressort pour pratiquer cette justice , qui fait, dit l'Esprit saint (prov. xiv, 34») 9 la gloire des nations : culte véritablement fraternel , qui, réunissant tous les hommes au pied des saints autels, sans distinction de rangs et de conditions , pour partager à tous également les mêmes espérances avec les mêmes consolations , multiplie au plus haut degré les moyens d'union parmi les hommes, et qui, par l'égalité religieuse , a seul réalisé l'égalité sociale , ce problême éternel que la politique et les lois n'ont. point encore résolu.

Mais pour me borner dans ce vaste sujet , et me renfermer davantage dans l'esprit de ce discours , |e me contenterai de vous prouver ici l'influence

particulière qu'a le culte catholique sur la natioa française ; culte tellement assorti à ses besoin», à son génie et à son caractère , tellement en har^ monîe avec ses qualités heureuses, ou en opposition avec ses défauts naturels, que tout autre seroit en contradiction avec elle , qu elle ne pourroit le répudiei: sans se répudier elle-même , sans renoncer, aux plus beaux titres de sa grandeur et de sa gloire } de sorte que bientôt nous cesserions d être Français , si jamais nous cessions detre catholiqueSé

£n effet, il faut à un peuple mu par des passions vives et impétueuses, et naturellement plus dominé qu'aucun autre par Famôur des plaisirs, un culte austère et réprimant par la sévérité de sa morale, par la nécessit/é de ses expiations, par le renoncement qu'il nous prescrit et par les pra- ,tiques mortifiantes qu'il impose.

A un peuple inconstant , amoureux de nouveautés qt avide de curieuses recherches , il faut un culte dont le principe dominant est l'autorité, dont le fondement est la foi , dont le premier dogme est de croire, le premier devoir de se soumettre} uq culte qui , par la hauteur inaccessible de ses mystères , met un frein à l'orgueil humain , à cette curiosité sans bornes, à cette impatience de tout savoir, que l'esprit prend pour sa grandeur, et qui n'est que sa maladie.

A un peuple frivole et léger, il faut un culte qui , par la multitude de ses préceptes , lui retrace sans cesse la multitude de ses devoirs, qui lui rappelle à chaque moment la présence de la Divinité

2'jÔ POLR L OUVERTURE

et qui sans cesse le ramène aux principes conservateurs de Tordre social. *

A un peuple sensible et doué d'une vive imagination, il faut un culte noble et aniuié, ^"î 5 par la pompe de ses solennités et la majesté de sa liturgie , oÔre à l'esprit de grands tableaux., au cœur des sentimens profonds , et aux yeux d'imposans spectacles.

A un peuple ami des arts , il faut un culte qui , faisant entrer toutes leurs productions dans la magnificence de ses temples et dans la décoration de ses autels, les honore et les encourage à la fois, et contribue le plus à leurs progrès et à leur perfection.

A un peuple doué de grands talens , il faut un culte tendre et merveilleux, tout vivant d'espérance et d'amour, inépuisable source de sublimes beautés et des hautes pensées, et qui, glorieusement distingué de tous les autres par cette foule d'écrivains illustres dont il a développé le génie, prouve qu'à lui seul appartient la saine littérature comme la saine doctrine, et qu'il est seul déposir taire des véritables talens , comme il l'est des véritables promesse^.

Enfin à un peuple toujours monarchique et essentiellement ami de ses rois, il faut un culte qui les favorise et les consacre particulièrement j un culte qui s'appelle un sacerdoce royal (1 petr. II, 9.), ayant lui-même un chef suprême, dont la puissance est tempérée par les canons, comme la puissance royale est tempérée par les loi^.

DD CONCILE. 35 ï

Aînisi, à ne prendre même les choses qu'humainement parlant, et indépendamment des autres grands motifs qui nous rendent notre culte si saint et si vénérable, et qui nous le montrent fait pour tout l'univers , propre à tous les États et bon pour tous les peuples , la religion dont la France jouît depuis quatorze siècles est le plus grand bienfait qu'une Providence propice ait pu lui accorder, puisqu'elle lui convient plus qu'à aucune autre nation , qu'elle est la plus analogue à ses mœurs , la plus appropriée à ses besoins , la plus conforme à son génie : d'où il résulte que le plus grand malheur qui pût lui arriver seroit de perdre cette religion sainte, puisqu'alors elle perdroit ses mœurs anciennes, et avec le respect de ses aïeux le respect d'elle-même, puisqu'elle dénatureroit par là son caractère national , c'est-à-dire y tout ce qui constitue un peuple , tout ce qui fait la stabilité , la sûreté, la force et la grandeur d'une nation.

