‹ Sermons et discours inédits (volume 2)Chapitre 47 sur 51 · POUR UNE ASSEMBLÉE DE CHARITÉ · texte numérisé non relu

POUR UNE ASSEMBLÉE DE CHARITÉ

nous ne l'espérons pas moins pour Faccroisement et la conversation de l'association nouvelle de nos missionnaires français: nouvelle, il est vrai, par son origine , mais antique par son esprit , et qui ,

même pour cela qu'elle a été détruite? n'est-ce pas à la plus grande gloire de la philosophie et de Fimpiété qu'elle a été immolée ?

Le trop fameux Raynal , entre autres hommages qu'il rend a cette société , dont il avoit reconnu lui-même qu'il étoit indigne d'être membre , nous dit que c'est le seul corps qui ait aimé la' gloire. Mais quelle étoit donc cette gloire? et où la plaçoit-il ? Ce n'étoit point la gloire des armes, puisque ce corps n étoit point un ordre militaire ; ce n'étoit pas la gloire des sciences proprement dites , puisqu'elles n'étoient pas Tobjet direct de cette institution ; ce n'étoit pas la gloire des honneurs ni des dignités, puisque tout Jésuite faisoit vœu d'y renoncer : ce n'étoit donc que la gloire de faire le bien , de répandre aux quatre coins du monde les trésors de la foi et de la vérité, et de porter l'éducation publique au plus haut point de perfection où elle put atteindre; et c'est bien là aussi que cette compagnie appeloit la plus grande gloire de Dieu, C'est surtout ce rare talent pour l'éducation qui rendra sa gloire immortelle, et qui perpétuera nos regrets. Le célèbre Bacon l'a bien caractérisée en deux mot?, quand il a dit : Consultez les écoles des Jésuites , il n'y a rien de mieux; consule scholas Jesuitarum y nihilmeliàs{*). Aveu clair et précis , sur lequel il est impossible de se mé* prendre ; aveu que les philosophes auront bien de la peine à lui pardonner. Hélas! que diroit-il, s'il revenoit sur la terre? N'est- il pas à craindre qu'en voyant nos nouvelles écoles et l'exploitation de nos collèges, il ne s'écriât dou«> loureusement , au lieu de rien de mieux > Rien de pis ? {Note de routeur.)

(*) De dignitate et augm, scientiarum , liiy, yi , cap. 4*

POUR CNE ASSExMBLÉE DE CHARITÉ. J^Zl

si Dieu la protège et que vous la secondiez, pourra devenir non moins utile à ce royaume, que les enfans de saint Ignace ne l'ont été à tant d'églises chrétiennes et à tant de nations ensevelies dans les ombres de la mort. Déjà la munificence royale la • établie sur ce mont cher à la piété (i), du haut duquel cette association semble dominer sur la France pour en observer les besoins, pour en étudier les misères , et pour voler au secours de tous ceux qui ont faim de la parole sainte. Formée sous de si augustes auspices , forte des vœux de tous les gens ' de bien , appuyée sur la croix qui lui sert d étendard , sur cet arbre de vie dont la racine touche aux enfers pour les fermer , et dont la cime touche aux cîeux pour les ouvrir, tout nous dit quelle prospérera, et que, participant au germe de vie attaché à ce bois sacré , elle triomphera par les obstacles mêmes , et trouvera, dans les contradictions du monde et dans les efforts mêmes de ses ennemis, un aliment de plus à ses succès et à sa gloire.

SuppHons donc , mes Frères , le Père de la moisson pour qu'il daigne ressusciter au milieu de nous toutes ces maisons saintes et toutes ces congrégations vénérables , desquelles , comme d'autant de fontaines d'eau vive , découloient jadis les flots de la science et les eaux de la piété. C'est alors seulement que commencera la véritable restauration , alors que nous verrons la monarchie sortir de ses ruines, lés coupables es-

(i) Le mont Valérien.