III. Mais c'est surtout par le ministère de ses pasteurs, que la iieligîon influe si efficacement sur Tordre social et sur la prospérité publique.

Ministère de prédication , pour rappeler sans cesse la morale qui s'altère , pour inculquer les devoirs qu'on oublie, pour réveiller la conscience qui s'endort, pour combattre les vices qui se propagent , et s'opposer sans cesse aux désordres qui se débordent comme un torrent. Institution admira-^ ble , d.ont la religion seule nous a donné l'exemple ! Fut-il jamais un plus bel usage de la parole? Quel ministère remplacera jamais un pareil ministère,

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et quels livres ou quelles lois pourront jamais y suppléer? Combien notre ame s attriste quand nous voyons se préparer la décadence inévitable de cette chaire catholique où se sont fait entendre tant de voix éloquentes , où Tesprit et le zèle se réunissant à l'envi y lorateur forlifioit l'apôtre , et l'apôtre échaulfoit l'orateur ^ quand nous songeons surtout qu'avec elle vont disparoître le dernier frein de la licence , les dernières leçons que la toute-puissance pouvoit encore recevoir, et Ije dernier asile qui restoit à la vérité sur la terre !

Ministère des sacremens y qui consacre nos per^ sonnes par des signes augustes, qui nous suit dans les différens âges de la. vie, depuis l'enfance qu'il entoure de salutaires préservatifs jusqu'à l'heure dernière qu'il environne des plus douces consolalions ; qui établit un tribunal sévère pour les réparations, les restitutions, les réconciliations; qui donne au mariage une sanction et une dignité que la loi toute seule ne sauroit lui communiquer , et qui , en apposant le sceau le plus inviolable an lien le plus nécessaire , devient par là un des plus sûr garans de la félicité des époux , du bon- « heur des enfans , de la paix des familles , et un bienfait national que la nature humaine ne sauroit trop reconnoître.

Ministère de charité, pour soutenir tout ce qui est foible , pour consoler tout ce qui est affligé , pour assister tout ce qui est pauvre , pour secourir tout ce qui est malade. De là ces associations consacrées auservice de l'humanité , ornemens exclusifs

de la religion catholique ; de là celte foule de vierges chrétiennes , honneur de la nature et gloire de leur sexe ; de là , parmi tant d'autres , cet immortel Vincent de Paul qui a plus fait pour sa nation que le plus grand de ses monarques, et qui 5 par un rare concours d^un courage qne rien n'abat et d'une charité que rien n'épuise, a su montrer à l'univers tout ce que peut un simple prêtre , quand il est animé de l'amour de son état et de l'esprit de son ministère.

Ministère d'enseignement et de jugement, pour fixçr les doutes par les décisions, et les décisions par l'autorité; pour réunir tous les esprits dans la même foi , et les empêcher de flotter à tout vent de doctrine ; pour prévenir ainsi les schismes et les ruptures religieuses , source trop ordinaire de discordes civiles ; pour arrêter les hérésies turbulentes, et contenir ces novateurs inquiets , vrais fléaux de l'État ainsi que de l'Église. Par là se raffermit la paix domestique dans la grande communion des saints; par là s'accomplit cette parole de l'apôtre: Soyez tous un même cœur et une même ame , ayant tous les mêmes sentimens; idipsum invicem sentieri" tes ( ROM. XII, i6. ); ou cette autre : Un seul corps, un seul esprit, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême (ephes. iv, 5.). Or qui peut douter que cette unité de corps, d'esprit, de Seigneur, de foi et de baptême, ne soit un des plus forts moyens pour unir la société politique sous une même loi,sous un même souverain, dans une même patrie j que rien ne soit plus propre à nourrir l'unité d'af-

Tuio. 3. 23

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fection et de charité, quel'unité de la même croyance et l'accord de la même foi} qu'en prévenant les hérésies et les schismes , on ne prévienne en même temps les haines et les inimitiés, et qu'enfin la fraternité catholique ne soit un des plus forts remparts de la fraternité civile et de l'harmonie sociale? Voilà donc la véritable gloire de l'Église catholique^ c'est devoir établi dans son sein ce corps •uguste de pasteurs enseignans, dépositaires des oracles sacrés, représentans de l'autorité de Dieu même, et non moins infaillibles que l'Esprit saint qui les dirige et qui les envoie; de tenir ainsi le seul fil qui puisse nous conduire dans le dédale et et labime sans fond desopinions humaines; d'avoir éteint par là l'esprit particulier, enfant de Thérésie et de l'orgueil , père de l'anarchie et delà confusion, avec lequel nul ordre et nul repos ne peuvent exister sur la terre, ainsi que nulle vérité ne peut demeurer fixe et intacte parmi les hommes , et d'avoir ainsi mérité d'être appelée à juste titre le fondement et la colonne de la vérité ; columna et jirmamen-tum verilatis (I tim. m, i5.).

Et certes, s'il y a au monde une vraie religion qui soit marquée d'un caractère tout céleste , c'est sans doute celle qui défend ainsi, par un principe non moins simple que sûr , l'ordre général contre les opinions particulières ; celle qui réunit tous les esprits dans un sentier commun , où , sans crainte de s'égarer, marchent également les grands et les petits, les ignorais et les savans, les foibles et les forts. Combien donc s'abusent étrangement

ces novateurs , qui , pleins de leur propre sens , prennent pour juge de leurs disputes le principe inéme d'où naissent toutes les disputes 3 qui , préférant marcher au hasard, sans autre guide que leurs propres lumières , n'ont pas craint d'opposer cet esprit versatile autant qpè téméraire , qui ne sait , dit le Sage, ni d'où il vient ni où il va , à cet inviolable principe de l'enseignement de TEglise, où ses enfans puisent sans cesse la règle invariable de leur croyance comme de leurs devoirs j sans, songer qu'il n'y a rien de plus raisonnable , ni de plus divin qu'une pareille institution : de plus rai^ sonnable , rien n'étant plus digne de l'homme que de se soumettre à un tribunal infaillible , éminemment conservateur de l'unité et de la paix parmi les hommes , et qui , prévenant toutes les erreurs , abrège toutes les discussions , dispense de toutes les recherches et termine toutes' les disputes; ni de plus divin , rien n'étant plus digne de Dieu • que d'avoir soustrait sa sainte loi aux interprétations arbitraires , et d'avoir donné aux vérités qu'il lui plaît de nous révéler, cette autorité majestueuse sous laquelle il faut que tout plie, et ce garant irréfragable sans lequel tout seroit confondu, dans le dogme comme dans la morale.

Mais ce n'est pas seulement à ces jugemens définitifs , non moins propres à bannir l'anarchie politique que Fanarchie religieuse , et à ces décisions doctrinales qui fixent la morale des peuples et la croyance des nations , que se bornent les assemblées solennelles des premiers pasteurs.

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Là se cimente encore k discipline ecclésiastique, si propre à cimenter la police civile ; là , par la réforme du clergé , se prépare la réforme des mœurs publiques ; là l'administration pastorale est dirigée par des lois sages, ou retenue par d'utiles censures; là enfin chaque abus est dénoncé, chaque mal indiqué , et chaque remède appliqué. Police admirable , qui fait la force ainsi que la beauté de la milice sainte! Puissions-nous donc les voir revivre ces assemblées synodales trop long-temps suspendues ! Puisse celle qui nous occupe en ce moment être l'aurore ou le préludé de toutes celles qui font l'objet de tous nos vœux , qui peuvent seules vivifier l'église gallicane, la retirer du milieu de ses ruines , et devenir l'époque d'une re^ naissance morale pour le salut des peuples , pour l'honneur du sacerdoce catholique, et la prospérité de cet empire!

Et maintenant , quelle autre religion peut se vanter d^avoir eu de semblables pasteurs et de pareils ministres? Toutes les autres ont eu leurs prêtres et leurs docteurs ; aucune n'a eu des ministres dans le sens catholique : ministres , c'està-dire , serviteurs , hommes qui ne sont pas à eux, mais aux autres , mais à tous pour les gagner tous ; ministres , c'est-à-dire , promoteurs par état de tout ce qui est bon, de tout ce qui est juste; ministres , c'est-à-dire , hommes de Dieu auprès

des peuples, et hommes des peuples auprès de Dieu; ministres , c'est-à-dire , serviteurs de Dieu et des hommes, de Dieu pour servir les hommes plus