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pérances des apôtres de Fanarchie avorter et mou* rir ; nos campagnes livrées à la Êunine de la parole sainte se vivifier , et y pour parler avec le prophète , les déserts de Sion se réjouir (rsAi. LU 5 9.) î ^* reprendre , à l'ombre de la croix , leur ancienne fertilité; tous les nuages dont notre ' liorizon est encore obscurci se dissiper , le sol encore mouvant sur lequel nous marchons s'asseoir et se raffermir ; ce volcan qui fume toujours et qui nous menace encore de ses laves brûlantes s*ëteindre pour jamais; la France échappée dé ce nouveau déluge , sur l'arche de la religion, reprendre son ancien rang parmi les peuples , et pacifique au dedans , invincible au dehors , triomphante tout à la fois de ses ennemis et déliemême, mériter encore d'être appelée , comme autrefois , le plus beau des royaumes après celui du ciel.

IDII:^ (fi 4>!t]ES

Tora. 3. 28

^i^iitiî^^imisit

Ce discours avolt été composé par M. de Boulogne , dans un temps oîi il croyoit être charge' de porter la -parole dans la cérémonie du sacre de Charles X. Un autre prélat ayant été appelé à cet honneur, M. Tévéque de Troyes se proposoît de publier son discours sous la forme d'Instruction pastorale pour son diocèse , et il s'occupoit de lui donner cette forme , lorsque la mort le surprit. Nous donnons le discours tel qu'il a été trouvé parmi ses manuscrits.

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xJe toutes les cér.émonîes qu'offre l'Église catholique à la piété et à l'instruction de ses enfans , il en est peu d'aussi augustes et d'aussi importantes que celle qui fixe en ce moment l'attention de toute la France. Il en est peu de plus utiles et de plus faites pour intéresser à la fois les cœurs et les esprits , que cette inauguration royale et ce sacre majestueux où nos monarques viennent , au pied des saints autels , recevoir l'onction sacrée. Ce n'est point ici ce pavois antique, sur lequel, dans les premiers temps , on élevoit le nouveau roi ; vaine cérémonie qui ne montroit en lui que le premier soldat de la nation, dont toute la vertu étoit dans la valeur et toute la sûreté dans l'épée : c'est une intronisation toute céleste , où le monarque est proclamé le premier lieutenant du Très-Haut et son représentant sur la terre :

cérémonie auguste et vénérable , qui ne donne pas la puissance , mais qui nous montre de quelle source elle descend j qui ne communique pas Tau-

torité , mais qui nous apprend l'usage que le souverain doit en faire 3 qui ne le place pas sur le trône , mais qui lui montre que le trône où il est placé e^t le trône de Dieu même| et qui enfia ne le consacre pas pour le faire roi , mais parce qu'il est roi : magnifique dédicace ^ où couronnés au nom de l'Éternel , sanctifiés par la prière des pontifes , les rois deviennent les christs du Très- Haut , qui défend , sous peine de sacrilège d'attenter à leur personne auguste, et qui leur apprend ainsi à se respecter eux-mêmes , autant qu'ils doivent être respectés des autres; institution éminemment nationale , à laquelle se rattachent de si glorieux souvenirs , qui nous rappelle l'antiquité de notre église , l'antiquité de notre monarchie, la nohle et glorieuse succession de nos rois toujours catholiques, depuis \ejier Sicambre^ abjurant les faux dieux , pour devenir enfant de rÉglîse et premier roi chrétien , jusqu'à Charles X , encore roi très-chrétien et fils aîné de l'Église : enfin cérémonie qui doit être aujourd'hui d^autant plus chère et plus précieuse à la nation , qu'elle peut être regardée comme une profession authentique de la légitimité , comme un démenti éclatant donné anx insensés qui oser oient en faire tme question , comme une amende honorable pour tous les crimes dont est souillée notre révolution , en même temps qu'une haute publication du pardon de toutes les fautes et un embrassement so-lennel de la miséricorde et de la vérité , de la paix et de la justice (ps. lxxxiv, 11.).