efficacement , et des hommes pour servir Dieu plus digaernent. Et c'est ce que saint Paul appelle l'œuvre du ministère pour Tédification du corps de Jésus- Christ : ministère unique sur la terre , qui , pour nous attacher davantage au saTut des hommes, nous fait une loi de nous en tenir séparés 3 séparés des soins temporels, pour mieux distribuer les biens et les grâces célestes; séparés du monde , pour mieux le corriger et le reprendre j séparés de nos familles , pour mieux nous attacher à la grande famille qui nous est confiée, et de laquelle nous répondons vie pour vie , ame pour ame j in opus niinisterii, in œdijicationem corporis Christi (^HES. IV , 12), Tous sans doute ne remplissent pas ainsi un si haut ministère , et plusieurs , loin d'édifier le corps de Jésus-Christ , le déshonorent trop souvent par leurs scandales , ou l'avilissent par des mœurs vulgaires : mais tous , par leur état , sont obligés de se montrer audessus du vulgaire; mais il suffit à la gloire de cette religion sainte de n'avouer pour ses dignes ministres que ceux qui unissent à lame la plus tendre le. cœur le plu» magnanime, et au plus noble désintéressement la charité la plus active ; ceux qui ajoutent aux vertus privées de la vie chrétienne les vertus publiques de la vie pastorale; ceux qui se i^ègleot , qui se perfectionnent et se sanctifient d'autant plus , qu'ils cherchent davantage à régler , à perfectionner et à sanctifier les autres ; in opus ministerii , in tedificationem corporis Christi.

Chrétiens , que peut offrir toute lantiquité

358 POUR L'i^DVERTCRE

ipaïenne de comparable à ce ministère sublime ^ à cet belle magistrature qui commande par la douceur et qui force par les exemples ? Qu'étoient ces sages si vantés , tous ces sophistes arrogans aussi inutiles aux autres qu'à eux*mêmes , qui, étrangers à tous les intérêts du genre humain, ne jsavoient que le gourmander , et dans leur fol orgueil se faisoient un vain spectacle de ses misères, un triste jeu de ses erreurs? Et quand on pense que ce ministère pastoral est aussi admi* rable dans sa durée que dans ses moyens^ aussi simple dans son action que majestueux dans sa hiérarchie ; quand on le voit communiquer d'un bout de l'univers à l'autre par l'unité de son gou* vernement , réunir tous les peuples par l'ùniformité de sa doctrine , et tenir à tous les siècles du monde par cette succession de pontifes, qui sans interruption se transmettent de main en main uu héritage magnifique d'enseignemens et de bienfaits, de travaux et de lumières , n'est-on pas forcé de reconnoître qu'un ministère aussi fort dans sa constitution que sublime dans son objet seroit toujours la pins admirable conception de l'esprit humain , quand il ne seroit pas un des plus beaux chefs-d'œuvre de la droite du Tout-Puissant?

Combien ingrats seroient donc les peuples qui pourroient oublier tout ce qu'ils doivent à un ministère en qui réside éminemment le génie du bien ; à cette autorité de cpnfîance et d amour qui peut tout pour l'édification et rien pour la

â^htrnction ^ «jai ^ pe pouvant plus ajju^er; m peut

plus qu'être utile, et qui, lors même qu'il pou voit abuser, ne cessa jamais d'être utilej qui enfin ^ sans autres armes que la prière et la patience , ne sauroit être redoutable qu'au vice qu'il poursuit, à l'erreur qu^il combat, et à l'impiété qu'il ne cesse de dénoncer comme le fléau des nations et la plus grande calamité qui puisse affliger ua empire !

Mais c^est surtout ici de la reconnoissance na-* tionale que je parle: et combien doit-elle aug-^ menten Chrétiens , ainsi que votre attachement et Yotre révérence pour vos pontifes , lorsque vous saurez qu'aucune autre nation n'est plus riche en évéques illustrés , et n'a produit dans tous les temps plus de célèbres personnages , aussi puissans en œuvres qu'en paroles ! Quelle histoire imposante^ que celle de l'église gallicane! que de souvenirs vénérables ! et quel magnifique spectacle présentent nos pères dans la foi , auxquels la France doit, non-seuleiiient sa religion , mais sa civilisation! Quek hommes! et que faut-il admirer le plus de leurs vertus ou de leur génie ? D'abord martyrs , et scellant de leur propre sang la vérité dont ils étoient les apôtres , vainqueurs ensuite des Barbares ^ui lès avoient vaincus , et ramenant par la persuasion des hommes qui ne connoissdient d'autre droit que la force , d'autre raison que les armes; successivement sauveurs de la morale dans des temps de corruption et de licence , sauveurs du dogme dans des temps de ténèbres et d'obscurcissement , sauveurs de la discipline dans dfts

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temps de décadence et de relâchement , sauveurs des lettres dans des temps d'ignorance , sauveurs des arts et des monumens du génie dans des temps de ravages et de dévastation ; anges de pai^;: au milieu de la guerre , et sans cesse sollicitant la trêve au nom de Dieu , quand ils ne peuvent obtenir la paix au nom des hommes 3 imperturbables défenseurs des foibles contre les puissans , des opprimés contre les tyrans , et profitant de l'ascendant de leur ministère pour attaquer tout à la fois et les passions belliqueuses et les passions licencieuses. Voilà nos ancêtres , Messeigneurs , voilà ceux qui ont fondé nos églises et dont nous occupons les sièg'es 3 fut-il jamais une plus noble et plus illustre descendance ? Que vous dirai-je encore, et comment donc les appeler ici, ou les pères de l'église gallicane , ou les pères de la nation française? à qui ont-ils rendu plus de services, ou h, la religion dont ils étoient les plus fermes colonnes, oii à l'État dont ils ont jeté les premiers fondemens? et qui leur doit plus de respect et de reconnoissance , ou l'Église qu'ils oat enrichie de leurs doctes écrits , ou la France quiU .ont comblée de leurs bienfaits insignes?

Que ne puis-je , Messeigneurs , parcourir successivement tous les siècles , pour vous montrer nos devanciers honorant à la fois et leurs sièges et leurs noms , et non moins grands par leurs services signalés que par leurs glorieux exemples! IMi^is , pour nous borner dans ce vaste tableau ,

qjiel moU pour VÉgll^ç ; (jue pç dix-septièwie bh

les grands hommes succèdent aux grands hommes, les évéques illustres aux é vêques illustres , les saints prêtres aux saints prêtres, et les héros de la piété aux héros de la foi et delà doctrine! Que d'établissemens! que d'institutions! que de fondations! que de congrégations! que d'hospices ! que d'écoles pour tous les sexes et pour tous les états s'élèvent à la fois, dirai-je par enchantement? et combien tous ces monumeus de piété et de munificence devoîent-ils être multipliés, variés çt accumulés, puisque au milieu même de leurs débris et de leurs ' foibles restes^ ils étonnent encore par leur noitibre et par leur grandeur!

Mais , en célébrantla gloire des évéques français, pourrois-je ne pas nommer cet immortel évêque de Meaux, qui termine si glorieusement cette chaîne majestueuse des Pères de notre église, commencée par le grand Irénée? Gélébrons-le donc aujourd'hui au milieu de cette assemblée qui a tant de rapports avec celle dont il fut l'ame, le régulateur et loracle. • Quel homme , quel évêque , et quel génie ! et que ' n'ai-je, pour le louer, la majesté de son style et la hauteur de ses pensées! pourquoi ma langue' n'est-elle pas , comme sa plume , aussi féconde que rapide , aussi impétueuse qu'inépuisable?Salut, gloire immortelle au plus grand homme du grand siècle , dont le nom seul suffit pour illustrer une nation. Un écrivain célèbre a dit : Nommez une vertu qui ne soit. pas la .siepne (i), et j'ajouterai: Nommez un talent qui

' {i) liqi "fipjffirç, Discours dq rjéçeptiçu à l%c^iémie.

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ne soit pas le sîen. Si je considère ]'hoinme , quelle élévation dans le caractère ! quelle dignité dans la vie! Si je considère levêque, que d'immenses travaux! Précepteur des enfans des rois et catéchiste des enfans du pauvre , oracle du clergé et missionnaire des campagnes. Si je considère le génie , en fut-il jamais un plus étendu , plus fécond et plus varié? Historien, tous les siècles lui sont ouverts , et d'un coup d'œil il embrasse à la fois et le jpassé et le le présent j orateur, il parle une langue qu'il a créée, une langue qui n'est qu'à lui, et il prodigue le sublime , comme les autres les idées ordinaires j métaphysicien , il s'élève toujours jusqu'à la sommité des choses ,1 et il n'y a ni hauteur où il n'atteigne , ni abîme où il ne descende; controversiste , out tombe devant lui, et l'hérésie et l'impiété sont écrasées jsans retour sous la double massue de sa raison et de son éloquence j commentateur des Pères, il le» enrichit en les expliquant 3 interprète des livres maints , il dévore ce volume sacré , suivant l'expression du prophète, et il en rompt les sceaux pour y puiser tout à la fois ce qu'ils ont de plus tendre" et de plus onctueux , ce qu'ils ont de plus haut et de plus sublime: semblable à l'aigle du Liban dont parle Ézéchîel '(ezech. xvii, 3.), lequel vole de cèdre en cèdre pour en extraire le suc le plus exquis et la moelle la plus pure.