Quoi donc^ mes Frères , de plus propre qu^une pareille cérémonie pour réveiller en nous les sentimens religieux et les sentimens monarchiques , et pour ranimer dans nos cœurs l'amour pour notre Roi? Quel est le Français, quel est le chrétien qui verroit arriver avec, indifférence ce jour fortuné , un des plus heaux qui ait pu se lever sur l'empire des lis? Tous sans^ doute ne peuvent être les témoins de ce grand spectacle de piété et de magnificence , où la religion et les arts se sont donné mutuellement la main pour parler à la fois et à Famé et aux jeux : mais tous peuvent se pénétrer des sentimens qu'elle inspire^ des obligations qu'elle impose , des leçons qu'elle donne , des grâces qu'elle attire.

Le grand Henri disoit de son sacre /qu'il étoit le sjmbole de son mariage avec son peuple : belles j^aroles , non moins dignes de son bon sens que de son excellent cœur. Charles X dira plus encore , et il regardera le sien comme le symbole de son mariage, non^seulement avec son peuple, mais encore avec la religion j mariage vraiment indissoluble, et formant la sainte alliance qui doit régner entre l'autel et le trône , entre le sacerdoce et l'empire, pour se soutenir l'un par l'autre , et par ce mutuel appui , concourir à la plus grande félicité des peuples et des rois.

- Voilà donc la grande et immortelle vérité qui fait comme le fonds et tout l'esprit de cette consécration royale 5 vérité si hautement consignée dans les livres âaints , et qui ne sauroit être ni trop

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entendue , ni trop méditée : (Test par moi que les rois régnent j et que les législateurs font des lois équitables ( proverb. yiii, i5. ). Que de choses en effet nous y découvrons à la fois! que de grandes leçons, que dé trésors de lumière et de sagesse! Politique admirable , si toutefois on peut appeler politique , une doctrine qui vient de si haut , avec laquelle marche tout le monde moral , ainsi qu'avec ) astre du jour tout marche et vit dans la nature ! Maxime heureuse et tutélaire, qu'a proclamée le Bupréme conservateur de la société humaine pour lui garantir son repos, et sans laquelle resteroient toujours incertaines les diverses obligations qui lient les prince aux sujets et les sujets aux princes. C'est avec ce code divin que tous les doutes s'éclaircissent, que toutes les difficultés s'aplanissent, que tous les liens sociaux se resserrent , que tous les droits 6ont assurés, que tous les devoirs publics vont, pour ainsi dire, d'eux-mêmes; et par' là se simplifie toute la science du gouvernement.

C'est ici que sont déconcertés tous les complots , que sont confondues toutes les rebellions , toutes les trames de la félonie. Sortez de là ; ôtez ce minis-r tre de Dieu pour faire le bien (rom. xni, 4-)> vous aurez l'anarchie constituée, et le désordre établi : ôtez la puissance céleste d'où dérivent toutes les autres, tout n'est plus que doute et confusion , et la foi publique est éteinte , et tout devient problématique , le droit de commander comme celui d'obéir. Combien sont donc aveugles ces législateurs

tpttt terrestres ^ tout çofoncés dafts h matière i qui,

en abandonnaDt ce grand principe , que Dieu est à la tête de l'État, pour ne plus voir dans le sou« yerain que Thomme , dans Thomme que la force , enlèvent à l'autorité toute sa sanction , à l'ordre social toute sa garantie, tuent la conscience des peu* pies, et ne font plus de la déclaration des droits qu'un cruel mensonge pour tromper les hommes! Toute puissance vient de Dieu: celui qui résiste a la puissance, résiste à Dieu même: obéissez, non par crainte, m,ais par conscience, ainsi parle saint Paul (rom. xiii , i , 2 , 5. ). Voilà la première et la véritable charte, sans laquelle tous les législateurs ne bâtiroient que sur le sable. C'est la seule constitution qui soit faite pour toutes les nations et pour tous les empires , la seule avec laquelle on peut se passer de toutes les autres , et sans laquelle aucune autre ne sauroit subsister 3 la seule à laquelle aucune faction ne sauroit toucher, contre laquelle ne peuvent rien ni le sujet ni le monarque ) la seule enfin qui soit plus forte et plus durable que le temps, puisqu'elle est écrite en haut et gravée dans les cœurs.