Voilà notre Bossuet Messeigneurs , et l'église de France, ne comptât'-elle que ce grand homme parmi ses évêques , n'auroit presque rien à envier aux autres églises} voilà celui que nous suivrons, que

nous méditerons au milieu, de nos travaux, con*^ vaincus que l'on ne peut s'égarer en suivant un tel , maître» Héritiers de sa modération, nous tiendrons, comme lui, un juste milieu entre les flatteurs de la puissance séculière^ et les exagérateurs de la puissance pontificale; héritiers de son amour pour la vérité, qu'il appelle /a gr^ce spéciale de Vépiscopat, nous la dirons sans crainte comme sans détour, et nous la défendrons au pri^ de tous les sacrifices. Comme lui, nous proclamerons encore, s'il le faut| ces Articles célèbres que lui dicta à la fois son amour pour l'Eglise ainsi que pour l'Etat, et qui concilient si bien la majesté du trône impérial avec la majesté du trône apostolique; comme lui, nous défendrons ces libertés précieuses, établies à la fois pour l'indépendance des souverains, pour l'honneur des évéques et la tranquilité de tous: libertés qui^ retenues dans leurs justes bornes, font toute la vigueur de notre discipline, et qui, bien loin de nous faire manquer au respect et à la révérence filiale , ne font que nous rendre plus sujets des ca-** nous, de ces canons qui doivent être d'autant plus chers au saint siège, que le saint siège les a fait siens, dit Bossuet , en les confirmant dès leur ori^ ginej libertés qui ne sont autre chose que le droit d'observer les statuts de nos pères et les règles an* ciennes , et en cela conformes d'aut^otplus à l'Église romaine, qu'aucune église n'a plus qu'elle respecté l'antiquité ^ et n'a gardé plus religieusement la suite des traditions et le dépôt sacré des maximes héré*

dHaires; libertés eafin quç nous défendroos telles

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que nous les ont transmises nos pères dans la foi , telles qu'elles sont consignées dans les registres publics de notre église et dans les délibérations de ses assemblées.

Mais je reviens au fond de mon discours. Nous avons vu la religion affermir Tordre social et concourir à la félicité publique par la force de ses maximes } par la nature de son culte et le ministère de ses pasteurs. De ces vérités démontrées suit une conséquence non moins simple que lumineuse, c'est que le bien public n'est donc jamais plus assuré que par l'union sainte et par l'heureuse concorde entre le sacerdoce et Tempire , entre l'évêque du dehors , c'est-à-dire , le défenseur des autels et le protecteur des canons qqe fait l'Église , et les évêques intérieurs, c'est-à-dire, les pasteurs des âmes et les conducteurs des fidèles dans la carrière des vertus et dans l'enseignement des choses -qui sont de Dieu. Union admirable , qui fortifie les deux puissances l'une par l'autre , et sans laquelle , dit le grand hortime que nous voudrions toujours ^ citer , rien ne peut demeurer en assurance parmi les hommes , ni l'État , qui voit alors périr ses véritables fondemens , la justice et les mœurs, fruits heureux des vertus et de la doctrine chrétienne; ni l'Église, qui manque alors de secours et d'appui pour opérer le bien commun , et pour remplir efficacement sa glorieuse destinée.

Mais pourquoi cette heureuse harmonie entre ces deux puissances , que Dieu a établies pour se iioutenir , est-elle si souvent troublée ? pourquoi

cette belle union , le plus grand bien que le ciel puisse accorder à la terre , est-elle si souvent rompue? Tant de paix et de bonheur ne seroit-il pas fait. pour ce monde caduc et cette vie périçsable, ou bien enfin FÉglise ne seroit-elle' née que pour les combats, et le ciel n'auroit-il à lui offrir que des épreuves et des traverses dans son pèlerinage sur la terr^ ? Quels nuages épais se sont donc élevés? comment s'est obscurci cet horizon si pur, qui nous promettoit de^ jours si sereins et si calmes? d'où est venue la tempête? comment s'est rompu ce pacte pacificateur et réparateur qui tinissoit d'un lien si doux le chef de l'État et le chef de l'Église? Mais que fais-je? viens-je donc attrister vos cœurs par le récit de cette rupture qui afflige les fidèles, et dont les impies triomphent? viens-je donc vous entretenir de ces grands différends dont le principe part de, si haut , et dont la discussion doit être encore environnée de tant de circonspection et de respect? Mais si de graves considérations nous imposent la loi de nous taire ici sur la cause du mal et sur la source des dissensions , nous pouvons parler de leurs tristes effets et de leurs déplorables suites; nous pouvons gémir sur l'état de notre église et sur le sort de tant de vastes diocèses, qui , déjà désolés par cette effrayante disette de ministres inférieurs , voient encore aggraver leurs maux par la privation de leurs premiers pasteurs. Enfin , il nous eât permis de chercher quel remède appliquer à de si grands malheurs , et quel terme donner à de si grandes

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extrémités. Jusques à quand doit donc durer cet 'état d'inquiétudes et d'anxiété, de viduité et de souffrance? L'église gallicane, que l'on peut appeler aujourd'hui la catholicité européenne ; l'église gallicane, agitée par tant de secousses, environnée de tant d'écueils, et presque sur le penchant de sa ruine, ne porte-t-elle pas en elle-même le principe de sa conservation ? N'y a-t-il donc pas pour elle , ainsi que pour l'État , une nécessité à laquelle il faut que tout cède? Le salut des fidèles, ainsi que le salut du peuple , n'est-il pas la première loi ? Ne peut-il pas y avoir des craintes tellement fondées , des dangers si imminens, des circonstances si hasardeuses , que l'église de France ne puisse toute seule aviser aux moyens de se sauver elle-même , en sauvant son épiscopat ? Mais quelle est cette pla niche qui s'offre à elle pour échapper au naufrage dont elle est menacée ? Jusqu'où peut s'étendre la loi des tempéramens? jusqu'où peut-on s'avancer? où doît-on s'arrêter? quelle application peut-on faire des règles anciennes aux règles actuelles, et de l'histoire da passé aux conjonctures du présent? comment peuton céder à l'empire des circonstances , sans faire plier les principes? et enfin quelles sont les me- 3ures que suggèrent ici ou la prudence , ou le courage , ou la modération , ou le zèle , pour faire dans ces grandes occurrences ce qui convient le mieux, à l'État et à l'Église, à vos peuples et à vous-mêmes ? voilà , Messeigneurs , les hautes discussions qui sont offertes à vos lumières , et sur

lesquelles vous ayez à prononcer devant l'Europe qui vous observe , devant l'Église qui vous écoute , et la postérité qui vous attend.

Mais quelle que soit l'issue de vos délibérations, quel que soit le parti que la sagesse et l'intérêt de nos églises pourront nous suggérer, jamais nous n'abandonnerons ces principes immuables qui nous attachent à l'unité , à cette pierre angulaire , à cette clef de la voûte, sans laquelle tout l'édifice s'écrouleroit lur lui-même : jamais nous ne nous détacherons de ce premier anneau, sans lequel tous les autres se dérouleroient, et nelaisseroientplus voir que confusion, anarchie et ruine: jamais nous B^oublierons tout ce que nous devons de respect et d'amour à cette Église romaine qui nous a engendrés à Jésus- Christ , et qui nous a nourris du lait de la doctrine; à cette chaire auguste que les Pères appellent la citadelle de la vérité , et à ce chef suprême de l'épiscopat, sans lequel tout l'épiscopat se dé^ truiroit lui-même , et ne feroît plus que languir comme une branche détachée du tronc, ou s'agiter au gré des flots comme un vaisseau sanâ gouvernail et sans pilote. Oui, quelques vicissitudes qu'éprouve le siège de Pierre, quels que soient l'état et la condition de son auguste successeur, toujours nous tiendrons à lui par les liens du respect et de la révérence filiale. Ce siège pourra être déplacé , il ne pourra pas être détruit , on pourra lui ôter de sa splendeur , on ne pourra pas lui ôter de sa force; partout où ce siège sera , là tous les autres se réuniront 3 partout où ce siège se transportera , là tous

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