C'est par moi que les rois régnent. Par là est consacré spécialement le gouvernement monarchique, lequel, pour nous servir des expressions de Bossuet(i), va tout seul comme la nature, puisqu'il est né avec la paternité et l'enfance du monde. La religion se prête sans doute aux modifications diverses qu'apportent dans ses institutions civiles

(i) Politique sacrée, liv. II, art.iv, vu* propos.

À (^ Sirft I.E SACRE.

)«\^ U^ux ) les mceois et les temps 5 elle s'adapte par-

fêilt'moiit à tens les genres de gouvernement : mais

C ^ 5urloat an goQTeroement monarchique qu'elle

nUaclie^ pc^ar ainsi dire, sa prédilection particu""

îiore; ol^'Sf plait à les distinguer de tous les autres,

commv le jJus tt>nforme à celui de Dieu , le plus ea

li^roi^'^nie avec Tordre qu'il a établi sur la terre , et

^ftwr c^ litige de Roi des rois qu'il s'est donné lui-mê-

^me, Aïïssî est-ce aux rois qu'il a dit : f^ous eues des

^ir^^r. et les en/ans du Très-Haut (ps. lxxxi, 6.).-

ùi^ îelleuient naturelle , et si parfaitement d'ac-»-

,f^^^^î avec les principes d'une saine raison, qu'ua

4}r> jJ*is grands philosophes de l'antiquité appelle

\ii nionarchie le premier et le plus divin de tous

}es ^ouyernemens , primus et divinissimus prin-

^ f\»ius (aristot. de replbl. ); idée que ïertul-

J>u a rendue encore d'une manière plus noble

et plus élevée , quand il appelle le respect que

nous devons aux rois, la religion de la seconde

ma/esté ( apolog. c. xxxv. ) ; tant la dignité de

roi s'allie naturellement avec la divinité du grand

Etre , de celui qui est le roi par excellence et le

père du getlre humain!

C'est pir moi que les rois régnent. Par là sont consacrés non-seulement les rois , mais les dynasties régnantes. Comme c'est' Dieu qui fait les rois , c'est Dieu qui établit leurs races augustes , et qui les couvre de son égide tutélaire. C'est ainsi qu'il avoit établi ; parmi tant d'autres , la maison de David. Ce n'est pas que tôt au tard

#lle§ m idisparois^ent de dessue Ja terre .cpmij»»

les familles les plus vulgaires , et qu'elles ne meurent enfin comme les rois et les royaumes : mais la succession des couronnes n'en est pas moins conforme à Tordre de la Providence et à la marche naturelle des choses j et loin de réprouver l'hérédité des trônes , Dieu promet aux bons rois j comme aux bons pères de famille, de bénir leur postérité , et de faire passer , de générations en générations, leur nom avec leur couronne.

C'est donc, mes Frères, un vrai motif de reconnoissance que nous avons envers la Providence , de nous avoir donné , dans nos Bourbons^ la plus illustre , et sans contredit la plus antique race qui soit sous le soleil. C'est un bienfait , que certains esprits ne savent pas assez apprécier , qu'il n'y ait rien de comparable à la splendeur des lis^ et que ni le temps , ni l'opinion , n'aient rien fait de plus grand chez les hommes : n'y eût-il que cette seule considération , c'en seroit assez pour nous faire chérir une famille qui tient , pour ainsi dire, aux fondemens de la lixonarchie , et de laquelle semblent dépendre la paix et le bonheur de toutes les familles.

Combien se trompent donc grossièrement ces hommes qui ne voient dans ce droit de succes-r sion qu'une atteinte portée aux libertés publiques , dans le sceptre transmis par le* sang qu'un droit contre nature et qu'un renversement de tous les droits d'une nation ! Insensés , qui ne sau-^ roîent sentir que le plus grand bonheur qui puisse i^rriver k ua empire, c'est de durer; et qu'il ne

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